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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 12:36

Les Écossais se prononceront jeudi 18 septembre sur l'indépendance éventuelle de leur pays. Très suivi en France, en raison des liens historiques entretenus par les deux nations, ce référendum pourrait marquer la fin du Royaume-Uni tel que nous le connaissons depuis trois siècles. Mais ses conséquences seront bien plus larges encore: l'Union Européenne, l'OTAN, les États confrontés à des mouvements séparatistes, et ces mouvements eux-mêmes suivent tous ce scrutin avec intérêt, espoir ou inquiétude. En réalité, les enjeux de ce vote dépassent assez largement ceux de la simple indépendance écossaise.

 

 

Une revanche sur l'Histoire?

Cela ne fait guère que trois siècle (c'est l'Acte d'Union de 1707 qui fusionna les Parlements anglais et écossais, donnant naissance au royaume de Grande-Bretagne) que l'Écosse est sous la domination britannique. Auparavant, le royaume avait plusieurs fois lutté - victorieusement - pour son indépendance. Cette mémoire est encore très forte chez les Écossais et explique le spectaculaire retour des idées autonomistes à la fin du XXe siècle.

Le Wallace Monument, à Stirling, rend hommage à William Wallace, un des héros de l'indépendance écossaise, dont le souvenir est resté très vivace.

Le Wallace Monument, à Stirling, rend hommage à William Wallace, un des héros de l'indépendance écossaise, dont le souvenir est resté très vivace.

Lors de son élection à la tête du gouvernement britannique, Tony Blair, lui-même écossais, fit voter un Scotland Act (1998) dotant l'Écosse d'un Parlement et de compétences propres dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la justice et de la police, ou bien encore des transports. S'il espérait ainsi couper l'herbe sous le pied des autonomistes, le pari fut raté. Cette régionalisation permit surtout au parti indépendantiste écossais, le Scottish National Party (SNP) d'arriver au pouvoir en 2007.

Dès lors, tout se précipita. Le nouveau gouvernement écossais fit connaître son intention de mener le pays à l'indépendance. Pour contrer cette tentative, le nouveau Premier Ministre britannique, David Cameron, força l'Écosse à organiser au plus vite un référendum, ne laissant le choix au pays qu'entre l'indépendance ou le statut quo. Il espérait ainsi déjouer les plans du SNP, qui comptait passer par une autonomie plus large pour n'obtenir l'indépendance qu'à long terme.

Le piège se retourne aujourd'hui contre son instigateur: si jamais les Écossais votaient en faveur de l'indépendance, David Cameron en sortirait profondément discrédité et probablement obligé de démissionner. Toutefois, quand bien même le "non" à l'indépendance ne l'emporterait que d'une courte tête (52%, par exemple), ce serait une mauvaise affaire pour le Premier Ministre. Ce dernier a du, de plus, promettre à l'Écosse de nouvelles concessions si elle se maintient dans le royaume. Pour les Écossais, il s'agit d'une belle revanche sur l'Histoire: les voici désormais courtisés par l'ensemble des personnalités britanniques, qui multiplient les offres alléchantes et les appels à l'unité.

Chef du Scottish National Party, le Premier Ministre écossais, Alex Salmond, a mis tout son poids politique en faveur du "oui' à l'indépendance.

Chef du Scottish National Party, le Premier Ministre écossais, Alex Salmond, a mis tout son poids politique en faveur du "oui' à l'indépendance.

 

Une indépendance en trompe-l'oeil?

 

D'une part, même indépendante, l'Écosse resterait rattachée par bien des aspects au Royaume-Uni. Et tout d'abord par sa monnaie, les dirigeants écossais ayant fait part de leur intention de conserver la Livre Sterling. Par ses allégeance, ensuite, puisque la reine d'Angleterre resterait la souveraine officielle (pour un pouvoir, certes, très théorique) du nouvel État; ce dernier serait sûrement membre du Commonwealth et, même si les indépendantistes prônaient la sortie de l'OTAN, il est probable que l'Écosse resterait fortement attachée au "bloc occidental".

Mais quand bien même l'Écosse se libérerait-elle de la domination de Londres qu'elle tomberait sous celle de Bruxelles. Elle est aujourd'hui la seule région véritablement europhile au sein d'un Royaume-Uni de plus en plus eurosceptiques. Aussi les dirigeants du SNP n'ont-ils pas hésité à annoncer qu'ils demanderaient l'entrée dans la zone euro s'il leur était impossible de conserver la livre sterling.

Le piège est donc terrible pour l'Écosse: sa seule échappatoire à la domination britannique serait de s'intégrer autant que possible au sein de l'Union Européenne. Perdant ainsi la précieuse souveraineté qu'elle aurait tout juste acquise...

 

 

La relance du séparatisme en Europe?

L'Union Européenne pourrait aisément s'appuyer sur l'Écosse pour contrer le souverainisme britannique. Toutefois, beaucoup de pays européens craignent de voir se ranimer à cette occasion les mouvement séparatistes qui les déchirent de l'intérieur.

En France même, certains indépendantistes pourraient être tentés de s'inspirer du cas écossais, comme le montre cette caricature de propagande séparatiste bretonne.

En France même, certains indépendantistes pourraient être tentés de s'inspirer du cas écossais, comme le montre cette caricature de propagande séparatiste bretonne.

Ainsi de l'Espagne, dont les séparatistes basques et catalans observent avec beaucoup d'attention le référendum écossais, n'hésitant pas à exiger le même. Ainsi également de la Belgique, de l'Italie, de la Roumanie, de Chypre ou de plusieurs pays candidats comme la Serbie, l'Ukraine ou la Turquie.

En fin de compte, le résultat du référendum en dira long sur l'efficacité - ou non - de la politique de décentralisation, qui vise à calmer les séparatistes en leur faisant d'importantes concessions. Si les Écossais choisissent l'indépendance, les autres États en concluront que plus on encourage l'autonomie d'une région, et plus on risque de la perdre. Inversement, un "non" écossais massif montrerait qu'un peuple peut jouir d'une large autonomie tout en restant fidèle à son État central...

