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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 15:20

Parmi les grands hommes qui ont tenté de rendre au monde arabe sa dignité et son indépendance, il en est un dont l’histoire gagne à être connue. Hosni Zaïm fut un des premiers nationalistes arabes à prendre le pouvoir, avec un programme particulièrement ambitieux. Ses propres erreurs, mais aussi et surtout l’hostilité des forces conservatrices et des puissances étrangères, ont fait échouer son projet. Cette histoire tragique est un bon exemple de ces nombreuses opportunités de développement que les pays arabes ont manquées. La Syrie aurait-elle aujourd’hui un autre visage si le régime mis en place en 1949 par le général Zaïm avait pu se maintenir ?

 

Hosni Zaïm en tenue militaire. Il est à noter qu’au cours de son coup d’État et de sa présidence, pas une seule exécution n’a eu lieu, ce qui est exceptionnel dans le Moyen-Orient de l’époque.

 

Un parcours riche en expériences

Né dans une famille kurde d’Alep en 1897, Hosni Zaïm avait fait de brillantes études militaires (dont plusieurs années en France, à abc Saint-Maixent). En 1917 et 1918, au cours de la Première Guerre mondiale, il avait combattu les forces anglaises en Syrie au sein de l’armée ottomane. C’est en 1918 qu’il avait fait connaissance avec Mustafa Kémal, dont la personnalité l’avait fortement marqué.

Hosni Zaïm fut ensuite le premier officier syrien intégré dans l’armée française. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il fut placé par le régime de Vichy à la tête d’une brigade française et chargé de défendre la Syrie contre les forces anglaises et françaises libres. Quoi que ce fût un mauvais combat, il le mena avec courage ; arrêté par le Britanniques et placé en détention, il fut relâché en 1943. En 1945, Hosni Zaïm devint commandant en chef de l’armée syrienne.

Ce parcours original avait solidement forgé sa conscience politique. Il en avait retiré une très grande admiration pour Mustafa Kémal Atatürk et ses idéaux politiques, ainsi qu’une amitié profonde et sincère pour la France. Après l’indépendance de la Syrie, le pouvoir avait été pris par une clique de politiciens corrompus et incompétents. Hosni Zaïm s’était entendu avec plusieurs autres officiers – dont un certain Sami Hinnaoui, qui se présentait comme son ami : exaspérés par ce régime, ils étaient décidés à le renverser.

 

Le coup d’État

Le 23 mars 1949, l’armée syrienne qui revenait du front de Palestine marcha sur Damas et mit le Président de la République et les principaux ministres aux arrêts le 11 avril. L’opération, qui semble avoir reçu un discret soutien de la CIA, se fit sans verser la moindre goutte de sang et fut acclamé par la foule. Le 28 mai, Hosni Zaïm fut élu Président de la République à une écrasante majorité des voix.

La France républicaine, la Russie de Pierre le Grand et surtout la Turquie kémaliste étaient les grandes sources d’inspiration du général Zaïm. L’homme était un nationaliste convaincu : il voulait faire de la Syrie un État souverain et indépendant. Attaché au développement de sa patrie, il avait en tête de grands projets de réformes agraires, de construction d’industrie et de restructuration de l’administration. Progressiste, il voulait un État laïc et prévoyait d’éliminer certaines lois coraniques. Il fit voter le droit de vote des femmes et milita pour davantage de mixité. Enfin, Hosni Zaïm avait prévu de lancer un grand programme d’instruction du peuple et de scolarisation des jeunes Syriens.

Quant à sa politique étrangère, elle était multiforme : proche de la France et des États-Unis, le nouveau président combattait l’influence britannique sur son pays, et les monarchies arabes qui la propageaient. Bien qu’il eût dirigé les armées syriennes contre l’armée israélienne quelques mois auparavant, Hosni Zaïm voulait régler le conflit israélo-arabe par la diplomatie, et avait engagé des négociations avec Israel en vue de pacifier la région.

Ce programme (nationaliste, socialiste et laïc) inspiré du kémalisme préfigurait par beaucoup d’aspects ce que seraient la Tunisie de Bourguiba, l’Égypte de Nasser ou l’Irak du général Kassem. Il aurait pu faire de la Syrie un modèle pour le monde arabe, un État précurseur, en plein développement. Mais Hosni Zaïm dérangeait certains intérêts…

 

Une fin tragique

Dès les débuts du nouveau régime, les Britannique l’avaient regardé d’un mauvais œil. Hosni Zaïm avait au moins trois bonnes raisons de leur déplaire. Tout d’abord, il était francophile et proche des intérêts français au Levant. Ensuite, il n’aimait guère les Britanniques, qui l’avaient combattu et emprisonné en 1941. Et surtout, pour financer la restructuration du pays, il s’accorda avec l’Arabie Séoudite sur la construction d’un pipe-line entre le Golfe et la Méditerranée. Le Royaume-Uni était alors engagé dans une compétition féroce avec les États-Uns pour contrôler le pétrole arabe. Pour exporter leur production, les Américains devaient passer par le canal de Suez ou la Jordanie, sous contrôle britannique. La construction d’un pipe-line Arabie Séoudite – Syrie leur aurait permis d’envoyer leur pétrole en Méditerranée sans passer par les voies britanniques. À Londres, on ne pouvait tolérer cette menace sur un monopole juteux.

Par ailleurs, toute une clique réactionnaire s’était élevée en Syrie même contre le programme moderniste du président Zaïm. Les islamistes n’acceptaient pas son hostilité aux lois coraniques, ainsi que sa politique de laïcité et d’émancipation des femmes. Un certain nombre de monarchistes, partisans d’une union avec la monarchie irakienne, combattait ses idées nationalistes et républicaines. En fait, malgré le soutien du peuple, Hosni Zaïm s’était attiré la haine de cartels puissants et influents.

En juillet 1949, le Libanais Antoun Saadé, figure du nationalisme pan-syrien et poursuivi par le Liban pour « complot contre la sécurité de l’État » se réfugia à Damas. Après l’avoir accueilli, Hosni Zaïm finit par le livrer aux autorités libanaises. Ce n’était pas seulement une trahison peu glorieuse ; c’était surtout l’erreur que tous ses ennemis attendaient.

Le 14 aout 1949, sous prétexte de « venger » Antoun Saadé, un commando d’hommes en armes investit le palais présidentiel. À leur tête se trouvait Sami Hinnaoui, que Hosni Zaïm avait toujours considéré comme un frère. Des soldats entrèrent dans la chambre du président et l’emmenèrent vers une prison voisine où leurs mitraillettes le criblèrent de balles.

Le coup d’État, très vraisemblablement soutenu par les services secrets britanniques, fut suivi d’une violente répression. Sami Hinnaoui, nouveau président syrien, fit exécuter plusieurs ministres de l’ancien régime – avant d’être lui-même renversé quelques mois plus tard. La Syrie était entrée dans une ère de violence et d’instabilité qui ne prendra fin que 20 ans plus tard.

