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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 15:47
Centrafrique: une intervention française risquée et peu convaincante

Les arguments en faveur d'une intervention en Centrafrique ne manquaient pas: tandis que certains faisaient valoir la nécessité de mettre fin aux massacres qui ont lieu dans le pays, d'autres se réjouissaient que la France aille défendre ses intérêts dans sa zone d'influence. Mais l'opération militaire qui a été lancée réussira-t-elle à stabiliser la République centrafricaine? S'il faut souhaiter la réussite de l'intervention, force est de constater qu'elle a été mal préparée et pourrait se retourner contre les intérêts français.

 

Que se passe-t-il en Centrafrique?

 

Comme beaucoup d'États de la région, la République centrafricaine est une construction artificielle héritée de la colonisation, où plusieurs peuples et religions cohabitent tant bien que mal. Elle présente la même fracture que la Côte d'Ivoire ou le Nigéria, entre les peuples des déserts du nord, nomades et islamisés, et les peuples des forêts du sud, sédentaires, animistes ou chrétiens.

Fin 2012, un groupe de rebelles tchadiens soutenus par le Soudan réussit à s'emparer du nord de la Centrafrique, dans les régions de Gordil et Ndélé. C'est à ce moment que se met en place une milice armée, d'inspiration islamique, appelée Séléka. Décidée à renverser le président centrafricain, François Bozizé, cette milice marche vers le sud, en direction de la capitale, Bangui. (S'il fallait que la France intervînt, c'était à ce moment, pour aider l'armée centrafricaine, et non aujourd'hui.) Le 24 mars 2013, incapable de stopper les milices de la Séléka, le président s'enfuit et Michel Djotodia devient président du pays.

Quoique le nouveau gouvernement ait officiellement dissout la Séléka, ses milices continuent de sévir et se livrent à des massacres épouvantables, accompagnés de viols et de pillage, en particulier contre les populations chrétiennes. Au cours de l'été, ces violences s'intensifient et des milices chrétiennes d'auto-défense commencent à se former. Ces milices massacrent à leur tour des populations civiles musulmanes, et le pays semble alors au bord de la guerre civile.

C'est dans ce contexte que la France, avec un mandat de l'ONU, décide fin novembre d'intervenir dans le pays, officiellement pour mettre fin aux violences et désarmer les milices.

 

Qu'est-ce que l'armée française peut faire?

 

Avec 1600 hommes et une préparation minimale, la France ne peut guère espérer ramener la paix civile dans le pays. Dans l'idéal, elle devrait désarmer les différentes milices qui ravagent la Centrafrique et arrêter leurs principaux meneurs.

Le retour de la paix permettrait ensuite l'organisation d'élections libres et démocratiques en vue de permettre la formation d'un gouvernement de coalition. Mais ce processus marginaliserait les musulmans (qui ne sont que 20% de la population) et les ethnies minoritaires du sud. La France devrait alors servir d'intermédiaire entre les différences factions pour aboutir à un gouvernement rassemblant toutes les couches de la société, mais très fragile. Quant au président Michel Djotodia, il apparaît difficile de renforcer son pouvoir alors même que François Hollande l'a appelé à démissionner.

Les quelques centaines de soldats français auront certainement du mal à mettre en oeuvre ce programme ambitieux. Il leur restera donc une tâche bien moins noble mais autrement plus intéressante pour le gouvernement français: la sécurisation des zones de production minière et pétrolière. En d'autres termes: la protection des ressources locales.

Enfin, la France peut s'assurer de garder un pied dans une de ses zones d'influence traditionnelle, en l'empêchant de sombrer dans le chaos. Il s'agirait de plus d'une tête de pont en direction du Tchad, où la situation reste trouble et préoccupante.

Mais cette vision à court terme oublie que des intérêts français autrement plus importants sont en jeu.

 

Quels sont les risques pour la France?

 

L'opération militaire en Centrafrique n'a rien à voir avec l'intervention au Mali. Cette dernière était une réponse au gouvernement malien, attaqué par des milices étrangères, et demandant l'aide de la France pour repousser cette invasion. Elle s'est faite dans un cadre géographique bien connu des militaires français, et avec l'appui de l'Algérie voisine. Tous ces facteurs expliquent son relatif succès. Les conditions sont bien différentes en Républicaine centrafricaine.

Au vu du coût de l'opération, l'armée française doit repartir aussi vite que possible; la France n'a pas les moyens de se permettre une nouvelle occupation coûteuse et difficile. Or, c'est là que le bât blesse: si l'on voulait sécuriser la Centrafrique, il faudrait y rester de longs mois, et y envoyer beaucoup plus d'hommes. Sinon, il y a fort à prévoir que les violences recommenceront dès le départ des militaires.

D'autre part, cette intervention, malgré le mandat de l'ONU, ressemble fort à de l'ingérence dans les affaires intérieures de la Centrafrique. En demandant au président Djotodia de quitter le pouvoir, François Hollande a donné l'impression de prendre parti pour un camp contre un autre. Les populations civiles musulmanes soupçonnent désormais la France de ne désarmer que la Séléka islamique, et non pas les milices chrétiennes qui les persécutent. Ces soupçons semblent largement infondés (la France ne prenant généralement pas parti pour les chrétiens contre les musulmans), mais ternissent l'action de l'armée française.

Enfin, dans cette région, à la limite de la zone d'influence britannique, la France n'est pas vue d'un très bon oeil. La moindre de ses bavures sera immédiatement l'occasion de dénoncer son néo-colonialisme. Comme au Mali, les différentes factions l'accuseront d'avoir pris parti contre elle; et cette fois, elle ne peut compter que sur le faible soutien du Tchad...

 

* * *

L'intervention française en Centrafrique est donc une dangereuse aventure. Sous prétexte de sécuriser les ressources naturelles et de maintenir sa sphère d'influence traditionnelle, la France s'est peut-être engagée dans un dangereux guêpier. Ses 1600 hommes seront incapables de restaurer la paix civile dans le pays, et leur présence n'apparaîtra que comme une marque de néo-colonialisme. La sagesse reviendrait à laisser les armées africaines, sous mandat de l'ONU (et en collaboration avec la France), s'occuper de la pacification du pays.