Indépendante ou non, l'Écosse conservera toujours son identité particulière, qui en fait tout à la fois un atout pour l'image du Royaume-Uni et un danger pour son unité.

Indépendante ou non, l'Écosse conservera toujours son identité particulière, qui en fait tout à la fois un atout pour l'image du Royaume-Uni et un danger pour son unité.

 

Pourquoi les Écossais on peu de chances de choisir l'indépendance

 

Au vu de tous ces éléments, il est probable que les Écossais voteront contre l'indépendance, à près de 52%. En réalité, ils sont d'ores et déjà les grands gagnants de cette campagne, car même s'ils demeurent au sein du Royaume-Uni, ce sera au prix des larges concessions que ce dernier leur aura accordées. Toujours plus autonomes, les Écossais garderont tous les avantage d'un maintien au sein du royaume.

Par ailleurs, une indépendance maintenant pourrait n'être qu'un trompe-l’œil. Les Écossais resteraient étroitement dépendants de l'Angleterre, à moins de se précipiter dans les bras d'une Union Européenne qui briserait rapidement leur souveraineté nouvelle.

Enfin, l'hostilité même de l'Union Européenne et des institutions mondiales à l'indépendance (soit sous l'influence du capitalisme anglo-saxon, soit par crainte d'une explosion des séparatismes) a pu effrayer les Écossais, qui préféreront rester un temps encore sous souveraineté britannique.

Un temps seulement, car il est rare qu'une région autonome ne verse pas, tôt ou tard, dans l'indépendantisme...

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 21:18

C'est un bien mauvais coup que l'Elysée a porté aux intérêts français en annonçant, ce mardi 3 septembre, la suspension de la livraison des navires Mistral promis à la Russie. Prise à la veille d'un sommet de l'OTAN, cette décision est une terrible faute politique, tant sur les plans diplomatique et économique que symbolique.

La triple faute de la France dans l'affaire des Mistral russes

Premièrement, l'annulation de ce contrat porte un coup dur à nos relations avec la Russie. Or, nous avons besoin de ce pays, qui peut être un partenaire solide tant au niveau économique que géopolitique (en particulier dans la lutte contre les djihadistes sunnites au Levant).

On pourra objecter que la Russie est impliquée dans la guerre civile ukrainienne. Mais ce n'est pas en manquant à sa parole que la France pourra calmer cette crise; bien au contraire, cela ne peut que raidir la position russe. Du reste, devons-nous sacrifier notre alliance et donc nos intérêts pour plaire à l'Ukraine et aux Etats-Unis?

 

L'économie française risque également d'en pâtir. Il ne faut pas oublier que cet important contrat représente près de 1000 emplois et doit rapporter plus d'un milliard d'euros. De plus, si la Russie faisait le choix de représailles, il est à craindre que le prix du gaz (dont elle est le premier exportateur mondial) ne grimpe en flèche, alors même que l'hiver se fait proche.

Du reste, le choix de François Hollande discrédite la France comme partenaire commercial fiable. En effet, si notre pays rompt publiquement ses contrats, comment espérer gagner ensuite la confiance de clients potentiels comme le Brésil, l'Inde ou la Chine? Ces Etats préféreront évidemment se tourner vers des fournisseurs plus fiables, capables de tenir leur parole.

 

Enfin, cette affaire donne une image désastreuse de la France qui, comme dans les affaires syrienne ou iranienne, se conduit en vassal de Washington, incapable d'agir de façon souveraine. Aux yeux du monde, elle apparaît comme un pays soumis qui, pour faire plaisir à ses maîtres américains, n'hésite pas à sacrifier ses intérêts, à flouer ses partenaires et à trahir sa parole.

En plus d'atlantisme, la France pourrait bien se voir taxée d'hypocrisie En effet, l'argument des droits de l'homme ou de la volonté de paix ne tient pas. Car dans ce cas, comment expliquer les livraisons d'armes françaises à l'Arabie Séoudite, dictature théocratique dont les pétrodollars financent des groupes terroristes en Syrie ou en Irak?

 

 

La preuve est une nouvelle fois faite que l'alignement de la France sur les positions américaines est profondément néfaste à son image, à son économie, à sa politique étrangère. Au lieu de s'inscrire au sein d'un "bloc occidental" (manière sans le dire de réactiver la guerre froide sur fond de choc des civilisations) largement fantasmé, la France devrait établir avec la Russie, comme avec les pays émergents, de nouveaux rapports basés sur le respect mutuel et la souveraineté des Etats. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'elle pourra demeurer une grande puissance au sein du monde multipolaire qui se profile.

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 10:37

 

Les dés sont jetés: par référendum, les citoyens de Crimée se sont massivement prononcés pour le rattachement de leur région à la Russie. Sans doute le scrutin n'a-t-il pas été spécialement réguliers (d'autant que les ukrainophones et les Tatars l'ont boycotté pour la plupart); mais nul doute que, même dans le cadre d'élections plus régulières, on aurait observé un résultat similaire. C'est apparement une victoire de la Russie contre un Occident empêtré dans ses contradictions (les Occidentaux avaient agi d'une manière presque similaire avec le Kosovo en 2008). Mais qu'y ont gagné les Russes à long terme? En fin de compte, peu de choses, en comparaison des inconvénients que cette annexion pourrait leur apporter.

 

 

 

 

 

 

 

Des gains stratégiques limités

 

Qu'a gagné la Russie avec la Crimée? Pas grand-chose, en fin de compte. Il est vrai qu'elle a élargi son accès à la mer Noire, et qu'elle est désormais directement reliée à sa base de Sébastopol. Mais cet avantage est finalement mineur. En effet, il est probable que le gouvernement ukrainien, même pro-occidental, n'aurait pas remis en cause la présence russe à Sébastopol. De plus, la Russie développe un second port, celui de Novorossiysk, qui rendra la base de Sébastopol bien moins cruciale à moyen terme. Enfin, la mer Noire n'est plus aujourd'hui aussi stratégique qu'auparavant. Elle reste une mer fermée, dont la sortie est contrôlée par la Turquie; c'est pourquoi la Russie a d'ores et déjà commencé à se redéployer dans le Pacifique et la mer Baltique.

