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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 19:27

Maduro-et-Chavez.jpg

 

Les Vénézuéliens se sont prononcés : la victoire de Nicolas Maduro, héritier idéologique du défunt président Hugo Chavez, a été acquise d’une courte tête. Avec la défaite d’Henrique Capriles, le camp libéral, atlantique et capitaliste a du s’incliner. Mais que les chavistes ne crient pas victoire si vite ! L’Histoire regorge de ces amis, ces confidents, ces disciples de grands chefs d’État qui, à peine arrivé au pouvoir, détruisent l’héritage de leurs prédécesseurs. Nicolas Maduro pourrait parfaitement, et peut-être même sans s’en rendre compte, réduire à néant l’œuvre d’Hugo Chavez en croyant la protéger. 

 

La suite de mon article est consultable sur Ragemag.

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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 14:47

La mort de Hugo Chavez est une triste nouvelle pour le peuple vénézuélien, bien sûr, mais aussi pour tous ceux dans le monde qui partageaient son combat social, patriote, populiste et anti-impérialiste. 

 

 

Le président vénézuélien était avant tout un socialiste - un vrai, comme il n'en existe plus en Europe. Toujours élu démocratiquement, il était très aimé pour avoir redonné la parole et le pouvoir au peuple. Les revenus du pétrole ont été repris aux grandes multinationales, et utilisés pour le développement du pays. Une politique sociale et économique ambitieuse a permis de réduire les écarts entre les plus riches et les plus pauvres, et d'assurer une aide minimale (éducation, santé...) à ces derniers. 

 

Ce combat pour l'égalité sociale, Hugo Chavez le tirait aussi de sa foi catholique. Certes, il dénonçait l'idée de dogme religieux, et les dérives de l'Eglise en tant qu'institution. Mais il ne manquait jamais de se référencer à Jésus Christ, en qui il voyait le "premier des révolutionnaires". Une certaine vision du christianisme, sain, défenseur des pauvres et des opprimés, combattant l'injustice et le vol. 

 

Hugo Chavez était un patriote, qui a toujours rejeté l'ingérence étrangère dans son pays. Ils n'a jamais pardonné aux Etats-Unis leur tentative de le renverser en 2002 - tentative déjoué par le peuple vénézuélien, qui est intervenu pour sauver son président. Et les Etats-Unis ne lui ont jamais pardonné d'avoir utilisé les richesses du pétrole pour son peuple, plutôt que pour leurs grandes entreprises. 

 

C'était aussi un anti-impérialiste convaincu. Alors que les pays arabes gardaient un silence embarassé, il avait condamné haut et fort la politique coloniale du gouvernement israélien. Aux côtés de Vladimir Poutine ou de Christina Kirchner, il avait combattu l'impérialisme américain. Sans crainte des représailles, il avait dénoncé les agressions occidentales envers l'Irak, la Libye, et plus récement, les tentatives de déstabilisation de la Syrie. 

 

Dans le fond, Hugo Chavez était l'héritier des grands anti-impérialistes du XXème siècle: ceux qui refusaient la soumission aux Empires, qui voulaient réserver les richesses de leur pays à leur peuple, et défendaient un modèle de développement national, populiste et solidaire. De Juan Peron à Bourguiba, de Kemal Atatürk à Nasser, de Charles de Gaulle à Thomas Sankara, ce sont là des hommes qui ont marqué leur pays et servi d'exemple au monde. 

 

Enfin, il était un homme, pas infaillible, et qui a pu connaitre des faiblesses et des échecs: des propos parfois maladroits, un bilan médiocre en matière de sécurité, une certaine indulgence face à la corruption, une économie trop centrée sur le pétrole. Mais existe-t-il un seul grand homme qui n'ait jamais commis d'erreur? 

 

 

Il faut dénoncer la propagande des médias occidentaux qui, à la mort de Chavez, ont cherché à le salir. Il faut aussi éviter de sombrer dans l'idolâtrie, ou d'en faire un modèle à suivre en tout point. Il faut simplement rendre hommage à un dirigeant qui, pendant près de 14 ans, a protégé l'indépendance de son pays et les intérêts de son peuple. 

Le grands hommes de l'histoire ont souvent été trahi par leurs héritiers. Espérons que Nicolas Maduro, successeur désigné de Hugo Chavez, sera une exception confirmant la règle...

