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3 septembre 2013 2 03 /09 /septembre /2013 12:12
Comment les gouvernements français, turc et australien ont ridiculisé leur pays

En annonçant son intention de consulter le Congrès avant toute opération militaire contre la Syrie, Barrack Obama a mis ses fougueux alliés – France, Turquie, Australie – dans l’embarras. En effet, rien ne dit que le Congrès soutiendra une intervention, et même dans ce cas-là, beaucoup de temps se sera écoulée et l’opposition de la Russie pèsera lourd. En fait, l’éventualité d’une attaque militaire contre la Syrie s’éloigne. Et ceux qui l’avaient prônée avec fougue sortiront discrédités de la crise.

Ci-contre: Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, entouré de deux partisans des « guerres humanitaires » : Bernard-Henri Levy et Bernard Kouchner.

À tout seigneur, tout honneur : la France est le pays qui s’est le plus couvert de ridicule au cours de la crise syrienne. 4ème ou 5ème puissance mondiale, elle s’est comportée comme un vulgaire protectorat américain – avant d’être désavouée, humiliation suprême, par son maître Barack Obama.

Le Président de la République François Hollande, et son ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, sont les principaux responsables de cet échec. En effet, le peuple français s’est immédiatement prononcé contre la guerre en Syrie. Petit à petit, dans l’opposition, des voix ont remis en cause la politique belliqueuse de François Hollande. Mais il était trop tard : la France s’était déjà trop engagée ; elle avait promis frappes et « punition » (terme qui rappelle étrangement les grandes heures de la colonisation) à la Syrie ; elle devait être le meilleur allié des États-Unis.

Or, plus les jours passaient, plus il est apparu que cette guerre était irréaliste. Que voulait-on faire ? Envoyer des missiles au hasard sur la Syrie ? Il était évident que cela ne donnerait aucun résultat. Alors pourquoi ? Pour le bon plaisir d’exhiber nos armes ? Pour faire plaisir aux Américains ?

Pas de chance, les Américains, justement, semblent avoir changé d’avis. Plus Barack Obama hésite, et plus l’hypothèse d’une intervention armée s’éloigne. François Hollande reste seul, avec ses menaces inapplicables et ses missiles inutiles. Dans l’affaire, la France a gagné la réputation de mercenaire malheureux des Américains. Laurent Fabius, un peu comme le roquet, a beaucoup aboyé mais ne pourra pas mordre tant que son maître ne l’y autorisera pas. Et le maître américain a décidé de prendre son temps.

Pour un pays comme la France, qui a mis des Napoléon et Charles de Gaulle à sa tête, qui a été admiré, aimé et respecté dans le monde entier, ce triste épisode est dramatique. Acclamé en 2003 lorsqu’il avait rejeté la guerre en Irak, notre pays s’est comporté comme le dernier des esclaves. Un nouveau coup terrible porté à son image…

La situation en Turquie est différente. Les motivations de Recep Tayyip Erdoğan, de son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu, et de leur parti l’AKP, sont multiples. S’ils ont pris parti contre le régime syrien, c’est notamment parce que ce régime (autoritaire, nationaliste et relativement laïc) leur rappelle furieusement le kémalisme, qu’ils combattent depuis longtemps. Facteur aggravant, Bachar al-Assad est un alaouite, ce qui le rend encore plus détestable aux yeux de certains islamistes turcs.

Pour comprendre l’hostilité de l’AKP aux alaouites, il faut savoir que ces derniers sont extrêmement proches des alévis (une importante minorité de Turquie). Pour les extrémistes sunnites, alévis et alaouites sont identiques et regroupés sous le terme péjoratif de « nusayris ». Traditionnellement de gauche ou kémalistes, les alévis turcs sont en grande majorité hostiles à l’AKP ; beaucoup d’entre eux ont participé aux manifestations de mai 2013. En attaquant le « régime alaouite » de Damas, le gouvernement turc peut ainsi mettre en garde les alévis, sans les menacer directement.

Enfin, au niveau international, Recep Tayyip Erdoğan espérait que la Turquie prendrait la tête d’une vaste coalition des États musulmans sunnites. Mais il est séparé du monde arabe sunnite par la Syrie ; si les Frères Musulmans (alliés historiques de l’AKP) prenaient le pouvoir en Syrie, la Turquie serait directement reliée au monde arabe sunnite et pourrait y exercer son influence.

