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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 23:28

Deux opinions caricaturales s'opposent au sujet de l'enseignement des langues en France. D'un côté, les fanatiques de l'anglais, qui voient en cette langue leur avenir, et reprochent aux Français de ne pas le parler assez bien (oubliant le fait que les Anglo-Saxons parlent, eux, très rarement d'autres langues...) De l'autre côté, les réactionnaires qui, en réponse, estiment qu'il faudrait se cantonner au français et que les langues étrangères ne sont pas nécessaires. Les deux visions, ridicules et caricaturales, ont amené à une situation déplorable: les jeunes Français n'apprenent plus que l'anglais (l'allemand ou l'italien reculent sans cesse, le russe et l'arabe ont disparu...); et comme ils n'ont pas choisi cette langue et ne sont pas motivés, ils l'apprenent mal. 

 

Une réforme s'impose. Celle qui va être présentée peut paraître très audacieuse. Mais elle permet de dépasser les vieilles oppositions, et part du constat suivant: il est indispensable de parler d'autres langues pour peser dans le monde; et ne compter que sur l'anglais pour ça est aberrant. 

 

On peut donc envisager un système d'enseignement rénové, dans lequel chaque élève suivrait l'enseignement de deux ou trois langues, proches de notre pays ou ayant un certain poids international. Le système suivi de Langue Vivante 1, 2, plus une troisième en option, serait maintenu, mais diversifié et amélioré. 

 

 

Langue Vivante 1: une langue "voisine"

 

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L'apprentissage de ces langues (allemand, anglais, espagnol et italien) s'impose pour plusieurs raisons: tout d'abord, parce que ce sont des langues courantes à nos frontières, donc utile pour les petits Français, qui pourront s'y exercer régulièrement; ensuite, parce que ce sont des langues à la structure et aux racines assez proche du français, et donc, assez faciles pour un débutant; enfin, la proximité de ces pays permettrait de former en France un nombre de professeurs suffisants. 

 

L'anglais et l'espagnol sont des langues internationales, parlées aux quatre coins du globe. L'allemand est une langue primordiale, au sein d'une Europe dont l'Allemagne est la première puissance économique et industrielle. Quand à l'italien, c'est la langue de notre nation-soeur, avec laquelle nous entretenons des liens affectifs très étroits. 

 

L'apprentissage de cette langue pourrait être entamé dès l'école primaire, à petite dose, puis confimé au collège. Son enseignement occuperait une place importante dans toutes les filières, et serait accompagné de voyages scolaires et d'échanges permettant à l'élève de la maitriser à la perfection. L'objectif serait d'obtenir des élèves qu'ils maitrisent parfaitement l'allemand, l'anglais, l'espagnol ou l'italien, au niveau du bac - tout en leur permettant de se perfectionner encore dans leurs études supérieures. 

 

La maitrise de ces quatre langue permettrait au peuple français d'approfondir ses relations avec ses voisins, et de favoriser les liens d'amitiés et de coopération en Europe occidentale. 

 

 

Langue Vivante 2: une langue de civilisation

 

 

Ce sont là des langues qui sont aujourd'hui essentielles dans le jeu international, soit parce qu'elles sont celles d'une grande puissance, soit parce qu'elles sont largement répandues dans le monde. L'anglais et l'espagnol, déjà proposées en LV1, en feraient partie. Il faudrait y rajouter le chinois, le russe, l'arabe, le portugais, le turc et le persan. 

 

La maitrise d'une de ces langues offrirait aux élèves une ouverture sur le monde, et sur ses grandes civilisations. Ce serait une expérience inédite, et cohérente avec l'intérêt de la France, qui est de favoriser l'émergence d'un monde multipolaire. 

Cela profiterait bien sûr à la diplomatie et au commerce français, mais également à son secteur touristique: le fait de pouvoir rencontrer régulièrement des Français parlant leur langue, serait un encouragement aux habitants des grands pays en développement à venir visiter notre pays. 

 

Leur apprentissage pourrait être entamé, comme c'est le cas aujourd'hui, à partir de la 4ème. L'objectif pour le bac serait d'en maitriser l'usage courant. Il faudrait favoriser les échanges entre les élèves français et les jeunes élèves des pays concernés apprenant le français. Des voyages seraient même, en certain cas, envisageable. 

Bien entendu, ce sont là des langues encore peu enseignées en France, et il serait difficile de pourvoir tous les postes requis. 

Mais on pourrait faire en sorte, en moins de cinq ans, que chaque établissement scolaire propose l'apprentissage d'au moins trois ou quatre de ces langues - en plus de l'anglais et de l'espagnol. 

 

Il faudrait faire en sorte qu'au sein de chaque département, il y ait au moins un établissement proposant l'enseignement de chaque langage cité, afin que tout élève souhaitant l'apprendre puisse suivre des cours sans avoir à s'éloigner trop de son domicile. 

 

 

Langue Vivante 3 en option: une langue d'ouverture

 

Il est difficile de forcer les élèves à apprendre trois langues étrangères. Mais il est tout à fait possible de leur offrir cette possibilité en option, en faisant en sorte de valoriser cet apprentissage (qui pourrait commencer dès le collège). En plus de toutes les langues déjà citées, les élèves pourraient choisir, selon les moyens de l'établissement, un autre langue vivante parmi les suivantes:

- Les autres grandes langues européennes; en particulier le serbe, le roumain et le polonais (en raison des liens historiques de la France avec ces nations). Mais également les langues scandinaves (finnois, danois...), d'Europe orientale (tchèque, ukrainien...), sans oublier, bien évidemment, le grec moderne. 

- Des langues ayant, dans le monde, un certain poids économique ou géopolitique: le japonais, le coréen, l'indonésien, l'hébreu et le berbère.

- Toute autre langue dont l'élève pourrait suivre l'enseignement, en fonction de ses opportunités ou de celles de son établissement. 

 

Bien évidemment, il serait impossible de généraliser l'enseignement de toutes ces langues. Il faudrait simplement faire en sorte que chaque lycée soit en mesure d'en proposer une ou deux, plus si possible. Leur enseignement dans un établissement dépendrait à la fois des enseignants disponibles (les ambassades des pays concernés pourraient apporter leur aide) et de la motivation des élèves. 

 

Le but serait avant tout d'apporter une ouverture à l'étudiant, et de faire en sorte qu'il maitrise les bases fondamentales des langues concernées. 

 

 

 

Les apports d'une telle réforme 

 

Inédit dans le monde, ce système d'enseignement novateur aurait pour la France, et pour sa position à l'international, un triple avantage:

 

- Un avantage économique: connaitre une langue, c'est avant tout pouvoir s'insérer plus facilement dans une société. La connaissance de très nombreuses langues permettraient au français de s'implanter, à l'étranger, dans des secteurs aussi divers que la finance, le commerce, le tourisme, l'enseignement, la recherche, l'environnement, la diplomatie, etc. 

Inversement, cet enseignement polyglotte favoriserait la venue en France de touristes étrangers, en particulier les nouvelles vagues venues des pays émergents (Chine, Brésil, Turquie, monde arabe, etc.) 

 

- Un avantage diplomatique:  la diplomatie française en sortirait renforcée; bien souvent, le personnel des Ambassades de France ne parle pratiquement pas la langue du pays où elles se trouvent. Il en va de même pour les militaires en poste à l'étranger Or, parler la langue d'un pays, c'est pénétrer sa culture, c'est entretenir avec lui une certaine complicité, c'est comprendre bien mieux sa culture, ses problèmes et leur complexité. Cela ressere les liens entre les nations, et permet d'atténuer les heurts.

 

- Un avantage géopolitique: une telle réforme correspondrait au monde que défend traditionnellement la France: un monde multipolaire, basé autour de plusieurs grands pôles de civilisations et des nations indépendantes. Tout l'inverse du vaste Empire américain, dominé par l'anglais, dont rêvent tous les atlantistes. 

En effet, cette forme d'enseignement permettrait de faire reculer l'anglophonie: l'anglais ne serait plus la langue de transmission indispensable, et le français aussi bien que les autres langues en sortiraient renforcés. L'anglais serait mieux enseigné, mais ne monopoliserait plus l'enseignement français. 

Il va de soi que la francophonie aussi bénéficierait de telles mesures, car l'enseignement du français serait sûrement favorisé dans des pays comme la Chine ou le Brésil. 

 

 

                                                                              ***

 

Evidemment, avant de savoir parler n'importe quelle autre langue, il faudrait déjà que les élèves sachent parler un français correct - ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Mais c'est là un autre débat, qui ouvrirait sûrement sur d'autres idées de réformes...

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 23:03

C'est une affaire qui peut paraître parfaitement anecdotiques, mais qui révèle mieux que d'autres le cynisme du gouvernement français en matière d'écologie. Tout part d'une proposition internationale soutenue à la fois  - fait rare - par les Etats-Unis et la Russie: faire passer l'ours polaire du stade d'espèce vulnérable (Annexe II de la CITES) à celui d'espèce menacée (Annexe I). Cela permettrait notamment d'interdire le trafic de sa fourrure, qui suscite bien des convoitises. 

 

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Ce n'est pas la première fois que la Russie et les Etats-Unis coopèrent pour la sauvegarde de ce superbe animal, dont le territoire s'est considérablement réduit et dégradé au cours des dernières années. Déjà aux temps de la Guerre Froide, Soviétiques et Américains lançaient, ensemble, les premières mesures de protection. L'ours polaire est d'ailleurs un de leurs trésors nationaux. 