 

*   *   *

 

Malgré la brièveté de son mandat, Hosni Zaïm reste une figure importante du nationalisme syrien, et plus généralement du monde arabe. Ses erreurs (une politique trop proche des États-Unis ou la trahison d’Antoun Saadé) ont pu servir de leçon à ses précurseurs. Mais son échec est avant tout du à la terrible coalition des intérêts anglo-saxons, des monarchies conservatrices et des intégristes religieux. Une situation qui n’est pas sans rappeler la situation syrienne actuelle…

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 17:36

Le "génocide vendéen" est une vieille lubie des adversaires de la République et des ennemis de la France. Selon eux, ce crime de génocide, l'un des plus infâmes qui soient, aurait été commis en 1793 et 1794, lors de la répression du soulèvement vendéen. Quelques historiens, très minoritaires, ont également soutenu cette thèse. Mais elle est bien vague, n'a pas de vrai fondement historique, et montre bien combien le mot "génocide" est subjectif et imprécis. En revenant une nouvelle fois sur ce débat, on peut démontrer sans grand souci que la France a bien réprimé, avec une grande violence, l'insurrection vendéenne; mais qu'elle ne s'y est certainement pas rendu coupable de génocide. 

 

Vendee.JPG

La France en 1793: un Etat menacé de l'extérieur comme de l'intérieur. La Vendée est un des principaux foyers d'insurrection contre la République, formant avec les Chouans de Bretagne un bloc réactionnaire solide.   

 


Sur quoi la thèse du génocide s'appuie-t-elle? 

 

Les partisans de la thèse du génocide ne sont pas très nombreux, mais ils existent, et certains ont des arguments sérieux. Le plus crédible de tous est Reynald Secher qui, en 1986, a publié un ouvrage résumant cette position: La Vendée-Vengé, Le génocide franco-français. L'auteur y rappelle le contexte historique (en 1793, des révoltes paysanes dégénèrent en soulèvement anti-révolutionnaire; l'armée républicaine réprime cette insurrection dans le sang, au cours d'une véritable guerre civile, qui se termine en 1796) et se dit convaincu que la répression républicaine s'apparente à un génocide. 

 

Cependant, assez peu de preuves concrètes en sont données, à l'exception de deux ordonances et des témoignages des acteurs impliqués:

 

L'ordonnance du 1er aout 1793: votée alors que la crise est à son paroxysme, elle est souvent présentée comme la preuve d'une volonté génocidaire. Il est vrai que plusieurs articles de ce décret insistent sur l'écrasement des insurgés, par la violence, la saisie de leurs biens, et l'incendie et la destruction des forêts et des cultures. Mais ces mesures visent-elles l'ensemble de la population vendéenne? 

 

L'article 7 du décret déclare que "les femmes, les enfants, les vieillards seront conduits dans l'intérieur; il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté, avec tous les égards dus à l'humanité". L'hypothèse génocidaire se trouve de facto invalidée: lorsque l'on veut exterminer un peuple, on n'épargne pas les femmes, les enfants et les vieillards. De plus, le décret ne désigne jamais "les Vendéens", mais "les rebelles", ce qui est tout à fait différent. 

 

Il apparaît donc que l'ordonnance du 1er aout 1793, pour violente et brutale qu'elle soit, n'a rien d'un acte législatif génocidaire. 

 

L'ordonnance du 1er octobre 1793: beaucoup plus courte que la loi précédente, elle réclame que les "brigands" soient "exterminés". Elle est votée à la suite d'un long discours de Bertrand Barère, qui répète à plusieurs reprise cette phrase terrible: "détruisez la Vendée!" 

 

Pour autant, la loi en elle-même ne contient aucun appel au massacre, ne visant que les "brigands". C'est donc le discours de Barère que les partisans de la thèse du génocide ciblent, y voyant des appels au meurtre de masse et à la destruction. Ce n'est pas faux; mais le discours précise aussi qu'il s'agit "d'environ 100.000 brigands" à écraser (et non de la population civile de son ensemble), et rajoute même qu'il faut "faire punir, d'après vos décrets, les faits de pillage et d'indiscipline qui détruiraient nos succès, ou déshonoreraient les victoires, s'ils pouvaient être plus longtemps tolérés". De plus, Barère incite les civils vendéens à rallier la République: "un mot d'encouragement à tous ceux qui, dans cette campagne, chasseront tous les brigands intérieurs ou étrangers". 

 

L'ordonnance du 1er octobre 1793 n'a donc aucun aspect génocidaire. Et le discours qui l'a inspirée, s'il appelle à la destruction de la Vendée, ne prône pas la violence contre la population civile. 

 

L'ordre du jour du 21 janvier 1794 du général Grignon, commandant de la 2ème Division: "je vous donne l'ordre de livrer aux flammes tout ce qui est susceptible d'être brûlé et de passer au fil de l'épée tout ce que vous rencontrerez d'habitants". 

 

Terribles et violentes directives. Mais dont l'effet doit être nuancé par deux remarques: d'abord, c'est là l'ordre isolé d'un des commandants militaires locaux; ensuite, il s'agit probablement plus d'une volonté de terroriser la population dans un contexte de guerre civile, que d'une tentative planifiée d'exterminer un groupe racial, ethnique ou religieux. 

 

Le témoignage du général Westerman, dans une lettre envoyée à la Convention le 23 décembre 1793: "il n’y a plus de Vendée, citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les bois et les marais de Savenay. Suivant les ordres que vous m’avez donnés,j’ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, et massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé."

 

Encore une fois, la violence des mots ne doit pas faire oublier à quoi l'on a affaire: les fanfaronnades d'un soldat qui, après un vaste massacre de civil, estime avoir suivi les ordres donnés. Rien ne prouve que de tels ordres lui aient été transmis. 

 

 

Les différences entre les guerre de Vendée et les génocides

 

L'acte d'accusation de génocide repose donc sur des "preuves" bien peu solides. Inversement, de nombreux historiens, spécialistes de la Révolution Française ou des génocides, français ou étrangers, ont catégoriquement réfuté l'idée d'un "génocide vendéen". Ainsi de Michel Vauvelle (qui fut directeur de d'Institut d'Histoire de la Révolution Française), de Max Gallo, de Jean-Marc Schiappa, de Hugh Gouth ou de Julian Jackson. Leurs arguments se basent sur la logique, et sur une observation sans parti pris de la guerre de Vendée. 

 

En premier lieu, il convient de noter qu'un génocide fait toujours suite à des tensions entre le peuple qui en est victime, et le reste de la population. Le génocide des juifs par l'Allemagne nazie faisait suite à dix ans de propagande raciste incessante, tandis que le génocide des Tutsis au Rwandais intervenait dans un contexte de guerre civile entre le pouvoir légal tenu par des Hutus, et les Front Patriotique Rwandais aux mains des Tutsis. Rien de tel dans la France d'avant 1793. On ne note aucune campagne de haine généralisée ou de propagande raciste envers les Vendéens dans les années précédentes. Il paraît donc totalement inconcevable que la France ait décidé, d'un seul coup, que les Vendéens forment une race, un peuple, à exterminer. 

 

C'est là un point crucial dans ce débat: il n'y a jamais eu de volonté d'extermination de toute la population civile vendéenne. Deux points l'attestent: tout d'abord, les appels réguliers à épargner femmes, enfants, vieillards, et civils non combattant. Imagine-t-on Hitler ordonnant que l'on epargnât l'ensemble des juifs qui n'avaient pas pris les armes contre lui? 