C’est pourquoi, quelques jours à peine après les menaces américaines, le ministre des Affaires étrangères Davutoğlu s’est rangé dans le camp américain. Le 26 aout, il a fait savoir que la Turquie rejoindrait toute coalition prête à attaquer la Syrie – même sans l’accord de l’ONU. Depuis, Recep Tayyip Erdoğan a multiplié les interventions pour soutenir une intervention.

Le recul américain met la Turquie dans une situation délicate ; elle n’a évidemment pas les moyens d’attaquer seule la Syrie. Si elle agit, elle en subira de lourdes conséquences ; si elle n’agit pas, elle sera discréditée sur la scène internationale. Elle retrouvera cette image de « porte-avion américain » dont elle semblait s’être débarrassée dans les années 2000…

Ce sera de plus un nouveau revers pour le gouvernement de l’AKP. Les Turcs sont, en grande majorité, hostile à toute guerre contre la Syrie. Les kémalistes du CHP, les nationalistes du MHP, les communistes et certains islamistes à l’ancienne ont dénoncé la position anti-syrienne de leur gouvernement. Comme François Hollande en France, Recep Tayyip Erdoğan risque donc de sortir discrédité de cette crise, aussi bien à l’étranger que dans son propre pays.

On ne saurait oublier le troisième larron de cette pseudo-coalition, à savoir l’Australie. Comme en France, comme en Turquie, on a là-bas un gouvernement qui se met à la remorque des États-Unis malgré l’opposition de son peuple.

Il faut dire que l’Australie est en pleine campagne électorale, et le Premier Ministre socialiste, Kevin Rudd, est en grande difficulté. Une guerre victorieuse aurait été pour lui le seul moyen de remonter dans les sondages. C’est pour cela qu’il a immédiatement annoncé son soutien à toute coalition qui attaquerait la Syrie.

L’Australie a toujours été une alliée fidèle de Washington. Sa prise de position n’a donc rien d’étonnant. Mais si le Congrès américain votait contre une guerre, elle risque de se retrouver totalement isolée : cette fois, elle ne pourra même pas compter sur le Royaume-Uni. Le camp anglo-saxon, traditionnellement soudé, se verrait donc scindé en trois : les anti-guerre (Royaume-Uni et Canada), les hésitants (États-Unis) et l’Australie, belliciste et isolée.

Il est vrai que le gouvernement australien n’a rien à perdre, puisqu’il est d’ores et déjà certain d’être renversé aux prochaines élections. Mais il aura solidement écorné l’image internationale de son pays avant de chuter…

* * *

Alors que David Cameron avait failli engager le Royaume-Uni dans ce guêpier, les députés britanniques ont eu l’intelligence de voter contre la guerre. Mais la France, la Turquie et l’Australie ne sont pas totalement isolées : elles ont le soutien des dictatures théocratiques arabes (Qatar et Arabie Séoudite en tête…) Dans une croisade pour les « droits de l’Homme », de tels alliés sont pour le moins curieux. Voilà ce qu’il en coûte de suivre aveuglément les bellicistes américains : le ridicule, le discrédit, l’isolement.

 Depuis les débuts de la crise syrienne, les Turcs manifestent régulièrement contre les tendances belliqueuses de leur gouvernement.

Depuis les débuts de la crise syrienne, les Turcs manifestent régulièrement contre les tendances belliqueuses de leur gouvernement.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 19:43

Les différences idéologiques qui séparent la Corée du Nord, l’une des plus vieilles dictatures communistes du monde, et la Corée du Sud, chantre du capitalisme sauvage, retarde la réunification des deux États. Mais elle ne pourra pas l’empêcher. Les circonstances géopolitiques étant ce qu’elles sont, les Coréens devront bon gré mal gré mettre leurs querelles idéologiques de côté s’ils veulent survivre à la mondialisation.


Une anomalie de l’histoire

Historiquement, la Corée formait avec la Chine et le Japon le troisième grand royaume d’Extrême-Orient, que rien ne prédisposait à être coupé en deux. Très certainement, les invasions chinoises, russes ou japonaises avaient régulièrement affaibli le pays, mais elles n’avaient pas brisé son unité nationale.

130326-coree-du-nord-missile-parade.jpg

Le régime militaire nord-coréen est un des derniers héritages de la guerre froide.


Paradoxalement, ce sont deux idéologies totalement étrangères à la Corée, le communisme et le capitalisme occidental, qui ont entrainé la division du pays suite à la guerre de 1950 – 1953. Chinois, Américains et Soviétiques partagèrent littéralement le pays dans un accord géopolitique tacite qui mettait le nord aux mains des communistes, oscillant entre Chine et Union Soviétique, et le sud à la merci du grand capitalisme américain, sous la surveillance du Japon.