 

On pouait s'attendre à ce que la France, qui donne des leçons au monde entier, qui se targue de défendre l'écologie, soutint cette résolution. Or - surprise! - la Ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, vient de faire savoir que le gouvernement français n'a pas l'intention de soutenir cette demande russo-américaine. Contre toute évidence, le gouvernement français affirme que l'ours polaire ne serait pas menacé. 

Leurs arguments sont particulièrement grotesques, notamment celui qui consiste à dire que ces animaux vivent sur une aire de répartition très vaste (alors qu'elle se réduit d'année en année, et que sa grande taille peut les mettre en danger, surtout dans un environnement aussi hostile). Ne parlons pas de l'hypocrisie consistant à attendre un recensement pour se prononcer...

 

François Hollande et Delphine Batho prétendent ainsi mieux connaître la situation de l'ours polaire que les Russes et les Américains; on appréciera l'ironie de la situation. La réalité est qu'ils ont, pour satisfaire tel ou tel lobby, mis leur discours écologique sous le tapis et rejoint les positions de l'inénarrable Sarah Palin...

 

On attend avec impatience la réaction des écologistes au gouvernement, mais ne rêvons pas trop: ils ont avalé de bien plus grosses couleuvres, et ce n'est pas la disparition d'un ours vivant dans des grands froids lointains qui va les faire renoncer à leur soif de pouvoir.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:16

Son nom est Bond, James Bond. Depuis 50 ans, sur les grands écrans, il pourchasse les pires criminels de la planète, au cours de 22 films (bientôt 23) qui forment une des plus longues sagas de l'histoire cinématographique. Interprété par six acteurs différents, James Bond, agent 007, a toujours été l'incarnation d'une certaine Angleterre, ou plutôt d'une image que l'Angleterre se faisait d'elle-même. Mais derrière le divertissement se dissimule souvent l'idéologie. Il est intéressant de profiter de ce cinquantenaire pour étudier comment, tout au long de son histoire, la saga James Bond a permis de faire passer des messages, diplomatiques et parfois de propagande; tout en étant, en parallèle, un reflet de son époque.

 

Ancien agent des services secrets, et nationaliste britannique convaincu, Ian Flemming s'est beaucoup inspiré de la propagande de la guerre froide pour l'écriture de ses romans, même si les derniers d'entre eux laissent transparaitre une vision moins manichéenne et plus désabusée du monde. 

 

 

Trois grandes périodes historiques sont séparées, de manière hautement symbolique, par les changements d'acteurs que connaît la saga: Sean Connery (et Georges Lazenby pour un film) est le James Bond de la guerre froide et des tensions afférentes; Roger Moore, celui de la détente, symbolisée par son style décontractée, et clôturée par les deux films de Timothy Dalton; enfin la période moderne est divisée entre Pierce Brosnan, pour les années 1990 et l'américanisation triomphante, puis Daniel Craig qui ouvre le XXIème siècle et ses défis. 

Au cours des 22 films, toutefois, quelques constantes demeurent. En premier lieu, James Bond ne combat pratiquement jamais un autre pays; lorsqu'il se heurte à des agents russes, allemands ou américains, ces derniers agissent en général à leur propre compte, de manière indépendante. Si des rivalités peuvent exister entre pays, la distinction est toujours faites entre les "bons" et les "mauvais" du pays concerné. En ce sens, James Bond diverge des films américains de l'époque où c'est une nation entière (URSS, Chine, puis Iran ou Liban...) qui est désignée comme adversaire. 

En second lieu, le mythe de l'organisation criminelle internationale (notamment le fameux SPECTRE) est régulièrement repris; cherchant à monter les grandes puissances entre elles, ces organisations permettent tout à la fois d'offrir un redoutable ennemi à 007, et de prôner une forme de coopération des grandes nations rivales. 

 

 

 

Considéré par beaucoup comme le meilleur James Bond, Sean Connery aura joué dans six films, de 1962 à 1971; durant cette période, un seul autre acteur, George Lazenby, enfilera le costume de 007, le temps d'un film. Suivant la crise des missiles de Cuba, cette décennie est celle des tensions de la guerre froide, mais aussi celle d'un apaisement progessif qui se remarque au fil des films. La terreur nucléaire est au coeur de presque toutes les histoires. 

 

Une petite pique au nationalisme britannique: Sean Connery refusera toujours de se départir de son accent écossais, au point que Ian Flemming, impressioné par les prestations de l'acteur, inventera une origine écossaise à James Bond. 

 

Dr. No (1962) pose clairement les règles du jeu: dès le premier film, ce savant mi-allemand mi-chinois, qui utilise son génie à saboter les essais spatiaux américains, rejette aussi bien le camps de l'Est que celui de l'Ouest. Le dr. No se réclame du SPECTRE (Service Pour l'Espionnage, le Contre-espionnage, le Terrorisme, la Rétorsion et l'Extorsion). Cette organisation puissante, disposant de moyens financiers, techniques et militaire énormes, fournira un adversaire parfait à James Bond au cours des films suivants. 

 

Dans Bons baisers de Russie (1963), le SPECTRE annonce clairement ses plans, via son chef Ernst Stravo Brofeld: laisser les Etats-Unis et l'Union Soviétique se détruire mutuellement, puis prendre le contrôle du monde en profitant de l'affaiblissement des deux superpuissances. 

Le film fut une surprise et une nouveauté dans le paysage cinématrographique de l'époque. Dans le roman originel, James Bond fait face à une conspiration des services secrets russes. Mais en 1963, la crise de Cuba venait de s'achever. Alors que la peur d'une guerre nucléaire agitait toutes les têtes, les producteurs firent l'audacieux pari de mettre les Soviétiques et les Britanniques face à un ennemi commun: le SPECTRE.

Agents russes dans le romans, le colonel Rosa Klebb et le tueur Red Grant deviennent des agents du SPECTRE dans le film. La rivalité anglo-russe existe toujours, mais elle est exploitée par l'organisation pour assouvir ses noirs desseins. Dans le contexte de la guerre froide, Bons baisers de Russie annonçait les premières années de la détente. 

 

Il est à noter que Bons baisers de Russie, qui se déroule en grande partie à Istanbul, donna de la Turquie une image moderne et positive. Un bol d'air pour le pays qui, en 1963, se remettait progressivement des suites du coup d'Etat de 1961 et se rapprochait de la Communauté Economique Européenne. 

 

Goldfinger (1964) est le seul film des années 1960 dont le SPECTRE soit absent. Les Soviétiques également. Pourtant, le contexte de la guerre froide est bien présent, avec un ennemi nouveau: la Chine. Alors que l'Union Soviétique s'ouvre au monde, l'intransigeance de Mao Zedong, en phase d'obtenir l'arme atomique, inquiète. 

Goldfinger reflète bien la triple inquiétude de la bombe atomique, de la crise économique et de la Chine émergente. L'adversaire de Bond, Auric Goldfinger, financier international, se voit offrir par les Chinois une bombe destinée à exploser dans Fort Knox, ce qui rendrait la réserve d'or des Etats-Unis radioactive et permettrait de gonfler les prix de son propre stock d'or. On peut considérer qu'en termes de propagande anti-chinoise, Goldfinger est le film le plus manichéen de la série. 

 

La peur atomique, encore et toujours, est au coeur d'Opération Tonnerre (1965). Grand retour du SPECTRE également, dont le numéro 2, l'Italien Emilio Largo, réussit à voler deux bombes atomiques à l'OTAN, et menace de les faire exploser si rançon ne lui est pas versée. La solidarité occidentale (Américains, Britanniques, Français) est omniprésente, mais ni la Russie ni la Chine ne sont mentionnées. Une lente évolution se prépare, où la menace de groupes terroristes remplace progressivement celle des Etats. 

 

Toute l'ambigüité des relations franco-britanniques est résumée dans Opération Tonnerre. Avec l'aide du Deuxième Bureau, James Bond élimine un colonel français, membre du SPECTRE, déguisé en femme de manière ridicule. Par la suite, il succombe au charme de la Française Domino Derval, incarnée par la belle Claudine Auger...

 

Toujours la peur du conflit nucléaire, mais grand retour à la détente dans On ne vit que deux fois (1967): le SPECTRE dérobe des fusées américaines et soviétiques, dans le but d'attiser les tensions entre les deux Etats, et de les pousser au conflit. Conflit que James Bond empêchera, comme il se doit, au dernier moment. Dans cette histoire, les Britanniques se donnent le beau rôle: face à des Américains brutaux et va-t'en-guerre, ils défendent la bonne foi soviétique et se proposent d'enquêter sur les disparitions de fusées. 

Les commanditaires du SPECTRE sont très intéressants à observer: le premier est visiblement un Chinois (encore...) Quand au second, il s'agit d'un Européen dont la nationalité n'est pas précisé. Mais si l'on élimine les pays de l'Est et ceux de l'OTAN, il n'y a guère que la France qui vienne à l'esprit. Français et Chinois unis pour encourager une guerre entre Américains et Soviétiques? C'est possible, sans être certain.

On peut aussi y voir un Japonais (l'action se situe au Japon) et un industriel occidental lambda, encourageant une guerre pour leurs intérêts propres. Tout reste envisageable, donc...

 

Au service secret de Sa Majesté (1969) tranche radicalement avec l'atmosphère des précédents James Bond. Georges Lazenby remplace Sean Connery, pour un seul film. Si le SPECTRE est toujours à la manoeuvre, la menace n'est pas ici atomique, mais bactériologique. L'organisation prévoit en effet de répandre une terrifiante maladie sur l'ensemble du territoire britannique. Les grandes puissances sont totalement absentes du scénario: le conflit concerne Londres et le SPECTRE, ou plus précisément l'agent 007 et Ernst Stravro Blofeld, chef de l'organisation. 