 

 

 

En complément: un excellent communiqué de Nicolas Dupont-Aignan, réagissant à cette triste nouvelle. 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:06

Sous le regard consterné des stratèges américains et de leurs idiots utiles, les libéraux-libertaires européens, Hugo Chavez s'est vu offrir un quatrième mandat présidentiel par le peuple vénézuélien. C'est une bonne nouvelle pour le Vénézuéla, et plus encore pour les nations libres; c'est une mauvaise nouvelle pour les impérialistes et les mondialistes. Mais le Président réélu devra relever plusieurs défis de taille, s'il ne veut pas que les doutes qui frappent certains de ses compatriotes, se transforment en désillusion généralisée. 

 

Le Président Chavez après sa victoire, devant un portrait de Simon Bolivar. Ce dernier, nationaliste social et anti-impérialiste, a inspiré bien des chef d'Etats sud-américains...

 

 

Une victoire de la démocratie populiste

 

Hugo Chavez est le prototype du dirigeant populiste, c'est-à-dire défendant le peuple et le bien public, contre les intérêt particuliers des élites. C'est pourquoi ces élites (financiers, journalistes, patronat...) le diabolisent, et c'est aussi pourquoi ce peuple le réélit régulièrement. Hugo Chavez est probablement le chef d'Etat démocratique le plus diabolisé en Europe, alors même qu'il dispose d'une popularité bien plus large que n'importe quel dirigeant européen. 

En France, seul Jean-Luc Mélenchon a eu l'honnêteté, dans une tribune au Monde, de rétablir quelques vérités sur le régime chaviste, tribune que l'on peut synthétiser comme suit. 

 

Quoi qu'en disent ses adversaires, Hugo Chavez a été réélu démocratiquement, au cours d'un scrutin particulièrment suivi (81% de participation). Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, les élections se sont multipliées, et le pouvoir en place a toujours respecté leur résultat, même en cas d'échec. On peut toujours ratiociner en évoquant le clientélisme de cette campagne, c'est oublier que le clientélisme est inhérent à la démocratie. La liberté d'expression est respectée au Vénézuéla, et les médias sont d'ailleurs majoritairement privés et hostiles à Hugo Chavez. 

Les réussites sociales du gouvernement sont indéniables. Les secteurs autrefois détenus par des monopoles privés sont revenus dans le service public. Les infrastructures du pays ont été développées. Surtout, une politique sociale de redistribution des richesses a permis de réduire les inégalités qui frappaient la société vénézuélienne, devenue désormais la société la plus égalitaire de toute l'Amérique Latine. En 2011, l'institut de sondage "Gallup" classait le Vénézuéla comme le 6ème pays le plus heureux au monde...

 

Jean-Luc Mélenchon se garde bien de rajouter que Hugo Chavez a fait une admirable synthèse entre nationalisme populaire et christianisme social. Ce qui lui vaut les attaques, non seulement de la droite libérale, mais également de la gauche libertaire et anti-nationale

Ainsi les Occidentaux ont-ils tenté, à plusieurs reprises, de le faire passer pour antisémite. Une accusation vite ridiculisée par les juifs vénézuéliens, qui vivent parfaitement protégés par le pouvoir chaviste...

 

Beau joueur, le principal adversaire d'Hugo Chavez, Henrique Capriles, qui avait mené une belle campagne de terrain, a reconnu la victoire de son concurrent et l'a félicité. Il s'est montré ainsi bien plus honnête que ceux qui le soutenaient depuis l'étranger. 

 

 

Une nouvelle défaite des impérialistes

 

Si l'on peut se réjouir de la réélection de Hugo Chavez, ce n'est pas tant en raison de sa politique intérieure, que de sa diplomatie. Le Vénézuéla est à la pointe du combat anti-impérialiste qui a amené presque toute l'Amérique du Sud à se libérer du joug américain, et à combattre l'impérialisme de Washington. Il entretient d'ailleurs d'excellents rapports avec la Russie, l'Iran ou la Chine. 

 

En faisant tomber Hugo Chavez, et en le remplaçant par l'atlantiste Henrique Capriles, les Etats-Unis espéraient torpiller ce mouvement de fond, et reprendre le contrôle de l'Amérique Latine. Il aurait alors été facile de faire plier les autres pays de la région, comme le Brésil. 

