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26 décembre 2013 4 26 /12 /décembre /2013 17:21

Le scandale qui secoue le gouvernement turc témoigne des profondes divergences qui se sont creusées entre le Premier Ministre, Recep Tayyip Erdoğan, et la confrérie Hizmet ("service") du prédicateur Fethullah Gülen. Cette division traverse le parti au pouvoir, tiraillé entre les fidèles du Premier Ministre et les adeptes de la confrérie Gülen. En-dehors des éternelles lamentations sur la corruption (qui n'est pas une nouveauté en Turquie) et de la réjouissance un peu rapide de ceux qui croient à la chute prochaine du gouvernement AKP, que peut-on d'ores et déjà dire de cette affaire?

Règlement de compte à AKP Corral?

Qui est Fethullah Gülen, cet ancien allié du gouvernement Erdoğan?

 

Au coeur de ce scandale, il y a un homme, Fethullah Gülen. Cet influent prédicateur avait quitté la Turquie dans les années 1990 pour s'installer aux Etats-Unis. Il s'y est fait le promoteur d'une politique défendant tout à la fois la réislamisation culturelle et sociale de la Turquie, et l'instauration d'un modèle capitaliste ultralibéral.

Dans les années 2000, le mouvement Gülen a apporté son soutien à l'AKP (Parti de la Justice et du Développement) de Recep Tayyip Erdoğan. Les deux partis avaient tout à y gagner. La confrérie Gülen profitait de son influence (en particulier dans les milieux de l'éucation, de la justice et de la police) pour soutenir l'AKP qui, en retour, mettait en place la réislamisation du pays et le capitalisme prônés par Fethullah Gülen. Cette alliance a fonctionné près de dix ans, au bénéfice des deux partenaires. Pourquoi se brise-t-elle aujourd'hui?

 

Un divorce qui fragilise la sphère islamiste turque

 

Les premières scissions sont apparues à la fin des années 2000. Le rapprochement du gouvernement turc avec l'Iran, et ses violentes critiques contre Israel (quoique non suivies d'effets) ont été mal acceptées par Fethullah Gülen, partisan d'une géopolitique alignée sur les Etats-Unis. Par ailleurs, la gestion catastrophique des manifestations de Taksim par Recep Tayyip Erdoğan a fragilisé l'AKP et, au-delà, l'ensemble de la mouvance islamique.

 

Loin d'écouter les mises en garde que lui adressait la confrérie, le Premier Ministre Erdoğan s'est dressé contre elle. Il a multiplié les purges au sein de la police et de la justice, en vue d'en chasser les adeptes de Fethullah Gülen, puis a décidé de faire fermer les écoles "Dershâne", dont la plupart appartenaient à sa confrérie.

L'affaire de corruption qui éclabousse aujourd'hui le gouvernement est évidemment un retour de bâton. La corruption n'est pas une nouveauté en Turquie, et l'implication personnelle de Fethullah Gülen dans cette affaire montre bien que le but du scandale est de faire chuter son ancien allié Erdoğan, trop incontrôlable.

 

L'affaire divise au sein même de l'AKP, dont certains membres remettent ouvertement en cause Recep Tayyip Erdoğan, après l'avoir soutenu pendant des années. Le Président Abdullah Gül ou le Vice-Premier Ministre Bülent Arinç sont d'ailleurs réputés proches de la confrérie Gülen. D'autres ministres et députés restent fidèles à Erdoğan, soit par hostilité à la confrérie, soit parce qu'ils estiment que c'est dans leur intérêt. De rudes tensions sont donc à prévoir au sein de l'AKP dans les semaines et les mois à venir...

 

 

Un futur politique incertain pour la Turquie

 

Ce conflit est d'autant plus étonnant qu'aucun des deux parties ne semble pouvoir y gagner quoi que ce soit. Il est vrai que Recep Tayyip Erdoğan risque de sortir bien affaibli de cette crise; surtout, sa candidature à l'élection présidentielle de 2014 pourrait être compromise.

Mais la confrérie Gülen ne pèse pas grand-chose sans l'AKP et ses millions d'électeurs. Ce petit peuple anatolien qui a permis aux islamistes turcs de prendre et de garder le pouvoir, c'est Erdoğan qui a su le mobiliser. Sans la personnalité charismatique du Premier Ministre, l'AKP n'est pas sûre de conserver cet électorat. La confrérie Gülen pourrait tenter de remplacer Erdoğan par un politicien plus prudent, plus habile, plus atlantiste - et finalement plus dangereux pour l'héritage kémaliste. Mais encore faudrait-il trouver une personnalité capable de mobiliser autant qu'Erdoğan. Et pour le moment, aucune figure crédible ne se profile à l'horizon...

 

Et l'opposition? En théorie, et si elle a la prudence de rester neutre vis-à-vis de ce conflit fratricide, elle peut en profiter pour reprendre des couleurs. Mais le CHP, le parti kémaliste, ne pourra représenter une opposition crédible que s'il arrive à obtenir le soutien tout à la fois du BDP (mouvement autonomiste kurde, libertaire et gauchisant) et du MHP (mouvement nationaliste). Ce qui relèverait tout bonnement de l'exploit.

 

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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