 

Sean Connery revient une dernière fois pour Les diamants sont éternels (1971). James Bond doit venger sa femme, assassinée par Blofeld. Une nouvelle (et dernière) fois, le SPECTRE menace l'ensemble du monde. On remarque une nouveauté: les victimes de l'organisation criminelle internationale sont les Etats-Unis, l'Union Soviétique, mais également la Chine: la détente s'élargit, les trois superpuissances doivent faire face à la même menace. 

 

Le fondateur du SPECTRE, blessé et affaibli, fera une dernière courte apparition, dix ans plus, dans Rien que pour vos yeux, où il sera définitivement éliminé par James Bond. 

 

 

La décennie 1960 s'articule ainsi autour de quelques éléments récurrents: l'alliance américaine (symbolisée par Félix Leiter, agent de la CIA et ami de James Bond), la peur de l'arme atomique, le progrès spatial et scientifique, l'affrontement des blocs. Le SPECTRE, qui profite de cet affrontement, est l'ennemi principal de l'agent 007. L'Union Soviétique n'est jamais son adversaire, puisqu'elle subit elle aussi les attaques du SPECTRE. La Chine joue un rôle plus trouble: dans trois films (Dr. No, GoldfingerOn ne vit que deux fois), l'adversaire est Chinois ou travaille avec eux. Enfin, il est à noter la présence importante d'Allemands parmi les adversaire de Bond: le dr. No (mi-chinois, mi-allemand), le tueur Red Grant (mi-anglais, mi-allemand), l'accent allemand de Goldfinger (l'acteur était un ancien nazi), Hans, le garde du corps de Blofeld, et Irma Bunt, sa femme.

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 17:29

 

L'arrivée de Roger Moore dans le rôle de James Bond, au début des années 1970, marque un tournant dans la série. Adoré ou détesté, le plus "british" des acteurs de la série apporte un style nouveau, tout en légèreté, où l'humour et le second degré frôlent parfois la parodie. Cet état d'esprit symbolise un monde où la détente s'est imposée, où les deux blocs se fissurent et s'ouvrent l'un à l'autre. Dans les années 1980, la guerre froide reprend (et les films s'en ressentiront), mais la menace de destruction nucléaire, ou de guerre totale, semble bien éloignée. James Bond se fait plus sérieux, mais jusqu'à la fin de la guerre froide, son rôle sera plus d'éviter les conflits que d'y participer. 

 

Le schériff J.W. Pepper, qui apparaît dans les deux premiers James Bond aux côtés de Roger Moore, est un policier américain, caricatural au possible. Maladroit, raciste et borné, il donnera beaucoup de fil à retordre à l'agent secret de Sa Majesté, qui se passerait volontiers d'un tel allié.

 

Vivre et laisser mourir (1973) est un épisode très particuliers. James Bond y affronte Kananga, un trafiquant de drogue, dictateur d'un Etat imaginaire des Amériques. Confronté aux milieux noirs de Harlem, l'agent de sa gracieuse Majesté s'en sort avec quelques pirouettes et deux ou trois blagues dont certaines frôlent le racisme. Aucun enjeu diplomatique ici, donc, si ce n'est la représentation un peu simpliste d'une Amérique soumise à la loi des gangs communautaires. 

 

Peu de diplomatie, également, dans L'homme au pistolet d'or (1975), où Christopher Lee (cousin de Ian Fleming) incarne Francisco Scaramanga, tueur à gage armé d'un revolver en or. L'action se déroulant en Chine, les Britanniques en profitent tout de même pour marquer leur souveraineté sur Hong-Kong. Les Chinois (une fois de plus) sont dans le mauvais camps: s'ils ne sont pas ouvertement ses alliés, ce sont eux qui abritent Scaramanga sur son territoire, en échange de quelques services que ce dernier peut leur rendre. 

La recherche de nouvelles énergies est évoquée dans le film, traduisant l'inquiétude britannique au lendemain du choc pétrolier de 1973.

Il est à noter que le film fut le premier James Bond à être diffusé au Kremlin où il fut, dit-on, fort apprécié. Les Russes étaient alors en graves difficultés avec la Chine...

 

Censé se dérouler en mer de Chine, le duel entre James Bond (Roger Moore) et Francisco Scaramanga (Christopher Lee) fut en réalité tourné dans la baie de Phang Nga, en Thaïlande, un lieu devenu depuis mondialement célèbre. 

 

Retour aux affaires du monde, et à la détente avec un grand D, dans L'espion qui m'aimait (1977). Britanniques et Soviétiques décident de coopérer afin de récupérer les sous-marins nucléaires qu'un milliardaire mégalomanique, Karl Stromberg, leur a volés. Particulièrement fou, ce dernier a l'intention d'utiliser ces sous-marins pour raser New-York et Moscou de la surface de la terre. Philanthrope, il espère voir naitre un nouveau monde, sous les océans. 

C'est à cette occasion qu'apparait le Général Gogol, chef des services secrets soviétiques (KGB), qui sera présent au cours des cinq films suivants. Individu roublard et aimable, tenace et sympathique, il donne du KGB une image particulièrement positive, et traite James Bond comme un ami personnel. 

Une amitié anglo-soviétique que l'agent 007 cultive dans sa liaison avec Anya Amasova, belle espionne soviétique dont il avait auparavant tué l'amant (le travail...), mais qui lui pardonnera aisément. Ce qui permet à Stromberg de conclure: "un agent britannique amoureux d'un agent russe: ça, c'est la détente!"

 

Moonraker (1979), qui adopte dès le départ un ton parodique, se poursuit dans cette optique apaisée: le méchant, Hugo Drax, prévoit tout bonnement de d'empoisonner la surface de la terre, depuis sa station spatiale, afin de créer une race d'hommes nouveaux et "parfaits". Mis à part le coup de téléphone rouge entre Américains et Soviétiques pour régler cette question, aucune référence à la guerre froide n'est faite. 

 

Tout change dans Rien que pour vos yeux (1981): la guerre froide est relancée, l'impitoyable et très atlantiste Margaret Thatcher a pris la tête du Royaume-Uni, et pour la seule fois de toute la saga, c'est l'Union Soviétique que James Bond affronte. Certes, ce ne sont pas les Russes, mais leur agent en Grèce, Aristote Kristatos, qui est l'adversaire principal. Mais il a été payé par le KGB pour récupérer un machine britannique, le "Lektor", et emploie, entre autres, un Cubain et un Allemand de l'Est dans ses rangs. 

Malgré tout, le film reste fidèle à la volonté pacificatrice de la série: James Bond détruit le "Lektor" en fin de compte, permettant aux Britanniques et aux Soviétiques de se retirer sur un match nul. Un geste approuvé par son ami le Général Gogol qui, beau joueur, admet cette issue. 

 

Octopussy (1983) reste dans cette ambiance de tension. La distinction est faite entre "bons Russes" (le Général Gogol et les hauts-dirigeants soviétiques) et "méchants Russes" (le Général Orlov, déterminé à ouvrir une guerre directe avec l'Occident). Le film, qui se déroule en partie à Berlin, est une oeuvre de propagande particulièrement bien ficelée, qui réussit néanmoins à ne pas tomber dans un manichéïsme absolu, et qui évite d'attaquer l'Union Soviétique dans son entier. Le Général Gogol, en particulier, s'oppose aux initiatives belliqueuses de son collègue, qui est finalement abattu par des soldats soviétiques après avoir tenté de passer à Berlin-ouest. 

 

Interprété par Walter Gotell (qui jouait déjà un homme du SPECTRE en 1963), le Général Gogol est le chef du KGB et s'avère un allié fiable pour James Bond. Dans deux films seulement, les deux hommes s'affrontent, mais le Soviétique agit alors comme un adversaire loyal, qui n'approuve pas les méthodes de certains de ses alliés. 

 

Un retour à la détente dans Dangereusement votre (1985), dernier James Bond de Roger Moore. Notre agent secret se voit décoré de l'Ordre de Lénine, flirte avec une espionne soviétique, en apparence tout va bien. La tension reste présente: le Français Max Zorin, industriel totalement fou qui prévoit de détruire la Silicon Valley, est un ancien du KGB. Conçu génétiquement par un ancien nazi, recceuilli par l'Union Soviétique, il n'a fait qu'échapper à ses créateurs. Le message de propagande est sous-jacent, mais il demeure. 

 

Tuer n'est pas jouer (1987) est sûrement le James Bond le plus marqué par la réalité internationale. 

Encore une fois, une limite très claire est dressée entre "bons Russes" et "méchants Russes". Les premiers sont le Général Pushkine, nouveau chef des services secrets soviétiques, le pouvoir central de Moscou, et le Général Gogol, passé aux affaires étrangères. Le mauvais Russe, Georgi Khoskov, qui se présente comme un dissident soviétique, tente en réalité de faire assassiner son supérieur, le Général Pushkine, par les Britanniques. Il a l'appui des troupes soviétiques basées en Afghanistan, dont les soldats apparaissent barbares et patibulaires. 

Les moudjahindines afghans, quant à eux, sont présentés sous un jour plutôt sympathique (on n'avait pas encore prévu le 11 septembre...) Pas aussi manichéen, toutefois, que Rambo III, le film montre leurs rapports troubles avec les Soviétiques, ainsi qu'avec des trafiquants de drogue. 

