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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 15:05

En juin 2015, les élections législatives turques avaient été une surprise pour les observateurs du pays. En effet, le parti au pouvoir avait échoué à obtenir une majorité absolue au Parlement. Beaucoup y avaient alors vu le début de la fin pour Recep Tayyip Erdoğan, Président de la République et chef incontesté du pays depuis 2002. Face à l'incapacité de dégager une nouvelle majorité gouvernementale, de nouvelles élections ont été organisées le 1er novembre suivant.

Quatre grands partis concourraient alors: l'AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi, Parti de la Justice et du Développement), parti capitaliste et conservateur d'inspiration islamiste; le CHP (Cumhuriyet Halk Partisi, Parti Républicain du Peuple), parti républicain, attaché à la laïcité et à l'héritage kémaliste; le MHP (Milliyetçi Hareket Partisi, Parti d'Action Nationaliste), parti conservateur et nationaliste; et le HDP (Halkların Demokratik Partisi, Parti Démocratique du Peuple), porteur à la fois des revendications kurdes et de thématiques libertaires et contestataires. D'autres petits partis participaient au scrutin, mais aucun n'était en capacité d'entrer au Parlement.

Les résultats se sont traduit par une victoire très nette de l'AKP, qui a obtenu la majorité absolue des sièges avec 49,5% des voix. Le CHP est resté stable à 25,3%. Le MHP et le HDP ont reculé par rapport à juin 2015, obtenant respectivement 11,9 et 10,7% des votes. Ces résultats traduisent une dynamique de fond qui voit l'AKP renforcer son emprise sur la société, tandis que les partis d'opposition restent incapables de l'inquiéter sérieusement.

La victoire magistrale de Recep Tayyip Erdoğan et du parti AKP

Enterré d'innombrables fois par les observateurs européens, le président turc a montré son exceptionnelle capacité de résilience. Après l'incident de parcours du 7 juin 2015, où il avait échoué à obtenir sa majorité absolue, Recep Tayyip Erdoğan s'est relancé dans la course électorale en suivant une habile stratégie en quatre temps.

La première étape consistait à saboter toutes les tentatives de construire une coalition gouvernementale. Alors même qu'une partie du CHP, inspirée par l'économiste Kemal Derviş, envisageait de gouverner avec l'AKP, le Président turc a fait pression sur son partie pour empêcher la réalisation de ce projet. Pour cela, il a multiplié les exigences, rendant tout accord impossible à accepter pour le CHP. Les tentatives de coalition ayant échoué (d'autant que les autres partis d'opposition s'y étaient opposés), des élections législatives anticipées ont été prévues pour le 1er novembre.

Recep Tayyip Erdoğan a lancé alors la deuxième phase de sa stratégie, en relançant les hostilités avec le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan, Partiya Karkerên Kurdistan en kurde), mouvement armé favorable à l'autonomie des Kurdes et considéré comme terroriste par la Turquie et les puissances occidentales. Pendant plusieurs années, le gouvernement turc avait négocié avec ce mouvement, alternant concessions et politiques et cessez-le-feu. Cette relative souplesse lui avait valu la sympathie de l'électorat kurde, mais l'hostilité des nationalistes turcs. Le vote-sanction de ces derniers explique en partie le semi-échec essuyé par l'AKP en juin 2015. Voyant que l'électorat kurde l'avait abandonné, Recep Tayyip Erdoğan a tenté de récupérer les nationalistes turcs en reprenant les hostilités avec le PKK - qui n'attendait d'ailleurs que cela, ayant renoncé aux négociations de paix depuis plusieurs mois. En agissant ainsi, le Président turc pouvait non seulement séduire l'électorat nationaliste, mais également renforcer son emprise (militaire, policière et judiciaire) sur la société turque, et mettre dans l'embarras le parti HDP, en l'assimilant au PKK et à sa violence.
Pour relancer ces hostilités, le prétexte a été celui de l'attentat de Suruç, qui a tué une trentaine de militants de gauche fin juillet. L'armée turque a alors lancé une série de bombardements, tandis que le PKK multipliait les attentats en "représailles". Le mois d'août a été marqué par une flambée de violence qui a profité à l'AKP comme au PKK, permettant à chacun de prendre en main ses fidèles.


La troisième phase de la stratégie du Président Erdoğan consistait à intimider l'ensemble de l'opposition, pour l'empêcher de faire campagne. Plusieurs journaux anti-gouvernementaux, comme le quotidien Hürriyet, ont ainsi été attaqués par des milices proches de l'AKP. Fin octobre, deux chaînes de télévision d'opposition ont été investies par la police et fermées. Par ailleurs, les pressions se sont multipliées sur l'opposition, dont le temps de parole et l'espace de propagande électorale ont été très limités.

Enfin, dernier élément de la stratégie de Recep Tayyip Erdoğan: une relative discrétion, afin de ne pas cliver ou effrayer l'électorat turc. Le Président s'est tenu relativement en retrait, laissant son parti et son Premier ministre, Ahmet Davutoğlu, mener le gros de la campagne. Suite à l'attentat d'Ankara, qui a tué une centaine de militants d'opposition, le Président turc a même, fait rare, admis des erreurs dans sa gestion de la sécurité du pays.

Cette stratégie a été, in fine, couronnée de succès. Recep Tayyip Erdoğan a obtenu la majorité absolue au Parlement, qui lui permettra en théorie de gouverner seul au moins jusqu'en 2019. Il n'a certes pas la majorité qualifiée qui lui aurait permis de modifier la Constitution, mais il peut pour cela organiser un référendum, qu'il est sûr de s'allier, où s'allier selon les circonstances avec tel ou tel parti d'opposition. Dans un contexte de guerre intérieure (contre le PKK) comme extérieure (avec la montée des tensions autour de la Syrie), le Président turc aura tout les pouvoirs pour continuer à remodeler la société turque et à détruire progressivement l'héritage kémaliste. À l'instar d'un Vladimir Poutine ou d'un Benjamin Netanyahou, ce dirigeant dont on prédit régulièrement le déclin sort en réalité renforcé de chaque épreuve. Il le doit à une redoutable machine de guerre politique, à la faiblesse de son opposition, mais également à sa grande habileté stratégique.


L’inexorable déclin du kémalisme

Le CHP n'a pas connu de recul considérable. Par rapport aux élections de juin 2015, il a même gagné quelques voix et deux députés supplémentaires. Ses quelques 25% n'en restent pas moins une performance médiocre pour ce parti qui souhaitait incarner l'alternative à l'AKP et porter les valeurs kémalistes. Il a perdu les quelques circonscriptions (Zonguldak, Eskişehir, Mersin) qu'il avait conquises en Anatolie, et n'a conservé que les bastions traditionnellement progressistes et républicains du pays: la côte est (autour d'Izmir), et la Thrace. Il n'a pu conserver que quelques districts, qui lui étaient acquis, à Istanbul (Şişli, Beşiktaş, Kadiköy, etc.) et Ankara (Çankaya). Si le parti garde donc un électorat fidèle (avec une forte proportion d'alévis, qui pratiquent une religion syncrétique distincte de l'islam sunnite et sont traditionnellement attachés à la laïcité de l'État), il a été incapable de conquérir de nouveaux soutiens.