Depuis un demi-siècle, ces deux États qui ne se reconnaissent pas mutuellement, la Corée du Nord et la Corée du sud, ont suivi des voies économiques et politiques bien différentes. Pourtant, l’affaiblissement des idéologies et la montée d’un monde multipolaire centré sur l’Asie pourrait bien forcer les deux pays à se réunifier.


La dangerosité de la position entre Chine et Japon

Les 50 années à venir seront marquées par une montée en puissance du continent asiatique, articulé autour de deux géants que sont l’Inde et la Chine, et de puissance secondaires comme le Japon, la Turquie, les « dragons » du sud-est ou la Russie. La situation des Coréens, coincés entre une Chine en pleine croissance, et un Japon toujours puissant, sera particulièrement inconfortable.

carte coreeCoincée entre trois empires, la Corée n'a longtemps dû sa survie qu'à sa capacité à jouer l'équilibre entre eux. 

 

Deux options sont envisageables. Dans un premier cas, le Japon accepte le rôle de « brillant second » de l’Extrême-Orient, et se rapproche de la Chine, avec qui il partage de nombreux intérêts communs. Dans une autre configuration, il reste fidèle à l’alliance américaine, et les deux pays se maintiennent dans un état de guerre froide et de rivalités ouvertes.

 Or, dans les deux cas, une Corée divisée serait bien incapable de peser quoi que ce soit. Un axe Chine-Japon l’écraserait impitoyablement, tandis qu’une rivalité entre la Chine d’un côté, le Japon et les États-Unis de l’autre, la condamnerait à être le jouet éternel de ces puissances, et l’exposerait à toutes sortes de conflit.

Le réalisme commande donc à la Corée un rapprochement, une réunification lui permettant la constitution d’un État solide, et capable de jouer les arbitres entre Chine et Japon – où de faire face à une éventuelle alliance entre Pékin et Tokyo. Bien sûr, les Américains, les Chinois et les Japonais ont tout intérêt à empêcher une telle réunification. Mais elle serait d’autant plus profitable que chaque partie dispose d’argument de poids pour se rapprocher de l’autre.


Puissance économique contre protection nucléaire : un marché gagnant-gagnant ?

La Corée du Sud est aujourd’hui une puissance économique immense comparée à sa taille. C’est un pays qui a fait le choix de tout miser sur l’éducation, l’instruction publique et la formation de la jeunesse, tout en se démocratisant très progressivement. Autant dire que la prise en charge de la Corée du Nord, pays ruiné et affamé, pèserait économiquement bien lourd sur le pays. Quelle peut être, alors, l’argument du Nord pour se faire admettre en douceur auprès de son frère du sud ?

Il est de poids : l’arme nucléaire, et plus généralement la très impressionnante armée nord-coréenne. Car si la Corée du Sud est un géant économique, comme le Japon des années d’après-guerre, elle est aussi un nain militaire et politique. Seule la protection de l’armée américaine – et de l’ancien colonisateur japonais, ce qui est plus humiliant encore – assure au pays son indépendance. Si Washington et Tokyo venaient à changer leurs options, la Corée du Sud se retrouverait isolée, sans défense. Et c’est dans cette configuration que la Corée du Nord peut apporter un atout de poids : une arme nucléaire assurant au pays son indépendance, et lui permettant de dialoguer d’égal à égal avec ses voisins chinois et russe.

pt1522.jpgDes étudiantes sud-coréennes, symboles d'un pays qui a misé toute sa réussite sur l'intruction intellectuelle de sa jeunesse. 


Il reste à savoir quand sera venu l’heure d’une telle réunification. Elle est, pour le moment, prématurée. Les Américains dominent la Corée du Sud, tandis que les dirigeants fanatisés du nord sont loin d’être prêts au compromis. Mais Washington ne pourra se maintenir éternellement dans la zone. Leur effacement au profit de la Chine et du Japon (soit en tant que rivaux, soit alliés) marquera pour la Corée le moment d’une réunification réussie, seul gage de préservation de son indépendance. En attendant, le sud se modernise, le nord prépare sa bombe nucléaire ; les deux parties fourbissent leurs arguments pour les négociations de rapprochement à venir…

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 12:34

 

L'escalade des tensions entre la Chine et le Japon, qu'on a pu observer au cours des deux derniers semaines, ne mènera certainement pas à une guerre. Le Japon n'en a pas les moyens, la Chine n'en a pas l'envie. Mais cette crise soudaine reste surprenante. Comment deux pays qui semblaient entretenir des relations normales et apaisées ont-ils pu en arriver là en si peu de temps? 