L'opération est un échec. Quelques mois après l'élection de Vladimir Poutine, et alors que le régime syrien tient toujours debout, c'est un nouvel échec géopolitique pour l'impérialisme américain. On est loin de l'époque où Washington pouvait, au Chili, au Panama ou au Nicaragua, faire tomber les régimes rivaux comme des fruits mûrs!

 

L'alliance avec la Russie a été une des priorités de Hugo Chavez, au grand dam des Etats-Unis qui contrôlaient traditionnellement les Etats de la région. 

 

 

Un régime à étudier, pas à copier!

 

Faut-il, pour autant, réclamer un "Chavez français"? C'est là une fausse bonne idée. Un patriote français peut, il doit même, étudier le Vénézuéla et s'inspirer de ses réussites. Il ne doit pas en faire, pour autant, un idéal absolu, comme l'explique très bien Laurent Pinsolle

 

En premier lieu, le Vénézuéla n'est pas un modèle car il connaît encore de nombreuses failles. L'insécurité y est un problème dramatique, avec un des taux d'homicides les plus élevés au monde: 75/1000000 (à titre de comparaison, il est de 6/100000 aux Etats-Unis et de 1/100000 en France).  En accueuillant les terroristes des FARC, et divers trafiquants de drogue affiliés, Hugo Chavez a fait courir un grand risque à ses citoyens. 

La corruption est l'autre grand fléau du Vénézuéla. Les magouilles de nombreux proches du pouvoir empêchent un développement optimal de l'économie et entrainent le gaspillage de sommes énormes. Le bon score de Henrique Capriles est notamment dû à sa campagne anti-corruption, qui a touché les citoyens excédés par cette situation. 

 

À Caracas, la capitale vénézuélienne, le taux d'homicide atteint 105/100000, ce qui est très préoccupant. 

 

En passant même sur toutes ces faiblesses, Le Vénézuéla n'est pas la France. Il n'a pas la même histoire, ni la même culture, ni la même population. Son économie, reposant sur le pétrole et en pleine émergence, est différente. Sa situation sociale aussi. Des notions fortes en France, comme la laïcité ou l'assimilation républicaine, sont inconnues au Vénézuéla. Les contraintes géographique et géopolitiques ne sont pas les mêmes non plus. 

Enfin, les problèmes rencontrés diffèrent en partie. Certes, la main-mise d'une élite sur les richesses du pays est un problème commun aux deux pays. Mais la France doit affronter également la perte de souveraineté liée à l'Union Européenne, ou bien encore des tensions communautaires récurrentes, contre lesquelles Hugo Chavez seraient bien impuissant. 

 

 

Ce n'est donc pas comme un modèle qu'il faut regarder le Vénézuéla chaviste. Mais plutôt comme la preuve qu'un dirigeant s'appuyant sur le peuple, aimant son pays, peut réussir à lui rendre sa liberté et à vaincre les puissants. Plus qu'une source d'inspiration, Hugo Chavez est une source d'espoir. Un espoir qu'il ne doit pas trahir en ignorant les problèmes graves que traverse aujourd'hui son pays. 

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 14:53

L'ouverture de négociations entre le gouvernement colombien et les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), en guerre depuis 30 ans, peut paraître à première vue surprenante: les deux camps, en effet, rivalisaient jusque-là d'intransigeance. Pour le gouvernement colombien, il était hors de question de négocier avec des "terroristes"; les FARC, quant à elles, posaient de telles exigences à l'ouverture du dialogue que ce dernier paraissait condamné d'avance. Les négociations qui viennent d'être annoncées marquent-elles la fin de cette intransigeance partagée? Comme si les deux camps, conscients d'être de force égale, incapable de se détruire l'un l'autre, épuisé par 30 années d'affrontement, décidaient subitement de retourner à la raison...

 

 

De l'offensive des FARC à la contre-attaque gouvernementale: 30 ans de guerre totale

 

1982 marque le vrai début de la guerre civile colombienne; les FARC, jusque-là marginales et sans grand pouvoir de nuisance, revoient de fond en comble leur stratégie. Les fronts d'attaques se multiplient, les rebelles agissent dans les villes, et les méthodes du grand banditisme (enlèvements et trafic de drogue) permettent de financer le mouvement.