Cependant, le grand perdant du scrutin est le MHP (qui se revendique aussi du kémalisme, mais avec une forte tendance nationaliste et conservatrice). Après avoir percé avec 16,5% des voix en juin, il est retombé à moins de 12% le 1er novembre, perdant au passage 40 députés et passant derrière le HDP. Le parti nationaliste a été victime des opérations militaires lancées contre le PKK par Recep Tayyip Erdoğan: ses électeurs ont vu dans ce dernier un nouveau chef de guerre, et ont massivement fait défection.

L'avenir du bloc "national-kémaliste" semble sévèrement compromis. D'une part, la réorientation nationaliste du discours de Recep Tayyip Erdoğan risque de marginaliser le MHP. D'autre part, le CHP ne peut espérer seul représenter une alternative. Pour reprendre la main, il lui faut un allié. Mais s'il s'allie avec le MHP, il perdra une bonne partie de son électorat progressiste, et notamment alévi. Inversement, s'il s'allie avec le HDP, les kémalistes orthodoxes, très hostile au séparatisme kurde, le ressentiront comme une trahison. La stagnation morne semble être l'avenir de ces deux partis, qui semblent de plus incapables de faire émerger un dirigeant charismatique et capable.



Le HDP en situation précaire?

Autre perdant des élections de novembre 2015, le HDP a réussi à se maintenir au Parlement (ce qui nécessitait d'obtenir plus de 10% des voix), mais a connu un net recul, perdant 21 députés. Le succès de ce mouvement tenait à sa capacité à concilier les revendications des autonomistes kurdes et d'une partie de la gauche turque, issue des manifestations de Gezi de 2013. Dans un contexte pacifique, cette synthèse pouvait fonctionner. Le HDP disposait d'un socle électoral solide dans les régions kurdes, et de forces d'appoint dans les grandes villes comme Istanbul.

Mais dès lors que le PKK et le gouvernement turc ont repris les hostilités, il est devenu beaucoup plus difficile pour le parti de tenir cette position. Le HDP ne pouvait condamner ouvertement le PKK, sous peine de perdre une partie de son électorat kurde. Mais il devait s'en distancier le plus possible, pour ne pas effrayer son électorat turc. Un équilibre difficile à maintenir.

Finalement, il a perdu sur les deux tableaux. D'une part, les autonomistes kurdes, avec la reprises des combats, ont abandonné la solution politique. Le HDP leur est apparu comme incapable de défendre efficacement leur position. Finalement, c'est près d'un million de voix que le parti a perdu dans les régions kurdes. D'autre part, l'électorat turc du HDP s'est détourné de celui-ci, l'assimilant à la violence du PKK. C'est ainsi par exemple qu'à Tunceli, circonscriptions peuplée d'alévis turcs, le HDP a connu un spectaculaire recul au profit du CHP kémaliste.

Il est probable que plus la violence s'intensifiera, et plus la position du HDP sera précaire. D'autant que le PKK n'a absolument pas intérêt à voir émerger un grand mouvement politique pro-kurde, qui risquerait de l’assécher en militants et de devenir un dangereux concurrent.


Des risques de troubles et de fractures

En apparence, le triomphe de l'AKP et de Recep Tayyip Erdoğan assure le renouveau de la stabilité du pays. Pourtant, elle ne règle pas les problèmes de fond qui mettent en danger l'avenir de la Turquie.

En premier lieu, le pays semble divisé pour longtemps en trois grands blocs. Le premier, près de la moitié de la population, est celui des musulmans sunnites conservateurs, capitalistes puritains et masses populaires d'Anatolie. Ce bloc, qui correspond globalement à l'électorat AKP, entend prendre sa revanche sur la République kémaliste qui l'a trop longtemps marginalisé, et concentre pour cela tous les pouvoirs. Une deuxième force, qui représente près d'un quart du pays, est celle des républicains kémalistes, des laïcs, des progressistes, surtout concentrés à l'ouest du pays, et incapable de reprendre la main. Enfin, un troisième bloc est constitué par les Kurdes qui, au sud-est, érigent une société de plus en plus autonome et coupée du reste de la Turquie.

Ces divisions politiques recoupent en partie des divisions identitaires de plus en plus fortes: musulmans sunnites contre alévis et laïcs, nationalistes turcs contre Kurdes. Dans un contexte moyen-oriental et européen frappé par les divisions ethniques et religieuses, ces fractures sont très dangereuses et mettent en péril l'idéal unificateur de la République turque.

La situation économique du pays est loin d'être au beau fixe, et les prévisions ne sont pas optimistes. De graves conflits sociaux pourraient bien émerger, et même dégénérer dangereusement.

Enfin, la Turquie n'est pas à l'abri des dangers extérieurs. La diplomatie catastrophique de l'AKP à partir de 2011 a conduit le pays à rompre avec plusieurs partenaires essentiels (Syrie, Égypte...), et à des tensions récurrentes avec d'autres puissances (Russie, Iran, Israël...) Tant que l'équipe au pouvoir en Turquie ne sera pas renouvelée, un changement de cap diplomatique ne semble guère envisageable.

La stabilité turque est en trompe-l’œil. Le pays est beaucoup plus fragile qu'on ne pourrait le penser. Il est probable, certes, que l'AKP parviendra à atteindre ses objectifs: en 2023, il ne devrait plus rester grand chose de la République kémaliste fondée un siècle plus tôt. Mais à quel prix? Jamais, depuis 15 ans, la Turquie n'a été aussi menacée, tant de l'intérieur que de l'extérieur. La solidité de ses institutions, la vigueur de sa société civile et l'héritage républicain lui ont jusque-là permis d'affronter les crises. Pour combien de temps encore?

La fragile stabilité de la Turquie au lendemain des élections législatives
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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 21:18

C'est un bien mauvais coup que l'Elysée a porté aux intérêts français en annonçant, ce mardi 3 septembre, la suspension de la livraison des navires Mistral promis à la Russie. Prise à la veille d'un sommet de l'OTAN, cette décision est une terrible faute politique, tant sur les plans diplomatique et économique que symbolique.

La triple faute de la France dans l'affaire des Mistral russes

Premièrement, l'annulation de ce contrat porte un coup dur à nos relations avec la Russie. Or, nous avons besoin de ce pays, qui peut être un partenaire solide tant au niveau économique que géopolitique (en particulier dans la lutte contre les djihadistes sunnites au Levant).

On pourra objecter que la Russie est impliquée dans la guerre civile ukrainienne. Mais ce n'est pas en manquant à sa parole que la France pourra calmer cette crise; bien au contraire, cela ne peut que raidir la position russe. Du reste, devons-nous sacrifier notre alliance et donc nos intérêts pour plaire à l'Ukraine et aux Etats-Unis?

 

L'économie française risque également d'en pâtir. Il ne faut pas oublier que cet important contrat représente près de 1000 emplois et doit rapporter plus d'un milliard d'euros. De plus, si la Russie faisait le choix de représailles, il est à craindre que le prix du gaz (dont elle est le premier exportateur mondial) ne grimpe en flèche, alors même que l'hiver se fait proche.

Du reste, le choix de François Hollande discrédite la France comme partenaire commercial fiable. En effet, si notre pays rompt publiquement ses contrats, comment espérer gagner ensuite la confiance de clients potentiels comme le Brésil, l'Inde ou la Chine? Ces Etats préféreront évidemment se tourner vers des fournisseurs plus fiables, capables de tenir leur parole.