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 23:25

La mort de Nelson Mandela a suscité une rare vague d’émotion dans le monde ; au fil des années, l’homme était devenu presque un mythe, une légende. Si son bilan réel reste contrasté, l’Histoire retiendra son attachement à la paix, intérieure et internationale, une qualité finalement bien rare parmi les dirigeants de ce monde.

 

L’échec de l’apartheid

Nelson Mandela a été tout à la fois l’adversaire, et le symbole de l’échec d’un système politique en décadence, l’apartheid. Dit aussi « développement séparé », cette idéologie partait d’un constat : il existe en Afrique du Sud de nombreux peuples, blancs (Afrikaners, Britanniques), noirs (Xhosas, Zoulous, Sothos...) et indiens, profondément différents. L’idée originelle de l’apartheid était-elle forcément condamnable ? Il s’agissait d’offrir à chacun de ces peuples un État dans un système confédéral. Si ce système avait été mis en œuvre avec sincérité et justice, la carte de l’Afrique du Sud actuelle serait bien différente.

Mais les Blancs, qui avaient initié le système d’apartheid, sont également à l’origine de son échec, pour deux raisons évidentes. En premier lieu, ils ont été trop gourmands en terres. Alors que les Blancs ne sont majoritaires que dans le sud-ouest (province du Cap) et dans certaines contrées du centre-est (État d’Orange), ils cherchaient à contrôler toutes les terres intéressantes du pays. Les « États » laissés aux peuples noirs étaient ridiculement petits et mal pourvus. D’autre part, l’élite blanche refusait d’assumer les tâches ingrates qui étaient laissées en majorité aux Noirs. De ce fait, les États blancs ne pouvaient survivre sans exploiter une forte population noire.

Un exemple de la confédération qu'aurait pu devenir l'Afrique du Sud si l'apartheid avait été appliqué dans son esprit originel. On note la faible taille des territoires réservés aux Blancs, ce que ces derniers n'ont jamais accepté.

Un exemple de la confédération qu'aurait pu devenir l'Afrique du Sud si l'apartheid avait été appliqué dans son esprit originel. On note la faible taille des territoires réservés aux Blancs, ce que ces derniers n'ont jamais accepté.

 

Dans ces conditions, l’apartheid n’était plus viable. Il devenait un système d’oppression coloniale des plus classiques, destiné à tomber en cette fin de XXe siècle. Nelson Mandela n’a joué qu’un petit rôle dans ce processus. Ce n’est donc pas sa lutte contre l’apartheid qui en a fait un grand homme, mais bien la façon dont il a géré le changement de régime.

 

L’homme de la réconciliation

La fin de l’apartheid est due à deux hommes : le président sud-africain Frédéric de Klerk et Nelson Mandela. De concert, ils ont organisé une transition pacifique au terme de laquelle le système de ségrégation était officiellement aboli. Nelson Mandela, soutenu par son parti politique, l’ANC, est devenu l’homme fort du pays. Dès son arrivée au pouvoir, sa première préoccupation a été de maintenir l’unité nationale sud-africaine, en promouvant la réconciliation de tous ses citoyens.

C’est là qu’a résidé tout le génie du président Mandela. Il aurait facilement pu profiter de sa position de force pour pratiquer l’épuration au profit de son clan. Au lieu de cela, il a choisi la voie de la réconciliation nationale. Tout ne s’est pas fait pacifiquement, bien sûr, mais le rêve de la « nation arc-en-ciel » a permis d’affaiblir les tensions et rancunes ethniques et raciales. La Commission Vérité et Réconciliation a eu le mérite de faire la lumière sur les crimes commis pendant l’apartheid sans sombrer pour autant dans la vengeance. Une véritable prouesse ; l’Afrique du Sud avait réussi là où le Zimbabwe de Mugabe, l’Algérie du FLN ou la République islamique d’Iran avaient échoué… 

C’est aussi un message que Nelson Mandela a envoyé au monde : lorsque l’on veut mettre fin à un conflit civil, ou à une situation d’oppression, ce n’est pas par la vengeance qu’il faut passer. Il faut accepter l’idée de compromis, de pardon mutuel et de réconciliation – même et surtout si les crimes commis ont laissé des marques profondes. Une leçon dont devraient s’inspirer ceux qui prônent le jusqu’au-boutisme dans les conflits syrien, israélo-palestinien ou coréen. 

 

En réussisant à réunifier, pour un temps, les peuples d'Afrique du Sud, Nelson Mandela a montré que la construction d'une Nation dépend finalement beaucoup de la bonne volonté de ses dirigeants.

En réussisant à réunifier, pour un temps, les peuples d'Afrique du Sud, Nelson Mandela a montré que la construction d'une Nation dépend finalement beaucoup de la bonne volonté de ses dirigeants.

Un bilan fort mitigé

Au niveau international, Nelson Mandela s’est conduit en homme de paix. Il a été, en 2003, une des grandes voix qui se sont élevées, avec celle de Jacques Chirac, contre la guerre en Irak. Il savait bien, lui, l’homme de la réconciliation, qu’on n’apporterait pas la paix et la démocratie à ce pays en le bombardant ! Un esprit indépendant, aussi, qui a su garder des liens avec les régimes non-alignés (notamment la Libye de Kahafi et Cuba de Fidel Castro), tout en condamnant les dérives de certains d’entre eux comme le Zimbabwe de Robert Mugabe… Il a été aussi l’un de ceux qui ont pris parti pour les droits des Palestiniens, mettant en garde Israel contre les tentations d’une politique d’apartheid – et il savait de quoi il parlait !

On pourrait regretter, naturellement, son soutien constant à l’Angleterre contre la France – alors même que les Français s’étaient bien plus mobilisés contre l’apartheid que les Britanniques. Mais laissons de côté ces petites rancœurs, et saluons l’œuvre internationale de Mandela pour la paix et contre l’impérialisme.

Le bilan intérieur, hélas, n’est pas aussi admirable. Pour une raison fort simple : Mandela était un idéaliste, un utopiste. Il n’a pas saisi l’importance des clivages ethniques et raciaux qui traversent l’Afrique du Sud. Pour dépasser ces clivages et construire une vraie « nation arc-en-ciel », il fallait proposer un projet capable de rassembler l’ensemble des peuples du pays. Nelson Mandela n’a pas su le faire, en partie aussi du fait d’une situation sociale difficile.