 

En pleine mer de Chine, les îles Diaoyu sont une des innombrables zones de conflit territorial, héritées du 20ème siècle, qui perturbent la stabilité de l'Extrème-Orient. 

 

Les îles Diaoyu ("îles Senkaku" pour les Japonais) sont un archipel de huit îlots rocheux, pratiquement inhabités et situés en mer de Chine. Géographiquement, leur appartenance est difficile à déterminer, puisqu'ils sont situés à mi-chemin d'Okinawa (île japonaise mais occupée par les Américains depuis 1945) et de Taïwan (siège des nationalistes chinois, et revendiqué par la Chine communiste). 

Historiquement, la situation est tout aussi complexe: cédé au Japon par la Chine en 1895 après la guerre sino-japonaise, l'archipel est occupé par les Américains en 1945. En 1972, les Etats-Unis s'en retirent et le cèdent officieusement au Japon. Depuis cette date, l'archipel est revendiqué non seulement par la Chine communiste, mais également par le gouvernement nationaliste chinois exilé à Taïwan.

 

Jusqu'à la fin des années 2000, la Chine et le Japon s'étaient accordés sur une forme de statut quo au sujet de ces îles. Mais plusieurs incidents locaux impliquant notamment des bateaux de pêche avaient récemment ravivé les tensions sino-japonaises. Le 11 septembre 2012, le gouvernement japonais annonce son intention de racheter ces îles à leurs propriétaires privés japonais: en clair, de les nationaliser. Cette annonce provoque la fureur du gouvernement et du peuple chinois (ainsi que celle des Chinois de Taïwan), et plusieurs manifestations anti-japonaises sont organisées. L'occasion de constater que la rivalité historique entre les deux nations est loin d'être apaisée...

 

 

Deux logiques nationales qui s'opposent

 

Au-delà du débat juridique, très obscur, ce sont deux traditions nationales et deux lectures de l'histoire différentes qui se heurtent l'une à l'autre. Pour le Japon, la domination de cet archipel récompense un long processus civilisationnel. Après avoir été, un temps, à l'école de la Chine, l'Empire du Soleil Levant avait pris son autonomie et entamé, après un Moyen-Âge tumultueux, sa modernisation. Alors que les royaumes de Chine et de Corée vivaient dans le désordre, le Japon devenait une puissance montante, négociant d'égale à égale avec les Occidentaux, et "civilisant" les îles aux alentours. Arrachées à une Chine en plein marasme, les îles Diaoyu ont été mises en valeur par Tokyo qui se considère donc comme leur possesseur naturel. 

Après la conquête des îles est venu le temps de la guerre, puis de l'occupation américaine, humiliante pour l'orgueil national japonais. En récupérant cet archipel après le départ des Américains, c'était un peu de son honneur que le Japon récupérait. Aussi lui est-il impensable de s'en séparer aujourd'hui. 

 

La vision chinoise est bien différente. Pour eux, la conquête par l'armée japonaise des îles Diaoyu est une des premières étapes de l'impérialisme nippon, impérialisme qui connaîtra son paroxysme au cours de l'entre-deux guerres et de la Seconde Guerre mondiale. En 1945, le Japon est vaincu. Son Empire colonial est démantelé. L'occupation japonaise a fait 20 millions de victimes chinoises (seule l'URSS a subi plus de pertes, 21 millions de morts), souvent au cours d'effroyables massacres. Il apparaît donc naturel pour la Chine de récupérer toutes les conquêtes coloniales japonaises. Et d'ailleurs, elle récupère en effet Taïwan, la Mandchourie, et de nombreuses autres îles. Mais pas les  îles Diaoyu. 

De plus, ce combat a l'avantage d'unir la Chine communiste, celle officiellement reconnue, avec la Chine nationaliste, basée à Taïwan. La récupération des îles Diaoyu fait consensus entre les deux pouvoirs, et de ce fait, il est impossible qu'ils y renoncent. 

 

Au-delà du conflit symbolique, c'est également une bataille économique qui oppose la Chine et le Japon, puisque les riches nappes de pétroles qui entourent les îles Diaoyu sont un objet de convoitise pour les deux nations. 