 

Enfin, cette affaire donne une image désastreuse de la France qui, comme dans les affaires syrienne ou iranienne, se conduit en vassal de Washington, incapable d'agir de façon souveraine. Aux yeux du monde, elle apparaît comme un pays soumis qui, pour faire plaisir à ses maîtres américains, n'hésite pas à sacrifier ses intérêts, à flouer ses partenaires et à trahir sa parole.

En plus d'atlantisme, la France pourrait bien se voir taxée d'hypocrisie En effet, l'argument des droits de l'homme ou de la volonté de paix ne tient pas. Car dans ce cas, comment expliquer les livraisons d'armes françaises à l'Arabie Séoudite, dictature théocratique dont les pétrodollars financent des groupes terroristes en Syrie ou en Irak?

 

 

La preuve est une nouvelle fois faite que l'alignement de la France sur les positions américaines est profondément néfaste à son image, à son économie, à sa politique étrangère. Au lieu de s'inscrire au sein d'un "bloc occidental" (manière sans le dire de réactiver la guerre froide sur fond de choc des civilisations) largement fantasmé, la France devrait établir avec la Russie, comme avec les pays émergents, de nouveaux rapports basés sur le respect mutuel et la souveraineté des Etats. C'est ainsi, et seulement ainsi, qu'elle pourra demeurer une grande puissance au sein du monde multipolaire qui se profile.

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 20:48

Pro-israéliens, pro-palestiniens ou observateurs neutres, beaucoup se sont étonnés de la prise de position de François Hollande et de son gouvernement face au bombardement de la bande de Gaza par Israel. Alors que les victimes civiles s'accumulaient, le Président de la République a proclamé son soutien total au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, tandis que son Premier Ministre Manuel Valls se chargeait de faire interdire les manifestations pro-palestiniennes. Dans l'ensemble, le Parti Socialiste et son gouvernement sont restés solidaire du gouvernement israélien tout au long des bombardements. Cette prise de position a surpris certains de ses partisans ou adversaires. Elle était pourtant parfaitement prévisible, quand on se souvient des rapports historiques que les socialistes entretiennent à l'égard d'Israel et du monde arabe.

Inaugurée par Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo, l'esplanade David Ben Gourion (du nom du fondateur d'Israel) a été à l'origine d'une polémique avec des mouvements pro-palestiniens.

Inaugurée par Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo, l'esplanade David Ben Gourion (du nom du fondateur d'Israel) a été à l'origine d'une polémique avec des mouvements pro-palestiniens.

Israel et le Parti Socialiste français: une longue histoire d'amitié

 

Le lien très fort qui unit le mouvement socialiste français à Israel plonge ses racines dans l'avant-guerre, à l'époque où le sionisme, projet d'implantation des Juifs en Palestine, avait les faveurs de nombreux cadres de la SFIO, lesquels voyaient alors dans le Kibboutz (ces implantations juives collectivistes) une fascinante expérience socialiste. L'effroyable génocide des populations juives et tziganes par le régime nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale a évidemment renforcé la sympathie pour les populations juives au sein de la SFIO, et le soutien à la création de l'Etat israélien (d'autant que de nombreux cadres du partis, qui avaient cru un temps au Maréchal Pétain, y voyaient un moyen d'expier leur sentiment de culpabilité).

Les années 1950 sont celles d'une belle lune de miel entre la IVe République, dominée par les radicaux et les socialistes, et la jeune nation israélienne. La guerre d'Algérie, qui dresse les pays arabes (et notamment l'Egypte de Gamal Abdel Nasser, grande figure du nationalisme arabe) contre la France, renforce ces liens. Français et Israéliens collaborent alors étroitement dans le domaine des armements atomiques. En 1954, ils montent une expédition commune contre le colonel Nasser - mais sont finalement stoppés par l'opposition des Soviétiques et des Américains.

Lorsque Charles de Gaulle décide de rompre avec Israël en 1967, suite à la guerre des six-jours, il essuie de violentes critiques de la part des socialistes français - beaucoup n'hésiteront pas à l'accuser d'antisémitisme. En arrivant au pouvoir en 1981, François Mitterrand se rapproche de nouveau de l'Etat hébreu - même si l'influence de son ministre Hubert Védrine, réaliste influencé par la pensée gaulliste, tempère ce réchauffement diplomatique. Lionel Jospin, Premier Ministre de 1997 à 2002, s'illustrera par son soutien solide aux Israéliens lors de la Seconde Intifada - par contraste avec Jacques Chirac, qui apparaît plutôt pro-palestinien.

Le Parti Socialiste est donc resté, tout au long de son histoire, un fidèle soutien d’Israël. Parmi ses cadres et ministres les plus attachés à cette alliance peuvent être mentionnés Manuel Valls, Laurent Fabius, Bertrand Delanoé, Anne Hidalgo, Harlem Désir ou Dominique Strauss-Kahn. Regulièrement invités aux dîners du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France, cet organisme a depuis longtemps cessé de défendre les Français de confession juive, préférant se comporter comme une ambassade officieuse d’Israël). Les critiques éventuelles contre Israel sont donc laissés à quelques voix isolées (Hubert Védrine ou Pascal Boniface, ce dernier s'étant même fait le promoteur des mouvements islamistes moyen-orientaux), à des "frondeurs" sans aucune influence (Yann Galut, Marie-Noëlle Lienneman...), où aux "beurs" du parti, qui agissent à la fois par solidarité communautaire envers les Palestiniens, et en tant que "faire-valoir" pro-arabes du parti.

 

Son soutien à Israel n'empêche nullement François Hollande d'entretenir - à l'image de son prédécesseur - d'excellentes relations avec des dictatures théocratiques comme le Qatar.

Son soutien à Israel n'empêche nullement François Hollande d'entretenir - à l'image de son prédécesseur - d'excellentes relations avec des dictatures théocratiques comme le Qatar.

Un monde arabe toujours incompris par les socialistes

 

Le soutien sans faille du parti socialiste à Israel s'est accompagné d'une hostilité plus ou moins marquée à l'égard du nationalisme arabe. Contrairement aux communistes, aux gaullistes ou aux néo-conservateurs, les socialistes n'ont jamais développé de doctrine précise envers le monde arabe. Leur attitude dictée principalement par l'alliance avec Israel et les Etats-Unis s'est donc bornée à soutenir les régimes pro-occidentaux et à combattre les non-alignés. Il faut ajouter à cela le contexte de la guerre d'Algérie: menée par les gouvernements socialistes (dont un certain François Mitterrand, alors ministre de la Justice, qui multipliait les ordres d'exécution), elle avait dressée la plupart des pays arabes, solidaires du FLN algérien, contre la France.

C'est Nasser, en dépit de ses idées sociales, républicaines et laïques, qui a le plus cristallisé les haines des socialistes français. Nationaliste, étatiste et hostile à Israel, le Raïs se vit pour cela qualifié de fasciste, tandis que Guy Mollet l'assimilait sans hésitation à Staline et Hitler. La politique arabe du général de Gaulle fut très durement critiquée par les cadres socialistes, François Mitterrand en tête. Cette attitude n'était pas seulement dictée par leur sympathie pro-israélienne, mais aussi par une profonde incompréhension des grands changements du monde. Ayant renoncé à l'idée nationale, perdus dans leurs idéaux atlantistes et européïstes, les socialistes français ne comprenaient pas d'autres leaders, à travers le monde, pussent afficher aussi clairement leur volonté d'indépendance nationale.