Le rééquilibrage communautaire a eu des conséquences catastrophiques pour l’Afrique du Sud. Les élites blanches ont été progressivement remplacées par des populations noires qui, en raison de la politique d’apartheid, avaient été privées de formation scolaire et universitaire. L’économie du pays en a terriblement souffert : la croissance a ralenti, le chômage explosé, ainsi que le taux de pauvreté. Autre problème : l’insécurité a connu une explosion terrifiante, pour les mêmes raisons. Le nouveau personnel de police a reçu une formation insuffisante, et a été incapable de lutter contre les tensions inter-ethniques qui minent le pays. Johannesburg est aujourd’hui l’une des capitales les plus dangereuses au monde. Le secteur scientifique n’a pas été épargné non plus, en particulier dans le domaine de la santé ; le SIDA a connu une propagation soudaine et terrifiante.

 

L’Afrique du Sud d’aujourd’hui est dans un état déplorable. La ségrégation raciale a été remplacée par une ségrégation sociale : une poignée de riches, blancs ou noirs, vivent séparés d’une population miséreuse et vulnérable. La réconciliation a laissé place aux vieilles rancunes ; les Blancs sont devenus des parias, et fuient le pays en masse. Au sein de la population noire, les rivalités entre Ngunis (Zoulous ou Xhosas) et Sothos se sont notoirement intensifiées.

Nelson Mandela n’est pas le principal responsable de cet échec. Si le vieux leader n’a pas su imposer la société idéale dont il rêvait, c’est avant tout parce qu’il n’a pas été suivi par son propre parti, l’ANC. Le chef actuel de ce parti, le Zoulou Jacob Zuma impose une politique favorable à son clan, à la grande colère des populations noires-sothos, blanches et indiennes. Par ailleurs, Nelson Mandela n’avait pas pris la mesure des graves tensions entre une population blanche qui accepte mal de perdre son statut dominant et une population noire avide de revanche.

Mais ce ne sont pas ces échecs, dont il n’est qu’en partie responsables, que l’on retiendra de l’œuvre de Nelson Mandela. Au-delà des problèmes de politiques intérieures, il a donné au monde un exemple à retenir. La réconciliation nationale qu’il a promue a empêché l’Afrique du Sud de basculer dans un bain de sang. Son engagement en faveur de la paix civile comme internationale restera son plus grand mérite ; il ne faut pas l’oublier, à l’heure où bruits de bottes et déclarations martiales agitent aussi bien l’Occident que le Moyen-Orient.

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 19:42

Géopolitologue français, Aymeric Chauprade appartient au courant des réalistes, qui tentent de disséquer les stratégies diplomatiques de chaque Etat, et de distinguer quels sont les intérêts de la France dans ce jeu internationale. 

 

Dans cette intervention concise et claire, datée du 13 février, il se penche sur deux terrains d'action où la France mène une politique assez contradictoire: le Mali, où elle combat les groupes islamistes armés, et la Syrie, où elle les soutient. Sont évoqués au cours de cet entretient les origine profondes des crises maliennes et syriennes, le rôle des Etats-Unis ou de la Russie, le cas des alaouites syriens, et la nouvelle géopolitique qui se dessine, à long terme, pour Israel. 

 

 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 23:07

On glosera longtemps encore pour savoir s'il fallait, ou non, intervenir au Mali. Malgré les réserves exprimées par l'auteur de ces lignes, le fait est que nous y sommes désormais. L'armée française a pris pied au Mali, est en voie de reconquérir le nord du pays, et on ne peut que lui souhaiter un plein succès, en espérant que l'expédition ne tourne pas au désastre ou, pire, à l'enlisement. Cette intervention inattendue, sur demande d'un gouvernement malien peu légitime, a cependant totalement rabattu les cartes d'une diplomatie française peu cohérente. 

 

mali.jpg

 

Russie, Algérie: ces innatendus soutiens de la France

 

Le soutien des pays d'Afrique Noire et du Maroc, alliés traditionnels de Paris, n'est pas une grande surprise. Plus étonnant a été le ralliement de l'Algérie à l'opération. Jusque-là, les Algériens jouaient en effet sur une diplomatie très habile, consistant à infiltrer certains groupes terroristes du Nord-Mali afin de les séparer des autres, pour faire éclater le front islamiste* et le briser de l'intérieur. 

 

L'intervention française a brisé cette stratégie; pourtant, l'Algérie a ouvert son espace aérien à la France et lui a offert un soutien solide. Pourquoi? 

La visite de François Hollande en Algérie, accompagné d'une repentance peu honorable, ne suffit pas à tout expliquer. C'est avant tout le pragmatisme qui a guidé la politique algérienne: dès lors que la France intervenait au Mali, il était impossible de poursuivre la stratégie de division des islamistes. Mais surtout, il fallait éviter que les groupes armés chassés du Nord-Mali trouvent refuge dans le sud de l'Algérie. En autorisant la France à survoler son espace aérien, Alger a envoyé aux terroristes un message clair: "ce n'est pas chez nous que vous pourrez trouver refuge!"

D'autre part, l'Algérie partage les objectifs de fond de la France: l'éradication du terrorisme islamiste du Nord-Mali. Pendant les longues années de la guerre civile, les Algériens ont subi de plein fouet les dégats du fanatisme religieux. Dans une confrontation entre la France et les groupes djihadistes, il était logique qu'ils prissent le parti de la première. 

 

La position russe s'explique de la même manière: la Russie est engagé de longue date dans la lutte contre le terrorisme islamiste sunnite. Al-Quaïda, qui opère au Mali, a mené ses premiers combats en Afghanistan contre l'Union Soviétique, dans les années 1980, puis en Tchétchénie dans les années 1990. 

Les Russes se méfient beaucoup des l'interventionnisme français; leur représentant aurait préféré que les Africains règlent eux-mêmes le problème malien. Mais puisque la France intervient contre les groupes islamistes sunnites, leur soutien, discret mais réel, était assuré. Et ce d'autant que la souveraineté du Mali n'a pas été violée - c'est sur demande de son gouvernement que la France intervient, contre des combattants étrangers.

 

Il n'en reste pas moins que le soutien de la Russie était plutôt loyal de leur part, étant donné que la France n'a jamais hésité, de son côté, à soutenir les groupes islamistes contre Moscou. 