 

Plus intéressant peut être le gain démographique: la Crimée compte près de deux millions d'habitants, dont 60% de Russes. Vladimir Poutine tente depuis longtemps de redresser la démographie en berne de son pays (la Russie est passé de 149 millions d'habitants en 1991 à 143 millions en 2013). L'apport de plus d'un million de Russes dans la fédération est donc un apport à prendre en compte. 

 

C'est enfin un gage que la Russie a obtenue: contre un retour dans l'orbite russe, l'Ukraine pourrait espérer récupérer cette région dont elle a bien plus besoin que son grand voisin. Toutefois, la tenue du référendum a rendu cette perspective bien plus aléatoire: les Criméens n'accepteraient guère de servir de monnaie d'échange.

 

 

Une mauvaise affaire à long terme?

 

Non seulement les atouts offerts par la Crimée sont limités, mais ils pèsent surtout bien peu face aux nombreux risques que son action fait courir à la Russie. Et en premier lieu sa perte d'influence presque inéluctable sur l'Ukraine. 

Jusque-là, l'Ukraine était divisée entre les russophones, à l'est, et les ukrainophones, à l'ouest. Les russophones représentant presque la moitié de la population, Moscou pouvait espérer voir élire des gouvernements qui lui seraient favorables. Or, en annexant la Crimée, les Russes ont modifié l'équilibre démographique de l'Ukraine: la population russophone, amputée de près d'un million de citoyens, s'y retrouve brusquement en nette minorité. Et de ce fait, la domination des ukrainophones sur le pays est assurée. La Russie a donc perdu presque toutes ses chances de contrôler un pays qui ne lui pardonnera, du reste, d'avoir annexé un de ses territoires. 

 

Cette annexion relance par ailleurs la valse des séparatismes, auxquels la Russie est si sensible. Dans le Caucase, où en Sibérie orientale, nul doute que les mouvements séparatistes réclameront le même traitement que les Criméens - avec le soutien de l'Occident, trop heureux de prendre une revanche. Il est vrai que la Russie n'a fait que suivre l'exemple désastreux donné par les Occidentaux au Kosovo. Mais en faisant primer un pseudo "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" sur le principe d'intégrité territoriale des Etats, elle fait le jeu de ses adversaires, qui sauront en profiter pour tenter de la démanteler. 

 

Les alliés et voisins de la Russie sont conscients de ce danger, et elle risque de se retrouver isolée. La Moldavie, l'Azerbaïdjan, la Turquie, confrontés à des mouvements séparatistes, se méfieront encore plus de leur grand voisin russe. La Chine, très sourcilleuse sur ces questions de souveraineté nationale, désavouera la Russie. Quant à la Serbie, elle voit avec inquiétude cette annexion lui ôter tout espoirt de récupérer un jour le Kosovo.

 

*  *  *  

 

On peut donc se demander si la Russie n'a pas commis sa première grande erreur stratégique depuis plusieurs années. Après plusieurs victoires, elle n'a pas su s'arrêter à temps en Ukraine. Bien évidemment, la conquête de la Crimée semble un nouveau symbole de sa puissance. Mais à long terme, ce pourrait être davantage un boulet qu'un atout pour la Russie. Vladimir Poutine devra désormais jouer la prudence s'il ne veut pas réitérer des erreurs de ce genre, erreurs qui pourraient faire courir un vrai risque à son pays.

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 18:44
Les Russes piégés par la Crimée

La bataille pour l'Ukraine s'est déroulée en deux manches. Dans un premier temps, les Occidentaux, se croyant assez puissants pour prendre le contrôle du pays, ont soutenu un coup d'Etat envers le président ukrainien, certes peu sympathique, mais légitimement élu. Et pour ce faire, ils n'ont pas hésité à soutenir des groupes pour le moins douteux, comme le mouvement fasciste Svoboda, antisémite et anti-russe.

La réaction russe a été rapide. Jouant sur les inquiétudes - légitimes - de la population russophones d'Ukraine, répartie dans toute la moitié est du pays, les Russes ont pris pied en Crimée, où ils possèdent une base navale. Très vite, les Criméens se sont ralliés à l'armée russe, tandis que les autres régions russophones réitéraient leur allégeance à Moscou. La Russie semblait sortir gagnante de la deuxième manche.

Mais si les Russes ont pu reprendre la main en Ukraine, ils n'ont pas su s'arrêter à temps. Ils ont joué, avec une certaine légèreté, sur le sentiment indépendantistes des populations de Crimée, majoritairement russes et désireuses d'être rattachées à la Mère-Patrie.

On peut comprendre, bien sûr, l'attachement des Russes à cette péninsule criméenne qu'ils ont conquise de haute lutte, et qui abrite le port stratégique de Sébastopol. Mais l'Ukraine est un Etat souverain reconnu par l'ONU. Vouloir en détacher un bout de territoire, c'est du séparatisme. Et c'est une arme à double tranchant.

La Russie face au piège séparatiste

Ce n'est pas la première fois que la Russie, qui reste une puissance impériale, joue sur le séparatisme. Déjà en 2008, pour s'emparer de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, elle avait envoyé ses chars à l'assaut de la Géorgie. Mais il s'agissait d'une réponse de bon aloi à l'Occident qui, quelques mois auparavant, avait accordé la même indépendance, tout aussi illégale, à la région serbe du Kosovo. On pouvait espérer qu'après ce match nul, la Russie s'abstînt de rouvrir la boîte de Pandore du séparatisme. C'était sans compter la crise ukrainienne.

L'armée russe a été accueillie avec un tel enthousiasme en Crimée que beaucoup de patriotes russes ont cru venu le moment de récupérer cette terre. Comme les anciennes puissance coloniales, la Russie est désormais prisonnière de sa conquête, qu'elle ne peut pas quitter sans froisser les sentiments patriotiques de sa population. Une bête histoire d'honneur, en somme.