Le Général Pushkine ira jusqu'à sauver la vie de James Bond (qui lui a rendu un service similaire auparavant), et le Général Gogol le saluera chaleureusement en fin de film, tandis que le traitre Khoskov est arrêté par l'Armée Rouge. La dichotomie bons/méchants est bien respectée. 

 

Après le départ de Roger Moore, c'est Timothy Dalton, armé ici du très rare fusil allemand WA2000, qui reprend le costume de James Bond. Il jouera dans Tuer n'est pas jouer et Permis de tuer. 

 

D'autre part, le film affiche une certaine prise de distance vis-à-vis des Etats-Unis, via son méchant principal, le trafiquant d'armes Brad Whitaker. Caricature du militaire américain, admirateur de Grant, César et Napoléon, fasciné par les armes et prêt à les vendre à n'importe qui, il est abattu par James Bond dans une mise en scène où le nationalisme britannique frôle le ridicule:

poursuivi par l'Américain dans son petit musée des armées, James Bond se réfugie derrière une statue de Wellington. Au moment où son adversaire s'approche, 007 fait sauter son porte-clés explosif, précipitant la statue sur Whitaker qu'elle écrase. Au général Pushkine qui arrive à sa rescousse, James Bond fera remarquer que Whitaker "vient d'essuyer son Waterloo"...

 

Permis de tuer (1989) s'éloigne de toutes ces considérations diplomatiques, mais accentue la prise de distance à l'égard des Etats-Unis... et même de l'Angleterre puisque, pour la première fois, James Bond démissione de son poste et doit lutter contre ses propres services secrets. Il s'agit pour lui de venger Felix Leiter, son fidèle ami de la CIA, mutilé par un baron de la drogue, Franz Sanchez. 

Réunissant trafiquants américains et chinois, ce dernier note avec humour que "l'est rencontre l'ouest: dealers de tous les pays, unissez-vous!"

L'assistant le plus jeune et le plus cruel de Sanchez, Dario (interprété par un Benito del Toro encore jeune...), est un ancien des "Contras", ces paramilitaires formés par la CIA pour déstabiliser le Nicaragua. CIA qui, du reste, négocie ferme avec les hommes de Sanchez sur de sombres histoires d'armements. 

 

Il est à noter que l'URSS, alors en pleine crise, est totalement absente du film, qui se déroule intégralement en Amérique centrale. James Bond devra affronter, en vrac, des trafiquants, des Contras, des agents de Hong-Kong, et ses propres services secrets. La guerre froide se termine cette même année. James Bond mettra six ans à s'en remettre, et ce n'est qu'en 1995 que la série sera relancée. Timothy Dalton voit s'arrêter là une carrière prometteuse. 

 

 

Passage de flambeau: Timothy Dalton (à gauche) et Roger Moore (au centre) posent aux côtés de Pierce Brosnan (à droite), qui sera l'interprète de James Bond au cours de la décennie 1990.

 

 

En vingt ans, la série des James Bond aura beaucoup évolué: plus humoristique, plus grand spectacle, elle préfigure ce que seront les films d'action des années 1980/1990. La vision du monde qui s'en dégage s'articule, très globalement, autour d'un schéma simple: une puissance qui cherche son baroud d'honneur, l'Empire britannique; un allié fidèle mais un peu lourdaud, les Etats-Unis; un rival qui n'est pas un ennemi direct, l'Union Soviétique; et au milieu, des individus dangereux et des organisatons criminelles qui tentent d'exploiter ces rivalités à leur profit. 

Le passage de la détente à la guerre fraîche se ressend: amie, presque alliée dans les années 1970, l'Union Soviétique devient un rival beaucoup plus coriace dans les années 1980 - sans être jamais l'adversaire principal de James Bond. Ni la Chine, ni les nouvelles forces anti-britanniques (Iran, nationalistes arabes...), ne sont mentionnées, ou presque. 

La récurrence de méchants mégalomaniaques, utilisant la guerre froide pour leurs propres intérêts, explique en grande partie l'assèchement de la série après la chute du bloc de l'Est. Dès la disparition du SPECTRE, les James Bond s'étaient ancrés dans un monde où la détente et la rivalité entre les deux blocs se cotoyaient. Le monde nouveau qui s'ouvre en 1991, dominé par les Etats-Unis, était une catastrophe pour l'esprit même de la série, qui mettra longtemps à se renouveller, sans jamais retrouver sa grandeur passée...

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:20

La fin de la guerre froide prive James Bond de son univers de prédilection, et la série semble devoir s'arrêter avec Permis de tuer, en 1989. En outre, tous les romans et toutes les nouvelles de Ian Flemming ont été adaptés, et l'inspiration vient cruellement à manquer. Mais la sage est rentable et les maisons de productions ne peuvent ainsi laisser mourir la poule aux oeufs d'or. Il faut tout de même six ans pour que soient trouvés un réalisateur, un scénario et des acteurs capables de faire revivre James Bond. 

Pendant près de dix ans, la série s'américanise: beaucoup d'action, effets spéciaux à volonté et scénarios aussi dantesques qu'improbables. Cela n'empêche pas le développement d'une propagande plus décousue, mais toujours présente. Deux figures principales de méchants se détachent: l'une d'elle et traditionnelle, c'est celle du mégalomaniaque qui attise les rivalités entre puissances (Angleterre et Russie, Angleterre et Chine, Etats-Unis et Corée du Nord...) pour satisfaire ses ambitions. La deuxième est plus nouvelle et annonce le siècle à venir: c'est celle du "terroriste", agent de la peur et de la destruction, s'appuyant sur des réseaux plus que sur des Etats, et, de fait, bien plus dur à stopper. 

En 2006, Casino Royale change délibérément d'orientation, et fait repartir la série à zéro. Déconnectés des précédents films, les James Bond se veulent désormais plus réalistes, et plus fidèles au personnage brutal et archaïque de Ian Flemming (ce qui ne se combine pas toujours facilement avec l'époque moderne...) L'intrigue diplomatique passe désormais au second plan, et se détache totalement des réflexes de la guerre froide. Quantum of Solace se permet même une dénonciation discrète mais réelle de l'impérialisme américain et des aveuglements britanniques. 

 

Introduction du féminisme dans la série: M, chef des services secrets britanniques, est désormais une femme, interprétée par Judi Dench, et ce tout au long des épisodes post-guerre froide. 

 

Goldeneye (1995), réalisé par John Glenn, relance la saga et place James Bond dans le contexte de l'après-guerre froide. Les vieilles traditions perdurent, et l'on assiste à un traditionnel affrontement entre "bons Russes" (le ministre de la Défense, la belle informaticienne Natalya Simonova...) et "méchants Russes" (Xenia Onatopp, tueuse géorgienne sado-masochiste, et le Général Ouroumov, belliciste effréné). Sans oublier des personnages plus ambigüs, comme Valentin Zukovsky, ancien agent du KGB reconverti dans la maffia, adversaire et allié de Bond tout à la fois...

Le principal adversaire de l'agent 007, ici, n'est autre que l'agent 006, Alec Treveylan, ancien ami de James Bond. Il fait partie de la minorité cosaque, qui, pour avoir collaboré avec les nazi, fut trahie par les Britanniques et livrée aux représailles de Staline. Pour échapper à la mort, le père d'Alec Treveylan se suicida, après avoir tué sa femme. Son fils cherche à se venger des Russes et des Anglais, en volant le satellite des premiers pour attaquer Londres avec. 

Le film reprend un certain nombre de clichés de l'époque. Ainsi apprend-on que Treveylan a été "le principal fournisseur de l'Irak pendant la guerre du Golfe". Diabolisation oblige. C'est d'ailleurs l'une des seules allusions au Moyen-Orient que l'on puisse trouver dans un James Bond. 

 

Demain ne meurt jamais (1997) reprend une intrigue on ne peut plus classique des James Bond, celle du criminel puissant qui dresse deux puissances l'une contre l'autre. On note cependant quelques innovations; Eliott Carver, adversaire principal de James Bond, veut déclencher une guerre entre le Royaume-Uni et la Chine, qui remplace ainsi l'Union Soviétique dans le rôle du "rival mais allié". La propagande anti-chinoise des vieux films laisse ainsi place à un appel au rapprochement anglo-chinois. James Bond sympathisera d'ailleurs avec une espionne des services secrets chinois. Quant au fauteur de guerre, il n'est plus membre d'une organisation secrète ou d'un groupe paramilitaire, mais... patron d'une grande chaîne de médias. Et c'est en utilisant l'arme médiatique - satellittes, télévisions et journaux - qu'il compte déclencher sa guerre. Une trouvaille visionnaire, quant on se rappelle le rôle des médias dans les guerres des Balkans, d'Irak ou de Libye...

 

Stamper, un méchant Allemand. 

 

Le film n'échappe pas aux caricatures: Carver et la plupart de ses hommes de main sont allemands, et son bras droit, Stamper, est une caricature d'Aryen que l'on croirait tirée des affiches de propagande des jeunesses hitlériennes. 

La Russie est représentée comme une puissance faible et inoffensive, dont le représentant est obligé de demander l'aide des Britanniques afin de stopper les trafics d'armes à sa frontière. C'était l'époque où, en Occident, beaucoup vendaient la peau de l'ours russe, croyant l'avoir tué avant qu'un certain Vladimir Poutine ne vienne doucher leur enthousiasme...

Demain ne meurt jamais se concentre sur les rapports anglo-chinois, mais les Américains y apparaissent brièvement. Quoiqu'alliés de Bond, ils ne sont pas présentés sous leur meilleur jour: maladroits et mal organisés, ils admettent que "nous n'avons aucun intérêt à une guerre, sauf quand nous la déclenchons". 