 

Enfin, la Russie et l'Algérie, sans apprécier spécialement la présence française en Afrique, considèrent qu'elle est un moindre mal comparée à la présence chinoise et, surtout, américaine. En effet, Washington développe également sa stratégie dans la région - et elle s'oppose à celle de la France. 

 

 

"Alliance américaine" et "solidarité européenne": deux impostures dévoilées

 

Rarement une alliance se sera montrée aussi inutile que celle qui lie la France et l'Amérique. Alors même que les Français, pour leur rendre service, ont perdu des dizaines de soldats et une somme considérable en Afghanistan, les Etats-Unis ont acceuilli l'opération française avec froideur. Ce n'est qu'à contrecoeur qu'ils ont consenti à louer des gros porteurs à la France, prévoyant initialement de lui faire payer tous les frais. S'ils leur a fallu revenir sur cette condition suite aux protestations françaises, ils n'en agissent pas moins de mauvaise grâce. Plusieurs critiques acerbes contre la France ont été déjà lâchées. 

Surtout, les Américains ont laissé leurs alliés arabes critiquer ouvertement la position française.

 

La réalité est que les intérêts des Etats-Unis s'opposent ouvertement à ceux de la France. Washington veut prendre le contrôle du Sahel, non pas pour ses intérêts propres, mais pour empêcher les Chinois de le faire. Pour cela, les Etats-Unis comptaient se reposer sur les groupes islamistes, qui ont toujours été leurs alliés directs ou objectifs. L'opération française est venue chambouler cette politique.

Cela démontre bien que, malgré tous ses signes de soumission (retour dans le Commandement Intégré de l'OTAN, présence en Afghanistan, refus de reconnaissance de la Palestine...), la France n'est pas considéré par les Américains comme un allié, mais comme un vassal. Il est temps d'en tirer les conséquences, et de rompre cette alliance qui n'en est pas une. 

 

Quant à l'Union Européenne, elle a montré sa superbe inefficacité. Ni l'Allemagne, ni le Royaume-Uni, ni aucune autre puissance européenne, ne s'est risquée à soutenir activement la France. Principalement pour ne pas déplaire aux Américains. Encore une fois, l'on a eu la preuve que la "défense européenne" est un mythe, et que seuls comptent les intérêts nationaux. 

 

 

Les islamistes sunnites, alliés ou ennemis? Une contradiction française fondamentale

 

Les groupes islamistes qui agissent au Nord-Mali ne forment pas une structure autonome et isolée. Ils font partie d'une nébuleuse bien plus vaste, qui agit depuis quelques années sur l'ensemble du Moyen-Orient. 

 

Le coeur idéologique et structurel de cette nébuleuse se situe dans le golfe arabique. Plus précisément, en Arabie Séoudite et au Qatar. Ces deux Etats exportent dans tout le Moyen-Orient une vision particulièrement violente et rétrograde de l'islam sunnite, le wahhabisme. Cette idéologie est défendue par leurs gouvernements, ainsi que par des groupes terroristes variés: les diverses filiales d'Al-Quaïda (au Sahel, en Orient, en Bosnie...), plusieurs groupes rebelles syriens, des combattants de la guerre en Libye, etc. 

D'autres mouvances islamistes entretiennent des liens forts avec ces deux Etats, sans être elles-mêmes wahhabites: c'est le cas notamment d'Ennahdha en Tunisie, des Frères Musulmans egyptiens et syriens, et dans une moindre mesure, de l'AKP en Turquie ou de la monarchie jordanienne. 

 

Cette nébuleuse a pour adversaires le nationalisme arabe, l'Iran, la Russie, la Serbie... Autant que l'Occident, et notamment les Etats-Unis, sont ses alliés naturels. Bien sûr, le fanatisme wahhabite a parfois frappé la puissance américaine de plein fouet. Mais sur le long terme, Américains et islamistes wahhabites ont marché main dans la main. 

 

Traditionnellement, la France est au contraire proche du nationalisme arabe et de la Russie, et hostile aux fondamentalistes. Mais l'atlantisme de Nicolas Sarkozy, puis de son succeesseur, les a poussés à se rapprocher de cette nébuleuse islamiste sunnite. Soutien aux rebelles islamistes libyens, puis syriens; investissements massifs du Qatar en France; visites d'Etat au Koweït ou en Arabie Séoudite: cette diplomatie s'est poursuivie pendant près de trois ans. La France a notamment armé des islamistes en Libye qui, aujourd'hui, la combattent au Sahel. 

En intervenant militairement au Mali, la France bloque la progression de l'idéologie wahhabite au Sahel. Pire, elle renforce l'Algérie, un des derniers bastions du nationalisme arabe, face à l'islamisme sunnite. Le Qatar a réagi avec colère à l'intervention française; tout comme le théologien egyptien Youssef al-Karadaoui, le gouvernement du Koweït ou celui de Libye. Les "alliés" de la France l'abandonnent donc en rase campagne. 

 

 

Il est donc temps de tirer les leçons de cette intervention malienne. 

- Les islamistes sunnites, que nous avons aidés pendant plusieurs années, ne sont pas nos alliés, mais des gens qui vont contre nos intérêts. 

- Ce n'est pas en Occident, Amérique ou Union Européenne, que la France trouvera ses amis, mais bien auprès de ses partenaires traditionnels: Russie, pays d'Afrique Noire et républiques arabes. 

- On ne peut pas continuer de soutenir, en Syrie, au Qatar ou en Libye, des gens que l'on combat au Mali. Il faudra revoir donc l'ensemble de la politique menée par la France au Moyen-Orient.

 

 

 

 

Le terme "islamiste" est soumis à diverses significations et compréhensions. Dans cet article, il désigne l'ensemble des forces qui souhaitent faire d'un islam fondamentaliste l'inspiration première de la politique. Ils peuvent le faire par la violence ou par la voie légaliste. 