Surpris par cette offensive, l'armée colombienne vacille; les FARC prennent l'avantage à l'aube des années 1990. La capitale, Bogota, est menacée à plusieurs reprises. En 1998, après une série de victoires des rebelles, Andrés Pastrana est élu président de la République, sur la promesse d'un accord de paix avec les FARC.

Ces dernières obtiennent la création d'une vaste zone démilitarisée, qui leur servira de zone d'entrainement et de repli. Apparement à son apogée, la guerilla n'a cependant pas réussi à renverser le gouvernement; en réalité, son déclin s'annonce déjà. 

 

Les cercles rouges indiquent apprixomativement les principales zones d'influence de la guérilla des FARC. En rouge gras, le principal territoire sous leur contrôle, où se situe notamment la zone démilitarisée que leur avait accordée le gouvernement colombien. 

 

Les années 2000 marquent un changement de tendance. Initiée par Andrés Pastrana, la coopération avec les Etats-Unis s'intensifie sous le mandat d'Alvaro Uribe, président de 2002 à 2010. Le pacte est simple: la Colombie se soumet totalement aux Américains, dont elle devient un Etat-vassal; en échange, ces derniers lui apportent une aide militaire, économique et technologique d'ampleur. 

De plus, les méthodes criminelles des FARC finissent par lasser la population; les guerilleros semblent avoir oublié leurs idéaux révolutionnaires, au profit d'un trafic de drogue autrement plus juteux. Des groupes paramilitaires se créent, et à la terreur des FARC répond une terreur d'extrème-droite, plus ou moins couverte par le gouvernement Uribe.

 

Dès 2005, le gouvernement colombien fait plier les FARC et les repousse dans des zones hostiles (montagnes et forêts). De 2007 à 2010, plusieurs cadres importants de la guérilla sont éliminés. En juillet 2008, la libération de plusieurs otages importants des FARC, dont Ingrid Bettancourt, constitue une humiliation terrible pour la guérilla. L'armée colombienne semble en voie de l'emporter définitivement. 

 

 

2011-2012: le sursaut des FARC 

 

Le gouvernement colombien, cependant, a tout fait reposer sur la lutte militaire. La misère des paysans, les crimes des groupes paramilitaires, la violence de l'armée régulière: autant de problèmes qui n'ont pas été réglé, et fournissent un terreau favorable aux guérilleros. Ces derniers, par ailleurs, n'ont aucune perspective de retour à la vie civile, et continuent donc le combat, non pas par fanatisme, mais parce qu'ils n'envisagent pas d'autre mode de vie. 

En 2011, les FARC, que l'on croyait écrasées, se livrent à plusieurs attaques contre l'armée, et tissent des liens avec d'autres mouvements de trafic de drogue. 

 

La démobilisation des groupes paramilitaires pose également un gros problème au gouvernement colombien. Nombre de leurs combattants estiment insuffisante la prime qu'ils ont touchée pour leur démobilisation, et se livrent à des actes de rétorsion, comme des attentats. 

 

Ce n'est là qu'un baroud d'honneur; les FARC n'ont plus les moyens de menacer le gouvernement. Mais elles comptent tout de même près de 10 000 combattants, contrôlent de vastes zones de territoire colombien, et trempent dans toutes sortes de trafics. 

 

En 2012, la situation est donc la suivante: Juan Manuel Santos, président depuis 2010, a compris qu'il ne pourrait vaincre les FARC. Ces dernières, quant à elles, ont renoncé à prendre le pouvoir, et se sont repliées sur des activités de banditisme traditionnel. Après avoir failli, chacun à son tour, prendre le contrôle du pays, les deux adversaires sont proches du KO. Trop faibles pour se faire encore la guerre, trop forts pour se laisser vaincre. La négociation devenait alors indispensable. Annoncées en septembre 2012, les discussions devraient s'ouvrir en octobre suivant, en Norvège et à Cuba. 

 

 

Quelles négociations pour quelle paix?

 

Reste qu'on ne sait pas très bien sur quoi porteront les négociations entre le gouvernement colombien et les guerilleros. Politiquement, ces derniers savent très bien qu'ils ont échoué; la Colombie ne deviendra pas un Etat marxiste-léniniste, et d'ailleurs, il y a bien longtemps que ce combat ne les intéresse plus. 