 

Le monde ne suffit pas (1999) s'inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement riche, puisque l'action a lieu au Caucase et en Asie Centrale, sur les routes du pétrole. Toutefois, peu de propagande dans cet opus où les adversaires principaux sont un terroriste dont on ne connait pas la nationalité, et une de ses anciennes otages, tombée amoureuse de lui. 

Les Russes sont omniprésents dans le films, sans être dans un camps ni dans l'autre. Renard, le terroriste, leur vole une bombe nucléaire après s'être infiltré parmi eux. On retrouve également Valentin Zukovsky, cet ancien agent du KGB reconverti dans la maffia russe. Encore une fois, son rôle est trouble. Toutefois, alors qu'il est sur le point de mourir, son dernier geste est de sauver la vie de James Bond - se replaçant ainsi dans le "bon camp".

 

Dans Meurs un autre jour (2002), un nouvel ennemi est désigné avec la Corée du Nord. Un choix fort peu risqué, vu l'isolement international du régime. Toutefois, la distinction est encore une fois faite entre "bons" et "mauvais" chez les Nord-Coréens. Le vieux Général Moon est en effet un pacifiste, qui ne désire pas la guerre avec les Américains. Inversement, son fils est un belliciste convaincu, mais c'est l'Occident qui l'a corrompu et en a fait un fou assoiffé de pouvoir.

Le film est ainsi bien plus subversif que ce que l'on pourrait croire. Les formes généreuses de Halle Berry en espionne de la NSA ne masquent pas l'incompétence de ses collègues américains, qui collaborent de bien mauvaise grâce avec les Britanniques. James Bond, lâché par ses propres services secrets, n'hésite pas à demander l'aide d'agents chinois ou cubains. "Vous appellez un terroriste, ce que d'autres appellent un résistant", lâchera notamment un indicateur cubain. Désarçonné, James Bond ne s'en sortira qu'en bottant en touche. 

 

Une partie de Meurs un autre jour se déroule à Cuba; l'occasion pour le réalisateur de dénoncer l'arrogance de certains touristes occidentaux envers la population locale. 

 

Casino Royale (2006) paraît quatre ans plus tard, et lance une nouvelle saga, totalement déconnectée des films précédents, et qui réinvente le personnage de James Bond. En raison de ce changement, la politique internationale est absente de ce James Bond centré sur la construction de son héros. L'ennemi est le banquier de Quantum, une organisation terroriste qui rappelle vaguement le SPECTRE. 

 

Changement radical dans Quantum of Solace (2009): non seulement le film revient à la diplomatie avec un grand "D", mais de plus il adopte un ton anti-américain et alter-mondialiste totalement inédit dans la série. Les Etats-Unis prennent en effet le rôle dévolu autrefois à l'URSS: celui de la puissance qui soutient et finance le méchant, sans se rendre compte qu'il la manipule. Cette fois, ce ne sont plus les hommes du KGB, mais de la CIA, qui pourchassent James Bond. Et comme le veut la tradition qui valait pour les Russes ou les Nord-Coréens, la distinction est faite entre "bons Américains" et "mauvais Américains". 

L'adversaire principal de l'agent 007 est Dominic Green, un philanthrope écologiste en apparence. Son but réel est l'assèchement de la Bolivie par privation de ses réserves d'eau; la colère sociale doit favoriser un coup d'Etat soutenu par la CIA, qui mettrait au pouvoir le brutal Général Medrano. Dominic Green contrôlerait ce nouveau pouvoir, en gardant la possession des réserves d'eau du pays. 

Pour la première fois également, apparaît un méchant israélien (qui en réalité n'est que mentionné), ex-membre du Mossad. Les Britanniques ne sont pas épargnés par le film, tentés qu'ils sont de soutenir le projet de Dominic Green. 

 

Les Françaises restent les James Bond girls préférés du grand public. Après Sophie Marceau en 1999, puis Eva Green en 2006, c'est la belle inconnue Bérénice Marlohe qui incarne Séverine dans Skyfall.

 

Beaucoup moins révolutionnaire, Skyfall (2012) continue toutefois dans sa prise de distance à l'égard de la Grande-Bretagne. Si le film pourrait passer pour une ode au patriotisme britannique, son propos est toutefois bien plus ambigü. Le méchant est un ancien agent britannique, trahi par le MI6 et livré aux autorités chinoises en échange d'autres agents. Les services de la défense se montrent incompétents, incapables de comprendre le travail des agents de terrain.

En revanche, les tensions entre puissances sont une nouvelle fois absente du film. Aucun Russe, aucun Américain, n'intervient dans le scénario. On notera juste une allusion brève et imprécise au Moyen-Orient - région qui n'a presque jamais été évoquée dans les James Bond. 

 

 

Et pour l'avenir? Les zones inexplorées par la diplomatie bondienne

 

En cinquante ans d'existence, James Bond n'est pas une seule fois mêlé au conflit israélo-palestinien. Il ne se rend ni en Israel, ni en Palestine. A l'exception d'un bref tour au Liban, et de quelques passages en Egypte, il ne se rend dans aucun pays de la région. Les seuls pays musulmans visiter par l'agent 007 sont périphériques: Maroc, Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan ou Afghanistan. Alors qu'ils sont légion dans le cinéma américains, on ne trouve aucun méchant arabe dans les James Bond. Même remarque d'ailleurs pour l'Iran, qui n'est jamais évoqué.

Cette absence est d'autant plus curieuse que le cinéma américain ne se prive pas pour caricaturer les Arabes et les Iraniens, présentés comme des peuples barbares face à un Israel allié et civilisé. Peur de choquer les importantes communautés musulmanes de Grande-Bretagne? Refus d'évoquer un conflit israélo-palestinien dont le Royaume-Uni est un des principaux responsables? Ou juste désintérêt pour une zone trop complexe et clivante? 

 

Les Balkans sont l'autre grand absent des James Bond. Alors que les Yougoslaves sont régulièrement mentionnés dans les romans, où leur rôle est ambigü, ils n'apparaissent pratiquement pas dans les films. 

Depuis les années 1990, les films américain et français ont tendance à diaboliser les Serbes, présentés comme les grands méchants, presque l'équivalents des nazis. Les James Bond ne sont jamais tombés dans ces travers. La Serbie n'est jamais évoquée. A l'exception du Chiffre, qui serait albanais, aucun adversaire de James Bond ne vient de cette région. 

 

 

Il est cependant peu probable que la série se penche davantage sur ces sujets épineux. La tendance des derniers années est à l'internationalisation des menaces: groupes terroristes, agents inflitrés, ou l'organisation Quantum, dont le retour est tout à fait envisageable. La diplomatie risque fort d'en souffrir. Comme si les James Bond étaient incapables de se remettre de la fin de la guerre froide, au sein de laquelle ils ont servi d'outil de propagande, de pacification et de dialogue tout à la fois. 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 16:22

" On peut juger de la grandeur d'une nation par la façon dont les animaux y sont traités."  

 Gandhi

 

Pour la première fois en France, le Conseil Constitionnel va se pencher sur le cas de la corrida, et tâcher de déterminer si elle est, ou non, conforme à la Constitution française. Une occasion historique de mettre fin à une pratique qui n'honore pas notre pays, et n'y a plus sa place de toute évidence. 

 

La souffrance des taureaux de combat est d'autant plus choquante qu'elle est souvent vue comme une part, parfaitement esthétique, de la corrida...

 

Passons sur la cruauté de la chose. Les souffrances terribles infligées à un animal affaibli et désorienté, sa mise à mort impitoyable et presque systématique, les risques aussi courrus par les toreros et leurs chevaux, ne peuvent que heurter la sensibilité de chacun. Mais les partisans de la corrida feront valoir que les taureaux de combat, élevés en liberté pendant plusieurs années, ont somme toute une vie plus enviable que celle de leurs congénères destinés à l'abattoir. Et après tout, l'argument est valable. 

 

Le problème est celui du symbole, de l'exemple donné par cette tradition. Qu'est-ce qu'une corrida? C'est un endroit où un public se rassemble pour assister à la mise à mort, longue, sanglante et cruelle, d'une malheureuse bête qui n'a rien demandé à personne. Et que l'on cesse avec cette légende d'un "combat loyal et viril", entre deux adversaires qui se "respecteraient"! Le taureau n'a pas demandé à se battre; il arrive au combat blessé et affaibli; il est tué dans 99% des cas. Où est le loyalisme là-dedans? Le respect? 

La corrida est, tout bonnement, un spectacle de mise à mort cruelle d'une créature innocente. La France, qui se targue d'être un pays d'humanité et de civilisation, peut-elle encore tolérer ce genre d'exhibition? 

 

Rien ne le justifie. Pas même, d'ailleurs, les racines culturelles dont se réclamait piteusement Manuel Vals pour défendre cette pratique indigne. Que les Espagnols veuillent conserver cette partie de leur patrimoine, admettons! Mais la corrida n'est pas une pratique française. Tout au plus est-elle pratiquée, traditionnellement, dans certaines régions du sud du pays; mais elle n'est qu'une tradition parmi d'autres, et à l'échelle française, ne fait pas partie de la culture nationale. Les Français, d'ailleurs, y sont majoritairement hostiles. 

Et quand bien même certaines villes (Arles, Nîmes...) tiendraient à conserver ces courses de taureaux, rien ne les empêche d'en modifier les règles. La mise à mort du taureau, les blessures sanglantes, sont-elles nécessaires? Ce n'est pas sûr. Des alternatives existent. La tradition peut être gardée, mais adaptée. 

