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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 19:07

La France a découvert à l'occasion de l'Eurovision ce petit pays à la forte personnalité, indépendant depuis 1991: l'Azerbaïdjan, verrou du Caucase oriental. Riverain de la mer Caspienne, il se situe au croisement de deux axes: celui qui relie l'Asie à l'Europe, celui qui relie le Moyen-Orient aux plaines russes. De ce fait, l'Azerbaïdjan (comme son rival arménien) a connu l'influence des trois grands empires qui l'ont entouré: l'Empire perse, dont il a adopté la religion; l'Empire turc, dont il a gardé la langue; l'Empire russe, dont il a fait partie deux siècles durant. Aujourd'hui indépendant, l'Azerbaïdjan n'en mène pas moins une géopolitique complexe, non seulement entre les héritiers de ces empires (Iran, Turquie, Russie), mais également entre deux voisins au sort similaire: l'Arménie et la Géorgie. 

 

Terre de constraste, l'Azerbaïdjan se présente comme une plaine côtière (dont le niveau est parfois inférieur au niveau de la mer) entourée de montagnes escarpées et de hauts plateaux. Sur les douze types de climats repertoriés dans le monde, le pays en compte d'ailleurs neuf (tempéré, continental, semi-aride, subtropical...)

 

 

L'originalité d'une civilisation

 

La paticularité azerbaïdjanaise remonte à loin. Déjà en 1918, libéré de la Russie tzariste par la Première Guerre mondiale, il donnait naissance à la première république démocratique, laïque et libérale, de l'histoire du monde musulman. Soumise aux coups de boutoir des Russes blancs et rouges, la République démocratique d'Azerbaïdjan intégrait l'URSS deux ans plus tard. Elle y perdait son indépendance, mais y gagnait une certaine stabilité (ainsi que le Haut-Karrabagh, région peuplée d'Arméniens, mais donnée par Staline à l'Azerbaïdjan). 

 

Depuis son indépendance, le pays offre un visage multiface. La conversion au capitalisme américain le plus débridé n'a pas fait disparaitre de vieux réflexes soviétiques: société laïcisée, femmes émancipées, bureaucratie centralisée, autoritarisme politique. Heydar Aliev (ancien vice-Premier Ministre de l'URSS) en a été le premier président; c'est aujourd'hui son fils, Ilham Aliev (élu avec le score édifiant de 89% des voix) qui dirige le pays d'une main de fer. 

Mélange de races turques, slaves et caucasiennes, les Azéris forment une société profondément unie par son nationalisme. 

 

Mélange d'architectures hausmannienne et orientale, soviétique et méditerranéenne, Bakou, la capitale du pays, en symbolise la diversité culturelle. 

 

Le pétrole de la mer Caspienne offre à l'Azerbaïdjan une manne précieuse, qui lui a permis de s'enrichir en quelques années; le pays se modernise, mais si la capitale, Bakou, offre le visage d'une cité riche et prospère, de graves inégalités perdurent. La pauvreté des banlieues lointaines et des campagnes reste préoccupante. 

 

 

Un environnement régional dangereux

 

L'Arménie, voisine occidentale de l'Azerbaïdjan, en est l'adversaire principal; la rivalité qui opposait les deux Etats, du temps de l'URSS, a dégénéré en guerre civile après leur indépendance. La cause principale du conflit en est le Haut-Karrabagh. Cette région appartient à l'Azerbaïdjan depuis 1921; mais, peuplée majoritairement d'Arméniens, elle a fait sécession en 1991, soutenue par l'Arménie. 

Cette décision a entrainé une guerre entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, au cours de laquelle des massacres atroces ont été commis de part et d'autre; après que la Russie eut négocié un cessez-le-feu en 1994, les troupes arméniennes ont gardé le contrôle du Haut-Karrabagh. Bakou se bat depuis pour récupérer cette province qui lui appartient toujours en droit. 

 

La région autonome du Nakhitshevan est séparée du reste de l'Azerbaïdjan par l'Arménie. Elle permet à Bakou de conserver une frontière terrestre (de 9 Km) avec son allié turc. 

 

Au sud, l'Iran est l'autre grand adversaire des Azerbaïdjanais. Allié de l'Arménie, il soulage cette dernière du blocus que lui impose la Turquie. Sans reconnaitre l'annexion du Haut-Karrabagh, il refuse toutefois de prendre parti pour l'Azerbaïdjan. 

La religion commune (islam chiite) des deux Etats n'aide en rien leurs relations; les Azéris n'aiment guère le conservatisme iranien, et Bakou se méfie de l'influence religieuse de son voisin. De son côté, l'Iran craint le séparatisme de ses populations azéries. Enfin, les deux Etats se disputent le pétrole de la mer Caspienne. 

