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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 23:25

La mort de Nelson Mandela a suscité une rare vague d’émotion dans le monde ; au fil des années, l’homme était devenu presque un mythe, une légende. Si son bilan réel reste contrasté, l’Histoire retiendra son attachement à la paix, intérieure et internationale, une qualité finalement bien rare parmi les dirigeants de ce monde.

 

L’échec de l’apartheid

Nelson Mandela a été tout à la fois l’adversaire, et le symbole de l’échec d’un système politique en décadence, l’apartheid. Dit aussi « développement séparé », cette idéologie partait d’un constat : il existe en Afrique du Sud de nombreux peuples, blancs (Afrikaners, Britanniques), noirs (Xhosas, Zoulous, Sothos...) et indiens, profondément différents. L’idée originelle de l’apartheid était-elle forcément condamnable ? Il s’agissait d’offrir à chacun de ces peuples un État dans un système confédéral. Si ce système avait été mis en œuvre avec sincérité et justice, la carte de l’Afrique du Sud actuelle serait bien différente.

Mais les Blancs, qui avaient initié le système d’apartheid, sont également à l’origine de son échec, pour deux raisons évidentes. En premier lieu, ils ont été trop gourmands en terres. Alors que les Blancs ne sont majoritaires que dans le sud-ouest (province du Cap) et dans certaines contrées du centre-est (État d’Orange), ils cherchaient à contrôler toutes les terres intéressantes du pays. Les « États » laissés aux peuples noirs étaient ridiculement petits et mal pourvus. D’autre part, l’élite blanche refusait d’assumer les tâches ingrates qui étaient laissées en majorité aux Noirs. De ce fait, les États blancs ne pouvaient survivre sans exploiter une forte population noire.

Un exemple de la confédération qu'aurait pu devenir l'Afrique du Sud si l'apartheid avait été appliqué dans son esprit originel. On note la faible taille des territoires réservés aux Blancs, ce que ces derniers n'ont jamais accepté.

Un exemple de la confédération qu'aurait pu devenir l'Afrique du Sud si l'apartheid avait été appliqué dans son esprit originel. On note la faible taille des territoires réservés aux Blancs, ce que ces derniers n'ont jamais accepté.

 

Dans ces conditions, l’apartheid n’était plus viable. Il devenait un système d’oppression coloniale des plus classiques, destiné à tomber en cette fin de XXe siècle. Nelson Mandela n’a joué qu’un petit rôle dans ce processus. Ce n’est donc pas sa lutte contre l’apartheid qui en a fait un grand homme, mais bien la façon dont il a géré le changement de régime.

 

L’homme de la réconciliation

La fin de l’apartheid est due à deux hommes : le président sud-africain Frédéric de Klerk et Nelson Mandela. De concert, ils ont organisé une transition pacifique au terme de laquelle le système de ségrégation était officiellement aboli. Nelson Mandela, soutenu par son parti politique, l’ANC, est devenu l’homme fort du pays. Dès son arrivée au pouvoir, sa première préoccupation a été de maintenir l’unité nationale sud-africaine, en promouvant la réconciliation de tous ses citoyens.

C’est là qu’a résidé tout le génie du président Mandela. Il aurait facilement pu profiter de sa position de force pour pratiquer l’épuration au profit de son clan. Au lieu de cela, il a choisi la voie de la réconciliation nationale. Tout ne s’est pas fait pacifiquement, bien sûr, mais le rêve de la « nation arc-en-ciel » a permis d’affaiblir les tensions et rancunes ethniques et raciales. La Commission Vérité et Réconciliation a eu le mérite de faire la lumière sur les crimes commis pendant l’apartheid sans sombrer pour autant dans la vengeance. Une véritable prouesse ; l’Afrique du Sud avait réussi là où le Zimbabwe de Mugabe, l’Algérie du FLN ou la République islamique d’Iran avaient échoué… 

C’est aussi un message que Nelson Mandela a envoyé au monde : lorsque l’on veut mettre fin à un conflit civil, ou à une situation d’oppression, ce n’est pas par la vengeance qu’il faut passer. Il faut accepter l’idée de compromis, de pardon mutuel et de réconciliation – même et surtout si les crimes commis ont laissé des marques profondes. Une leçon dont devraient s’inspirer ceux qui prônent le jusqu’au-boutisme dans les conflits syrien, israélo-palestinien ou coréen. 

 

En réussisant à réunifier, pour un temps, les peuples d'Afrique du Sud, Nelson Mandela a montré que la construction d'une Nation dépend finalement beaucoup de la bonne volonté de ses dirigeants.