Ensuite, le mode d'opération: les "colonnes infernales", terrifiantes et meurtrières, avaient pour mission initiale d'écraser l'insurrection, de terrifier les révoltés et d'évacuer les populations civiles neutres ou républicaines. Il est vrai que des exactions monstrueuses ont été commises par ces colonnes incendiaires, devenues infernales. Mais lorsque les massacres de civils sont rapportés, le Comité de Salut Public destitue le général Turreau qui les commandait. 

Or, si vraiment le but de ces colonnes était l'extermination des Vendéens, pourquoi destituer un général qui se livrait, justement, à des massacres de population civile? S'il y avait eu volonté de commettre un génocide, n'aurait-on pas envoyé des renforts et des félicitatons à Turreau, au lieu de le destituer? 

 

En fin de compte, la répression vendéenne s'inscrit davantage dans les méthodes de l'époque: massacres massifs de la population en vue de calmer les révoltes, mais sans volonté préméditée d'éradiquer un peuple entier. 

Lorsque les Américains bombardent Hiroshima et Nagazaki, ils exterminent des milliers de Japonais innocents, militaires ou civils, hommes, femmes, et enfants. Ce n'est pourtant pas un génocide, car le but est de terrifier l'adversaire et de le faire cesser les combats, et non d'exterminer l'ensemble des Japonais. Il en va de même avec l'écrasement de l'insurrection vendéenne, qui vise à réprimer le soulèvement par la terreur, et non à éliminer l'ensemble de la population de Vendée. 

 

 

Le génocide: une arme terrible, parfois maniée contre la France

 

En réalité, ce débat montre combien la notion de "génocide", trop vague et trop subjective, est inadaptée à une vision scientifique de l'histoire. Tout et rien peut être qualifié de génocide, selon la vision qu'on en a (nombre de mort, intentionalité, méthodes employées, tous ces paramètres pouvant varier...)

C'est aussi un crime particulièrement infâmant, surtout par son association au nazisme. Un Etat "génocidaire" est coupable à jamais, un peuple "génocidé" accède au statut de protégé. C'est pourquoi le génocide arménien provoque de telles tensions entre la Turquie et l'Arménie - alors même que les deux pays reconnaissent les massacres, mais divergent sur leur intention génocidaire. C'est ce qui explique aussi, la très grande indulgence dont bénéficie le régime tutsi du Rwanda, alors même qu'il agresse et déstabilise depuis des années le Congo. C'est enfin, bien sûr, ce qui offre une impunité presque totale à Israel vis-à-vis de ses attaques militaires et de sa colonisation. 

 

La France n'échappe pas à ces accusations: certains réclament que la conquête de l'Algérie, ou la traite des Noirs, soient considérées comme génocide (bien que la plupart des historiens rejettent cette interprétation). Le "génocide vendéen" est la suite logique de ces demandes. Comme l'a magnifiquement expliqué Samuel Tomei: "après l’expansion au dehors, on incrimine le colonialisme intérieur. Un second exemple qui illustre bien l’utilisation du devoir de mémoire est [...] cette propension à fustiger un certain jacobinisme républicain au nom de la mémoire des minorités régionales opprimées". 

 

Accuser la France de génocide est donc une vieille stratégie de ses ennemis. Mais lorsque des députés qui se prétendent patriotes, comme Lionel Luca (qui en est à sa quatrième tentative...) ou Marion Maréchal-Le Pen (que l'on a connue mieux inspirée...), portent les mêmes accusations, on hésite entre la colère et la consternation. 

 

 

Les députés UMP n'ont rien à perdre. Mais Marion Maréchal-Le Pen, une des deux seuls députés du FN, gaspille son temps et ses interventions à porter un projet de loi accusant la France, à tort, de génocide. Pourquoi n'a-t-elle pas mené des combats réellement importants? La lutte contre le mondialisme? La réorientation dela diplomatie française? Le protectionnisme? Peut-être a-t-elle gagné la sympathie de quelques ennemis de la République, mais elle s'est en retour aliénée bon nombre de patriotes, d'historiens, et tous ceux qui pensent que ce n'est pas à la politique d'écrire l'Histoire.

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 20:48

La question d'Israel et du sionisme est une des plus débattues en France, dans un contexte souvent très sensible. C'est un débat complexe où les caricatures sont bien trop nombreuses. "Sionisme" et "antisionisme" ont largement perdu de leur sens au dur et à mesure des années, ce qui signifie que tout le monde peut revendiquer l'un ou l'autre, avec des sens très différents. En fonction des points de vue, le sionisme serait une vaste entreprise de domination théocratique du monde, pour d'autres le simple droit à l'existence d'Israel, tandis que certains y voient une forme d'extrémisme nationaliste. Quant aux "antisionistes", ils vont du militant humaniste à l'antisémite carabiné, de l'islamiste au juif intégriste, du nationaliste arabe au patriote français. On s'y perd!

 

Le but de cet article est de sortir de ces caricatures, de démontrer que le sionisme est opposé à "l'idéologie française", et qu'il est dangereux tout à la fois pour les Français juifs, et pour l'idée républicaine. Il ne s'intéresse pas aux Palestiniens ou aux Israéliens, mais à l'impact d'Israel et de l'idéologie sioniste sur la France. 

 

Le sionisme: une origine historique discutable

 

Suite à la guerre des Six-Jours, durant laquelle la France rompit son alliance avec Israel, le grand rabbin de France demanda à être reçu par le Général de Gaulle. Ce dernier l'accueillit avec courtoisie, mais le prévint immédiatement: "si vous venez me parler des Français juifs, vous êtes bienvenu. Si vous venez me parler des affaires d'Israel, j'ai un Ministre des Affaires étrangères pour ça!"

 

Développé à la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, le sionisme s'appuyait alors sur les persécutions des Juifs qui avaient lieu dans plusieurs pays, en Europe notamment: pogroms, mesures vexatoires, ou attaques racistes. Il prévoyait l'établissement en Palestine (même si d'autres terres furent évoquées...) d'un foyer juif, qui servirait de refuge aux populations juives persécutées. L'idée à terme était celle d'un Etat juif, capable d'accueillir ce "peuple" rejeté dans le monde. 

Dès le départ, cette idéologie était invalidée par trois points. Tout d'abord, la Palestine n'était pas une terre vide, mais une province de l'Empire Ottoman où vivaient, aux côtés de quelques Juifs, un grand nombre d'Arabes chrétiens et musulmans. Ensuite, il existait déjà plusieurs pays où les Juifs non seulement étaient protégés, mais avaient même parfois acquis des positions enviables: les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, pour ne citer que les plus connus. Enfin, il n'existait pas de "peuple juif", comme l'avait reconnu Theordor Herzl en personne*. 

 

La Seconde Guerre mondiale et le génocide accélérèrent considérablement ce combat, permettant la création de l'Etat d'Israel dès 1948. Cette décision, prise dans une émotion très compréhensible, semblait pourtant inutile: après les horreurs hitlériennes, un grand nombre de pays s'engagèrent résolument dans la lutte contre l'antisémitisme. 

 

Ironiquement, le projet sioniste donnait raison à Hitler, qui avait voulu vider l'Europe de ses Juifs. En effet, le sionisme est une capitulation devant les antisémites: cela revenait à considérer l'antisémitisme comme une fatalité, naturelle, contre laquelle il était inutile et vain de lutter. Puisque certains, en Europe ou ailleurs, n'acceptaient pas les Juifs, ces derniers n'avaient qu'à s'en aller. Réalise-t-on combien ce raisonnement est dangereux? Les antisémites voulaient chasser les Juifs de leur pays; le sionisme leur donna raison. 