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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 14:20

L'idée d'une intervention militaire au Mali semble faire son chemin dans les cercles gouvernementaux français. Il est visible que, face à sa perte rapide de popularité, François Hollande est tenté de redorer son image intérieure par une guerre - tactique déjà essayée par Nicolas Sarkozy avec la Libye en 2011. Curieux paradoxe: chacun a son avis, favorable ou hostile, sur une intervention au Mali, mais peu de monde comprend les logiques en oeuvre dans ce pays - certains étant même incapables de le placer sur une carte. La situation semble pourtant simple: des intégristes, proches d'Al-Quaïda, ont pris le contrôle du nord du pays, où ils font régner la terreur. Le gouvernement légitime malien, ainsi que beaucoup d'autres Etats africains, demandent une intervention internationale pour chasser ces fanatiques. Mais, dans un cas aussi particulier que celui de cette ancienne colonie française, et avant d'envisager toute action (diplomatique ou militaire), il faut peser soigneusement le pour et le contre. En effet, une participation de la France à une intervention armée est tentante, mais amènerait aussi de sérieux inconvénients, trop souvent passés sous silence. 

 

Comme on peut le constater sur cette carte, le Mali est très clairement divisé en deux zones distinctes: une zone désertique au nord, de culture touarègue et contrôlée actuellement par les islamistes d'AQMI. Et une zone plus fertile au sud, très peuplée, et réunissant plusieurs dizaines de peuples noirs. 

 

 

Retour du prestige français...

 

L'idée d'une intervention française au Mali paraît séduisante à plusieurs titres. Et en premier lieu parce que les extrémistes qui ont pris le contrôle du nord du pays sont une caricature de méchants de films hollywoodiens. À leurs côtés, même les Talibans afghans font figure de progressistes éclairés. Les nouveaux maitres du nord-Mali se revendiquent d'Al-Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Ils coupent des mains et fouettent des femmes, ils lapident des couples, ils détruisent le patrimoine culturel local. Ils ont profité des velleités d'indépendance des Touaregs de la région pour y prendre le pouvoir, par la force. Et aujourd'hui, terrorisent les populations locales, tout en refusant (en apparence du moins) de négocier. 

D'autre part, les pays occidentaux ont totalement délaissé la région. Eux, si impatients d'intervenir en Syrie, ferment soigneusement les yeux sur la situation malienne. Il faut dire que le Mali n'a ni gaz ni pétrole, et ne représente pas un grand intérêt géostratégique. Personne n'est prêt à se mobiliser pour un bout de désert saharien, pauvre et sans ressource. La France aurait donc l'occasion d'intervenir seule, ou en coopération avec les pays d'Afrique, mais sans l'aide encombrante de l'OTAN. 

Enfin, cette ingérence n'aurait pas le caractère d'une agression: si elle est réclamée par le gouvernement malien légitime, elle ne sera qu'un coup de main donné par la France à un pays ami. 

 

Des centaines de Maliens défilent à Bamako (sud du pays) pour demander une intervention internationale, en vue de récupérer le nord du Mali. 

 

Dans l'idéal, une intervention française pourrait prendre la forme d'un soutien logistique et militaire aux troupes régulières maliennes, en vue de reprendre le contrôle de leur région nord. Le tout en coopération avec les Etats africains intéressés. Une fois les milices d'Al-Quaïda éradiquées, la France se retirerait, ne laissant sur place que les troupes nécessaires à épauler le Mali dans la reprise en main de l'Etat. Elle aurait gagné la considération des peuples d'Afrique et démontré l'excellence de son armée. 

On se prend à rêver. Mais quelque chose y sonne faux... l'intervention semble trop facile. Et croit-on sérieusement que le nord-Mali ne réclamera plus son indépendance? La France serait-elle vraiment accueillie en libératrice par les populations locales? 

 

 

... ou nouvelle ingérence néo-coloniale? 

 

Les interventions de la France n'ont pas toujours des conséquences très heureuses, loin de là. La guerre en Côte d'Ivoire a eu le triple résultat de déstabiliser terriblement le pays, de le livrer à l'influence américaine, et de ternir l'image française en Afrique Noire. La guerre en Libye a eu sensiblement les mêmes résultats, en plus de chasser des combattants touaregs qui, partant se battre au Mali, ont contribué à la situation actuelle. 

Une nouvelle intervention serait, volens nolens, une ingérence bien malvenue, alors que l'on proclame la fin de la "Françafrique". La France ne doit, en aucun, soutenir des rebelles contre un gouvernement légitime. Pour autant, elle devrait également éviter de soutenir un gouvernement contre des groupes rebelles. 

 

Admettons-en le principe. Si le gouvernement malien la demande, si les intérêts français sont gravement menacés, elle peut se justifier. Mais pour quel résultat? 

Une intervention armée, même préparée à l'avance, même soutenue par les nations africaines, se heurtera à plusieurs problèmes graves. Les islamistes maliens et leurs alliés ne sont pas un pouvoir centralisé et bien organisé. Ce n'est pas une armée traditionnelle que l'on peut renverser en combat régulier. Il s'agit de petits groupes mobiles, bien armés et soutenus par une partie de la population. En un mot comme en mille, la France risque fort de se retrouver face à une guérilla.

Et dans ce cas-là, sa situation sera très inconfortable. Il lui faudra soit se retirer tête basse, soit rester longtemps sur place, au risque de s'attirer l'hostilité des populations locales, et de perdre beaucoup d'hommes et d'argent pour des résulats faibles. 

 

Comme l'indique la légende de cette carte, le nord du Mali fait partie des territoires dans lesquels nomadisent les Touaregs. Alliés aux islamistes afin de gagner leur autonomie, ils n'accepteraient certainement pas une intervention française qui aurait pour but de les remettre sous le joug du gouvernement malien. 

 

Et pour quel résultat? Cette crise a révélé le caractère totalement artificiel du Mali. Au sud-ouest, un territoire noir-africain, de culture sédentaire. Au nord-est, des terres desertiques ou nomadisent les Berbères touaregs, et que des islamistes rigoristes tentent de contrôler. Pour relier ces deux excroissances, un couloir de 200 Km de long, en forme de goulot. Héritée de la colonisation française, cette construction n'a aucune cohérence, ni linguistique, ni raciale, ni religieuse, ni traditionnelle, ni surtout géographique. 

Le Mali n'est pas une nation, mais le mariage forcé de deux entités totalement différentes. Les Touaregs, moins nombreux que que les peuples noirs du sud, ont le sentiment d'être discriminés, ignorés, et ne disposent d'aucun pouvoir. Ils se sont alliés aux islamistes pour reprendre leur autonomie. Mais même si AQMI est chassé, ils n'abandonneront pas ce combat. La France ne peut encourager le séparatisme, mais dans le cas malien, il serait absurde et vain de vouloir le combattre par les armes. 