Car sur le fond, la Russie ne gagne pas grand-chose en Crimée. La base de Sébastopol lui était acquise de toute manière (d'autant que le port de Novorossiyk, en plein développement, pourra bientôt servir de base de substitution), et la mer Noire n'est plus aussi stratégique qu'autrefois. Mais surtout, les Russes prennent le risques de réactiver l'indépendantisme au sein de leur propre territoire, notamment au Caucase ou les Tchétchènes s'agitent régulièrement. Tôt ou tard, Moscou devra choisir entre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (ce qui lui permettrait de récupérer la Crimée, mais impliquerait la dislocation de la Russie à long terme), ou l'intégrité territoriale des Etats (Ukraine et Géorgie comprises).

Du reste, la Russie risque de se retrouver isolée. La plupart de ses partenaires traditionnels sont méfiants vis-à-vis du séparatisme et ne sauraient le cautionner. Principale défection: la Chine, sans surprise. L'Empire du Milieu est confronté à des mouvements indépendantistes bien trop importants, que ce soit au Tibet ou au Xinjiang, pour admettre le découpage de l'Ukraine.

La Turquie non plus ne saurait soutenir la Russie, non seulement parce qu'elle craint le séparatisme kurde, mais aussi parce qu'elle s'inquiète du sort des Tatars, cette minorité turcophone de Crimée. Quant à l'Iran, il garde un silence prudent. La République islamique se méfie de son grand voisin du nord, qui avait déjà tenté de jouer sur les velleités d'indépendance des populations kurdes et azéries au temps de la guerre froide. Quant aux Etats d'Asie Centrale, la présence de minorités russes en leur sein les met potentiellement dans la même situation que l'Ukraine, dont ils ne sauraient cautionner le démembrement.

Vers une solution négociée?

La situation est donc la suivante: la Russie veut protéger ses intérêts en Ukraine, et notamment en Crimée. Et l'Ukraine veut récupérer cette région. Une solution négociée, raisonnable, verrait le pouvoir ukrainien accepter le partenariat de Moscou qui, en échange, lui rendrait le contrôle de la Crimée (tout en s'assurant que la région conserve son autonomie). C'est là la solution idéale.

Mais la réalité est plus complexe. Tout d'abord, quel pouvoir pour l'Ukraine? Il faudra probablement attendre la tenue d'élections pour espérer voir surgir un gouvernement stable. Ce gouvernement aura la tâche de se rapprocher de la Russie. Tâche aisée si les partis russophones l'emportent, mais beaucoup plus dure si c'est l'ouest du pays qui prédomine.

Ensuite, les Criméens n'accepteront pas que les Russes s'en aillent sans avoir été dûment rassurés sur leur autonomie. Il faudrait alors beaucoup de bonne volonté de la part de Kiev comme de Moscou. Sans oublier le problème de la minorité tatare, qui se méfie tant de la tutelle ukrainienne que de l'influence russe.

Il fut un temps où la France aurait pu jouer le rôle d’intermédiaire entre les différentes parties en présence. Mais en se mettant à la remorque des Américains et en soutenant les nationalistes ukrainiens les plus violents (sur les conseils d'un Bernard-Henri qui n'a visiblement aucune gêne à s'afficher aux côtés de nostalgiques des SS...), François Hollande a ôté toute crédibilité à la diplomatie française dans ce dossier. Une fois encore, l'Allemagne, qui a su se montrer plus habile, pourrait bien tirer les marrons du feu en servant d'interlocuteur privilégié entre Vladimir Poutine et les nationalistes ukrainiens. Un nouvel échec pour la diplomatie (si tant est qu'on puisse encore utiliser ce terme) française.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 15:10

Eric Zemmour a parfaitement résumé le bilan géopolitique de 2013: Vladimir Poutine est l'homme de l'année. En Syrie comme en Ukraine, il a réussi à mettre à bas ses adversaires occidentaux - dont la faiblesse momentanée a permis à un autre pays, l'Iran, de replacer ses pions sur l'échiquier international.

Billet d'humeur du Nouvel An 2013: l'année de Vladimir Poutine; propagande de Reporters Sans Frontière; Dieudonné et sa "quenelle"

La Russie a joué en trois coups gagnants, mettant tous ses adversaires à bas. En accueillant le lanceur d'alerte Edward Snowden, Vladimir Poutine a permis à son pays d'apparaître comme un défenseur des libertés publiques face à la machine de répression américaine. Les révélations de son hôte ont été une arme redoutable face aux Américains.

Une arme qui a compté lors de la crise syrienne de l'été 2013.

 

Répondant aux volontés occidentales d'attaquer la Syrie, Vladimir Poutine a proposé une négociation sur le désarmement de ce pays. Un coup de maître: en acceptant cette négociation, les Occidentaux reconnaissaient implicitement la légitimité du régime de Bachar al-Assad, seul allié arabe de Moscou.

Ceux qui avaient voulu contrer la volonté russe et renverser le régime syrien se sont cassés les dents. Mohamed Morsi, le Président égyptien, a fini renversé par un coup d'Etat. Recep Tayyip Erdogan, le Premier Ministre turc, a été dangereusement déstabilisé par les manifestations de Taksim. Lâché par la puissante confrérie Gülen, il voit désormais son pouvoir vaciller sous les accusations de corruption. 

 

Gagnant sur la Syrie, Vladimir Poutine a du essuyer un contre-coup en Ukraine. Les Occidentaux ont essayé de déstabiliser le régime ukrainien (fort peu sympathique, il est vrai), en utilisant sa jeunesse révoltée et tournée vers l'Union Européenne. Echec, une nouvelle fois: Vladimir Poutine a su ramener l'Ukraine sous son influence. Mieux encore, il s'est payé le luxe de libérer le délinquant financier Mikhaïl Khodorkovski et ces pauvres militantes manipulées des Pussy Riot. Se donnant ainsi l'image de tzar magnanime, et faisant taire bon nombre de critiques occidentaux. 