Charles de Gaulle avait pressenti l'émergence d'un monde multipolaire où les grandes civilisations, chinoise, latino-américaine, indienne et bien sûr arabe, éprouveraient le besoin de marquer leur puissance et leur autonomie. Il avait compris que la France devait tisser des liens avec ces grandes civilisations, afin de préserver son statut de grande puissance.

Les socialistes, nostalgiques de cette Algérie française qu'ils venaient de perdre, tétanisés par le système des blocs et leur atlantisme forcené, n'avaient pas compris que le monde arabe n'avait plus vocation à être le terrain de jeux ou le porte-avions des Occidentaux.

Cette hostilité aux nationalistes arabes s'atténua cependant au fil des années, devenant moins systématique. Lorsqu'il arriva au pouvoir en 1981, François Mitterrand noua de bonnes relations avec certains pays arabes. Principalement les régimes pro-américains et anti-communistes: la Tunisie de Bourguiba puis de Ben Ali, l'Egypte de Moubarak, et même l'Irak de Saddam Hussein lorsque ce dernier faisait la guerre à l'Iran. En somme, les gouvernement socialistes n'ont soutenu les régimes arabes que lorsque ces derniers servaient les intérêts de Washington - et donc ne représentaient aucun risque majeur pour Israël.

On retrouve ce schéma aujourd'hui encore: après avoir soutenu la guerre lancée par Nicolas Sarkozy contre la Libye de Kadhafi, François Hollande et ses ministres ont été en première ligne face à la Syrie baasiste de Bachar al-Assad. Mais cette fois-ci, ce n'était pas tant pour défendre les intérêts d'Israel que ceux du Qatar et de l'Arabie Séoudite, régimes avec lesquels le gouvernement français entretient les meilleures relations qui soient. En oubliant curieusement leur judéophobie virulente et leur soutien à des mouvements terroristes aussi barbares que ceux qui ravagent l'Irak en ce moment...

Que retenir, en somme, de la politique des dirigeants socialistes face au monde arabe? Un certain paternalisme, qui les pousse à soutenir les régimes théocratiques alliés de l'Occident et à tolérer les régimes nationalistes pro-occidentaux. En revanche, toute Nation arabe qui tente d'échapper à la tutelle occidentale ou se dresse contre Israel s'attire l'hostilité du Parti Socialiste, qui n'hésite pas à soutenir les pires fondamentalistes contre elle.

On ne peut donc pas franchement dire que le Parti Socialiste prône une diplomatie arabophile. Pourtant, de nombreux militants pro-palestiniens, tiers-mondistes ou pro-arabes ont apporté leur soutien à François Hollande en 2012, espérant qu'il réaliserait leurs aspirations. Dans le même temps, de nombreux soutiens d'Israel se sont inquiétés, craignant qu'il se dresse contre l'Etat hébreu une fois arrivé au pouvoir.

Comment expliquer cette gigantesque méprise?

Fondateur du mouvement SOS Racisme et chef du Parti Socialiste de 2012 à 2014, Harlem Désir est ici entouré par Bernard Kouchner (cadre du parti socialiste, favorable à la Guerre en Irak de 2003, militant pro-israélien) et de Bernard-Henri Levy (parrain de SOS Racisme, infatigable soutien du gouvernement israélien et proche des cercles dirigeants du Parti Socialiste).

Fondateur du mouvement SOS Racisme et chef du Parti Socialiste de 2012 à 2014, Harlem Désir est ici entouré par Bernard Kouchner (cadre du parti socialiste, favorable à la Guerre en Irak de 2003, militant pro-israélien) et de Bernard-Henri Levy (parrain de SOS Racisme, infatigable soutien du gouvernement israélien et proche des cercles dirigeants du Parti Socialiste).

Le Parti Socialiste pro-arabe? Aux origines d'un mythe

 

Lorsque Mitterrand trahit le programme social au cours des années 1980, il lui faut trouver une cause et un électorat de substitution. C'est auprès des immigrés, via le mouvement anti-raciste, que le Parti Socialiste va alors rechercher son nouveau socle électoral. Favorable à l'ouverture des frontière, le gouvernement PS adopte une attitude paternaliste de protecteur des immigrés arabo-musulmans, qui seraient menacés par le Front National en pleine ascension (ascension favorisée par... le président Mitterrand lui-même, du reste...) C'est ainsi que le Parti Socialiste s'achète, à peu de frais, l'image d'un parti proche des immigrés en général et des Maghrébins en particulier. De là à en faire le "parti des Arabes", il n'y a qu'un pas que beaucoup franchiront très allègrement, et d'autant plus facilement que la droite est alors elle-même en pleine mutation.

Jusqu'aux années 2000, en effet, Jacques Chirac avait tâché de préserver l'orientation pro-arabe (certes atténuée depuis l'époque gaulliste) de son parti. En 1997, le tout-nouveau président défendait à Jérusalem les commerçants arabes. En 2003, la très belle intervention de Dominique de Villepin à l'ONU symbolisait le refus de la guerre en Irak par la France. Mais la campagne présidentielle de 2007 a vu l'émergence d'un nouveau candidat pour la droite: Nicolas Sarkozy, qui s'affichait ouvertement atlantiste et pro-israélien. En quelques années, l'UMP se verra purgée de ses éléments pro-arabes (chiraquiens et gaullistes principalement). Ses nouveaux cadres, ou bien affichent un soutien sans faille à Israel face aux Etats arabes (Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christian Estrosi...), ou bien adoptent une ligne atlantiste marquée (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin...) Pendant son mandat, Nicolas Sarkozy multipliera les actions d'hostilité envers les nationalistes arabes (renversement militaire de Kadhafi, rupture avec la Syrie baasiste...) et s'alignera largement sur les désirs israéliens (non-reconnaissance de la Palestine à l'ONU, sanctions contre l'Iran...)

Certains en tirent alors une conclusion simpliste: Nicolas Sarkozy étant pro-israélien, et François Hollande son principal rival pour 2012, ce dernier ne peut être que pro-palestinien! Ce sophisme est renforcé, il est vrai, par l'alliance du Parti Socialiste avec les Verts, traditionnellement proches de la cause palestinienne (plus d'ailleurs par tiers-mondisme pacifiste que par soutien au nationalisme arabe). Les appels du pieds des cadres socialistes envers les musulmans français, majoritairement pro-palestinien, ont permis de consolider le mythe.

 

*  *  *

En apportant son soutien sans faille au gouvernement israélien et au bombardement de Gaza, François Hollande a détruit définitivement ce mythe aux yeux de ceux (pro-israéliens comme pro-palestiniens) qui y croyaient encore. Ce n'était pas une trahison des idéaux de son parti, mais au contraire leur rigoureuse mise en application. Face aux gaullistes et aux communistes, traditionnellement pro-arabes, les socialistes ont toujours été le principal soutien d’Israël en France. On peut l'approuver. On peut le déplorer. Mais en tous les cas, il est bon de rappeler ces héritages diplomatiques fondamentaux.