 

 

Prudence est mère de sûreté...

 

Quelle que soit sa décision, le Gouvernement français ne peut pas s'autoriser l'incroyable légèreté dont il fait preuve jusqu'à présent. En déclarant que la France refusait de négocier avec les islamistes au nord du Mali, François Hollande a bafoué une règle élémentaire de la diplomatie: on ne peut rentrer en guerre contre un adversaire sans avoir essayé toutes les autres solutions, tous les moyens de ne pas faire couler le sang. 

 

La destruction de plusieurs mosquées et mausolées, pourtant part intégrante du patrimoine culturel local, par les intégristes d'AQMI, a beaucoup choqué dans le pays et à l'étranger. Justifie-t-elle à elle seule une intervention? Il reste permis d'en douter...

 

Si le gouvernement légitime du Mali demande une intervention armée de la France, en coopération avec les nations africaines, il ne faut pas la rejeter dogmatiquement. Mais rien n'est plus insupportable que ces va-t'en-guerre qui prônent l'attaque tous azimuts, sans avoir compris que le plus dur n'est pas d'entrer en guerre, mais d'en sortir. 

Séduisante à première vue, une intervention française entrainerait également de gros problèmes d'ordre stratégique et diplomatique. Est-on prêt à les assumer? La France accepterait-elle une guerre qui peut se prolonger? Saura-t-elle gérer le mécontement des populations locales? Comment s'arranger des indépendantistes touaregs? Autant de questions qui doivent être soigneusement pesées, réfléchies.

Tant que cela n'est pas fait, les Français n'ont pas à intervenir au Mali. L'opération risquerait d'être néfaste aux peuples locaux, à l'image de la France, et à ses militaires. Or, il convient de se rappeler qu'une diplomatie ne s'élabore pas sur des coups de tête. Elle doit être pensée à long terme, et en vue de protéger les intérêts de la France. 

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 20:05

Pays riche de ressources naturelles en général et de pétrole en particulier, Etat aux racines historiques profondes et à la diplomatie active, le Nigéria pourrait, comme le Brésil, le Maroc ou l'Inde, devenir une nation émergente à l'avenir encourageant. Mais les dizaines d'attaques terroristes qui ont ensanglanté le Noël nigérian ont hélas découvert un pays misérable, instable, en proie à une quasi guerre civile. C'est que le Nigéria rassemble en son sein, et pour son malheur, plusieurs des malheurs contemporains qui frappent l'Afrique, et semblent condamner ce continent à la misère et la stagnation. 

 

S'il n'est pas une "Nation-continent" comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, les démographes estiment que le Nigéria devrait devenir vers 2050 le 3ème pays le plus peuplé du monde.

 

Des richesses qui partent en fumée

 

Le Nigéria, c'est avant tout d'immenses champs pétrolifères qui font du pays le 10ème producteur mondial de pétrole (et le 5ème au sein de l'OPEP). Mais alors que la Russie, le Vénézuéla, ou les pays du Golfe persique, savent utilisez ces ressources, soit pour combattre la misère et développer leur pays, soit tout au moins pour y calmer les grognes sociales, le Nigéria ne fait guère profiter son peuple de cette manne. 

 

C'est que le terrible problème du néo-colonialisme, qui frappe toute l'Afrique Noire, n'épargne pas le pays. Les compagnies pétrolières, occidentales notamment, se taillent la part du lion de ces ressources. La corruption, autre fléau africain, permet d'acheter l'Etat nigérian, qui laisse ces compagnies maitresses de l'exploitation. L'argent du pétrole profite donc aux entrepreneurs étrangers et à des dirigeants corrompus qui se protègent mutuellement. 

 

Au Nigéria comme ailleurs en Afrique, si les aspects positifs de la vieille colonisation ont disparu, sa violence et ses pillages ont perduré et se sont même multipliés...

 

La population, exaspérée par une exploitation sauvage qui détruit ses cultures, se soulève régulièrement. Elle se regroupe au sein de mouvements comme le MEND (Mouvement pour l'Emancipation du Nelta du Niger), dont les attaques ne font toutefois que réduire la production pétrolière du pays.Considérés comme terroristes, ces groupes d'attaque sont régulièrement écrasés. La répression est féroce, et les compagnies pétrolières, aidées par l'armée nigérianne, se livrent parfois à de véritables massacres.

 

 

De l'ignorance au fanatisme, du fanatisme à la guerre civile

 

Les attentats qui viennent de frapper les chrétiens nigérians nous rappellent à une autre dure réalité: l'Etat de conflit civil qui règne depuis de longues années dans le pays, partagé entre un nord musulman et un sud chrétien. Illustration parfaite, pour les néoconservateurs, d'un choc des civilisations qui opposerait mondes chrétien et musulman, cette rivalité prend en réalité racine dans la profonde inculte d'un peuple artificiel. 

 

Les attentats de Noël, revendiqués par la secte islamiste Boko Haram, on fait plusieurs dizaines de morts, renforçant l'inquietude des populations chrétiennes du pays. 

 

Peuple artificiel, en cela que ces 250 ethnies, ces religions et croyances diverses, ont toutes été rassemblées par des frontières arbitrairement dessinées par le colonisateur britannique - qui a par ailleurs, comme dans tout son Empire, attisé les tensions entre ces populations afin de les mieux contrôler. 

Peuple, surtout, qui n'a jamais été éduqé, ni sensibilité à son identité nigérianne et qui, de ce fait, se replie sur une identité ethnico-religieuse protectrice. L'ignorance et la misère faisant le reste, ces identités se heurtent et se fracassent. Les islamistes du Sahel (Sud-Sahara) ont ici un boulevard pour diffuser leur idéologie violente et radicale. 

 

Le Nigéria se trouve à l'ouest de la ligne de fracture qui sépare l'Afrique musulmane, au nord, de l'Afrique chrétienne et animiste, plus au sud. 

 

Ces dangers frappent hélas presque toute l'Afrique: les peuples sous-éduqués se laissent facilement séduire par des extrémismes ethniques ou religieux qui, jouant sur l'instabilité de nations artificielles, y distillent leur venin. Le drame de ces Etats artificiels ne sera probablement résolu que par un vaste redessinage des frontières. 