En réussisant à réunifier, pour un temps, les peuples d'Afrique du Sud, Nelson Mandela a montré que la construction d'une Nation dépend finalement beaucoup de la bonne volonté de ses dirigeants.

Un bilan fort mitigé

Au niveau international, Nelson Mandela s’est conduit en homme de paix. Il a été, en 2003, une des grandes voix qui se sont élevées, avec celle de Jacques Chirac, contre la guerre en Irak. Il savait bien, lui, l’homme de la réconciliation, qu’on n’apporterait pas la paix et la démocratie à ce pays en le bombardant ! Un esprit indépendant, aussi, qui a su garder des liens avec les régimes non-alignés (notamment la Libye de Kahafi et Cuba de Fidel Castro), tout en condamnant les dérives de certains d’entre eux comme le Zimbabwe de Robert Mugabe… Il a été aussi l’un de ceux qui ont pris parti pour les droits des Palestiniens, mettant en garde Israel contre les tentations d’une politique d’apartheid – et il savait de quoi il parlait !

On pourrait regretter, naturellement, son soutien constant à l’Angleterre contre la France – alors même que les Français s’étaient bien plus mobilisés contre l’apartheid que les Britanniques. Mais laissons de côté ces petites rancœurs, et saluons l’œuvre internationale de Mandela pour la paix et contre l’impérialisme.

Le bilan intérieur, hélas, n’est pas aussi admirable. Pour une raison fort simple : Mandela était un idéaliste, un utopiste. Il n’a pas saisi l’importance des clivages ethniques et raciaux qui traversent l’Afrique du Sud. Pour dépasser ces clivages et construire une vraie « nation arc-en-ciel », il fallait proposer un projet capable de rassembler l’ensemble des peuples du pays. Nelson Mandela n’a pas su le faire, en partie aussi du fait d’une situation sociale difficile.

Le rééquilibrage communautaire a eu des conséquences catastrophiques pour l’Afrique du Sud. Les élites blanches ont été progressivement remplacées par des populations noires qui, en raison de la politique d’apartheid, avaient été privées de formation scolaire et universitaire. L’économie du pays en a terriblement souffert : la croissance a ralenti, le chômage explosé, ainsi que le taux de pauvreté. Autre problème : l’insécurité a connu une explosion terrifiante, pour les mêmes raisons. Le nouveau personnel de police a reçu une formation insuffisante, et a été incapable de lutter contre les tensions inter-ethniques qui minent le pays. Johannesburg est aujourd’hui l’une des capitales les plus dangereuses au monde. Le secteur scientifique n’a pas été épargné non plus, en particulier dans le domaine de la santé ; le SIDA a connu une propagation soudaine et terrifiante.

 

L’Afrique du Sud d’aujourd’hui est dans un état déplorable. La ségrégation raciale a été remplacée par une ségrégation sociale : une poignée de riches, blancs ou noirs, vivent séparés d’une population miséreuse et vulnérable. La réconciliation a laissé place aux vieilles rancunes ; les Blancs sont devenus des parias, et fuient le pays en masse. Au sein de la population noire, les rivalités entre Ngunis (Zoulous ou Xhosas) et Sothos se sont notoirement intensifiées.

Nelson Mandela n’est pas le principal responsable de cet échec. Si le vieux leader n’a pas su imposer la société idéale dont il rêvait, c’est avant tout parce qu’il n’a pas été suivi par son propre parti, l’ANC. Le chef actuel de ce parti, le Zoulou Jacob Zuma impose une politique favorable à son clan, à la grande colère des populations noires-sothos, blanches et indiennes. Par ailleurs, Nelson Mandela n’avait pas pris la mesure des graves tensions entre une population blanche qui accepte mal de perdre son statut dominant et une population noire avide de revanche.

Mais ce ne sont pas ces échecs, dont il n’est qu’en partie responsables, que l’on retiendra de l’œuvre de Nelson Mandela. Au-delà des problèmes de politiques intérieures, il a donné au monde un exemple à retenir. La réconciliation nationale qu’il a promue a empêché l’Afrique du Sud de basculer dans un bain de sang. Son engagement en faveur de la paix civile comme internationale restera son plus grand mérite ; il ne faut pas l’oublier, à l’heure où bruits de bottes et déclarations martiales agitent aussi bien l’Occident que le Moyen-Orient.

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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louanchi 10/12/2013 20:51

HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE

lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news

En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.

35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net