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 12:40

Une nouvelle vague de massacres frappe de nouveaux le Proche-Orient. De la Palestine à l'Irak, sans oublier la Libye (où l'ont voit aujourd'hui les résultats catastrophiques de notre intervention militaire de 2011), les haines communautaires semblent plus déchaînées que jamais et prédisent un sombre avenir pour cette région ou vivent côte à côte musulmans, juifs et chrétiens, Arabes, Kurdes et Turcs.

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

C'est évidemment la tragédie palestinienne qui marque le plus les esprits - et réveille les fractures les plus douloureuses. Comment ne pas être effaré par ce déchaînement de violences et ces bombardements aveugles qui frappent une population majoritairement civile, prisonnière d'un réduit qu'elle ne peut ni fuir, ni protéger? Le comble de l'ignominie est atteint avec ces colons israéliens qui s'installent sur des sièges, comme s'ils étaient au spectacle, pour admirer ce massacre et applaudir chaque bombe lancée sur cette terre ravagée.

 

Mais peut-être plus effarantes encore sont les justifications qu'on essaie d'apporter à ces massacres. Israel ne ferait que "se défendre"; mais depuis quand faut-il tuer près d'un millier de civil pour venger la mort - certes tragiques - de trois citoyens? D'aucuns affirment que le Hamas se cache dans les hôpitaux ou les écoles, ce qui expliquerait la destruction de ces bâtiment. Ce n'est pas impossible (le mépris du Hamas pour la vie de ses citoyens est patent), mais cela justifie-t-il le meurtre de civils, de femmes et d'enfants? Lorsqu'un braqueur prend un otage, fait-on sauter toute la banque pour l'éliminer?

D'autres feignent la fausse naïveté. Jacques Attali se demande pourquoi les Palestiniens ne se cachent pas dans les tunnels creusés par le Hamas. Peut-être parce qu’Israël a affiché son intention de détruire ces tunnels?

Député de l'UDI et conseiller de Benjamin Netanyahou, le Franco-Israélien Meyer Habib parcours tous les plateaux de télévision pour expliquer qu'Israel représente la civilisation, la bonté, la grandeur d'âme, face à la "barbarie islamiste". Comment ce subtil analyste explique-t-il alors que le Hamas sorte renforcé de l'opération menée par Israël?

 

La position du Parti Socialiste est écœurante - mais qui pouvait attendre autre chose de ce parti? Celle de l'UMP l'est tout autant. Le FN se tait piteusement. Seul le vieil axe "gaullo-communiste" (Mélenchon, Villepin, Dupont-Aignan...) réagit avec un peu de dignité. Et rappelle la position traditionnelle de la France: sécurité pour les Israéliens, liberté et dignité pour les Palestiniens. Un juste milieu oublié depuis longtemps par les politiciens au pouvoir...

Non moins écœurantes sont les réactions qui tentent d'associer toute critique des bombardements israéliens à de l'antisémitisme. Ces amalgames auquel se livrent une poignée de fanatiques (en vrac: Manuels "el Blanco" Valls, le triste clown journalistique Frédéric Haziza, le néo-con Ivan Rioufol...) sont terriblement dangereux.

Associer les juifs à Israel, c'est aussi injuste et raciste qu'assimiler les musulmans au Qatar ou à l'Arabie Séoudite. Confondre une religion, que ce soit le judaïsme ou l'islam, avec un Etat - en particulier un Etat belliqueux et agressif - est une absurdité totale.

Scandaleuse aussi est la complaisance des autorités envers la Ligue de Défense Juive, dont on semble seulement découvrir l'existence, alors que ses milices tabassent et menacent depuis de longues années.

Bien sûr, les dérives que l'on a pu voir dans certaines manifestations (casseurs, slogans antijuifs...) sont inacceptables, scandaleuses. Et l'on ne peut que déplorer la présence de mouvement islamistes violents, tels les représentants du Hamas ou de certains groupes salafistes. Comment peuvent-ils défiler ainsi, alors qu'ils ont finalement une lourde responsabilité dans le malheur des Palestiniens? Toutefois, on ne saurait réduire les adversaires de la politique israélienne aux antisémites ou aux islamistes, bien loin de là!

 

Un petit mot, justement, sur le Hamas. Fondé en grande partie pour discréditer la résistance nationaliste palestinienne et la concurrencer, ce mouvement profite des massacres de Gaza pour se présenter comme le pôle de la résistance. Qu'est-ce que c'est que cette blague? Qu'est-ce donc que cette résistance qui, en huit ans, n'a pas été foutue d'attaquer un seul objectif militaire israélien? Qui n'a apporté que le malheur, la violence et la répression aux Palestiniens? Qui, par ses lubies obscurantistes, a empêché l'émergence d'une élite intellectuelle palestinienne comparable à celles qui ont mené le combat de la décolonisation au XXème siècle?

Les Palestiniens, poussés au désespoir par l'intransigeance israélienne, ont élu le Hamas. Il faut respecter ce vote, et traiter avec ce mouvement. Mais il ne faut jamais oublier qu'il est le meilleur ennemi, c'est-à-dire l'allié objectif, d’Israël. Et ce n'est pas un hasard si chaque opération israélienne conduit, in fine, à renforcer le Hamas. Au détriment, bien sûr, des nationalistes palestiniens.

Il est vrai que, vu le ramassis de collabos et de corrompus qu'est devenue l'OLP, le Hamas a beau jeu de prospérer sur le vide ainsi laissé. Les faucons israéliens se délectent de ce désastre. Et les pacifistes, en Israël comme en Palestine, se voient de plus en plus marginalisés.

 

J'ai lu cet été un de ces pacifistes, l'historien israélien Schlomo Sand. Son excellent ouvrage Comment le peuple juif fut inventé combine un profond humanisme avec une analyse précise fondée sur une culture solide. Un livre qui explique le problème fondamental d’Israël: au lieu de se penser comme l'Etat de l'ensemble de ses citoyens, il se pense comme l'Etat d'un peuple qui, en réalité, n'existe pas.

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

Assez parlé d’Israël et de la Palestine. Une autre tragédie se jouait à la même période en Irak, où les massacreurs de l'EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, mouvement djihadiste sunnite) persécutaient impitoyablement les chrétiens, et depuis peu les Yézidis, autre minorité religieuse locale.

Naturellement, certains ont tenté, de manière tout à fait indécente, de mettre ces deux tragédies en concurrence. Certains défenseurs d'Israel se posent ainsi en protecteurs des chrétiens d'Orient, histoire de détourner l'attention des crimes de Tsahal. Inversement, des manifestants pro-palestiniens restent silencieux sur les massacres commis par l'EIIL - comme s'il refusaient de dénoncer ce mouvement islamiste qui n'a pourtant rien à envier en barbarie, bien au contraire, aux faucons du Likoud.

 

L'Irak, donc. Pays qui, dans les années 1970, sous l'impulsion d'un nationalisme arabe en pleine vigueur, était devenu le plus alphabétisé et l'un des plus modernes du monde arabe. C'était avant les premières erreurs de Saddam Hussein (guerre contre l'Iran, écrasement des soulèvements kurdes...) qui ont fini par le mener à sa perte.