 

 

Une situation sans issue? 

 

Le Nigéria ne pourra survivre longtemps s'l ne règle pas très vite ce conflit civil. Il peut le faire par une séparation du pays, qui deviendrait une véritable confédération, ou par la construction d'une République assimilationiste, ou par d'autres méthodes tirées de sa propre histoire. Mais en tous les cas, les dirigeants corrompus qui dirigent actuellement le pays n'ont ni les épaule, ni la volonté, ni même intérêt à modifier cette situation. 

 

La région du Delta, à l'embouchure du fleuve Niger, est désormais sous le contrôle quasi-total de compagnies d'hydrocarbures étrangères, qui ne tiennent pas à en être délogées. 

 

La démocratie sera inefficace, car le peuple sous-éduqué n'y est pas prêt. La dictature servira les intérêts d'une caste corrompue et vendue à l'Occident. Un homme providentiel, soutenu par le peuple, pourrait avec autorité mettre en oeuvre les réformes nécessaires pour sauver le pays: refus de l'exploitation des richesses par l'étranger, éducation massive du peuple et modernisation de la société gràce à l'argent retiré, réconciliation nationale. 

 

Mais quand bien même le Nigéria trouverait ce sauveur, nul doute que les compagnies pétrolières sauront, comme elles l'ont toujours fait dans l'Histoire, l'éliminer avant qu'il ne remette en cause leurs privilèges. 

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 14:10

 

Ravagée par les guerres, la famine et la maladie, l'Afrique noire présente un visage épouvantable et semble-t-il incurable. Et lorsque quelque évènnement pourrait redonner espoir à ses peuples, il est ignoré et passé sous silence par le reste du monde. Paradoxe terrible des journalistes français: pendant tout le mois de septembre, ils ont célébré la démocratie là où elle n'était pas (des Primaires socialistes à la Libye nouvelle, en passant par la Présidente libérienne et son Prix Nobel de la Paix), tout en oubliant l'un des rares pays où elle ait connu une avancée véritablement positive: la Zambie. C'est le 22 septembre dernier, en effet, que ce pays d'Afrique australe organisait des élections dont les résultats sont plus qu'encourageant, tout autant que l'ambiance dans laquelle ils ont été proclamés.

 

 

Une démocratie en marche


Pour la deuxième fois depuis son indépendance (1964), la Zambie connait l'aternance. Face à Rupiah Banda, le candidat du parti au pouvoir depuis plus de 30 ans, c'est en effet le syndicaliste Michael Sata, du Front Patriotique (parti d'opposition), qui a été élu avec 45% des voix. Fait marquant, son rival, qui a obtenu 36% des suffrages, a reconnu sa défaite, allant jusqu'à féliciter son rival "sans mauvais sentiment ni malice". Une réaction digne et rare en cette région du monde.

 

Lewy Mwanawasa, président de Zambie de 1992 à 1998, était en campagne pour sa réélection au moment de sa mort. Son vice-président, Rupiah Banda, avait alors été élu suite à une scrutin marqué par de nombreuses fraudes. 


L'Union Africaine s'est par ailleurs félicitée de la transparence des élections, qui se sont déroulées de manière honnète et loyale - contrairement à celles de 2008, entâchées par les fraudes. Quel chemin parcouru depuis les constitutions de 1964 puis de 1973, qui consacraient le régime de parti unique! Par ce biais, Kenneth Kaunda, père de l'indépendance, disciple de Gandhi, et président de la Zambie depuis 1964, espérait l'ammener progressivement à la démocratie.

Une opération si bien réussie qu'il en fut la première victime, démocratiquement vaincu en 1991. Dix ans plus tard, Levy Mwanawasa devenait président et terminait cette oeuvre démocratique, avant de mourir dans un hôpital de Clamart. 


L'arrivée au pouvoir d'un nouveau parti est donc l'accomplissement de la politique menée par plusieurs despotes éclairés, et marque en fin de compte leur succès. L'indice de démocratie de The Economist place désormais la Zambie devant la Bosnie, la Russie ou l'Arménie, et à égalité avec la Turquie: une belle réussite pour un pays né il y a moins de 40 ans!



Un long chemin parcouru depuis l'indépendance

 

 

Bien qu'issu d'une famille britannique, le nouveau vice-président du pays, Guy Scott, est un Zambien parfaitement assimilé: militant de l'indépendance, patriote farouche, il parle le bemba, langue locale majoritaire. Il est résulte que sa nomination est apparue parfaitement naturelle au peuple zambien, qui le considère comme un compatriote. 


Lorsque la Rhodésie du Nord fut libérée par les Britanniques, en 1963, son avenir ne semblait guère plus radieux que celui des autres colonies d'Afrique noire accédant à l'indépendance. Pays peu peuplé (10 millions d'habitants), dépendant principalement de son agriculture, et divisé en tribus rivales, la nouvelle Zambie semblait dangereusement exposée à la famine et la guerre civile. 


Mais les autorités nouvelles ont su sauver l'unité et la très relative prospérité du pays. L'anglais est resté la langue officielle, par souci de cohésion nationale. Les diverses cultures et tribus composant la Nation ont été reconnues et jouissent de certains droits, tout en restant fidèles au pouvoir central. Catholiques, protestants et fidèles des religions traditionnelles africaines y cohabitent en harmonie.

Signe de cette réconciliation nationale, un Blanc, Guy Scott, est devenu vice-président du pays - et en deviendrait le président en cas de décès de Michael Sata. Une première en Afrique depuis la fin du régime d'apartheid en Afrique du Sud: la Zambie a réussi à construire une Nation arc-en-ciel là où Nelson Mandela avait échoué. 


Enfin, hors de la sphère de la Françafrique, cet Etat a su échapper aux désastreuses ingérences extérieures. Un taux d'éducation en progression (82% des enfants sont scolarisés) et un riche patrimoine (Chutes Victoria, vastes parcs animaliers) donnent au pays une certaine confiance en lui. Le nouveau président s'est d'ailleurs fait élire en condamnant l'ingérence chinoise dans l'économie zambienne, tandis que Levy Mwanawasa avait rejeté sans hésiter les diktats du FMI en 2007. Cette fierté nationale, handicapante à court terme, sera une vraie richesse sur une longue échéance, en permettant au pays de former ses propres élites et sa propre économie. 