 

Les adversaires de la Russie n'ont eu que de petites vengeances mesquines à se mettre sous la dent. Boycott plus ou moins officiel des Jeux Olympiques de Sotchi pour les Occidentaux. Plusieurs attentats-suicides dans la ville de Volgograd (ex-Stalingrad) pour les islamistes. Rien qui paraisse en mesure d'enrayer l'appétit de puissance d'un ours russe encore mal remis du choc des années 1990, mais bien décidé à retrouver sa place sur la scène mondiale.

 

 

Je découvre à ce sujet la dernière vidéo de propagande de Reporters Sans Frontière: on y découvre plusieurs dirigeants (russe, syrien, nord-coréen, hongrois, turc, italien, azéri, chinois et zimbabwéen) en train de fêter le nouvel an. Un petit message moralisateur en fin de vidéo nous informe que sans Reporters Sans Frontière, l'information serait entièrement contrôlée par ces individus. 

Diantre. Après que Nicolas Sarkozy a, selon Henri Guaino, "sauvé la démocratie en France, en Europe et dans le monde", nous apprenons donc que Reporters Sans Frontière a sauvé la liberté de presse mondiale. 

On passera sur le procédé qui consiste à amalgamer, dans un ensemble complètement incohérent, de vrais dictateurs (Kim Jong-Un ou Ihlam Aliev), des dirigeants autoritaires mais démocratiquement élus (Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdogan) et des démocrates comme Viktor Orban ou Silvio Berlusconi (ce dernier n'étant d'ailleurs plus au pouvoir).

Certes, Reporters Sans Frontières choisit de se concentrer sur la "liberté de la presse", et de ne pas s'occuper du spectaculaire développement de la Chine ou de l'Azerbaïdjan, ou bien de la situation chaotique en Syrie ou au Zimbabwe. C'est un choix.

Mais même avec ce choix, il manque deux ou trois bonshommes sur la vidéo, non? Quid de Barack Obama, l'homme qui a voulu faire condamner le lanceur d'alerte Edward Snowden (authentique défenseur de la liberté de la presse, lui)? Où sont les présidents du Turkménistan, de l'Ouzbékistan ou de l'Erythrée, véritables cauchemars pour les journalistes? Et que penser de l'absence des monarques séoudien, qatari ou émiratis? Faut-il croire que l'argent du pétrole achète tout - y compris la bienveillance de Reporters Sans Frontière?

 

 

Il est vrai qu'en France, la liberté d'expression devient elle-même un concept très relatif, à l'heure où le Ministre de l'Intérieur prétend faire interdire à un humoriste de faire ses spectacles.

Parlons donc clairement de Dieudonné, et expliquons en quoi il est scandaleux de vouloir interdire, soit ses spectacles, soit le fameux geste de la "quenelle" qu'il a popularisé.

Dieudonné, qu'est-ce donc? C'est un humoriste et un provocateur qui, aux origines, riait de tous les extrémistes et de toutes les religions. Après un sketch caricaturant un extrémiste de droite israélien, il avait subi en 2003 une scandaleuse persécution, sur fond d'accusations injustifiées d'antisémitisme.

En réaction à ce lynchage public, Dieudonné a multiplié les provocations. Certaines sont très drôles, d'autres de mauvais goût, d'autres choquantes. C'est au public d'en juger. Je l'écris d'autant plus librement que je n'ai jamais trouvé Dieudonné spécialement drôle. Son obsession de certains sujets (les Juifs, les sionistes et, dans une moindre mesure, l'esclavage) m'agace, et je comprends très bien qu'un certain nombre de Juifs se sentent choqués par ses provocations.

Mais qui a le droit de définir ce qui est drôle ou non? Certainement pas la justice. Vouloir faire interdire les spectacles de Dieudonné, sous prétexte que le Ministre de l'Intérieur n'aime pas ce qu'on y dit, c'est un pas très dangereux vers la dictature. Et c'est une hypocrisie d'autant plus grande que, lors des attaques anti-islam de Charlie Hebdo, Manuel Valls avait été le premier à défendre ce journal au nom de la liberté d'expression...

Il est donc monstrueux de prétendre interdire à un humoriste de faire son travail - même quand on trouve son humour choquant ou pas drôle. Après tout, si Dieudonné tient des propos diffamants ou racistes pendant son spectacle, rien ni personne n'empêche la justice de le poursuivre pour cela. Et s'il doit être condamné, il le sera.

Plus inquiétant encore: Meyer Habib, député UDI proche de l'extrême-droite israélienne, prétend faire interdire la "quenelle". Des personnalités comme Tony Parker ou Nicolas Anelka ont été menacées pour avoir effectué ce geste.

Billet d'humeur du Nouvel An 2013: l'année de Vladimir Poutine; propagande de Reporters Sans Frontière; Dieudonné et sa "quenelle"

Qu'est-ce donc que la "quenelle"? Il s'agit d'un geste plus ou moins vulgaire, imitant le "fist-fucking". Chacun jugera du bon goût de la chose.

Mais là où la mauvaise foi atteint repousse toutes les limites, c'est quand des groupes communautaristes comme la Licra, le BNVCA ou le CRIF prétendent y voir un geste antisémite. Soyons donc bien clair dessus: la "quenelle" n'a aucun rapport, ni avec l'antisémitisme ni avec le racisme, et encore moins avec le nazisme. C'est un geste vulgaire, scatologique même, mais sans lien avec l'antisémitisme. Comment peut-on être débile au point d'y voir un "salut nazi inversé" (sic)?

Il est vrai toutefois que certains fans de Dieudonné ont donné une signification ambiguë au geste: lorsque de jeunes crétins font leur "quenelle" devant les portes d'Auschwitz, ou devant l'école juive où plusieurs enfants avaient été assassinés par Mohamed Merah, on ressent un profond malaise.

Oui, certains "quenelliers" sont clairement antisémites. Il ne faut pas se voiler la face. Mais ce n'est pas le cas de tous. Et ce n'est pas le cas du geste en question. Après tout, si quelqu'un faisait un doigt d'honneur devant les portes d'Auschwitz, ce serait certainement de l'antisémitisme. Est-ce que pour autant, le doigt d'honneur deviendrait antisémite? Certainement pas.