La responsabilité principale de ce fiasco revient aux Américains. En renversant Saddam Hussein et en détruisant l'appareil d'Etat baasiste, ils ont signé l'arrêt de mort de l'Irak en tant que Nation. Aujourd'hui, l'Irak démocratique et pacifié que nous annonçaient certains éditocrates atlantistes (coucou Ivan Rioufol) nous semble bien éloigné. Les exactions du gouvernement chiite de Nouri al-Maliki ont fourni un terreau fertile à l'émergence de mouvements djihadistes sunnites. Ces mouvements ont ensuite été soutenus par l'Occident (Etats-Unis, France, Turquie...) face à Bachar al-Assad. Avant de prendre le contrôle de régions entières.

 

Les chiites et les Kurdes, qui avaient applaudi le renversement de Saddam Hussein, risquent paradoxalement d'être les premières victimes du vide laissé par son absence. Triste ironie du sort.

Car oui, ce sont les chiites, les laïcs arabes, les Kurdes, les chrétiens, les Yézidis, qui sont les premières cibles de l'EIIL. Les crétins qui se réjouissaient de l'émergence d'un grand Califat "terreur d'Israel et de l'Occident" (sic) doivent bien se le mettre dans le crâne: l'EIIL n'a pas du tout l'intention de combattre Israel (ils l'ont même précisé). Courageux, mais pas téméraires, nos vaillants djihadistes. C'est quand même moins risqué d'égorger des prisonniers de guerre chiites que d'aller défier les missiles israéliens...

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

Mais ce titre de Calife que l'EIIL prétend défendre est très convoité. Un peu plus au nord, un certain Recep Tayyip Erdoğan se verrait bien le porter, lui aussi. Et ça tombe bien, car c'est aujourd'hui même que l'élection présidentielle turque lui apportera une victoire éclatante.

Comment s'en étonner, du reste? Le pâle candidat qui lui sert de concurrent, Ekmeleddin Ihsanoğlu, ressemblait depuis le début à une erreur de casting. Choisi pour rassurer l'électorat conservateur, cet ancien président de l'Organisation de la Conférence Islamique n'a pas séduit les laïques ni les alévis, sans parvenir à mordre sur l'électorat AKP. La logique démocratique est de toute façon avec Erdoğan: le poids électoral d'une population anatolienne et stambouliote conservatrice lui assure une victoire mathématique et automatique sur les élites européanisées.

 

Sûr de cette victoire, Erdoğan s'est d'ores et déjà permis quelques piques contre les Arméniens ou les alévis. Histoire de bien leur faire comprendre qu'ils n'ont aucune place dans sa vision de la Turquie. Il savoure sa revanche sur Atatürk et son héritage, qu'il détruit lentement mais sûrement. Faut-il en conclure que le siècle kémaliste touche à sa fin?

Résultats ce soir.Je prédis, comme je l'ai fait depus le début, une victoire d'Erdoğan avec plus de 50% des voix. Son rival sera à 35%. Quant au candidat des Kurdes - voué à l'échec en raison même du caractère communautaire, non assumé mais visible, de sa candidature - il ne devrait être qu'entre 10 et 15%.

 

Le Proche-Orient ne nous vend pas du rêve. Même les plus optimistes devront convenir que la situation y est bien sombre - plus peut-être qu'elle ne l'a jamais été...

Et Dieu doit bien rire en regardant ses adorateurs s'entre-massacrer en son nom.

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13 juin 2014 5 13 /06 /juin /2014 00:08

Les récentes victoires du groupe islamiste EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant) étaient parfaitement prévisibles. Elles sont la conséquence logique de l'invasion américaine de 2003, mais aussi plus généralement du double-jeu de l'Occident vis-à-vis des groupes djihadistes. La brutale attaque des djihadistes pourrait bien marquer la destruction définitive du pays, et bouleverser le paysage géopolitique de la région.

 

Comment les Américains ont détruit l'Irak

 

Disons le clairement, et répétons-le autant de fois que nécessaire: les Occidentaux en général, et les Américains en particulier, portent une écrasante responsabilité dans les malheurs qui frappent aujourd'hui l'Irak. Naturellement, Saddam Hussein a commis des erreurs terribles, la plus grave ayant été l'agression presque gratuite de l'Iran (soutenue, du reste, par Washington et Paris). Les massacres de Kurdes, la rupture avec le Baas syrien ou l'invasion du Koweït sont également à mettre au compte du dictateur déchu.

Néanmoins, l'Irak restait dans les années 1980 un pays relativement stable, qui aurait pu se reconstruire après la guerre désastreuse contre l'Iran.

Mais en maintenant le pays sous embargo plusieurs années durant, les Occidentaux ont accentué sa ruine. Ces sanctions, responsables de la mort de plus de 500 000 civils irakiens, ont par ailleurs profondément marqué toute une génération. Une génération élevée dans la famine, la misère et la haine de l'Occident qui les lui infligeait, une génération que l'on retrouve aujourd'hui largement dans les groupes djihadistes qui ravagent le pays.

L'invasion américaine de 2003, fondée sur des mensonges éhontées, a été le coup de grâce. Sagement, la France a combattu cette guerre, s'exposant à la vindicte des bellicistes américains.

Il n'a fallu que quelques mois aux Occidentaux pour gagner cette guerre, mais ils n'ont jamais su gagner la paix. En faisant tomber Saddam Hussein, puis en le faisant tuer d'une manière particulièrement humiliante, ils ont créé de terribles fractures au sein de la société irakienne. En détruisant tout l'appareil d'Etat baasiste, ils ont privé le pays de sa structure de fonctionnement. En encourageant le séparatisme, ils ont brisé l'unité de cette nation multiethnique et multiconfessionnelle. En un mot comme en mille, c'est à la destruction barbare et irréfléchie d'un pays que l'on a pu assister.

Le processus est désormais irréversible. On ne peut reconstruire ce qui a été brisé. Mais on peut à tout le moins en tirer des leçons: ceux qui prêchaient pour une intervention occidentale en Syrie devrait méditer sur le triste exemple irakien. Ajoutons d'ailleurs que les groupes qui s'emparent aujourd'hui de l'Irak sont les mêmes qui ont combattu Bachar al-Assad en Syrie, recevant de ce fait le soutien de l'Occident...

L'avenir incertain d'un Irak au passé brisé

Perspectives nationales et régionales

 

Des trois possibilités d'évolution de la situation se dégagent: une victoire des djihadistes, une victoire provisoire de l'armée irakienne, ou l'éclatement du pays. Dans tous les cas, nul doute que les rapports géopolitiques de la régions en seront sensiblement affectés.

Il y a tout d'abord un scénario catastrophe, qui verrait les djihadistes s'emparer de l'ensemble du pays et y instaurer leur tyrannie. Ce scénario est redouté par tous les pays de la région (en particulier l'Iran, qui se verrait coupé de ses alliés chiites au Liban et en Syrie), et a finalement peu de chances de se réaliser.

Le scénario "optimiste" serait une victoire des troupes loyalistes sur les djihadistes et la reprise en main du pays. C'est possible, en particulier si le gouvernement de Bagdad reçoit l'aide de l'Iran. Mais ce ne serait qu'une victoire sans lendemain, car les profondes fractures qui divisent le pays persisteraient. Le gouvernement irakien est l'héritier des "collabos" qui ont applaudi et soutenu l'intervention et l'occupation américaines. Corrompu et autoritaire, il n'est reconnu ni par les sunnites laïques (qui ne lui pardonnent pas la persécution du Baas et de ses alliés), ni par les Kurdes (qui cherchent leur autonomie locale), ni par les islamistes (qui lui reprochent son atlantisme). Il sera donc incapable à moyen terme de garantir la stabilité du pays.