 

 

Une idéologie aux antipodes de la République

 

Le sionisme heurte de front la République française, et met en danger l'ensemble de ses institutions. Depuis la Révolution Française et le Premier Empire, les Français de confession juive étaient considérés comme des citoyens à part entière, avec les droits et devoirs inhérents. En faisant réformer la pratique du judaïsme, Napoléon avait même réussi à "franciser" cette religion, à créer un "judaïsme français". 

Bien sûr, l'affaire Dreyfus, ou la collaboration du régime de Vichy, ont entâché cette tradition républicaine. Mais Dreyfus avait été innocenté, les Français avaient protégé un grand nombre de Juifs de la milice sous l'Occupation, et en fin de compte, dans les années 1950, les Juifs étaient des citoyens français à part entière - souvent travailleurs et patriotes. 

 

Au cours de la Révolution Française, Robespierre fut un des grands militants pour les droits des Juifs (ainsi que des Noirs). Considérant qu'ils avaient vocation à devenir citoyen à part entière de la République, il réclamait qu'on les rendît "au bonheur, à la patrie et à la vertu, en leur rendant leur dignité d'hommes et de citoyens". Il inaugurait ainsi un modèle d'assimilation qui a fait ses preuves près de deux siècles...

 

Or, le sionisme prétend, au contraire, détacher ces citoyens de la France, pour en faire des citoyens israéliens. En se proclamant "Etat des Juifs" (et non "Etat à majorité juive"), Israel affirme de facto représenter les Juifs français. Et c'est là que le bât blesse: car cela revient à arracher à la France certains de ses citoyens, à les rattacher à une puissance étrangère, et finalement à briser l'unité nationale et républicaine française. 

 

La création d'Israel, et l'idéologie sioniste, ont bouleversé l'assimilation des Juifs français. Alors qu'une partie, notamment au sein des classes populaires, restait farouchement attachée à la France (des personnalités comme Eric Zemmour ou Jean Ferrat, Gérard Oury ou Michel Debré, en sont quelques exemples...), d'autres se détachaient soudainement de la France, au profit d'un sionisme échevelé (Bernard-Henri Levy, Arno Klarsfeld, Patrick Bruel...) qui les poussait au communautarisme. 

 

Le drame est que ce communautarisme, encouragé par l'Etat d'Israel (qui espère ainsi récupérer un jour ces élites en les séparant de la République française), a inspiré toute une série d'autres minorités qui se sont mises, à leur tour, à demander des droits spécifiques, à militer pour des Etats étrangers, ou à culpabiliser la France. Les exemples abondent: demandes de repas "halal", lois mémorielles au sujet de l'esclavage des Noirs ou du génocide arménien, banalisation des termes "islamophobie" ou "racisme anti-blanc"... La boîte de Pandore du communautarisme et de la victimisation était ouverte, et frappe désormais toute la société française. 

Certes, le sionisme n'est pas à l'origine de toutes les tensions communautaires en France, loin de là! Mais, en encourageant le communautarisme juif, il a enclenché une dynamique terrible qui divise aujourd'hui les Français entre eux, selon les religions, races et origines. 

 

La Ligue de Défense Juive, groupe d'extrème-droite pro-israélien (considérée comme terroriste par les Etats-Unis et Israel) a longtemps été protégée en France. Elle a inspiré plusieurs organismes communautaristes, en particulier au sein de l'extrème-droite européenne identitaire, qui la regarde avec admiration. 

 

 

Israel, un danger pour les Juifs de France?

 

Dans cette société de tensions communautaires, Israel n'est pas une protection, mais un danger pour les Juifs français. En effet, via le sionisme, il prétend régulièrement les représenter, être leur pays légitime. 

Et de ce fait, les bombardements israéliens, la colonisation et l'humilation des populations palestiniennes, sont immédiatement rapportés aux Français de confession juive dans l'imaginaire collectif. Nos compatriotes juifs sont parfois considérés comme co-responsables des dégats de l'armée israélienne, et se voient demander des comptes sur les agissements d'un pays étranger, où ils ne vivent même pas!

 

Imaginons un instant que l'ensemble des Français musulmans soient arbitrairement associés à l'Arabie Séoudite, ou que l'on réclame des comptes aux protestants sur la politique américaine ou britannique. Ne serait-ce pas un scandale, contraire aux valeurs de la République? 

 

Si seuls les pro-Israéliens étaient pris à partie, il y aurait là une certaine logique. Mais l'on est arrivé à un point où, dans certaines écoles, des enfants juifs se font prendre à partie à cause de la politique de Benjamin Netanyahou! En réalité, associer les Juifs à Israel, dans un pays pro-palestinien comme la France, est un crime; cela revient à mettre ces citoyens à danger, et entretient des confusions très dangereuses. D'autant qu'en retour, un nombre croissant de musulmans s'identifient désormais à la Palestine. 

Alors que la France possède le plus grand nombre de citoyens juifs et musulmans d'Europe, ce serait un véritable désastre d'importer le conflit israélo-palestinien sur son sol. Le petit peuple juif et musulman serait la première victime de cette politique suicidaire, hélas acceptée par les gouvernements français depuis des années.

 

Richard Prasquier, président du CRIF, aux côtés de l'innénarable imam Hassen Chalghoumi. Censé représenter les israélites de France, le CRIF a trahi cette mission, et se fait désormais porte-parole des faucons israéliens. On imagine l'effet désastreux sur l'opinion publique d'une telle politique...

 

Il faut d'ailleurs ajouter que ce problème ne se limite pas à la France: partout dans le monde, des Juifs sont victimes de la politique menée par Israel, qui prétend les représenter et commet en leur nom des actes répréhensibles.

 

 

Désioniser la France, désioniser Israel

 

Il apparaît que le sionisme est une idéologie contraire aux valeurs de la France, et dangereuse pour la République. C'est donc une idéologie contre laquelle il faut lutter avec ardeur, si l'on ne veut pas exposer notre civilisation à de graves soucis. 

 

Ce combat commence par "désioniser" la France: c'est-à-dire refuser que nos citoyens juifs soient associés à un pays étranger. Un Français de religion juif est français, point à la ligne. Il peut nourrir une certaine affection pour Israel (tout comme des chrétiens se sentent parfois proches de la Serbie, des Arabes de la Palestine ou des hindous de l'Inde...), mais il ne doit en aucun cas considérer ce pays comme le sien, ou lui faire allégeance. En contrepartie, il faut refuser très fermement qu'Israel parle en leur nom - et bien sûr, il faut combattre les antisémites qui cherchent à les détacher de la France. 

 

L'association entre "Juifs" et "politique israélienne" est du pain béni pour les racistes anti-juifs, qui n'hésitent pas à instrumentaliser la cause palestinienne pour déverser leur haine. Ainsi l'exemple de ce commentateur de vidéos qui, confondant (exprès?) antisionisme et haine des Juifs, se livre à des commentaires aussi stupides que répugnants...