Mais la "quenelle" est tellement pratique pour le gouvernement, à qui elle permet de ne pas parler de ses innombrables échecs (notamment économiques et sociaux)! François Hollande lui-même, en visite chez ses amis d'Arabie Séoudite (une dictature violemment antisémite), a pris le temps de condamner la "quenelle". Aucun président n'avait atteint un tel niveau de ridicule. Qui parlait de changement?

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 12:47

Entre soumission totale aux intérêts économiques allemands, et diabolisation de l'Allemagne et de sa politique, n'y a-t-il pas un juste milieu, passant par la défense des intérêts français, sans agressivité mais sans concession? 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 22:26

Chaque jour, l'indépendance kosovare révèle un peu plus de ses failles, béantes et cruelles. Lundi dernier, la Serbie a rejeté un nouveau plan de règlement de la question du Kosovo; en effet, elle estimait que les droits des Serbes du nord de cette région n'étaient pas assez défendu. L'affaire peut traîner encore bien longtemps, et aucune solution ne semble se profiler pour une bonne raison: l'indépendance du Kosovo, séparé de force de la Serbie par les armées occidentales, est un échec complet. Cette entité, non reconnue par la communauté internationale, ne survit que grâce à l'aide extérieure et aux trafics. Une dure leçon pour les séparatistes de tout poil...

 

serbie.jpgHéritière de la grande puissance yougoslave, pays chrétien et très nationaliste, la Serbie a pu compter sur le soutien de nombreux pays orthodoxes, en particulier la Russie, lorsque le Kosovo lui a été enlevé.

 

Un désastre économique et social

Malgré sa situation de carrefour stratégique et économique potentiel, le Kosovo connaît aujourd'hui une situation de pauvreté alarmante. Le chômage frappe près de 50% de la population, et 70% des jeunes de 15-25 ans. La malnutrition y est encore très forte, et son taux de mortalité infantile est le plus élevé d'Europe. Les enfants, les minorités ethniques, et les handicapés sont les premiers frappés par cette situation tragique.

Le pays n'a absolument pas développé ses infrastructures. L'état des routes et des villes y est lamentable, et la population a du s'habituer aux coupures d'électricité régulières, faute d'une production suffisante.

En dépit de ses richesses naturelles (bauxite, nickel, or...) et de petits commerces dynamiques, le pays ne survit que grâce à l'aide internationale, le soutien de la diaspora, et l'économie criminelle. Ses élites partent massivement pour l'étranger, et aucune amélioration ne se profile à l'horizon.

 

À cette fâcheuse morosité économique se rajoute une persécution quotidienne des minorités. Les Serbes en sont les premières victimes, mais loin d'être les seules; on peut aussi citer les Bosniaques, les Tziganes, les Gorans, les Turcs, les Égyptiens ou les Ashkalis.

C'est ainsi que l'Université de Pristina (capitale du Kosovo), autrefois multilingue, a supprimé les cours en serbe et en turc; plusieurs centaines d'églises chrétiennes ont été saccagées, brûlées ou détruites; plusieurs milliers de non-Albanais ont été assassinés ou enlevés. Depuis 1999, on estime à 200 000 le nombre de Serbes, Tziganes, Gorans et Turcs chassés de leur foyer sans avoir pu y retourner.

  

Une entité mafieuse et criminelle sous contrôle américain 

Les persécutions ethniques ne sont pas surprenantes quand on connait les dirigeants du pays. Ramush Haradinaj, "Premier Ministre" du Kosovo en 2006 et 2007, a été accusé deux fois devant le Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie de crimes de guerre; il a été acquitté à chaque fois, mais dans des circonstances très douteuses (notamment l'assassinat d'une dizaine de témoins compromettants).

Quant à l'actuel Premier Ministre du pays, Hashim Taçhi (surnommé "le serpent"), il traîne un passé très lourd. C'est un des fondateurs du groupe terroriste kosovar UCK, au sein duquel il n'a pas hésité à faire assassiner plusieurs de ses opposants. Ancien trafiquant d'armes et de drogue, il a été accusé par la Serbie de crimes de guerre et de massacres ethniques. Proche de la mafia albanaise, Hashim Taçhi est soupçonné par les services secrets allemands d'être impliqué dans le trafic de cigarettes.

UCK.jpgL'UCK, milice paramilitaire qui s'est battue pour l'indépendance du Kosovo, est accusée de plusieurs crimes de guerre, et d'implication dans de nombreux trafics illégaux.

  

Mais la principale accusation qui pèse sur Hashim Taçhi, ainsi que sur plusieurs politiciens et militaires kosovars, est l'implication dans un monstrueux trafic d'organes, pratiqué sur de jeunes prisonniers de guerre. C'est Carla del Ponte, procureur du Tribunal Pénal International pour l'ex-Yougoslavie, qui a fait connaitre ce scandale au public.

L'enquêteur Dick Marty, chargé d'éclairer cette affaire, a délivré un rapport accablant, qui a été adopté par le Parlement Européen. Il dénonce l'assassinat de centaines de Serbes et d'opposants albanais, par un groupe de mafieux kosovars. Ces derniers agissaient au Kosovo et en Albanie, où ils retenaient leurs victimes prisonnières, leur retirant leurs organes un à un avant de les assassiner. Les organes prélevés auraient été envoyés à de riches cliniques en Europe et en Israel.

Le rapport de Dick Marty dénonce également l'aveuglement, voire la complicité passive, de l'ONU et surtout de l'OTAN dans ce processus.

 

Si l'artificielle construction kosovare ne s'est pas écroulée, c'est en grande partie grâce à l'aide militaire des États-Unis. Le Kosovo abrite la base militaire américaine de Bondsteel, la plus grande de la région. Soupçonnés d'avoir incarcéré et torturé illégalement des prisonniers de guerre dans cette base, les Américains tiennent à la garder sous leur contrôle, ce qui explique leur soutien à l'indépendance du Kosovo.