 

Pour un taureau capable de faire face à l'épée du toreador, combien sont massacrés sans avoir eu la moindre chance de se défendre, affaiblis qu'ils étaient par les piques et banderilles, ainsi qu'un isolement dans une longue obscurité?

 

 

Il est donc nécessaire et urgent que le Conseil Constitionnel mette fin à la corrida, du moins telle qu'elle est pratiquée actuellement, en France. Certaines mairies de France (dont celles de Yerres dirigée par Nicolas Dupont-Aignan) ont d'ores et déjà pris les devants et décrété l'illégallité de cette pratique... Bien naturellement, cela ne règlera pas tous les problèmes de souffrance animale que connaît la France. Entre autres, devront être aussi traités les cas de l'élevage en batterie, des combats de coqs, du foie gras, de l'abattage rituel, de la chasse à courre ou bien encore des cobayes pour expériences scientifiques parfois inutiles. Mais quel symbole fort, que de refuser désormais une attraction où la torture mortelle d'un animal reste, volens nolens, le clou du spectacle! Espérons que les "Sages" du Conseil Constitionnel auront en tête l'image de la France au moment de rendre leur verdict, le 21 septembre prochain. 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 00:18

Voici venu le temps d'une pause et de vacances bien méritées; mais qui ne doivent pas être oisives: que l'on me permette de recommander une liste de livres en tout genre. Romans, essais et ouvrages d'analyse pour occuper les journées d'été. Chez soi, en voiture, en train, en avion (pour ceux qui ont la chance de supporter ce moyen de transport), en bateau: ce sont des ouvrages facile à lire, instructifs et à connaitre. 

 

 

Aymeric Chauprade, Chronique du choc des civilisations

 

 Brillant atlas géopolitique, cet ouvrage qui a valu à Aymeric Chauprade d'être limogé par Hervé Morin du Ministère de la Défense se veut une réponse au Choc des Civilisations de Samuel Huntington. L'auteur ne nie d'ailleurs pas le principe de guerres civilisationnelles, mais il montre leur complexité, loin de la vision simpliste des néo-conservateurs. Ainsi évoque-t-il les oppositions entre l'Europe et les Etats-Unis, entre les diverses branches de l'islam, ou encore entre les Etats d'Asie; le tout appuyé sur des cartes en couleur et détaillées. 

 

Il semble néanmoins qu'Aymeric Chauprade, tout à son analyse civilisationnelle, néglige parfois trop les logique étatiques - en particulier, il oublie le rôle très spécifique de la France qui s'est toujours placée au-dessus des guerres de civilisations.

 

Mais son ouvrage n'en reste pas indispensable pour comprendre la géopolitique contemporaine; d'autant qu'il est assez facile à lire. 

 

 

 

 

Vladimir Volkoff, Désinformation: flagrant délit

 

 Publié en 1999, en réponse au bombardement de la Serbie par l'OTAN, ce livre se présente comme une vigoureuse charge contre les mensonges de l'Occident et la diabolisation des Serbes. 

Très impliqué dans son sujet, Vladimir Volkoff a le mérite de rappeller quelques vérités sur un conflit qui n'opposait pas des Serbes barbares à des Kosovars innocents, mais plutôt plusieurs factions armées, avec des massacres de part et d'autre. 

 

Passons sur le conflit: il date, et la vision de Vladimir Volkoff est trop influencée par ses opinions monarchistes et sa foi chrétienne pour être objective. En revanche, l'intérêt de l'ouvrage réside dans la grille d'analyse de la "désinformation" (inspirée par le Docteur Spin) que dresse l'auteur. Elle fonctionne en six points principaux: accusations d'atrocités; gonflement hyperbolique des enjeux; diabolisation ou déshumanisation de l'adversaire; polarisation; invocation d'une sanction divine; métapropagande (discréditer toute information du camps adverse).

 

Ne serait-ce que parce qu'on a retrouvé cette dynamique à l'oeuvre par la suite envers l'Irak, et aujourd'hui envers la Syrie, ce livre est à lire et relire. 

 

 

Ian Flemming, Docteur No

 

 Alors que Bons baisers de Russie est le prototype du roman d'espionage, ce James Bond, écrit juste ensuite, est ce qui se rapproche le plus du roman d'aventure. Île fantastique isolée du monde, savant fou aux mains mécaniques, pieuvre géante et dragon hydroglisseur, aucun élément ne manque. 

 

Un roman qui se laisse lire avec beaucoup de plaisir, tout en faisant voyager son lecteur; les plus courageux pourront lire en même temps Bons baisers de Russie qui, dans une ambiance tout à fait différente, fait évoluer James Bond d'Istanbul à Paris, entre les machinations soviétiques et les agents doubles. Un ouvrage marqué d'un certain nationalisme chauvin, voire raciste (ni les Turcs, ni les Yougoslaves, ni les Russes ne sont présentés à leur avantage), mais dont le rythme trépidant incite irrésistiblement au voyage.

 

 

Bernard Lugan, Histoire du Maroc: des origines à nos jours

 

 Un ouvrage indispensable à quiconque veut en connaitre plus sur l'histoire de cette vieille nation, restée fière et indépendante à travers les siècles; écrit par un passioné, ce livre et à recommander à tous ceux que l'histoire non seulement du Maroc, mais aussi du Maghreb et de l'Espagne, intéresse.

 

Notez que j'avais déjà chroniqué cet ouvrage dans un article précédent.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sir Arthur Conan Doyle, Le monde perdu

 

 Roman méconnu de l'auteur de Sherlock Holmes, Le monde perdu narre le voyage de deux scientifiques, d'un jeune journaliste et d'un chasseur aventurier vers un bloc rocheux d'Amérique du Sud, coupé de l'évolution du monde. Sur ce plateau désolé vivent encore l'allosaure, le stégosaure, les hommes préhistoriques et les ptéranodons. 

Roman fantastique et d'aventure, Le monde perdu se lit d'une traite, avec passion et parfois, avec frayeur. C'est aussi un récit touchant, tant l'image des dinosaures qu'il véhicule apparaît datée; on était alors aux débuts de la paléontologie. 

 

Cette ambiance "vieille Angleterre" traverse d'ailleurs l'ensemble du roman, qui dresse de la société britannique de l'époque un portrait vivant et parfois ironique... qui ne pourra manquer de susciter chez les anglophiles un certain fond de nostalgie. 

 

 

 

 

 

 

 

Vincent Nouzille, Les dossiers de la CIA sur la France, 1958-1981

 

 Une étude détaillée et passionante, à lire et connaitre absolument: c'est toute la politique américaine vis-à-vis de la France aux débuts de la Vème République qui est ici étudiée. L'ouvrage est un peu long, mais pour les passionés de politique française, il est indispensable. Charles de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Valery Giscard d'Estaing, Michel Rocard, Michel Debré, Couve de Murville: les liens, conflits, alliances, de chacune de ces personnalités avec Washington est rapportée dans le détail. 

C'est avec nostalgie que l'on parcourt une époque où la France savait, encore, faire entendre ses divergences avec Washington...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eric Zemmour, Mélancolie Française

 

 Le dernier vrai livre d'Eric Zemmour (les deux compilations de ses chroniques de RTL ne peuvent être considérées comme une oeuvre littéraire, mais juste un produit commercial sans intérêt pour qui les écoute régulièrement) est aussi son meilleur. Il n'est que de lire les deux premiers chapitre pour se rendre compte que l'auteur est profondément amoureux de la France, dont il dresse une histoire originale et intéressante. 

On peut ne pas être d'accord avec tout, mais la grille de lecture du journaliste, intelligente et nuancée, apporte un éclairage différent sur quelques évènements clés de cette histoire. 

 

D'inspiration bonapartiste et gaulliste, Eric Zemmour se révèle dans cet ouvrage un souverainiste farouche, pour qui les éternels adversaires de la France resteront le Royaume-Uni et les Etats-Unis. 

Trop souvent caricaturé par la critique, son dernier châpitre est une dénonciation du communautarisme généralisé, plus qu'une attaque envers telle ou telle "communauté". 

 

 

 

 

 

 

 

Charles de Gaulle, Mémoires de guerre

 

 Un grand classique, que tout gaulliste, tout patriote, tout Français curieux de son histoire, ne peut manquer à aucun prix. Edités en trois volumes (conseillé, car plus pratique à transporter), où réunis en un seul (à éviter, lourd et peu maniable), ces trois tomes (L'appel, L'unité, Le salut) rappelle le combat de celui qui devint, par sa persévérance et son amour de la France, le chef de la Résistance à l'occupation nazie. 

 

Ecrite dans un style remarquable, cette oeuvre historique et littéraire s'arrête aussi bien sur les questions politiques et géographiques, que militaires et philosophiques. 

Que dire d'autre? Rien: c'est à chacun d'entrer dans cette page cruciale de l'histoire française, et de découvrir l'histoire de ces hommes qui, seuls, ont sauvé l'honneur de la nation. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Vernes, Michel Strogoff

 

 Un grand classique dont on ne se lasse pas; très facile à lire (j'avais neuf ans la première fois) et préférable à mon goût aux romans de science-fiction de Jules Vernes, cette belle histoire met en scène un jeune cavalier russe, porteur d'une missive pour le cousin du Tzar, assiégé par les Tatars. Les amoureux de la Russie ne peuvent que suivre avec plaisir ce périple à travers les vastes plaines d'Asie Centrale. 

 

Car c'est aussi à une description, certes fortement romancée, des peuples de ces régions que se livre l'auteur; l'aventure et les scènes épiques ne manquent pas, non plus que l'humour propre à Jules Verne. 