 

"Désioniser" Israel sera aussi, à terme, une nécessité. Même si sa création fut une erreur (pour les raisons précédemment évoquées), il est impensable de revenir dessus: les drames humains et les difficultés diplomatiques l'empêcheraient. Un pays juif existe désormais, et existera toujours. Quel sera sa forme? Etat souverain vivant aux côtés d'une Palestine libre et indépendante? Ou bien Etat fédéré, au sein d'une confédération multinationale, rassemblant Juifs et Arabes, juifs, musulmans et chrétiens? En tout les cas, il faudra tôt ou tard qu'Israel cesse de se proclamer "Etat des Juifs", pour devenir un simple "Etat à majorité juive". 

Ainsi, il cessera de mettre les Juifs du monde entier en danger, et sous la menace d'une double allégeance. D'autre part, libéré de ses contraintes idéologiques, il pourra se débarasser des faucons belliqueux qui le gouvernent, et tenter d'ouvrir une paix réelle avec les nationalistes arabes. Il est temps de refermer la parenthèse sioniste, qui est néfaste pour les pacifistes israéliens, pour les Palestiniens, pour la plupart des Juifs dans le monde, et pour la République française. 

 

 

 

* "Le bon Juif Daniel veut retrouver sa patrie perdue et réunir à nouveau ses frères dispersés. Mais sincèrement un tel Juif doit savoir qu'il ne rendrait guère service aux siens en leur rendant leur patrie historique. Et si un jour les Juifs y retournaient, ils s'apercevraient dès le lendemain qu'ils n'ont pas grand'chose à mettre en commun. Ils sont enracinés depuis de longs siècles en des patries nouvelles, dénationalisés, différenciés, et le peu de ressemblance qui les distingue encore ne tient qu'à l'oppression que partout ils ont dû subir ." C'est ainsi que Theodor Herzl, l'un des "fondateurs" du sionisme, avait réagi au personnage de Daniel, Juif d'une pièce d'Alexandre Dumas.

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 20:40

Puissance éphémère et méconnue, l'Etat fondé au début du XIXème siècle par les Sikhs du Pendjab est un des plus originaux que l'Asie ait vu naître en ces temps troublés. La volonté de fer d'un jeune gouverneur, le futur râja Ranjît Singh, permit la fondation d'un royaume du Pendjab unifié, ouvert à toutes les religions, et doté d'une armée moderne. Seule l'implacable machine de guerre britannique parvint à écraser cet Etat innovateur, le faisant tomber sous le joug colonialiste. 

 

Frontières probables du royaume sikh du Pendjab à son apogée. 

 

Lorsqu'il devient gouverneur de Lahôre (actuel Pakistan) en 1792, le jeune Ranjît Singh n'a que 12 ans; il est alors sous la tutelle des Afghans, dont il ne deviendra indépendant qu'en 1799. Nommé Râja en 1801, il entame la conquête des grandes villes et régions du Pendjab: Amitsar tombe en 1802, et dès 1805, il est reconnu comme chef légitime par la plupart des chefs sikhs de la région. En 1823, Ranjît Singh contrôle un vaste royaume qui comprend la région de Lahôre, le Cachemire, le Peshâwar, une partie du Tibet et tout le nord-ouest de l'Inde actuelle. 

 

 

Royaume sikh, pouvoir multiconfessionel

 

Quoique dirigé par de grands chefs sikhs, le royaume de Ranjît Singh se distingue par une politique d'ouverture et de tolérance religieuse exceptionnelles pour cette époque et cette région. Séculier, cet Etat choisit de s'appuyer sur les différentes communautés religieuses qui le composent. Traités à égalité, les musulmans et les hindous sont protégés par le Râja qui les associe à son pouvoir, et demeurent bien entendus libres de pratiquer leur culte. 

Ainsi l'administration est-elle équitablement partagée entre sikhs, hindous et musulmans; c'est également un triumvirat issu de ces trois religions qui est chargé, en 1831, de représenter le royaume auprès des Britanniques. 

Quant aux chrétiens, ils sont enrôlés dans les milices et forment de ce fait une communauté d'élite du royaume, protégée et respectée. 

 

En 1831, Ranjît Singh fait recouvrir d'or l'édifice le plus sacré des Siths, le "Harmandir Sahîb", qui prend alors le nom de "Temple d'Or".

 

Cette politique de tolérance explique la richesse des édifices religieux légués par le royaume sikh; les mosquées des territoires conquis sont épargnées, et parfois même reconstruites après leur destructions. Il en va de même des temples hindous. 

Ranjît Singh doit également écraser une secte sikhe extrémiste, celle des Akalis. Bien que les Sikhs ne soient que 10% de la population du Pendjab, ces fanatiques sont hostiles à la politique de tolérance des hindous et des musulmans. Une armée moderne et bien équipée l'aidera à les contrer.

 

 

Jean-François Allard et la modernisation de l'armée sikh

 

Écrasé entre les royaumes d'Asie Centrale et les colonies britanniques, l'Etat sikh du Pendjab ne devait sa survie qu'à deux facteurs. En premier lieu, il protégeait la Compagnie des Indes Britannique des incursions en provenance de Perse et d'Afghanistan. Mais surtout, il s'était doté d'une armée moderne, de type napoléonien, fondée et en partie commandée par le Français Jean-François Allard. 

 

Ancien capitaine de la Grande Armée de Napoléon, ce fidèle soldat de l'Empereur s'exila après la défaite de Waterloo; il partit tout d'abord en Perse, avant d'arriver au royaume du Pendjab nouvellement formé. En 1822, le Râja Ranjît Singh lui confie, ainsi qu'à son ami italien Ventura, le soin de réorganiser son armée. 

Les deux compères s'attellent à la tâche en prenant le commandement d'une brigade spéciale, connue par les Anglais comme la "French Brigade". Son efficacité et sa modernité permettent au Râja de conquérir le Peshâwar en 1823: une fructueuse association était née. 

Deux autres militaires, Claude-Auguste Court (français) et Paolo Avitabile (italien) prennent à leur tour la tête de brigades d'élite. Leur efficacité est telle que Ranjît Singh décide d'équiper et d'entrainer toute son armée sur le modèle napoléonien. C'est ainsi que le royaume sikh du Pendjab devient une puissance militaire de pointe, respectée et redoutée de ses voisins. 

 

Représentations de Jean-François Allard (à gauche) et du Râja Ranjît Singh (à droite); les compétences militaires du premier combinées à la grandeur politique du second permirent au Pendjab de devenir une puissance d'envergure. 

 

 

Décadence et conquête britannique

 

En 1839, Ranjît Singh meurt après un règne de 38 ans. Plusieurs de ses épouses et de ses "femmes-esclaves" s'immolent sur son tombeau. Isabelle Alonzo n'apprécierait guère. La crise de succession qui s'ouvre affaiblit terriblement l'Etat. Plusieurs factions se créent, s'opposent et complotent. 

 

Toujours prêts pour un coup tordu, les Britanniques fondent sur ce royaume en crise. Ils ravivent les vieilles tensions religieuses, que Ranjît Singh avait voulu apaiser; en 1846, ils s'appuient sur une faction sikh pour envahir le pays; désorganisée, la puissante armée est balayée à Sobraon. Une partie du Pendjab est annexée par les Britanniques, mais un Etat sikh se maintient tant bien que mal. 

En 1849, les Britanniques décident d'en finir et écrasent les Sikhs à Gujrat, avant d'annexer leur Etat. 