De son côté, le gouvernement colombien ne pourra obtenir la paix sans l'aide des FARC, mais que peut-il leur offrir? Des réformes politiques? Peut-être, mais elles ne sont plus au coeur du conflit. 

 

Le Vénézuéla, allié informel des FARC, et le Chili, sorti d'une longue période de militarisme, encadreront les négociations entre les FARC et le gouvernement colombien. Ici leurs présidents respectifs, Hugo Chavez et Sebastiàn Pinera.

 

En fin de compte, la seule véritable concession que le gouvernement pourra faire aux FARC, est de leur permettre un retour progressif à la vie civile. Mais là encore, on ne sait pas trop ce qu'il pourrait proposer: en effet, les guerilleros vivent assez bien du trafic de drogue, et il faudrait alors que le gouvernement leur offre des primes, ou des emplois, qui leur assureraient une vie meilleure encore. Ce ne sera pas évident. 

 

Dans le fond, les deux camps négocient, non pas parce qu'ils ont envie d'obtenir la paix, mais plutôt parce qu'ils n'ont plus les moyens de mener la guerre. Beaucoup de prudence s'impose donc. Peut-être un compromis sera-t-il trouvé. Mais il est aussi possible que les FARC, ou les militaires colombiens, ayant repris du poil de la bête, décident de rompre des négociations qui s'annoncent bien ardues. 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 21:52

Ce n'est que le 7 octobre à venir qu'aura lieu l'élection présidentielle vénézuélienne, mais son importance est si capitale que d'ores et déjà chaque camps affute ses armes. Car ce n'est pas seulement l'avenir du pays qui est concerné par cette échéance électorale majeure, mais bien l'ensemble d'un monde multipolaire, dont le Vénézuéla est une pièce essentielle. On peut même affirmer, sans grande exagération, que cette élection sera la plus importante de l'année 2012, car de son issue dépendent des enjeux régionaux et mondiaux sans équivalent. 

 

Même si la campagne officielle pour l'élection présidentielle ne sera lancée que le 1er juillet, les deux candidats se sont d'ores et déjà lancés dans la course; tandis qu'Hugo Chavez renouvelle les grands discours qui ont fait son succès, son concurrent, Henrique Capriles, multiplie les déplacements de terrain. 

 

 

L'Etat chaviste fragilisé

 

Depuis 1998, Hugo Chavez est à la tête du Vénézuéla, dont il a entrepris la transformation profonde. D'inspiration tout à la foi socialiste, bolivarienne* et nationaliste, ce dirigeant populiste et populaire a mis fin aux monopoles des grandes compagnies financières et industrielles sur les richesses du pays. Entreprenant de les redistribuer efficacement, il a mis en oeuvre une politique sociale très poussée qui lui a apporté le soutien des classes populaires. 

Aidé par la rente pétrolière, Hugo Chavez a tenté de faire de son pays une puissance régionale de poids; avec un bilan tout à fait correct, qui lui permettait jusque-là de remporter chaque élection - à l'exception d'un referendum en 2007, perdu de peu.

 

Mais les dernières années ont vu la situation se compliquer pour le Président vénézuélien. La crise de 2008 a sérieusement entamé sa politique sociale; des salaires de fonctionnaires ont été gelés, des syndicats ont organisé de vastes manifestations.

En outre, la corruption et l'insécurité sont une véritable plaie pour le pays; le taux de meurtres (75 sur 100000) y est deux fois plus élevé qu'en Colombie voisinne, et quatre fois plus qu'en Irak. En accueillant des groupes "révolutionnaires", spécialisés dans le trafic de drogue, au Vénézuéla, Hugo Chavez a joué un jeu très dangereux. Le peuple victime des violences de ces groupes, pourrait le lui faire payer cher. 

 

Victime d'un cancer en 2011, Hugo Chavez est soumis à une sévère cure de soin, qui limite ses déplacements et ses contacts directs avec le peuple.  

 

Au Parlement, Hugo Chavez a perdu une partie de son influence; il était jusque-là soutenu par une coalitions de partis et de députés qui constituaient pour lui une solide base de soutien. Mais la défection de plusieurs personnalités (notamment Pompeyo Marquez et son "Mouvement vers le Socialisme") et partis a affaibli la coalition gouvernementale et l'image du Président vénézuélien. 