 

Au nord, la Russie est un partenaire difficile pour l'Azerbaïdjan, qui lui reproche régulièrement de prendre parti pour l'Arménie. D'autre part, le pétrole et le partage des eaux de la mer Caspienne sont, une fois encore, source de tension entre les deux Etats (La Russie et l'Iran faisant alors cause commune contre leur petit voisin). 

En fin de compte, l'Azerbaïdjan se méfie de l'axe "Russie-Arménie-Iran", qui le coupe de la Turquie et affaiblit sa position régionale. Mais il continue de coopérer avec les Russes, dont il est un partenaire économique et militaire solide, et dont il partage la crainte des islamistes. 

 

Etape essentielle sur la route du pétrole, l'Azerbaïdjan est tiraillé entre les demandes concurrentes de la Russie, de l'Occident, de la Turquie et de l'Iran. 

 

 

Turquie, Israel, Serbie: une diplomatie d'alliances pragmatiques

 

Entourée de voisin hostiles - à l'exception de la Géorgie qui lui est indifférente - l'Azerbaïdjan peut compter sur le soutien durable et solide de la Turquie. Beaucoup d'Azéris se considèrent d'ailleurs comme pleinement turcs. C'est pour soutenir sa "petite soeur" qu'Ankara a rompu ses relations diplomatiques avec l'Arménie. Le projet de Gazoduc transanatolien (qui doit faire transiter le gaz de la mer Caspienne jusqu'à l'Europe, en passant par la Turquie), rapproche également les deux Etats. 

Cependant, le réconciliation avec l'Arménie entamée par la Turquie inquiète beaucoup l'Azerbaïdjan, qui craint de se voir délaissé par sa vieille alliée. Aussi tente-t-il de diversifier ses alliances, parfois surprenantes. 

 

Israel est ainsi l'un des principaux partenaires de l'Azerbaïdjan. Il n'existe aucun contentieux de taille entre les deux Etats, et leur hostilité commune à l'Iran contribue à les rapprocher. Tel-Aviv est un des principaux fournisseurs d'armes de l'Azerbaïdjan qui, en retour, s'abstient généralement de prendre parti contre lui. Mais les tensions entre Israel et la Turquie ont compliqué la position des Azerbaïdjanais, solidaires des Turcs, mais dépendant des Israéliens. 

D'autre part, la population azérie reste majoritairement hostile à l'Etat hébreu, et cette alliance pourrait donc se voir remise en cause dans les années à venir. 

 

Face à l'axe "Russie-Arménie-Iran" (en bleu, du nord au sud), l'Azerbaïdjan (en vert) peut compter sur des alliés solides mais disparates (en orange): Turquie, états turcophones d'Asie Centrale, Serbie, Israel. 

 

Plus surprenante encore est l'alliance avec les Serbes. On aurait pu croire que la Serbie, alliée de la Russie, chrétienne orthodoxe comme l'Arménie, prendrait parti pour cette dernière. Mais, confrontée elle-même à un cas de séparatisme armé (au Kosovo), la Serbie a développé avec l'Azerbaïdjan des relations de solidarité très solides. Cette amitié est cependant bien plus ancienne: durant la Seconde Guerre mondiale, une brigade azérie avait combattu les Nazis aux côtés des Serbes.

Belgrade a toujours voté en faveur de l'Azerbaïdjan à l'ONU; de son côté, ce dernier a fermement condamné la déclaration d'indépendance du Kosovo, et refuse bien naturellement de le reconnaitre comme Etat (n'hésitant pas à prendre parti contre la Turquie). 

Les deux pays ont réitéré en novembre 2011 leur solidarité, et envisagent de supprimer le régime des visas l'un pour l'autre. 

 

Les Etats-Unis restent un allié distant mais solide de l'Azerbaïdjan. Dans les années 1990, on pouvait même penser qu'ils seraient le quatrième empire influençant le pays. Mais ils refusent de prendre parti contre l'Arménie, et l'alliance est avant tout économique et commerciale.  

 

 

La gentillesse et l'hospitalité des Azéris aident beaucoup à mieux connaitre la culture, les traditions, la cuisine ou la langue de ce peuple aussi contrasté que son pays.

 

La France, quant à elle, entretenait avec les Arméniens comme avec les Azerbaïdjanais une amitié solide, jouant un rôle de médiateur apprécié. Cependant, la loi sur le génocide arménien de 2011 a mis Bakou en colère et compromis ses relations avec Paris. Une maladresse d'autant plus regrettable qu'elle risque de coûter aux Français une position privilégiée dans le Caucase. L'Azerbaïdjan en est certainement l'Etat le plus prometteur, et l'on ne peut que souhaiter que la France se rapproche d'un pays aussi particulier que fascinant. 

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