Une ode au patriotisme russe qui ne tombe pas dans la simplicité. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raphaël Dargent, Napoléon III: l'Empereur du peuple

 

 Découvert il y a déjà un an, cet excellent ouvrage du gaulliste Raphaël Dargent réhabilite la mémoire du souverain le plus injustement traité par l'historiographie française. Si l'ouvrage s'inspire de la magistrale étude de Philippe Séguin, il insiste davantage encore sur le caractère profondément social de l'oeuvre bonapartiste. Le Second Empire était le régime qui défendait les petits: ouvriers, paysans, Algériens colonisés et enfants des quartiers pauvres. Une oeuvre qui n'a d'ailleurs que partiellement été reprise par la Troisième République. 

 

Le bilan international de l'Empereur est également rejugé à sa juste valeur: au-delà du désastre de Sedan, certains beaux succès, comme l'expédition de Crimée ou l'indépendance de l'Italie sont à mettre au crédit de l'Empereur. 

Cet ouvrage écrit avec passion (et peut-être trop, ce qui amène d'inévitables coquilles orthographiques) et bien documenté insiste également sur le lien entre l'idéal de Napoléon 1er, et la politique mise en oeuvre par son neveu. 

 

Un livre à recommander chaudement tant aux bonapartistes passionés, qu'aux républicains de gauche dont Napoléon III partageait tant d'idéaux. 

 

 

 

D'autres choix?

 

J'ai volontairement limité à dix le nombre d'ouvrage conseillés ici, sans quoi j'aurais pu continuer sans m'arrêter; aux curieux, aux passionés de lecteur, on pourra aussi recommander les autres ouvrages de Bernard Lugan: ses Histoires de l'Afrique du Sud, de l'Egypte ou des Berbères, se dévorent littéralement. Autre ouvrage l'historique, la très bonne biographie de Mustafa Kemal Atatürk par Jacques Benoit-Méchin (retrouvez mon article ici) est tout aussi conseillée. 

 

Délibérément, je n'ai mis aucun ouvrage politique dans cette liste: ne nous pourrissons pas la vie! Si je devais en recommander, ce serait ceux de Jean-Pierre Chevènement et de Nicolas Dupont-Aignan, qui se lisent avec plaisir. Les curieux consulteront les livres de campagne de Marine le Pen (Pour que vive la France) et de Jean-Luc Mélenchon (Qu'ils s'en aillent tous!), qui en apprenent long sur ces deux personnalités politiques majeures. 

 

Sur la liberté d'expression, Peut-on tout dire? est un entretien de Robert Ménard avec Dieudonné et Bruno Gaccio, qui vaut le détour. Enfin, les nationalistes sont fortement invités à lire La France face au mondialisme de Jean-Yves Dufour, et Comprendre l'Empire d'Alain Soral (malgré les analyses trop rapides et donc médiocres de ce dernier sur les pensées juive et protestante). 

 

Enfin, l'ensemble des autres romans de James Bond, ainsi que la plupart des romans policiers, ou d'espionage, de James Hadley Chase, sauront détendre chacun. Bonne lecture, donc, et retrouvons-nous tous en septembre!

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 16:23

Les fêtes de Noël sont l'occasion traditionnelle de consommer ce qui, pour beaucoup, est considéré comme un fleuron de la gastronomie française, le foie gras. Spécialité de l'Hexagone, et plus particulièrement des régions du sud et de l'Alsace, le gavage des oies et des canards est une vieille pratique, héritée de l'Empire Romain. Elle consiste à gaver quotidiennement oies et canards, en leur enfonçant dans la gorge, et jusqu'à l'oesophage, un long tube de métal leur injectant d'énormes quantités de céréales. C'est ainsi qu'est obtenue cette viande tendre et goûtue que nous consommons traditionnellement. 

 

Un canard mort des suites du gavage...

 

Mais peut-être faudrait-il en connaitre le revers de la médaille. Le gavage est une pratique d'une rare violence qui, à l'heure où l'écologie semble à la mode, n'est que rarement dénoncé.

La barbarie commence avec l'élevage même des volatiles. Si certains ont la chance de grandir dans de grands espaces ouverts, la plupart d'entre eux passent leur vie enfermés dans une cage si petite qu'ils ne peuvent ni s'y tourner, ni y marcher. En contact permanent avec le métal souillée d'excréments de leur cage, ils développent souvent de graves infections aux pattes. 

 

Le gavage en lui-même est une monstruosité qui peut être sans peine assimilée à de la torture. Le plus simple est d'imaginer cette souffrance infligée à un être humain: chaque jour, à heure régulière, attrapé par le cou, il se verrait enfoncé dans la gorge un long tube de métal. Les horribles contractions provoquées par l'envie de vomir qui vient naturellement, ne lui serviraient à rien, puisque c'est directement dans son ventre que 4 Kg de pates seraient déposées. La souffrance ne disparait que lorsque l'animal, s'il a survécu jusque-là, est abattu, dans des conditions souvent violentes. 

 

Bien évidemment, les effets sur la santé de l'animal du gavage sont aussi monstrueux: les appareils de gavage provoquent souvent de graves lésions dans la gorge de l'animal, et une irritation renforcée de jour en jour. Mais c'est surtout le grossissement atificiel du foie qui provoque une douleur permanente et insoutenable. Il n'est d'ailleurs pas rare que l'organe éclate, condamnant la malheureuse volaille à une mort terrible. 

 

La France peut-elle interdire le gavage? Pas à court terme. Elle ne peut pas sacrifier ainsi un des fleurons de sa gastronomie. Mais elle doit, à tout le moins, en faire diminuer la consommation, changer ses méthodes de production, et se préparer, progressivement, à voir disparaitre ces pratiques barbares qui ne l'honorent pas. De nombreux pays ont déjà interdit la production du foie gras: ainsi de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Argentine. Israel, qui en était le 4ème producteur mondial, a interdit le gavage, sans que son économie en souffre beaucoup. La France pourra-t-elle avoir ce courage? Après tout, sa riche gastronomie, du fromage aux crèpes, peut se passer de foie gras. À tout le moins, chaque lecteur de cette article saura désormais d'où vient ce qu'il mange...

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 00:56

"Républicain", "diversité", "fascisme vert": sûrement plusieurs d'entre vous auront-ils constaté qu'en écoutant les discours politiques, ou en lisant ce qui se dit dans la presse, ou sur internet, ressortent sans cesse certaines expressions. Popularisées par certains sites extrèmement militants, et souvent extrémistes, ces expressions ont généralement vu leur signification déformée, par une unitilisation abusive et inadaptée. Chez les occidentalistes, les trotskystes, les européïstes, les islamistes, reviennent ainsi des mots dont on ne comprend pas, à priori, la signification. D'où ce mini-dictionnaire, qui n'a pour but que de réveler ce qui se cache derrière les mots employés par les imbéciles. Car enfin, quiconque défforme la signification d'un terme pour le plier à son idéologie, par bêtise ou par malhonnèteté, ne mérite que le mépris. 


 


Antisémite

Adversaire d'Israel ou de l'impérialisme américain; ami du monde arabe, perse ou sud-américain. Nationaliste. Anti-capitaliste. Contradicteur de Philippe Val et de Yann Moix. 


Café du commerce

Endroit où sont dites les vérités qui dérangent. 

 

Cauchemar

Se faire harponner après un viol, un détournement de fonds, une escroquerie. N'est vécu apparement que par les plus puissants, bien malchanceux!

 

Charles Martel

Idole absolue des Identitaires et occidentalistes; ces derniers lui rendent grand hommage sur internet, via des pseudonymes comme "charles-martel-antimuzz" ou "Martel2012". Un modèle pour avoir chassé les cavaliers arabes qui envahissaient la France, à la tête d'une des meilleures armées du monde, incendiant et pillant les villes au passage. Une situation totalement similaire à celle d'aujourd'hui, tout bon identitaire le sait!

 

Cochon

Etendard des laïcards et des arabophobes, qui trouvent en ce noble animal le courage et la grandeur qu'ils recherchent. Napoléon avait l'aigle, Clémenceau le tigre, les Identitaires ont le cochon: chacun son symbole.

 

Complotiste

Historien, philosophe ou citoyen qui s'interroge sur les faits qu'on lui présente au lieu de les accepter comme tels. Ne s'applique pas aux défenseurs de Dominique Strauss-Kahn. 

 

Couple franco-allemand

Dépècement de l'industrie française par l'Allemagne, notamment via l'euro qui ruine la première tout en enrichissant la seconde. Ne saurait être remis en cause sans que risquent de ressurgir les heures les plus sombres de notre Histoire, si l'on en croit certains.

 

De Gauche

Patron du FMI.

 

Dhimmi

La dhimmitude désigne le statut spécial accordé au minorités religieuses en terre islamique, selon la charia. Pour les néo-conservateurs, est dhimmi quiconque constate qu'il existe des musulmans parfaitement honnètes et français; affirmer qu'ils sont la majorité vous vaudra d'être qualifié de "collabo". 

 

Diversité

Désigne le fait de voir des Noirs et des Arabes à la télévision. Même s'ils sont tous de la même opinion et issus de la même classe sociale que les autres journalistes. 

 

Fasciste

Ennemi. S'applique, au choix, aux patriotes, aux communistes (on parle de "fascisme rouge"), aux musulmans (on parle de "fascisme vert"), aux bolivariens (on parle de "fascisme vénézuélien"). Un peu passé de mode, les modernes lui préfèrent "populisme". 