L'usure du pouvoir a bien affaibli ce dernier. Irascible et colérique, il s'est laissé allé récemment à des insultes envers son adversaire qu'il a qualifié de "porc", tout en refusant de débattre avec lui. 

En tête dans toutes les intentions de vote, le vieux chef garde encore toutes ses chances d'être réélu une nouvelle fois, mais son pouvoir est d'ores et déjà sérieusement ébranlé, et cette élection présidentielle sera pour lui une épreuve plus difficile qu'à l'habitude. 

 

 

Henrique Capriles et l'ombre de Washington

 

Le concurrent d'Hugo Chavez est peut-être le plus dangereux qu'il ait jamais affronté; jeune et souriant, chef du parti libéral Primero Justicia, Henrique Capriles se veut une personnalité rassurante. Prônant la démocratie et la réconciliation, il a été chargé par la Coalition pour l'Unité Démocratique d'être son candidat. Alliances des partis de droite, d'extrème-droite et de centre-gauche, cette coalition a pour objectif premier le départ du régime chaviste, dont elle se veut l'opposé. 

Ainsi donc, cette élection offre une véritable choix aux Vénézuéliens, entre deux alternatives totalement contraires. Mais le choix dépasse largement le cadre national, car derrière l'alternative que propose Henrique Capriles, se dessine l'influence des Etats-Unis. 

 

Le riche Etat du Miranda, situé au nord à côté de la capitale Caracas, votera très probablement massivement pour Henrique Capriles qui en est devenu le gouverneur en 2008.

 

Depuis la victoire d'Hugo Chavez, le Vénézuéla est le fer de lance de l'anti-américanisme en Amérique latine; reprenant les leçons de son allié Fidel Castro, le bouillant Président a multiplié les attaques contre l'impérialisme américain; il a initié un vaste mouvement qui a vu l'Amérique du sud, du Brésil à l'Equateur, de l'Argentine à la Bolivie, se libérer de la tutelle de Washington. 

Les Américains, qui ne pouvaient rester sans réagir, ont tenté plusieurs fois de renverser Hugo Chavez (notamment via le coup d'Etat avorté de 2002), en vain. L'élection d'Henrique Capriles, qui prône un modèle économique libéral et pro-américain, leur permettrait de renouer l'alliance avec le Vénézuéla et de briser l'élan socialiste et "bolivarien" de l'Amérique du sud. 

 

Plus globalement, le régime vénézuélien s'allie, dans le monde, à la plupart des régimes non-alignés ou hostiles aux Etats-Unis: Russie, Chine, Iran, Syrie, Algérie, Cuba... Être soutenus par un pouvoir socialiste et démocratique est un atout précieux pour nombre de ces pays.

Or, Henrique Capriles a très explicitement annoncé vouloir remettre en cause les relations du Vénézuéla avec plusieurs d'entre eux: Iran, Biélorussie ou encore Cuba. 

 

En réalité, les Etats-Unis ont tout à gagner à l'élection d'Henrique Capriles. Son modèle économique libéral permettrait à leurs entreprises de revenir s'implanter au Vénézuéla; la chute du régime Chavez les aiderait à reprendre pieds en Amérique latine; et faire revenir sous leur domination un Etat non-aligné, ferait oublier leurs échecs successifs en Irak, en Afghanistan et en Syrie. 

 

Mise en place en 2005 à l'initiative d'Hugo Chavez, l'Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) est au cours de la lutte contre l'impérialisme des Etats-Unis. En plus du Vénézuéla, qui en est le principal pilier, elle regroupe l'Equateur, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua et plusieurs îles des Caraïbes. 

 

 

Nul doute que l'élection présidentielle vénézuélienne sera suivie dans le monde entier, et que toutes les grandes puissances chercheront à favoriser un résultat qui leur soit agréable. Alors que les Etats-Unis et la Colombie chercheront à soutenir Henrique Capriles par tous les moyens (y compris en favorisant des troubles internes pour déstabiliser le Vénézuéla), les pays anti-impérialistes d'Amérique latine et du reste du monde soutiendront Hugo Chavez. La victoire de ce dernier semble d'ailleurs probable, mais il ne sortira pas indemne d'une confrontation aussi franche entre deux modèles de société opposés, porteurs d'énormes enjeux internationaux. 