Le troisième scénario, le plus probable, est celui d'une partition progressive du pays. On peut prévoir un territoire kurde plus ou moins indépendant au nord; allié de la Turquie, il serait un gage de stabilité dans la région et se développerait rapidement grâce au pétrole. Au sud, un territoire chiite sous protection iranienne pourrait se dessiner; pour résister aux assauts du nord, il aurait besoin de l'aide de l'Iran et perdrait de fait toute indépendance. Reste à savoir ce que deviendrait le centre du pays. Et les perspectives sont assez sombres. Les sunnites laïques du Baas ayant été persécuté (ou s'étant rallié au fondamentalisme), ce sont les groupes islamistes qui ont le plus de chances de tenir le terrain, et notamment le terrible EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, ancienne filiale d'Al-Quaïda).

Cette situation serait particulièrement dangereuse pour la Syrie voisine, qui vient juste de triompher de ces groupes djihadistes, et qui pourrait se voir à nouveau confronter à leurs assauts. L'Iran aussi se verrait menacer, ainsi que la Turquie. Quant aux autres territoires irakiens, ils leur faudra batailler pour garder les villes frontalières - Mossoul pour les Kurdes, Bagdad pour les chiites. Cette nouvelle donne pourrait être d'ailleurs l'occasion d'un rapprochement inédit entre la Turquie, le Kurdistan irakien et l'Iran.

Notons dans tous les cas quelques grands perdants du processus: les chrétiens, tout d'abord, autrefois protégés par Saddam Hussein, et qui ont été massivement tués ou chassés du pays depuis l'intervention américaine. Les Turkmènes, ensuite, qui se verraient coincés entre les djihadistes arabes et les nationalistes kurdes. Les sunnites laïques, enfin, et notamment les anciens militants du Baas, haïs tant par les chiites et les Kurdes que par les groupes islamistes.

 

* * *

Y-a-t'il un moyen de sauver l'Irak? Non. Si le pays sort de ses épreuves, ce sera seul. Les Américains, fidèles à leurs méthodes, envisagent un bombardement.

Mais une intervention étrangère, qu'elle vienne de l'Occident ou des pays arabes, ne pourrait qu'aggraver la situation. Tout au plus peut-on imaginer une coopération entre les pays voisins (Iran, Turquie, Syrie) pour tâcher d'enrayer la machinerie djihadiste. Ce pourrait même être l'occasion pour l'Iran de revenir dans les bonnes grâces occidentales, en jouant un rôle stabilisateur dans la région. Mais l'Irak ne sortira pas pour autant de la misère et des divisions ethniques et religieuses. Rien n'est plus facile que désintégrer une nation en difficulté; rien n'est plus dur que de la reconstruire le moment venu...

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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 18:44
Les Russes piégés par la Crimée

La bataille pour l'Ukraine s'est déroulée en deux manches. Dans un premier temps, les Occidentaux, se croyant assez puissants pour prendre le contrôle du pays, ont soutenu un coup d'Etat envers le président ukrainien, certes peu sympathique, mais légitimement élu. Et pour ce faire, ils n'ont pas hésité à soutenir des groupes pour le moins douteux, comme le mouvement fasciste Svoboda, antisémite et anti-russe.

La réaction russe a été rapide. Jouant sur les inquiétudes - légitimes - de la population russophones d'Ukraine, répartie dans toute la moitié est du pays, les Russes ont pris pied en Crimée, où ils possèdent une base navale. Très vite, les Criméens se sont ralliés à l'armée russe, tandis que les autres régions russophones réitéraient leur allégeance à Moscou. La Russie semblait sortir gagnante de la deuxième manche.

Mais si les Russes ont pu reprendre la main en Ukraine, ils n'ont pas su s'arrêter à temps. Ils ont joué, avec une certaine légèreté, sur le sentiment indépendantistes des populations de Crimée, majoritairement russes et désireuses d'être rattachées à la Mère-Patrie.

On peut comprendre, bien sûr, l'attachement des Russes à cette péninsule criméenne qu'ils ont conquise de haute lutte, et qui abrite le port stratégique de Sébastopol. Mais l'Ukraine est un Etat souverain reconnu par l'ONU. Vouloir en détacher un bout de territoire, c'est du séparatisme. Et c'est une arme à double tranchant.

La Russie face au piège séparatiste

Ce n'est pas la première fois que la Russie, qui reste une puissance impériale, joue sur le séparatisme. Déjà en 2008, pour s'emparer de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, elle avait envoyé ses chars à l'assaut de la Géorgie. Mais il s'agissait d'une réponse de bon aloi à l'Occident qui, quelques mois auparavant, avait accordé la même indépendance, tout aussi illégale, à la région serbe du Kosovo. On pouvait espérer qu'après ce match nul, la Russie s'abstînt de rouvrir la boîte de Pandore du séparatisme. C'était sans compter la crise ukrainienne.

L'armée russe a été accueillie avec un tel enthousiasme en Crimée que beaucoup de patriotes russes ont cru venu le moment de récupérer cette terre. Comme les anciennes puissance coloniales, la Russie est désormais prisonnière de sa conquête, qu'elle ne peut pas quitter sans froisser les sentiments patriotiques de sa population. Une bête histoire d'honneur, en somme.

Car sur le fond, la Russie ne gagne pas grand-chose en Crimée. La base de Sébastopol lui était acquise de toute manière (d'autant que le port de Novorossiyk, en plein développement, pourra bientôt servir de base de substitution), et la mer Noire n'est plus aussi stratégique qu'autrefois. Mais surtout, les Russes prennent le risques de réactiver l'indépendantisme au sein de leur propre territoire, notamment au Caucase ou les Tchétchènes s'agitent régulièrement. Tôt ou tard, Moscou devra choisir entre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes (ce qui lui permettrait de récupérer la Crimée, mais impliquerait la dislocation de la Russie à long terme), ou l'intégrité territoriale des Etats (Ukraine et Géorgie comprises).

Du reste, la Russie risque de se retrouver isolée. La plupart de ses partenaires traditionnels sont méfiants vis-à-vis du séparatisme et ne sauraient le cautionner. Principale défection: la Chine, sans surprise. L'Empire du Milieu est confronté à des mouvements indépendantistes bien trop importants, que ce soit au Tibet ou au Xinjiang, pour admettre le découpage de l'Ukraine.

La Turquie non plus ne saurait soutenir la Russie, non seulement parce qu'elle craint le séparatisme kurde, mais aussi parce qu'elle s'inquiète du sort des Tatars, cette minorité turcophone de Crimée. Quant à l'Iran, il garde un silence prudent. La République islamique se méfie de son grand voisin du nord, qui avait déjà tenté de jouer sur les velleités d'indépendance des populations kurdes et azéries au temps de la guerre froide. Quant aux Etats d'Asie Centrale, la présence de minorités russes en leur sein les met potentiellement dans la même situation que l'Ukraine, dont ils ne sauraient cautionner le démembrement.

Vers une solution négociée?