 

Génocide

Acte de guerre de notre adversaire. Exemple: Kadhafi, Bachar-al-Assad ou Laurent Gbagbo commettent des génocides. Pour Poutine, Saakachvili faisait un génocide - de 200 personnes. Au Tibet, en 2008, la Chine a fait un génocide - de 100 personnes. En Bretagne, les indépendantistes rappellent que la France a fait un génocide - aucun tué, sauf la langue. Et selon fdesouche, la race blanche est victime d'un génocide. 

 

Guerre

Consiste, tant pour les lecteurs de fdesouche que pour les djihadistes en herbe, à envoyer des messages sur internet, en les remplissant des termes "muzz", "fascisme vert", "crouilles"; ou bien "mécréants", " al hamdoulilah", "sionistes". Ou plus simplement "jbèze ta seur fils de pute", langage universellement compris. Clausewitz n'a plus qu'à tout réviser. 

 

Halal

Malbouffe américaine approuvée par l'imam. 

 

Hitler

Sarkozy. Ahmadinejad. Netanyahou. Le Pen. Bush. Bachar-al-Assad. Ben Laden. Dieudonné. Poutine. Finkielkraut. Chavez. Erdogan. Zemmour. Guéant. Kadhafi. Hortefeux. Napoléon. Atatürk. Staline. Benoît XVI. 

 

Islamophobie

Défense de la laïcité. Est islamophobe celui qui critique la burqa, refuse les signes religieux dans les espaces publics, défend les couples mixtes, aime le saucisson ou l'alcool. Est islamophobe tout pays laïc et sécularisé, fut-il musulman. Est islamophobe tout adversaire du Hamas, de l'Iran, ou, pourquoi pas, de Barack Obama. 

 

Lépante

Bataille qui vit l'anéantissement de la marine turque par une coalition de flottes chrétiennes. La France, amie de l'Empire Ottoman, n'en faisait pas partie. Cette victoire est pourtant considérée par les pseudo-nationalistes comme la leur. 

 

Liberté

Bombardement par l'Occident et droit de lui vendre du pétrole à bas prix.

 

Munichois

Ami de la Russie, de la Chine ou du monde arabe. Adversaire du choc des civilisations. 

 

Nazislamiste

Musulman ne soutenant pas les Américains. Ou même musulman tout court. 

 

Populiste

Défend le peuple, donc méprisable. Nationaliste, communiste, socialiste orthodoxe, défenseur de la laïcité, des traditions, adversaire de la corruption, adversaire de l'impérialisme occidental. Désigne tant Marine Le Pen que Jean-Luc Mélenchon, Hugo Chavez que Vladimir Poutine. En France, vise tous les héritiers du Conseil National de la Résistance.

 

Pudeur

Consiste à se promener intégralement recouverte d'un voile noir visible 200 mètres à la ronde. 

 

Réchauffement climatique

Terrible phénomène qui entraine la neige en hiver, le soleil au printemps, et un froid glacial en été. 

 

Résistant

Manière pour les lecteurs de fdesouche et les membres de Riposte Laïque de se désigner. L'ennemi ne peut être que Hitler. L'ennemi, ce sont les musulmans. Donc, combattre les musulmans, c'est combattre Hitler. Donc, être résistant. Imparable logique!

 

Républicain

Désigne tout ce qui est bien. Même - et surtout - quand ça n'a aucun rapport avec la République. Être tolérant, pacifiste et internationaliste, c'est être républicain. Même si la République fut souvent intolérante, belliciste et nationaliste. 

 

Sexisme

Fait de considérer que l'homme et la femme sont différents; que la femme est souvent moins forte que l'homme; et qu'en conséquence, l'homme a pour devoir de faire preuve de courtoisie à son endroit. Sachez que si vous tenez la porte d'une femme à son passage, au lieu de la lui envoyer dans la figure, vous risquez d'être qualifié de sexiste (expérience connue par votre serviteur...)

 

Sioniste

Tout ce qui ne plait pas aux islamistes: adversaire de la burqa, défenseur de la laïcité, féministe; sarkozyste, lepeniste, socialiste; patriote français, assimilationiste ou internationaliste; Atatürk, Nasser et Bourguiba; athée; juif. 

 

Soeur

Musulmane en voile, intégral de préférence. Si elle aime la France et montre ses cheveux, c'est une sioniste ou une vendue. 

 

Stigmatiser

Pointer du doigt le comportement d'un groupe d'individus, même si ce comportement est effectivement inexcusable, et même si l'on précise que les individus visés sont minoritaires au sein du groupe. 

 

Victime

Statut tellement confortable que chacun ne rêve que de l'être. Victime de génocide, de viol, d'insulte, d'invasion, de stigmatisation, de préjugés, de bavures policières, de tabassage, de terrorisme, d'agression, de fanatisme religieux, ou tout à la fois si possible. Situation de rente qui assure l'attention médiatique, politique et internationale. 


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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 23:41

 

 

 


 

 

Pour échapper aux coups de son mari, Umay, une jeune Turque vivant à Istanbul, s'échappe avec son fils et retourne vivre chez ses parents, à Berlin. Mais, sous la pression des traditions et de la communauté, sa famille condamne son attitude et la rejette. Chassée de chez elle, seule à s'occuper de son enfant, Umay se bat pour faire accepter à ses proches sa vie de femme libre. Mais, tiraillée entre l'amour qu'elle porte à sa famille, et la violence, parfois involontaire, que cette dernière lui inflige, la jeune femme voit son existence se transformer en longue descente aux enfers. 

 

Le thème des crimes d'honneur est rarement évoquée au cinéma, et souvent bien maladroitement. La raison première en est le traitement très mannichéen de ces actes, en raison même de l'horreur qu'ils provoquent. Comment peut-on imaginer qu'un homme qui enlève, tue, ou frappe sa fille ou sa soeur puisse être autre chose qu'un monstre sans coeur, vide de tout sentiment humain? C'est justement parce qu'elle ne sombre pas dans ce rejet un peu facile que Féo Aladag signe une oeuvre fascinante et réussie, plus proche d'une tragédie destructrice que d'un combat entre "gentils" et "méchants". 

 

 

 

 

 

 

 

Passons sur les détails techniques. La réalisation est tout à fait convenable. L'actrice principale, la jolie Sibel Kekilli, se montre bouleversante, entourée d'ailleurs d'une palette d'acteurs assez peu connus, mais dont le talent s'avère généralement louable. Les séquences émotives, les scènes de violence et les instants de joie sont savamment dosés. Malgré une musique un peu banale, le film est donc une belle réussite technique, qui arrachera quelques larmes aux plus sensibles, et quelques rires aux plus cyniques. Qualités que la presse lui reconnait désormais; là où le bât blesse, c'est dans la thématique du film. Et si les critiques français se montrent si durs, c'est aussi que L'Etrangère est une vibrante mise en garde contre les méfaits du communautarisme.

 

 

 

 

 

Point de méchants absolus dans le film. Le mari frustre et violent sera finalement assez peu présent. Le père, dur, sec, blessant, agit plus par crainte du déshonneur et de la communauté que par cruauté: le déchirement qu'il ressent entre le respect des traditions et l'amour porté à sa fille finira par se réveler au grand jour. La mère lui apparait plus soumise en prisonnière de son archaïsme, que véritablement hostile à Umay. Ses frères et soeurs offrent un saisissant portraits d'êtres déchirés entre l'exemple paternel, la pression communautaire, l'amour fraternel et le déclassement social. La communauté turque est montrée par ailleurs dans toute sa diversité, avec ce qu'elle a de meilleur et de pire. Feo Aladag a d'ailleurs pris soin de préciser que ces drames concernent une minorité au sein de cette communauté. Voir dansL'Etrangère un film anti-turc, comme l'ont fait certains internautes (n'hésitant pas à rejeter au passage tout acte potentiel de barbarie sur le compte des Kurdes, bel exemple de préjugés!) est absurde. Contrairement aux affirmations d'un journaliste du Monde (L'Immonde, comme l'appelait De Gaulle), le film n'est donc pas "sans nuance", il cherche au contraire à montrer la souffrance de tous les protagonistes du drame. 

 

En réalité, il n'est qu'un seul ennemi dans L'Etrangère, et c'est ce qui le rend si dur à accepter pour certains journalistes: le communautarisme. Ce regroupement d'une communauté, permis par le multiculturalisme, qui se referme sur elle-même, s'impose ses propres règles, ses propres lois; une communauté qui met sous pression chacun de ses membres, et pousse ainsi des parents aimant à se transformer en monstres - comme les idéologies totalitaires du passé ont pu pousser des enfants à dénoncer leurs parents aux autorités. Une communauté dont la pression fait souffrir chacun des individus qui la compose, sans qu'il puisse s'en libérer. 

 

 

 

 

 

Au-delà de son côté profondément émouvant, L'Etrangère sort des clichés et du manichéïsme qui couvrent trop souvent les crimes d'honneur, et plus généralement le calvaire de filles qui ne quittent la prison familiale que pour la prison conjuguale. Ces pratiques ne sont pas le fait de monstres. Elles sont le fait d'un fléau, le communautarisme, qui déchire les individus; tout en rappelant que le choix final appartient à ces derniers, et que leurs actes ne sont donc jamais excusables, Feo Aladag creuse le problème à sa racine au lieu d'en traiter les aspects superficiels. Premier film allemand à aborder frontalement ce problème, L'Etrangère sonne donc comme un poignant écho aux propos d'Angela Merkel, qui avait admis il y a quelques mois que le multiculturalisme est un échec. 

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