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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 00:08

Les récentes victoires du groupe islamiste EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) étaient parfaitement prévisibles. Elles sont la conséquence logique de l'invasion américaine de 2003, mais aussi plus généralement du double-jeu de l'Occident vis-à-vis des groupes djihadistes. La brutale attaque des djihadistes pourrait bien marquer la destruction définitive du pays, et bouleverser le paysage géopolitique de la région.

 

Comment les Américains ont détruit l'Irak

 

Disons le clairement, et répétons-le autant de fois que nécessaire: les Occidentaux en général, et les Américains en particulier, portent une écrasante responsabilité dans les malheurs qui frappent aujourd'hui l'Irak. Naturellement, Saddam Hussein a commis des erreurs terribles, la plus grave ayant été l'agression presque gratuite de l'Iran (soutenue, du reste, par Washington et Paris). Les massacres de Kurdes, la rupture avec le Baas syrien ou l'invasion du Koweït sont également à mettre au compte du dictateur déchu.

Néanmoins, l'Irak restait dans les années 1980 un pays relativement stable, qui aurait pu se reconstruire après la guerre désastreuse contre l'Iran.

Mais en maintenant le pays sous embargo plusieurs années durant, les Occidentaux ont accentué sa ruine. Ces sanctions, responsables de la mort de plus de 500 000 civils irakiens, ont par ailleurs profondément marqué toute une génération. Une génération élevée dans la famine, la misère et la haine de l'Occident qui les lui infligeait, une génération que l'on retrouve aujourd'hui largement dans les groupes djihadistes qui ravagent le pays.

L'invasion américaine de 2003, fondée sur des mensonges éhontées, a été le coup de grâce. Sagement, la France a combattu cette guerre, s'exposant à la vindicte des bellicistes américains.

Il n'a fallu que quelques mois aux Occidentaux pour gagner cette guerre, mais ils n'ont jamais su gagner la paix. En faisant tomber Saddam Hussein, puis en le faisant tuer d'une manière particulièrement humiliante, ils ont créé de terribles fractures au sein de la société irakienne. En détruisant tout l'appareil d'Etat baasiste, ils ont privé le pays de sa structure de fonctionnement. En encourageant le séparatisme, ils ont brisé l'unité de cette nation multiethnique et multiconfessionnelle. En un mot comme en mille, c'est à la destruction barbare et irréfléchie d'un pays que l'on a pu assister.

Le processus est désormais irréversible. On ne peut reconstruire ce qui a été brisé. Mais on peut à tout le moins en tirer des leçons: ceux qui prêchaient pour une intervention occidentale en Syrie devrait méditer sur le triste exemple irakien. Ajoutons d'ailleurs que les groupes qui s'emparent aujourd'hui de l'Irak sont les mêmes qui ont combattu Bachar al-Assad en Syrie, recevant de ce fait le soutien de l'Occident...

L'avenir incertain d'un Irak au passé brisé

Perspectives nationales et régionales

 

Des trois possibilités d'évolution de la situation se dégagent: une victoire des djihadistes, une victoire provisoire de l'armée irakienne, ou l'éclatement du pays. Dans tous les cas, nul doute que les rapports géopolitiques de la régions en seront sensiblement affectés.

Il y a tout d'abord un scénario catastrophe, qui verrait les djihadistes s'emparer de l'ensemble du pays et y instaurer leur tyrannie. Ce scénario est redouté par tous les pays de la région (en particulier l'Iran, qui se verrait coupé de ses alliés chiites au Liban et en Syrie), et a finalement peu de chances de se réaliser.

Le scénario "optimiste" serait une victoire des troupes loyalistes sur les djihadistes et la reprise en main du pays. C'est possible, en particulier si le gouvernement de Bagdad reçoit l'aide de l'Iran. Mais ce ne serait qu'une victoire sans lendemain, car les profondes fractures qui divisent le pays persisteraient. Le gouvernement irakien est l'héritier des "collabos" qui ont applaudi et soutenu l'intervention et l'occupation américaines. Corrompu et autoritaire, il n'est reconnu ni par les sunnites laïques (qui ne lui pardonnent pas la persécution du Baas et de ses alliés), ni par les Kurdes (qui cherchent leur autonomie locale), ni par les islamistes (qui lui reprochent son atlantisme). Il sera donc incapable à moyen terme de garantir la stabilité du pays.

Le troisième scénario, le plus probable, est celui d'une partition progressive du pays. On peut prévoir un territoire kurde plus ou moins indépendant au nord; allié de la Turquie, il serait un gage de stabilité dans la région et se développerait rapidement grâce au pétrole. Au sud, un territoire chiite sous protection iranienne pourrait se dessiner; pour résister aux assauts du nord, il aurait besoin de l'aide de l'Iran et perdrait de fait toute indépendance. Reste à savoir ce que deviendrait le centre du pays. Et les perspectives sont assez sombres. Les sunnites laïques du Baas ayant été persécuté (ou s'étant rallié au fondamentalisme), ce sont les groupes islamistes qui ont le plus de chances de tenir le terrain, et notamment le terrible EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, ancienne filiale d'Al-Quaïda).

Cette situation serait particulièrement dangereuse pour la Syrie voisine, qui vient juste de triompher de ces groupes djihadistes, et qui pourrait se voir à nouveau confronter à leurs assauts. L'Iran aussi se verrait menacer, ainsi que la Turquie. Quant aux autres territoires irakiens, ils leur faudra batailler pour garder les villes frontalières - Mossoul pour les Kurdes, Bagdad pour les chiites. Cette nouvelle donne pourrait être d'ailleurs l'occasion d'un rapprochement inédit entre la Turquie, le Kurdistan irakien et l'Iran.

Notons dans tous les cas quelques grands perdants du processus: les chrétiens, tout d'abord, autrefois protégés par Saddam Hussein, et qui ont été massivement tués ou chassés du pays depuis l'intervention américaine. Les Turkmènes, ensuite, qui se verraient coincés entre les djihadistes arabes et les nationalistes kurdes. Les sunnites laïques, enfin, et notamment les anciens militants du Baas, haïs tant par les chiites et les Kurdes que par les groupes islamistes.

 

* * *

Y-a-t'il un moyen de sauver l'Irak? Non. Si le pays sort de ses épreuves, ce sera seul. Les Américains, fidèles à leurs méthodes, envisagent un bombardement.

Mais une intervention étrangère, qu'elle vienne de l'Occident ou des pays arabes, ne pourrait qu'aggraver la situation. Tout au plus peut-on imaginer une coopération entre les pays voisins (Iran, Turquie, Syrie) pour tâcher d'enrayer la machinerie djihadiste. Ce pourrait même être l'occasion pour l'Iran de revenir dans les bonnes grâces occidentales, en jouant un rôle stabilisateur dans la région. Mais l'Irak ne sortira pas pour autant de la misère et des divisions ethniques et religieuses. Rien n'est plus facile que désintégrer une nation en difficulté; rien n'est plus dur que de la reconstruire le moment venu...

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