L'Albanie est également dans la partie; elle rêve depuis longtemps d'intégrer le Kosovo, peuplé d'Albanais, à son territoire, et ses services secrets oeuvrent en ce sens. Mais c'est là une logique très dangereuse pour la stabilité de la région, et pour l'intégrité des nations les plus fragiles.

 

La dangereuse boite de Pandore du séparatisme

La proclamation d'indépendance du Kosovo a relancé la valse infernale des séparatismes. L'exemple le plus flagrant était donné par l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, ces provinces géorgiennes qui ont fait sécession à l'aide de l'armée russe. Dans les Balkans aussi, l'infernal processus de décomposition a été relancé, les Serbes de Bosnie ou les Albanais de Macédoine réclamant à leur tour un statut d'autonomie.

 

Mais le Kosovo a inspiré bien d'autre groupes séparatistes, en Europe, dans le Caucase ou au Moyen-Orient. Dans l'Union Européenne, cinq pays ont refusé de reconnaître l'indépendance kosovare: l'Espagne, la Roumanie, Chypre, la Grèce et la Slovaquie. Ce n'est pas un hasard si tous sont confrontés à des problèmes de séparatisme (à l'exception de la Grèce, qui agit davantage en soutien à Chypre, et par solidarité orthodoxe).

Dans le monde, des pays comme le Mali, la Chine, l'Algérie, l'Azerbaïdjan ou l'Irak ont adopté la même position, et pour les mêmes raisons.

 

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L'indépendance du Kosovo a été mal acceptée, même en Europe, où les séparatismes font rage.

 

Cependant l'exemple kosovar est piégé par ses propres limites. L'échec de cet État fantoche montre que le séparatisme est une impasse. Seule une région riche et homogène peut se permettre de faire sécession - ce qui est rarement le cas. Le Kosovo est aujourd'hui une entité minée par la pauvreté, la corruption, la criminalité et les violences communautaires. Il n'est reconnu ni par l'ONU, ni par les grandes puissances mondiales en dehors de l'Occident. Cette république fantoche ne survit que par le soutien de l'armée américaine, et de l'Albanie voisine. Il est peu probable que la Serbie récupère un jour le Kosovo, mais cette indépendance ratée restera dans l'histoire comme un avertissement à tous les apprentis sorciers du séparatisme et de la dislocation des nations.

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 19:42

Géopolitologue français, Aymeric Chauprade appartient au courant des réalistes, qui tentent de disséquer les stratégies diplomatiques de chaque Etat, et de distinguer quels sont les intérêts de la France dans ce jeu internationale. 

 

Dans cette intervention concise et claire, datée du 13 février, il se penche sur deux terrains d'action où la France mène une politique assez contradictoire: le Mali, où elle combat les groupes islamistes armés, et la Syrie, où elle les soutient. Sont évoqués au cours de cet entretient les origine profondes des crises maliennes et syriennes, le rôle des Etats-Unis ou de la Russie, le cas des alaouites syriens, et la nouvelle géopolitique qui se dessine, à long terme, pour Israel. 

 

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 21:30

L'idée est cocasse. Silvio Berlusconi, chef de la droite libérale italienne, dix ans à la tête du pays, homme d'affaire et d'affaires, de fric et de frasques, en bouclier du petit peuple italien et des classes prolétaires? Cette situation, saugrenue au possible, pourrait bien être le seul bilan du mandat de Mario Monti, Président du Conseil italien depuis novembre 2011, et qui vient d'annoncer sa démission prochaine. 

 

 

Lorsque Silvio Berlusconi, sur pression de la France et de l'Allemagne, a été lâché par son parti, peu de monde en Italie le regrettait. Les deux plans d'austérité qu'il avait déjà pris avaient durement frappé le peuple italien, et ses frasques et son arrogance ne rendaient pas le personnage spécialement sympathique. 

Un détail, toutefois, aurait du troubler les Italiens: si Berlusconi avait été chassé, ce n'était pas pour sa politique passée, mais uniquement parce qu'il refusait d'aller aussi loin dans l'austérité que ce que l'Union Européenne lui demandait. 

Sans élection, un nouveau gouvernement de technocrates (dont aucun n'avait jamais été élu par le peuple) a été désigné. Ainsi pendant près d'un an l'Italie a-t-elle vécu sous un régime despotique, que le peuple n'avait pas choisi, et dirigé par le froid Mario Monti. 

 

Mondialiste et européïste, Mario Monti symbolise parfaitement l'acoquinement de l'Union Européenne avec la haute finance. Ayant fait ses études à l'université de Yale, aux Etats-Unis, il est depuis 2005 consultant pour Goldman Sachs, l'une des banques à l'origine de la crise économique de 2008. Mario Monti est également président pour l'Europe de la Commission Trilatérale (un des fers-de-lance du mondialisme), membre du comité de direction du groupe Bilderberg, et du groupe de pression "Friends of Europe". 

Européïste convaincu, il milite pour une Europe fédérale, et a lancé l'idée d'un "Fond Monétaire Européen" calqué sur le Fond Monétaire International. Et c'est sur ordre de l'Union Européenne, et pour tenter de sauver l'Euro, qu'il a lancé une politique d'austérité terrible pour le peuple italien: baisse des salaires, recul de l'âge de la retraite, et augmentation de la pression fiscale. 

 

 

Le peuple italien espérait, avec la chute de Silvio Berlusconi, une politique plus sociale. La gabatine dont il a été victime l'a poussé à rejeter en masse le nouveau gouvernement. Le Parti Démocrate-Libéral avait soutenu jusque-là Mario Monti; mais, face à la colère populaire, ses dirigeants ont préféré lâcher leur ex-nouvel-allié (n'en étant plus à une trahison près...), qui a alors présenté sa démission. 

Silvio Berlusconi a compris qu'une nouvelle occasion de revenir aux affaires s'offrait à lui et veut se présenter aujourd'hui comme une alternative au peuple italien. 