 

Un siècle de colonisation britannique aura fait bien des ravages. Partagé entre l'Inde, la Chine et le Pakistan, l'ancien royaume sikh du Pendjab est aujourd'hui le théâtre d'innombrables conflits interethniques et confessionels. 

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15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 22:55

Si son nom est connu pour avoir été donné à d'innombrables lycées et facultés de notre beau pays, peu de monde sait combien l'oeuvre de Victor Duruy fut considérable. L'école gratuite, laïque et obligatoire, tant vantée par les Républicains, n'est que l'héritage d'un vaste travail patiemment mené par ce ministre de Napoléon III. Né dans une famille d'ouvrier, Victor Duruy mène une scolarité brillante qui lui permet de finir professeur au lycée Henri IV, où il rédige plusieurs manuels scolaires. 

 

 

Remarqué par Napoléon III pour ses talents d'historiens, il devient en 1963 son ministre de l'Instruction publique, poste qu'il conservera jusqu'en 1869. Son oeuvre magistrale à la tête de ce ministère a posé les bases de l'Ecole publique telle que nous la connaissons, encore, aujourd'hui. À l'époque, seules la loi Guizot (1833) et la loi Falloux (1850) règlementent le secteur de l'éducation. La première prévoit la construction d'une école - réservée aux garçons - par commune; la seconde donne à l'Eglise un droit de regard sur les programmes enseignés. 

Victor Duruy, avec la bénédiction et le soutien de Napoléon III, va assigner deux tâches essentielles à son ministères: démocratiser l'Instruction publique, et la séculariser. 

 

En 1865, le ministre de l'Instruction publique présente à la Chambre des Députés un projet de loi visant à étendre à l'ensemble du territoire français le principe d'une école gratuite et obligatoire. Les députés rejettent ce projet. Victor Duruy ne renonce pas, et fait voter en 1867 une loi qui impose à chaque commune d'ouvrir non seulement une école de garçons, mais également une école de filles. 

D'autre part, chaque commune est encouragée, non seulement à rendre son école gratuite, mais aussi à aider les élèves les plus pauvres à l'aide d'une "Caisse des Ecoles". Un Certificats d'Etudes Primaires ouvre l'accès aux emplois dans la fonction publique, et des cours du soir pour adultes sont organisés. 

Entre 1853 et 1869, le nombre de bacheliers double, et lorsque Victor Duruy quitte son poste, 70% des jeunes français sont scolarisés. 

 

 

L'autre grande oeuvre du ministre est la sécularisation de l'Ecole publique. Le 30 octobre 1867, Victor Duruy fait créer une quarantaine de lycées pour jeunes filles, indépendant des écoles religieuses où la plupart avaient cours. Des élèves de toutes confessions y sont admises.  Cette mesure provoque la fureur de l'Eglise, seule habilitée à éduquer les filles jusque là, et le Pape en personne proteste auprès de Napoléon III, qui tient bon et soutient son ministre. 

Par ailleurs, les sciences prennent une part plus importante dans l'enseignement public. L'histoire et la géographie sont introduites à l'école primaire, la philosophie et les langues vivantes dans l'école secondaire. Plusieurs facultés scientifiques sont ouvertes dans tout le pays. 

 

En 1880, sous la IIIème République, Victor Duruy apporte son concours aux lois sur l'enseignement votées par Jules Ferry. Il s'occupe notamment des mesures portant sur l'enseignement des jeunes filles, et sur le baccalauréat. 

 

 

S'il est aujourd'hui beaucoup moins connu que Jules Ferry, il apparait ainsi que Victor Duruy est le vrai fondateur de l'Ecole publique telle que nous la connaissons aujourd'hui. 

 

Et contrairement à Jules Ferry, lui ne croyait pas à la théories des "races supérieures". 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 18:02
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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 22:12

 

La détestation de la France, parfois logique et raisonnée, parfois haineuse et aveugle, est une de nos vieilles traditions nationales. Alors que des pays aussi divers que le Japon, l'Angleterre, le Maroc ou la Turquie affichent fièrement leur histoire et ses heures les plus glorieuses, la France se complait, sans jamais se l'admettre officiellement, à ressasser ses crimes et ses échecs. Car son histoire en est remplie, ce qui est bien naturel pour une Nation vieille de plus de 10 siècles. Défaite d'Alésia, défaite d'Azincourt, pérsécution des "sorcières", guerres de religion, absolutisme royal, esclavage, persécution des protestants, terreur et massacres de Vendée, guerres napoléoniennes et retraite de Russie, Waterloo, Sedan, la colonisation, Vichy, guerres d'Indochine et d'Algérie, trahison des Harkis, bombardements de l'Irak puis de la Serbie... La France a beaucoup à regretter et beaucoup à se reprocher. Comme toute Nation au monde. 

 

Et après?

 

Cela nous autorise-t-il à oublier ses innombrables heures de gloire? Qui, aujourd'hui, apprend encore les batailles de Gergovie, de Patay, de Formigny, de Castillon, de Marignan, de Marengo, de Magenta? A peine connait-on celles de Valmy et d'Austerlitz!

Qui, aujourd'hui, ose rappeller que François 1er fut le premier souverain chrétien du monde à s'ouvrir à l'alliance musulmane? Que la France révolutionnaire puis napoléonienne fut le premier Etat d'Europe à faire des Juifs des citoyens à part entière? Que Napoléon III se battit pour les droits des peuples italien, allemand, arabe? Que la IIIème République fut, avec l'Angleterre, à la pointe du progrès technique et scientifique? Que le peuple français, sous occupation nazie, fut le seul (à l'exception peut-être des Serbes) à se soulever aussi massivement contre l'envahisseur? 

 

Ses transports aériens et ferroviaires de haute qualité sont un autre atout dont peut s’enorgueillir la France, souvent en pointe dans la technique et le progrès.

 

La France, quel que soit le sujet de discussion, y est présentée sous son jour le plus sombre. On se plait à la décrire comme le "mauvais élève" en tout domaine: économie, Europe, histoire coloniale, droit des femmes, minorités, religion. Cette attitude est profondément néfaste, car un pays qui doute de lui-même est un pays malade, qui risque bien, dans le monde cruel du 21ème siècle, d'y laisser sa peau. 

 

Le peuple français, naturellement divers et bagarreur, et ce depuis les Gaulois, est un peuple d'une extraordinaire complexité. Mélange de races celtes, latines et franques, il s'est enrichi au cours des siècles, accueillant en son sein Juifs, Slaves, Ibères, Noirs, Arabes, Indiens et Asiatiques. Il se répartit de façon fort équitable sur des régions, qui, chacune, conservent une forte culture et personnalité: Bretagne, Alsace, Provence, Bourgogne, sans oublier la Corse et nos possessions d'Outre-Mer. Enfin, toutes les croyances et religions y cohabitent. 

Cette incroyable diversité pourrait entrainer un risque sérieux de division du pays, si tous ces Français n'étaient pas unis par un beau fédérateur: leur histoire, leur culture et leurs valeurs comunes. C'est grâce à cette unité qu'ils forment une Nation, fière de se rassembler derrière un passé glorieux et des principes communs. 

 


Les défilés militaires du 14 juillet, que certains parlent de supprimer, font pourtant partie de ces rares et dernières occasions de concorde nationale.