 

 

 

* Simon Bolivar, né au Vénézuéla en 1783, a développé une idéologie nationaliste, sociale et anti-impérialiste, qui a inspiré un grand nombre de chefs d'Etat, en Amérique latine mais aussi dans le reste du monde.

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 19:17

 

 

S'en prenant à Viktor Orban, le Premier Ministre hongrois, Daniel Cohn-Bendit a usé d'une comparaison scandaleuse. "Dany le Rouge" est-il légitime pour émettre de tels jugements? Pourquoi s'en prend-il plus spécialement à la gauche latino-américaine?

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:35

Les Etats-Unis ont beau jeu, en ce dixième anniversaire des attentats du World Trade Center, de peaufiner leur image d'Etat victime, dans une propagande larmoyante assidûment reprise par leurs alliés occidentaux. Ils permettent ainsi de faire oublier que le 11 septembre marque également la date d'un coup d'Etat militaire au Chili dont ils furent les complices. Le renversement d'un gouvernement démocratiquement élu, avec la complicité de la C.I.A., permit l'établissement au Chili d'une dictature sanguinaire, chapeautée d'une main de fer par le général Augusto Pinochet. Le drame de ce petit pays, si loin de nous, reste encore peu connu; pourtant, aujourd'hui encore, le Chili porte les séquelles de ce coup d'Etat, pour lequel les Américains n'ont jamais présenté d'excuses. 

 

A peine élu, les jours du nouveau président étaient compter: Richard Nixon et Henry Kissinger ne pouvaient laisser passer ce qu'ils avaient vécu comme une grave humiliation...

 

Salvador Allende: le caillou dans la botte sud-américaine de Washington

 

La situation chilienne n'inquiétait guère les Etats-Unis jusqu'en 1970; République parlementaire depuis plusieurs décennies, le pays était alors, comme tous les Etats d'Amérique du Sud, un de leurs alliés loyaux, stable et prometteur. Aussi, l'élection du socialiste Salvador Allende à la tête du Chili provoqua un vif émoi à Washington. Richard Nixon refusa de féliciter son homologue, et ordonna immédiatement à la C.I.A. de se mettre en action pour discréditer et chasser celui qu''il qualifiait de "fils de pute"; Henry Kissinger résuma la position américaine ainsi: "l'élection d'Allende [...] nous pose un des plus sérieux défis jamais rencontrés dans cette hémisphère".

Salvador Allende n'était pourtant pas un grand danger pour l'Amérique. Si son gouvernement comprenait quelques ministres communistes, lui-même était plus proche des sociaux-démocrates; c'est d'ailleurs en promettant de respecter la constition du pays et les libertés fondamentales qu'il avait reçu le soutien des centristes. Mais Kissinger craint "l'effet domino": le passage d'autres pays d'Amérique Latine au socialisme, et peut-être un jour, au communisme!

 

Un coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis

 

La C.I.A., qui avait déjà financé le candidat de droite Alessandri, s'attaque alors au nouveau gouvernement de gauche. Elle se heurte dans un premier temps au général René Schneider, chef des armées chiliennes, légaliste et hostile à tout coup d'Etat. Ce gêneur, mortellement blessé fin 1970, lors d'une tentative d'enlèvement, sera vite éliminé. Son remplaçant n'est autre qu'un certain Augusto Pinochet...

Les Américains se lancent alors dans une importante campagne de déstabilisation, qui frappe tous azimuts: financement des journaux de droite, arrêt des investissements et exportations, propagande insidieuse, ordre à la Banque Mondiale de stopper ses prêts. En quelques années, la situation sociale du Chili se dégrade considérablement. Dans le même temps, la C.I.A. apporte un soutien logistique et financier à l'armée qui, sous la coupe de Pinochet, compte renverser le gouvernement de gauche à la faveur de la crise. 

 

Réfugié dans son palais, Salvador Allende a-t-il été tué par sa propre armée, ou s'est-il suicidé? Le mystère demeure...