 

Les récentes tensions sont le fruit de cette double histoire, ainsi que des changements géopolitiques récents. Si le Japon a tenu à nationaliser l'archipel, et à réaffirmer sa souveraineté dessus, c'est paradoxalement une marque de faiblesse. Le pays a vécu 20 années de crise économique, sociale et politique terribles. Alors qu'il était appelé, dans les anneés 1980, à devenir la première économie d'Asie, il a été dépassé par la Chine et sa croissance spectaculaire. Cette nationalisation des îles Diaoyu semble être un baroud d'honneur. 

La Chine, d'ailleurs, a mis le frein sur les manifestations anti-japonaises; elle sait qu'elle peut se permettre d'attendre, confiante en son avenir, le moment opportun pour récupérer les îles. 

La rivalité entre les deux pays pourrait cependant leur coûter cher, tant ils sont appelés à devenir de proches partenaires à l'avenir. En réalité, un statut quo, garantissant l'exploitation à deux des ressources des îles Diaoyu, serait bien plus profitable que ces manifestations nationalistes qui ne déboucheront sur aucune avancée concrète. 

 

 

Et quel rôle pour la France?

 

A priori, la France n'a rien à faire dans une telle histoire. N'ayant aucun intérêt particulier en mer de Chine, elle n'est pas partie à ce conflit et pourrait s'en désintéresser. C'est d'ailleurs probablement ce qu'elle va faire, la diplomatie de François Hollande étant aussi plate et molle que celle de son prédécesseur. Et pourtant... 

 

Pourtant, la France, avec une politique étrangère différente, plus active, aurait pu jouer un rôle efficace dans cette crise. Amie et alliée traditionnelle de la Chine, elle entretient aussi des rapport cordiaux avec le Japon. Or, elle est la seule grande puissance - avec l'Allemagne - capable de jouer un rôle de médiation entre les deux pays. Les Etats-Unis sont des alliés de Tokyo. La Russie partage avec le Japon un contencieux lié aux îles Sakhaline. L'Angleterre entretient avec les deux pays un passé douloureux. L'Inde est un rival régional de la Chine, Le Brésil et l'Iran en sont trop proches. Alors, cette affaire n'aurait-elle pas été l'occasion en or d'une médiation française, ou bien franco-allemande? 

Hélas, l'Union Européenne a préféré s'enfermer dans une attitude d'hostilité politique à la Chine, d'autant plus ridicule qu'elle lui est totalement soumise économiquement. Encore une occasion ratée pour une diplomatie française trop dépendante, et pas assez autonome. 

 

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9 août 2012 4 09 /08 /août /2012 20:40

Puissance éphémère et méconnue, l'Etat fondé au début du XIXème siècle par les Sikhs du Pendjab est un des plus originaux que l'Asie ait vu naître en ces temps troublés. La volonté de fer d'un jeune gouverneur, le futur râja Ranjît Singh, permit la fondation d'un royaume du Pendjab unifié, ouvert à toutes les religions, et doté d'une armée moderne. Seule l'implacable machine de guerre britannique parvint à écraser cet Etat innovateur, le faisant tomber sous le joug colonialiste. 

 

Frontières probables du royaume sikh du Pendjab à son apogée. 

 

Lorsqu'il devient gouverneur de Lahôre (actuel Pakistan) en 1792, le jeune Ranjît Singh n'a que 12 ans; il est alors sous la tutelle des Afghans, dont il ne deviendra indépendant qu'en 1799. Nommé Râja en 1801, il entame la conquête des grandes villes et régions du Pendjab: Amitsar tombe en 1802, et dès 1805, il est reconnu comme chef légitime par la plupart des chefs sikhs de la région. En 1823, Ranjît Singh contrôle un vaste royaume qui comprend la région de Lahôre, le Cachemire, le Peshâwar, une partie du Tibet et tout le nord-ouest de l'Inde actuelle. 

 

 

Royaume sikh, pouvoir multiconfessionel

 

Quoique dirigé par de grands chefs sikhs, le royaume de Ranjît Singh se distingue par une politique d'ouverture et de tolérance religieuse exceptionnelles pour cette époque et cette région. Séculier, cet Etat choisit de s'appuyer sur les différentes communautés religieuses qui le composent. Traités à égalité, les musulmans et les hindous sont protégés par le Râja qui les associe à son pouvoir, et demeurent bien entendus libres de pratiquer leur culte. 