Détruisez cette culture, noircissez cette histoire, discréditez ces valeurs, et vous éliminerez le socle commun qui rassemble le peuple français. Que devient-il, alors? Un peuple sans repère, inquiet, cherchant dans une communauté repliée sur elle-même, ou dans un les grands rêves de l'étranger, américain ou européen, une bouée de sauvetage. Un peuple aigri qui, complexé par son histoire qu'il croit honteuse, se pense obligé de donner des leçons au monde entier. La Chine, la Russie, l'Italie, la Turquie, l'Iran, les Etats-Unis, ne comprennent pas que si la France est tellement moraliste à leur égard, c'est parce qu'elle ne croit plus en elle-même. 

 

Le pont du Gard, un des symboles de cette vieille France gallo-romaine dont nous descendons, sinon de sang, du moins par notre civilisation.

 

Il est temps que le peuple français redresse la tête, et regarde sa culture avec fierté. Si nous devons aimer la France, c'est parce qu'elle nous réunit, nous, de toute condition sociale, de tout caractère, de toute origine, de toute race, de toute religion. Si nous la détestons, nous détruirons ce qui nous rassemble. Cela ne signifie pas qu'il faille faire preuve de chauvinisme aveugle.

Les Français doivent renouer avec un nationalisme intelligent: être fier de ce que la France fait de beau, corriger ce qu'elle fait de mal. 

Si nous ne trouvons plus dans notre Nation de quoi nous renforcer, alors chacun se repliera, qui sur sa région, qui sur l'Europe, qui sur sa religion, qui sur sa couleur de peau, qui sur ses utopies mondialistes, qu'elles soient communistes ou libérales. Est-ce réellement l'avenir que nous nous souhaitons? 

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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:35

Les Etats-Unis ont beau jeu, en ce dixième anniversaire des attentats du World Trade Center, de peaufiner leur image d'Etat victime, dans une propagande larmoyante assidûment reprise par leurs alliés occidentaux. Ils permettent ainsi de faire oublier que le 11 septembre marque également la date d'un coup d'Etat militaire au Chili dont ils furent les complices. Le renversement d'un gouvernement démocratiquement élu, avec la complicité de la C.I.A., permit l'établissement au Chili d'une dictature sanguinaire, chapeautée d'une main de fer par le général Augusto Pinochet. Le drame de ce petit pays, si loin de nous, reste encore peu connu; pourtant, aujourd'hui encore, le Chili porte les séquelles de ce coup d'Etat, pour lequel les Américains n'ont jamais présenté d'excuses. 

 

A peine élu, les jours du nouveau président étaient compter: Richard Nixon et Henry Kissinger ne pouvaient laisser passer ce qu'ils avaient vécu comme une grave humiliation...

 

Salvador Allende: le caillou dans la botte sud-américaine de Washington

 

La situation chilienne n'inquiétait guère les Etats-Unis jusqu'en 1970; République parlementaire depuis plusieurs décennies, le pays était alors, comme tous les Etats d'Amérique du Sud, un de leurs alliés loyaux, stable et prometteur. Aussi, l'élection du socialiste Salvador Allende à la tête du Chili provoqua un vif émoi à Washington. Richard Nixon refusa de féliciter son homologue, et ordonna immédiatement à la C.I.A. de se mettre en action pour discréditer et chasser celui qu''il qualifiait de "fils de pute"; Henry Kissinger résuma la position américaine ainsi: "l'élection d'Allende [...] nous pose un des plus sérieux défis jamais rencontrés dans cette hémisphère".

Salvador Allende n'était pourtant pas un grand danger pour l'Amérique. Si son gouvernement comprenait quelques ministres communistes, lui-même était plus proche des sociaux-démocrates; c'est d'ailleurs en promettant de respecter la constition du pays et les libertés fondamentales qu'il avait reçu le soutien des centristes. Mais Kissinger craint "l'effet domino": le passage d'autres pays d'Amérique Latine au socialisme, et peut-être un jour, au communisme!

 

Un coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis

 

La C.I.A., qui avait déjà financé le candidat de droite Alessandri, s'attaque alors au nouveau gouvernement de gauche. Elle se heurte dans un premier temps au général René Schneider, chef des armées chiliennes, légaliste et hostile à tout coup d'Etat. Ce gêneur, mortellement blessé fin 1970, lors d'une tentative d'enlèvement, sera vite éliminé. Son remplaçant n'est autre qu'un certain Augusto Pinochet...

Les Américains se lancent alors dans une importante campagne de déstabilisation, qui frappe tous azimuts: financement des journaux de droite, arrêt des investissements et exportations, propagande insidieuse, ordre à la Banque Mondiale de stopper ses prêts. En quelques années, la situation sociale du Chili se dégrade considérablement. Dans le même temps, la C.I.A. apporte un soutien logistique et financier à l'armée qui, sous la coupe de Pinochet, compte renverser le gouvernement de gauche à la faveur de la crise. 

 

Réfugié dans son palais, Salvador Allende a-t-il été tué par sa propre armée, ou s'est-il suicidé? Le mystère demeure...

 

C'est donc le 11 septembre 1973 qu'aura lieu le renversement de Salvador Allende; au petit matin, l'armée chilienne prend le contrôle du port de Valparaison et annonce la déchéance du gouvernement démocratiquement élu trois ans plus tôt. Le président se réfugie dans le palais présidentiel, d'où il tente d'organiser un semblant de résistance; bombardé par sa propre armée, Allende meurt au terme de l'assaut. 

L'armée chilienne, sur les ordres d'Augusto Pinochet, lance une vague de représsion massive contre les communistes chiliens, dont les noms lui avaient été communiqués par la C.I.A. Des milliers de civils sont tués, arrétés, torturés; ainsi débute, dans le sang, et avec la lourde complicité des Etats-Unis, une dictature militaire qui ne tombera que 18 ans plus tard, en 1989...

 

Le lourd traumatisme d'un pays

 

Lorsque le général Pinochet est contraint de quitter le pouvoir, en 1990, le Chili semble renouer avec la liberté. 20 ans plus tard, il apparaît pourtant que le pays souffre toujours terriblement des séquelles de cette époque. Les dirigeants et tortionnaires du régime militaire n'ont ainsi jamais été poursuivis ni inquiétés, et Augusto Pinochet lui-même, déclaré mentalement irresponsable, fut relâché par la cour chargée de le juger. Le viuux général meurt en 1996, sans avoir été condamné pour ses crimes. Le bilan des militaires chiliens est pourtant extrèmement lourd: les escadrons de la mort, la police politique et les services secrets se sont rendus coupables de milliers de cas de torture, viol, enlèvement, disparition et assassinat, non seulement au Chili, mais également dans le reste de l'Amérique Latine. Même les Etats-Unis et l'Europe auront été frappés par ces actes meurtiers. 