 

C'est donc le 11 septembre 1973 qu'aura lieu le renversement de Salvador Allende; au petit matin, l'armée chilienne prend le contrôle du port de Valparaison et annonce la déchéance du gouvernement démocratiquement élu trois ans plus tôt. Le président se réfugie dans le palais présidentiel, d'où il tente d'organiser un semblant de résistance; bombardé par sa propre armée, Allende meurt au terme de l'assaut. 

L'armée chilienne, sur les ordres d'Augusto Pinochet, lance une vague de représsion massive contre les communistes chiliens, dont les noms lui avaient été communiqués par la C.I.A. Des milliers de civils sont tués, arrétés, torturés; ainsi débute, dans le sang, et avec la lourde complicité des Etats-Unis, une dictature militaire qui ne tombera que 18 ans plus tard, en 1989...

 

Le lourd traumatisme d'un pays

 

Lorsque le général Pinochet est contraint de quitter le pouvoir, en 1990, le Chili semble renouer avec la liberté. 20 ans plus tard, il apparaît pourtant que le pays souffre toujours terriblement des séquelles de cette époque. Les dirigeants et tortionnaires du régime militaire n'ont ainsi jamais été poursuivis ni inquiétés, et Augusto Pinochet lui-même, déclaré mentalement irresponsable, fut relâché par la cour chargée de le juger. Le viuux général meurt en 1996, sans avoir été condamné pour ses crimes. Le bilan des militaires chiliens est pourtant extrèmement lourd: les escadrons de la mort, la police politique et les services secrets se sont rendus coupables de milliers de cas de torture, viol, enlèvement, disparition et assassinat, non seulement au Chili, mais également dans le reste de l'Amérique Latine. Même les Etats-Unis et l'Europe auront été frappés par ces actes meurtiers. 

 

Après les réformes sociales de Ricardo Lagos, Michelle Bachelet, élue en 2006, déçoit le peuple chilien. Les problèmes économiques hérités des années 1970 perdurent, et le pouvoir manque de volonté. Des dissidences se créent à gauche, regroupant les déçus du socialisme sauce Bachelet. Ces difficultés permettent l'élection, entre 2009 et 2010, de l'homme d'affaire Sebastian Pinera. Surnommé "le Berlusconi chilien", ce libéral de droite se distingue en intégrant d'anciens hommes de Pinochet dans son équipe; la situation sociale continue de se dégrader terriblement. S'il joue sur des coups médiatiques, tels l'union des homosexuels ou le sauvetage de 33 mineurs chiliens, le gouvernement se montre incapable de répondre à la crise sociale et économique. La jeunesse chilienne manifeste depuis plusieurs mois, réclamant un meilleur accès à l'éducation et aux services publics. Passée inaperçu à l'heure des révolutions arabes et des émeutes anglaises, ce mouvement de contestation ne semble pourtant pas prêt de s'affaiblir...

 

La jeune et jolie communiste Camila Vallejo est à la tête du mouvement de contestation qui touche le Chili depuis trois ans. Le salut viendra-t-il de la jeunesse?

 

 

Le 11 septembre aura été pour le Chili une date autrement plus funeste qu'elle n'a pu l'être pour les Etats-Unis. Le coup d'Etat, préparé par la C.I.A. et approuvé par Washington, des militaires chiliens, a saboté une démocratie en plein essor. En plus des profondes blessures morales et politiques dont le pays souffre toujours, il a vu sa croissance économique et son modèle social brisés en vol. Près de 20 ans après la fin de la dictature, le Chili peine toujours à s'en relever, bien qu'en meilleure posture que beaucoup d'autres pays de la région; sa jeunesse qui se soulève manifeste plus son desespoir que sa volonté de changement. Crise sociale, morale et politique: la difficile situation du Chili doit beaucoup aux Etats-Unis. Au lieu de s'apitoyer sur le sort de son pays, on aimerait que Barack Obama profite de ce 11 septembre pour faire au Chili les excuses qu'il lui a toujours refusées. 

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 17:26
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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 01:13

Reportage intéressant (pour les locuteurs de la langue de Shakespeare, les autres m'excuseront de n'avoir pas trouvé de version traduite en français),  sur les discriminations subies par la communauté noire au Brésil, et qui montre bien que ce modèle multiculturel tant donné en exemple cache aussi des aspects bien plus sombres. 

 

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