 

Les Français, béats d'admiration seulement devant leurs maitres (l'Américain Obama, l'Allemande Merkel), regardent avec condescendance ce processus, qui pourrait ramener Berlusconi au pouvoir. Pour certains, c'est là l'occasion de ressaser leur mépris et leurs préjugés envers les Italiens. C'est oublier que, deux fois, les Français se sont fait avoir, croyant élire un gaulliste (2007) et un socialiste (2012), avant d'être cruellement déçus. 

 

 

Bien sûr, Silvio Berlusconi est détestable au possible. Bien sûr, sa politique libérale ne sera pas bien meilleure que celle de Mario Monti. Mais il incarne, volens nolens, une certaine forme de populisme et de défense du peuple italien. Tant qu'une vraie opposition (chrétienne-démocrate, communiste...) n'émergera pas, "il Cavaliere" restera en selle. Parce que les Italiens choisiront toujours l'escroc public qui s'avance à visage découvert, plutôt que le froid serpent qui les étouffe silencieusement mais bien plus mortellement. 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 21:27

A l'occasion de la reconnaissance de la Palestine à l'ONU, il est intéressant de scruter la position des pays balkaniques. C'est en effet la région qui offre le plus de surprises à l'occasion de ce scrutin. En effet, la Serbie est le seul Etat à avoir voté en faveur de la reconnaissance de la Palestine, alors même qu'elle est en guerre ouverte contre des groupes séparatistes ou islamistes. La Bosnie-Herzégovine et l'Albanie, deux pays musulmans, se sont abstenus (ce qui revenait à désavouer clairement la demande palestinienne). La Croatie, la Macédoine et le Monténégro, comptant de fortes minorités musulmanes se sont abstenus également. Comment peut-on interpréter ces positions étonnantes en apparence? 

 

 

 

-> La position de la Serbie est aussi courageuse que surprenante - du moins à première vue. Tout poussait ce petit pays à s'abstenir, voire à voter contre la demande palestinienne. En premier lieu, l'armée américaine et les troupes de l'OTAN stationnées à proximité sont une menace epermanente pour le pays, qui n'a toujours recouvré sa réelle indépendance et reste sous pression des Occidentaux (notamment de par sa volonté d'intégrer l'Union Européenne). 

D'autre part, la Serbie est menacée par d'innombrables séparatisme: le Kosovo, bien sûr, mais également la Voïvodine au nord, ou le Sandjak à l'ouest. Dans ces conditions, il est toujours risqué de reconnaitre un Etat de manière unilatérale, car cela peut raviver les volontés séparatistes.

Mais surtout, la Serbie est en lutte depuis 20 ans contre un islamisme radical, d'inspiration wahhabite saoudienne; en Bosnie en 1995, au Kosovo en 1999, au Sandjak depuis plusieurs années, elle a du faire face à des islamistes venus du monde entier... y compris de Palestine. Dans ces conditions, reconnaitre un Etat où le Hamas reste si puissant témoigne d'un esprit chevaleresque assez rare. 

 

Bien entendu, la position serbe ne peut pas s'expliquer que par les bons sentiments. En réalité, le pays répond par ce vote à plusieurs impératifs. Tout d'abord celui de la tradition: traditionnellement non-alignés, les Serbes ont toujours soutenu le combat anti-impérialiste, en Palestine comme ailleurs. Du reste, la volonté d'infliger un échec aux Américains et aux Allemands a pu renforcer ce sentiment. 

D'autre part, il s'agit pour la Serbie de soutenir la Russie, engagée en faveur de la Palestine. Cela renforçant une sorte de "bloc chrétien orthodoxe" rival de l'Occident, mais proche des Etats non-alignés et du monde musulman chiite (comme en témoigne l'amitié serbo-azérie, ou russo-iranienne...)

 

-> La Bosnie-Herzégovine et l'Albanie n'ont pas soutenu la Palestine, bien qu'il s'agisse de pays musulmans, et que le premier connaisse une spectaculaire réislamisation*. Trois explications, qui ne s'excluent pas, peuvent être retenues.

Premièrement, les islamistes bosniaques et albanais, inspirés par l'Arabie Séoudite, n'ont aucune envie de soutenir Mahmoud Abbas, considéré comme bien trop nationaliste et laïciste à leur goût. 

Deuxièmement, la Bosnie ne tient pas à créer un précédent que les Serbes bosniaques pourraient utiliser pour réclamer leur indépendance. 

Troisièmement - et sûrement la principale raison - ces deux pays sont des alliés inconditionnels des Etats-Unis, qui dictent leurs politiques depuis de longues années et les utilisent comme vassaux. 

Enfin de compte, les Palestiniens et les "anti-sionistes" qui avaient soutenu les Bosniaques en 1995, ou les Albanais du Kosovo, sont bien mal récompensés. Ils découvrent combien ils ont été manipulés par l'Occident et les islamistes wahhabites...

 

-> Plus généralement, tous les pays non-serbes de l'ex-Yougoslavie ont refusé de soutenir la Palestine. Une preuve, s'il en fallait encore, que le démantèlement de la Yousgoslavie, puis de la Serbie, par l'Occident, était motivée par la volonté de détruire un rival puissant, et de le remplacer par plusieurs petits Etats alignés sur l'Amérique (ou sur l'Allemagne pour la Croatie). Bosnie, Slovénie, Croatie, Macédoine, Monténégro (et bientôt le Kosovo?) sont autant d'alliés fidèles de Washington à l'ONU: le découpage des Balkans n'était pas une opération humanitaire, mais bien une volonté de soumettre à la région à l'ordre wahhabite et occidental. 

 

 

 

* Cette réislamisation est d'inspiration wahhabite, une interprétation très rigoriste de la religion. Les islamistes qui la mettent en oeuvre s'opposent à l'islam traditionnel hérité de l'Empire Ottoman, tolérant et plus ouvert. Des mosquées ottomanes ont d'ailleurs été détruites à plusieurs reprises par les islamistes en Bosnie et au Kosovo, qui les ont remplacées par des monuments d'architecture saoudienne... 

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