Ainsi l'administration est-elle équitablement partagée entre sikhs, hindous et musulmans; c'est également un triumvirat issu de ces trois religions qui est chargé, en 1831, de représenter le royaume auprès des Britanniques. 

Quant aux chrétiens, ils sont enrôlés dans les milices et forment de ce fait une communauté d'élite du royaume, protégée et respectée. 

 

En 1831, Ranjît Singh fait recouvrir d'or l'édifice le plus sacré des Siths, le "Harmandir Sahîb", qui prend alors le nom de "Temple d'Or".

 

Cette politique de tolérance explique la richesse des édifices religieux légués par le royaume sikh; les mosquées des territoires conquis sont épargnées, et parfois même reconstruites après leur destructions. Il en va de même des temples hindous. 

Ranjît Singh doit également écraser une secte sikhe extrémiste, celle des Akalis. Bien que les Sikhs ne soient que 10% de la population du Pendjab, ces fanatiques sont hostiles à la politique de tolérance des hindous et des musulmans. Une armée moderne et bien équipée l'aidera à les contrer.

 

 

Jean-François Allard et la modernisation de l'armée sikh

 

Écrasé entre les royaumes d'Asie Centrale et les colonies britanniques, l'Etat sikh du Pendjab ne devait sa survie qu'à deux facteurs. En premier lieu, il protégeait la Compagnie des Indes Britannique des incursions en provenance de Perse et d'Afghanistan. Mais surtout, il s'était doté d'une armée moderne, de type napoléonien, fondée et en partie commandée par le Français Jean-François Allard. 

 

Ancien capitaine de la Grande Armée de Napoléon, ce fidèle soldat de l'Empereur s'exila après la défaite de Waterloo; il partit tout d'abord en Perse, avant d'arriver au royaume du Pendjab nouvellement formé. En 1822, le Râja Ranjît Singh lui confie, ainsi qu'à son ami italien Ventura, le soin de réorganiser son armée. 

Les deux compères s'attellent à la tâche en prenant le commandement d'une brigade spéciale, connue par les Anglais comme la "French Brigade". Son efficacité et sa modernité permettent au Râja de conquérir le Peshâwar en 1823: une fructueuse association était née. 

Deux autres militaires, Claude-Auguste Court (français) et Paolo Avitabile (italien) prennent à leur tour la tête de brigades d'élite. Leur efficacité est telle que Ranjît Singh décide d'équiper et d'entrainer toute son armée sur le modèle napoléonien. C'est ainsi que le royaume sikh du Pendjab devient une puissance militaire de pointe, respectée et redoutée de ses voisins. 

 

Représentations de Jean-François Allard (à gauche) et du Râja Ranjît Singh (à droite); les compétences militaires du premier combinées à la grandeur politique du second permirent au Pendjab de devenir une puissance d'envergure. 

 

 

Décadence et conquête britannique

 

En 1839, Ranjît Singh meurt après un règne de 38 ans. Plusieurs de ses épouses et de ses "femmes-esclaves" s'immolent sur son tombeau. Isabelle Alonzo n'apprécierait guère. La crise de succession qui s'ouvre affaiblit terriblement l'Etat. Plusieurs factions se créent, s'opposent et complotent. 

 

Toujours prêts pour un coup tordu, les Britanniques fondent sur ce royaume en crise. Ils ravivent les vieilles tensions religieuses, que Ranjît Singh avait voulu apaiser; en 1846, ils s'appuient sur une faction sikh pour envahir le pays; désorganisée, la puissante armée est balayée à Sobraon. Une partie du Pendjab est annexée par les Britanniques, mais un Etat sikh se maintient tant bien que mal. 

En 1849, les Britanniques décident d'en finir et écrasent les Sikhs à Gujrat, avant d'annexer leur Etat. 

 

Un siècle de colonisation britannique aura fait bien des ravages. Partagé entre l'Inde, la Chine et le Pakistan, l'ancien royaume sikh du Pendjab est aujourd'hui le théâtre d'innombrables conflits interethniques et confessionels. 

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 23:36

C'est une bien sombre nouvelle que nous a confirmée le WWF en cette fin d'année 2011: le rhinocéros de la Sonde (oui rhinocéros de Java) a officiellement disparu du Vietnam. Le dernier représentant de l'espèce aurait été abattu à la fin du mois d'avril, et depuis, aucun autre spécimen n'a été découvert par les observateurs. Il ne survit plus désormais qu'en Indonésie, où une cinquantaine de spécimens sont retranchés sur l'île de Java. 