 

Après les réformes sociales de Ricardo Lagos, Michelle Bachelet, élue en 2006, déçoit le peuple chilien. Les problèmes économiques hérités des années 1970 perdurent, et le pouvoir manque de volonté. Des dissidences se créent à gauche, regroupant les déçus du socialisme sauce Bachelet. Ces difficultés permettent l'élection, entre 2009 et 2010, de l'homme d'affaire Sebastian Pinera. Surnommé "le Berlusconi chilien", ce libéral de droite se distingue en intégrant d'anciens hommes de Pinochet dans son équipe; la situation sociale continue de se dégrader terriblement. S'il joue sur des coups médiatiques, tels l'union des homosexuels ou le sauvetage de 33 mineurs chiliens, le gouvernement se montre incapable de répondre à la crise sociale et économique. La jeunesse chilienne manifeste depuis plusieurs mois, réclamant un meilleur accès à l'éducation et aux services publics. Passée inaperçu à l'heure des révolutions arabes et des émeutes anglaises, ce mouvement de contestation ne semble pourtant pas prêt de s'affaiblir...

 

La jeune et jolie communiste Camila Vallejo est à la tête du mouvement de contestation qui touche le Chili depuis trois ans. Le salut viendra-t-il de la jeunesse?

 

 

Le 11 septembre aura été pour le Chili une date autrement plus funeste qu'elle n'a pu l'être pour les Etats-Unis. Le coup d'Etat, préparé par la C.I.A. et approuvé par Washington, des militaires chiliens, a saboté une démocratie en plein essor. En plus des profondes blessures morales et politiques dont le pays souffre toujours, il a vu sa croissance économique et son modèle social brisés en vol. Près de 20 ans après la fin de la dictature, le Chili peine toujours à s'en relever, bien qu'en meilleure posture que beaucoup d'autres pays de la région; sa jeunesse qui se soulève manifeste plus son desespoir que sa volonté de changement. Crise sociale, morale et politique: la difficile situation du Chili doit beaucoup aux Etats-Unis. Au lieu de s'apitoyer sur le sort de son pays, on aimerait que Barack Obama profite de ce 11 septembre pour faire au Chili les excuses qu'il lui a toujours refusées. 

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 18:21

 

Au cours de cet entretien d'une dizaine de minutes, Dimitri Casali nous éclaire sur le détricotage méticuleux de l'enseignement de l'Histoire de France dans l'enseignement secondaire. Tandis que Napoléon, Louis XIV ou Victor Hugo sont enseignés et admirés dans le monde entier, la France les supprime de ses programmes d'Histoire. 

L'historien fait remarquer qu'il sera pourtant inutile de faire découvrir aux enfants la grandeur des civilisations asiatiques ou africaines, s'ils ne connaissent même pas leur propre histoire. C'est en faisant découvrir les grandes figures de la France - dont beaucoup d'entre elles étaient d'origine étrangère - que l'on pourra faire aimer ce pays à tous ses enfants, immigrés notamment. Et non pas en passant toutes ses gloires à la trappe. 

Un entretien à écouter, et à diffuser le plus largement possible, donc!

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 23:28

Chaque janvier fleurissent les hommages d'une partie de la classe réactionnaire française au Roi Louis XVI, citoyen Louis Capet, guillotiné le 21 janvier 1793. Si pendant un temps, la gauche républicaine a pu faire prévaloir dans l'opinion l'image d'un roi  tyrannique subissant le châtiment qu'il méritait, l'on assiste aujourd'hui à un contre-courant adverse, ou réactionnaires, monarchistes et bobos droit-de-l'hommistes se retrouvent unis dans leur condamnation de ce qu'ils qualifient de crime. 

 

Gageons que la question de savoir s'il fallait ou non guillotiner Louis XVI agitera longtemps encore les esprits; il est regrettable que le débat se réduise trop souvent à deux visions aussi caricaturales l'une que l'autre: celle du tyran justement puni par son peuple, ou celle du bon roi scélératement assassiné par des criminels sans foi ni loi. On ne peut approuver, ou condamner, l'exécution, que si l'on regarde les raisons profondes invoquées pour la justifier.

 

louis1

 

On dit parfois Louis XVI aurait payé pour les crimes de la monarchie dont, en tant que monarque absolu, il était le premier à devoir rendre compte. Cette vision qui confine à l'anti-monarchisme primaire ne tient pas la route bien longtemps. Il est maintenant su et reconnu que Louis XVI, homme des Lumières, sincèrement préoccupé du bien du peuple, était un humaniste, tout au moins en comparaison des autres souverains de l'époque, ou de ses prédécesseurs. Louis XV avait condamné à la torture lente et atroce le malheureux qui avait écorné son habit d'un coup de poignard; Louis XVI, lui, avait fait abolir la torture, et vanté les mérites de la guillotine, instrument d'exécution ne provoquant aucune souffrance du condamné. Parallèlement, il tentait d'instaurer un système d'imposition plus égalitaire, et abolissait totalement le servage. 


Le roi était également accusé de complot contre le régime constitutionnel mis en place, et donc, contre l'ensemble de la Révolution. Que Louis XVI eût été réticent à l'idée d'abandonner de si larges pans de ses pouvoirs est indéniable, mais pour autant, on peut lui reconnaître d'avoir "joué le jeu". D'avoir accepté le changement de régime, les progrès révolutionnaires, au point de saluer et d'être acclamé par le peuple, à plusieurs reprises de l'an 1790. Le document laissé par ses soins suite à l'épisode de Varennes nous montre un roi anti-jacobin, mais attaché aux avancées de la Révolution et prêt à se conformer à son rôle nouveau.

 

Mais Louis XVI commit un crime que ni ses nombreuses circonstances atténuantes, ni le rôle évident de l'Autrichienne dans son déroulement, ne peuvent excuser: alors que la Nation était en guerre (guerre qu'il avait lui-même déclarée!), menacée d'être écrasée par les princes étrangers, le Roi des Français négociait l'appui de ces princes et encourageait leur sauvage attaque. Attaque dirigée, non pas contre la Révolution, qu'on ne s'y trompe pas! mais contre la France toute entière, la France éternelle, charnelle, profonde, que tous rêvaient de démembrer. Le crime de Louis XVI, le même que certains Républicains en 1870, puis Pétain en 1940, commettraient, était impardonnable: sacrifier la France à des objectifs politiques internes. La découverte de l'Armoire de Fer, où le roi rangeait les courriers qu'il échangeait avec les monarques européens, offrait la preuve de cette trahison. La sentence de mort était la seule appropriée.


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Marie-Antoinette joua pour beaucoup dans l'exécution de son malheureux époux.

 

L'exécution était-elle, pour autant, moralement acceptable? Certainement, Louis XVI ne méritait pas la mort. Il payait le prix des intrigues du serpent autrichien qu'il avait conservé en son sein. En d'autres circonstances, le sursis, la grâce, auraient rendu justice au roi de son humanisme et épargné au peuple français d'exécuter celui qui fut, un temps, l'égal de son père -ce qui rendait sa trahison plus douloureuse encore. Mais alors que la Nation était menacée de s'effondrer sous les coups de boutoir de l'étranger, il était politiquement trop dangereux de conserver ce roi qui, volens nolens, était le point de ralliement confus des souverains ennemis. L'exécution de Louis XVI était tragique au sens premier du terme, parce qu'elle était terrible et imméritée, mais nécessaire. 

 

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C'est une triste extrémité à laquelle le roi a poussé la nation française par sa trahison: une sentence de mort qu'il ne méritait pas, mais qui devenait inévitable. Il n'y a donc pas lieu de la célébrer ou de s'en réjouir. Il n'y a pas lieu non plus de la condamner, car elle faisait partie de ces sacrifices terribles qu'exigeait la survie de la France.  

 

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