 

La richesse de sa faune est un autre atout de la Zambie, qui lutte farouchement contre le braconnage. 



Il ne s'agit pas, bien evidemment, d'idéaliser la situation de la Zambie. Elle est frappée par beaucoup des maux qui affectent ses voisins: le sida y fait des ravages terrifiants, et les médecins y sont peu nombreux, ce qui empêche l'espérance de vie d'y dépasser 40 ans. Lourdement endetté, le pays reste extrèmement pauvre, ce qui fragilise considérablement sa démocratie. Mais les progrès accomplis depuis son indépendance, sa relative stabilité démocratique et la paix qui y règne restent de bons présages. Ce pays prometteur pourrait devenir, un jour, un exemple pour ses voisins, et mérite nos encouragements autant que notre admiration. 

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 22:58

 

Laurent Gbagbo aura résisté jusqu'au bout. Soutenues et protégées par l'Occident, les troupes d'Alassane Ouattara, considéré par la communauté internationale comme le président légitime de la Côte d'Ivoire, ont mis une semaine pour pénetrer dans son bunker et arrêter le vieux chef d'Etat. Celui-ci sera jugé pour les crimes dont on l'accuse, mais au vu des crimes de guerre commis par les troupes de Ouattara, on peut douter de l'équité du procès: l'Histoire sera, une fois de plus, écrite par les vainqueurs. Mais si les troupes légalistes ont remporté cette bataille, elles n'ont pas gagné la terrible guerre civile qui menace le pays; en imposant Ouattara par la force des armes, l'Occident, et notamment la France, ont laissé sur place une poudrière qui menace d'exploser à tout instant.

 

 

 

Après 10 ans de pouvoir dictatorial, Laurent Gbagbo est contraint de se retirer. Malgré ses crimes, il aura été jusqu'au bout soutenu par une grosse minorité d'Ivoiriens.

 

 

Les méfaits de l'ingérence occidentale

 

Laurent Gbagbo avait sûrement tort de présenter son adversaire comme le candidat de l'Occident; mais ce dernier, par son intervention armée, lui a donné raison à posteriori. Cette ingérence a commencé dès la contestation des résultats électoraux; bien que des fraudes eussent été observées des deux côtés, c'est Ouattara que l'ONU désigna comme vainqueur. Le problème est que la Cour Suprême ivoirienne se prononçait, elle, pour l'annulation des elections. Aussi corrompu que soit cet organisme, il reste une institution majeure d'une pays souverain. Mépriser son avis, le tenir pour insignifiant, relevait déjà d'une attitude, sinon coloniale, du moins fortement paternaliste.

 

Il est également faux de dire qu'Alassane Ouattara avait le soutien de "la communauté internationale"; l'homme du FMI était avant tout aidé par l'Europe, les Etats-Unis, et un certain nombre d'Etats africains trop appauvris pour se permettre une diplomatie indépendante. En revanche, aucune grande nation hors de l'Occident, que ce soit le Brésil, l'Inde, la Chine, la Russie, l'Afrique du Sud ou l'Iran, n'a soutenu Ouattara. 

Il est probable qu'une majorité d'Ivoiriens souhaitaient le départ de Gbagbo, sinon la victoire de son rival. Mais une forte minorité, implantée au sud, estimait, à tort ou à raison, que de nouvelles elections devaient être organisées. L'armée française a imposé à cette minorité, à coup de mitrailleuses, un président dont elle ne voulait pas. Quand bien même le droit international aurait été respecté (les troupes françaises ne sont pas sorties du cadre de l'ONU), une telle ingérence était-elle intelligente?

 

 

Il n'est sûr que l'ingérence française en Côte d'Ivoire ait été bien acceptée par les patriotes, qui rejettent de plus en plus ces interventions.

 

 

Vers une inéluctable division du pays?

 

La France a été d'autant plus mal avisée de se mêler de cette crise, que la situation ivoirienne est particulièrement complexe. Depuis la mort d'Houphouët-Boigny, père de la nation, le pays est divisé en plusieurs ethnies et religions qui cohabitent de plus en plus mal. Ces considérations tribales ne doivent pas être méprisées, du fait de leur rôle crucial dans les résultats du scrutin. 

 

Au vu de cette situation, Alassane Ouattara a commis deux fautes majeures; sur un plan moral, il a laissé ses troupes commettre d'atroces crimes de guerre, qui marqueront durablement la nation, et risquent bien d'empêcher la réconciliation nationale; sur un plan politique, il a reçu l'aide militaire de la France. Et l'on sait qu'un chef d'Etat porté par une armée étrangère n'est jamais bien accueilli. Le président actuel ne semble donc pas en mesure de réconcilier la Côte d'Ivoire - encore faudrait-il, d'ailleurs, qu'il en ait la volonté!

A moins d'une grave crise internationale, ou de l'émergence d'un "homme providentiel", capable de se poser en nouveau père de la nation, la Côte d'Ivoire semble aller vers une séparation entre plusieurs groupes irréconciliables. Une négociation entre Gbagbo et Ouattara, refusée tantôt par l'un, tantôt par l'autre, aurait peut-être permis de remédier un peu à la situation. En revanche, la prise de pouvoir de Ouattara par les armes (après avoir été, certes, démocratiquement élu), ne fait que l'aggraver.

 

 

Commencer un mandat par des massacres: Alassane Ouattara aura fort à faire pour enclencher une réelle réconciliation nationale...

 

 

 

L'intervention française a contribué à diviser un pays menacé par la guerre civile; sur le long terme, elle fragilise Alassane Ouattara, et accélère le risque de scission du pays. Ces pratiques ne sont certes pas nouvelles; depuis longtemps, la France s'ingère en Afrique, sa traditionnelle zone d'influence. Mais pour la première fois, l'armée française s'est battue, non pour des intérêts français, mais américains. Si Alassane Ouattara conservera à Nicolas Sarkozy son amitié personnelle, il est avant tout l'homme du FMI et de Washington. Pour résumer: les Français se battent, les Américains en tirent tous les bénéfices, et les Ivoiriens en paieront les conséquences.

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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