 

Habitué aux taillis et aux forêts, le rhinocéros de la Sonde vit aujourd'hui reclus dans les hautes plaines de Java. 

 

 

Un rhinocéros trop rare pour être bien connu

 

Le rhinocéros de la Sonde est une espèce très mystérieuse. Physiquement semblable au rhinocéros indien, il est comme lui muni d'une seule corne et de larges plaques protectrice, mais il est un peu plus petit. Les rares observations faites en liberté ont permis de découvrir un animal timide et solitaire, vivant dans les taillis forestiers et les prairies clairsemées d'arbre. Grand amateur des bains de boue, il a l'habitude de sortir la nuit pour se nourrir de branchages et de feuillages. 

 

Sa rareté a toujours empêché d'en savoir plus sur lui. Il fut un temps, pourtant, ou ce rhinocéros vivait dans toute l'Asie orientale, du Pakistan à la Chine, du Tibet aux îles indonésiennes. Mais la chasse effrenée pratiquée par les Chinois, puis les Occidentaux, l'a fait progressivement disparaitre. Dans les années 60, il ne restait qu'une trentaine d'individus répartis d'Udjung Kulon, à l'est de Java. Et ce dans un habitat volcanique et escarpé qui ne convenait guère à ces rhinocéros. 

En 1988, la découverte de rhinocéros de la Sonde au Vietnam avait suscité un grand espoir pour les zoologistes. Bien malheureusement, l'abattage du dernier spécimen par un braconnier en avril dernier a stoppé ce bel élan d'optimisme. 

 

Cette carte, indiquant en orange l'ancienne répartition des rhinocéros de la Sonde, et en rouge leur répartition actuelle, n'est désormais plus valable, la population vietnamienne ayant été éradiquée. 

 

 

Un triste avertissement

 

C'est une attitude un peu simpliste, que celle qui consiste à vouloir mettre sur le dos de l'homme toute la responsabilité de cette lente extinction. En effet, depuis plusieurs décennies déjà, de sérieuses mesures ont été prises pour protéger l'animal. Or, elles s'avérent innefficaces en raisons de deux problèmes. Premièrement, une proportion de mâle beaucoup trop importante par rapport aux femelles (un recensement au cours de la Seconde Guerre mondiale comptait 78 mâles pour 22 femelles). Secondement, la concurrence avec une autre espèce menacée, le banteng, qui se nourrit des mêmes plantes que le rhinocéros de la Sonde. 

 

Il n'en reste pas moins que le Vietnam a fait preuve d'une négligence bien dangereuse dans ce dossier, notamment dans sa lutte contre le braconnage, trop insuffisante. Les problèmes sociaux et humains sont évidemment une charge pour ces pays, qui ont souvent peu de ressources à consacrer à la protection de leur faune. Néanmoins, ces merveilles de la nature peuvent aussi être un atout formidable pour des Etats qui cherchent à développer le secteur touristique.

 

Le temps n'est plus au regret. Cette disparition doit être un signal fort à double titre.

Il doit permettre, tout d'abord, au Vietnam de prendre conscience de la richesse de la faune qu'il habite. Et pousser l'Etat à prendre de nouvelles mesures de protection, afin d'empêcher que ses tigres, ses éléphants, ses crocodiles, ses singes, subissent le sort des rhinocéros de la Sonde. 

Il doit aussi renforcer l'Indonésie dans sa volonté de protéger les derniers exemplaires de cette superbe espèce. Par ailleurs, peut-être serait-il bon de réfléchir à un élevage de l'espèce en captivité, ce qui aurait le double avantage d'optimiser les conditions de reproduction, et de la protéger des braconniers. Contrairement, en effet, aux rhinocéros afraicains (rhinocéros blanc et rhinocéros noir) et à son congènère asiatique (le rhinocéros unicorne indien), le rhinocéros de la Sonde n'est pas élevé en captivité. Ce qui rend son avenir très précaire au cas où son habitat naturel se retrouverait menacé...

 

 

 

Les cinq espèces de rhinocéros qui survivent en notre temps sont aujourd'hui menacées, et celui de la Sonde plus encore que les autres. Sa disparition du Vietnam est un rude coup de semonce. Il ne concerne pas que l'Indonésie, toutefois, dernier pays à en abriter. Il est un révélateur de ce que la misère et la négligence au sein de certains pays du sud peuvent ammener. Dans la préservation de leur patrimoine naturel, la France a aussi un rôle à jouer. Elle se doit de les aider. À l'heure où les partis politiques se déchirent sur de futiles débats au sujet du nucléaire, à l'heure où les dernières lubies écologistes veulent recouvrir la Tour Eiffel de plante, ne vaudrait-il mieux pas se demander comment notre pays peut aider les Nations qui, dans le monde, sont désireuses de sauver leur patrimoine animalier? 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 16:24

 

 

 

Tous les habitants de grandes agglomérations connaissent l'enfer des embouteillages de fin d'après-midi dans lesquels des files interminables d'automobiles peuvent demeurer immobilisées, prisonnière d'un réseau urbain trop étroit pour une si dense circulation de véhicules. Les Chinois connaissent, eux, le problème à un niveau décuplé, puisque les grandes agglomérations de Pékin, Shanghai ou Hong-Kong, parmi les plus densément peuplées du monde, souffrent d'embouteillages monstrueux qui provoquent pollution, stress et désagréments. 


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Il semble que la Chine ait décidé de traiter ce problème par l'innovation, et c'est ainsi que l'on a vu surgir un projet aussi ambitieux qu'étonnant, le "bus volant". Que les amateurs de sciences-fiction cessent réfrènent immédiatement leur imagination! Il ne s'agit pas là d'un engin aérien au sens propre du terme, mais d'un bus surélevé, qui permettra donc la libre circulation des voitures, pour lesquelles il ne sera qu'un simple tunnel mouvant. * 

Capable de transporter un millier de personnes, haut de quatre à cinq mètre, ce bus se déplacerait sur rails, ou bien le long des lignes blanches bordant les routes, grâce à des capteurs infrarouges. 


La Chine accomplirait là une révolution miniature, en résolvant d'un coup tant de problèmes liés à la circulation trop dense de véhicule. Bien évidemment, un tel système permettrait de réduire les embouteillages, car non seulement le bus ne prendrait aucune place sur l'espace routier des véhicules, mais surtout, il ne les bloquerait pas en s’arrêtant, et pourrait débarquer et accueillir ses passagers tout en laissant le passage aux voitures. 

Le bénéfice écologique sera également considérable. En dehors de la simple réduction des embouteillages, et donc de l'émission de gaz polluants, le bus aura pour effet de décourager les Chinois de prendre leur voiture, puisqu'il leur proposera un mode de transport bien plus rapide et agréable. Lui-même polluera fort peu, puisque fonctionnant à l’énergie électrique, rechargée à chaque arrêt par des panneaux solaires. Et tout cela pour le prix de 56 millions d'euros -soit moins cher qu'un métro.


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La construction des lignes a été entamée à l'été 2010, et l'on peut espérer voir les premiers engins opérer dans les quelques années qui viennent. Certes! il s'agit là d'un bouleversement mineur, dont l'impact mondial ou même national restera fortement limité. Mais il est un symbole d'espoir. Pour les pays dit du tiers-monde, bien évidemment, car il leur enseigne qu'une nation libérée du joug occidental peut entamer un développement rapide et, sous peine d'être bien administrée, par un état fort et organisé, parvenir à la pointe de l'innovation. Un espoir aussi pour tous ceux qui cherchent depuis si longtemps une alternative à la voiture, une solution aux embouteillages, et à qui le bus volant donne une preuve qu'un peu d'imagination et d'audace peuvent toujours apporter des solutions. 


L'Occident pourrait voir ce développement spectaculaire, dont le bus volant n'est qu'un petit exemple, comme une menace. Il devrait plutôt le voir comme un exemple. Il ne s'agit pas, bien évidemment, de cautionner la dictature chinoise, ou d'imiter les conditions de travail déplorables de ses travailleurs. Mais plutôt de reconnaitre ces spectaculaires progrès, et chercher à suivre la même voie. C'est dans un patriotisme profond, qui rassemble les politiques et le peuple chinois dans la construction d'une nation forte et indépendante, que la Chine puise son inventivité et son ambition. Aux nations européennes de suivre cet exemple, de libérer leurs énergie, de retrouver leur indépendance, et de mobiliser leurs peuples, pour élaborer les techniques du futur. 


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Mû par la vaillante ardeur de ses peuples et le génie millénaire de sa civilisation, l'empire chinois reprend peu à peu la tête d'un monde qui trop souvent par le passé ne lui a pas laissé la place dont il était digne. Loin de nous inquiéter, ce redressement doit nous inspirer, et permettre aux vieilles nations de notre bonne et chère Europe de retrouver en elles une énergie et une ambition similaires.

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