La situation est donc la suivante: la Russie veut protéger ses intérêts en Ukraine, et notamment en Crimée. Et l'Ukraine veut récupérer cette région. Une solution négociée, raisonnable, verrait le pouvoir ukrainien accepter le partenariat de Moscou qui, en échange, lui rendrait le contrôle de la Crimée (tout en s'assurant que la région conserve son autonomie). C'est là la solution idéale.

Mais la réalité est plus complexe. Tout d'abord, quel pouvoir pour l'Ukraine? Il faudra probablement attendre la tenue d'élections pour espérer voir surgir un gouvernement stable. Ce gouvernement aura la tâche de se rapprocher de la Russie. Tâche aisée si les partis russophones l'emportent, mais beaucoup plus dure si c'est l'ouest du pays qui prédomine.

Ensuite, les Criméens n'accepteront pas que les Russes s'en aillent sans avoir été dûment rassurés sur leur autonomie. Il faudrait alors beaucoup de bonne volonté de la part de Kiev comme de Moscou. Sans oublier le problème de la minorité tatare, qui se méfie tant de la tutelle ukrainienne que de l'influence russe.

Il fut un temps où la France aurait pu jouer le rôle d’intermédiaire entre les différentes parties en présence. Mais en se mettant à la remorque des Américains et en soutenant les nationalistes ukrainiens les plus violents (sur les conseils d'un Bernard-Henri qui n'a visiblement aucune gêne à s'afficher aux côtés de nostalgiques des SS...), François Hollande a ôté toute crédibilité à la diplomatie française dans ce dossier. Une fois encore, l'Allemagne, qui a su se montrer plus habile, pourrait bien tirer les marrons du feu en servant d'interlocuteur privilégié entre Vladimir Poutine et les nationalistes ukrainiens. Un nouvel échec pour la diplomatie (si tant est qu'on puisse encore utiliser ce terme) française.

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 15:10

Eric Zemmour a parfaitement résumé le bilan géopolitique de 2013: Vladimir Poutine est l'homme de l'année. En Syrie comme en Ukraine, il a réussi à mettre à bas ses adversaires occidentaux - dont la faiblesse momentanée a permis à un autre pays, l'Iran, de replacer ses pions sur l'échiquier international.

Billet d'humeur du Nouvel An 2013: l'année de Vladimir Poutine; propagande de Reporters Sans Frontière; Dieudonné et sa "quenelle"

La Russie a joué en trois coups gagnants, mettant tous ses adversaires à bas. En accueillant le lanceur d'alerte Edward Snowden, Vladimir Poutine a permis à son pays d'apparaître comme un défenseur des libertés publiques face à la machine de répression américaine. Les révélations de son hôte ont été une arme redoutable face aux Américains.

Une arme qui a compté lors de la crise syrienne de l'été 2013.

 

Répondant aux volontés occidentales d'attaquer la Syrie, Vladimir Poutine a proposé une négociation sur le désarmement de ce pays. Un coup de maître: en acceptant cette négociation, les Occidentaux reconnaissaient implicitement la légitimité du régime de Bachar al-Assad, seul allié arabe de Moscou.

Ceux qui avaient voulu contrer la volonté russe et renverser le régime syrien se sont cassés les dents. Mohamed Morsi, le Président égyptien, a fini renversé par un coup d'Etat. Recep Tayyip Erdogan, le Premier Ministre turc, a été dangereusement déstabilisé par les manifestations de Taksim. Lâché par la puissante confrérie Gülen, il voit désormais son pouvoir vaciller sous les accusations de corruption. 

 

Gagnant sur la Syrie, Vladimir Poutine a du essuyer un contre-coup en Ukraine. Les Occidentaux ont essayé de déstabiliser le régime ukrainien (fort peu sympathique, il est vrai), en utilisant sa jeunesse révoltée et tournée vers l'Union Européenne. Echec, une nouvelle fois: Vladimir Poutine a su ramener l'Ukraine sous son influence. Mieux encore, il s'est payé le luxe de libérer le délinquant financier Mikhaïl Khodorkovski et ces pauvres militantes manipulées des Pussy Riot. Se donnant ainsi l'image de tzar magnanime, et faisant taire bon nombre de critiques occidentaux. 

 

Les adversaires de la Russie n'ont eu que de petites vengeances mesquines à se mettre sous la dent. Boycott plus ou moins officiel des Jeux Olympiques de Sotchi pour les Occidentaux. Plusieurs attentats-suicides dans la ville de Volgograd (ex-Stalingrad) pour les islamistes. Rien qui paraisse en mesure d'enrayer l'appétit de puissance d'un ours russe encore mal remis du choc des années 1990, mais bien décidé à retrouver sa place sur la scène mondiale.

 

 

Je découvre à ce sujet la dernière vidéo de propagande de Reporters Sans Frontière: on y découvre plusieurs dirigeants (russe, syrien, nord-coréen, hongrois, turc, italien, azéri, chinois et zimbabwéen) en train de fêter le nouvel an. Un petit message moralisateur en fin de vidéo nous informe que sans Reporters Sans Frontière, l'information serait entièrement contrôlée par ces individus. 

Diantre. Après que Nicolas Sarkozy a, selon Henri Guaino, "sauvé la démocratie en France, en Europe et dans le monde", nous apprenons donc que Reporters Sans Frontière a sauvé la liberté de presse mondiale. 

On passera sur le procédé qui consiste à amalgamer, dans un ensemble complètement incohérent, de vrais dictateurs (Kim Jong-Un ou Ihlam Aliev), des dirigeants autoritaires mais démocratiquement élus (Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdogan) et des démocrates comme Viktor Orban ou Silvio Berlusconi (ce dernier n'étant d'ailleurs plus au pouvoir).

Certes, Reporters Sans Frontières choisit de se concentrer sur la "liberté de la presse", et de ne pas s'occuper du spectaculaire développement de la Chine ou de l'Azerbaïdjan, ou bien de la situation chaotique en Syrie ou au Zimbabwe. C'est un choix.

Mais même avec ce choix, il manque deux ou trois bonshommes sur la vidéo, non? Quid de Barack Obama, l'homme qui a voulu faire condamner le lanceur d'alerte Edward Snowden (authentique défenseur de la liberté de la presse, lui)? Où sont les présidents du Turkménistan, de l'Ouzbékistan ou de l'Erythrée, véritables cauchemars pour les journalistes? Et que penser de l'absence des monarques séoudien, qatari ou émiratis? Faut-il croire que l'argent du pétrole achète tout - y compris la bienveillance de Reporters Sans Frontière?

 

 

Il est vrai qu'en France, la liberté d'expression devient elle-même un concept très relatif, à l'heure où le Ministre de l'Intérieur prétend faire interdire à un humoriste de faire ses spectacles.

Parlons donc clairement de Dieudonné, et expliquons en quoi il est scandaleux de vouloir interdire, soit ses spectacles, soit le fameux geste de la "quenelle" qu'il a popularisé.

Dieudonné, qu'est-ce donc? C'est un humoriste et un provocateur qui, aux origines, riait de tous les extrémistes et de toutes les religions. Après un sketch caricaturant un extrémiste de droite israélien, il avait subi en 2003 une scandaleuse persécution, sur fond d'accusations injustifiées d'antisémitisme.

En réaction à ce lynchage public, Dieudonné a multiplié les provocations. Certaines sont très drôles, d'autres de mauvais goût, d'autres choquantes. C'est au public d'en juger. Je l'écris d'autant plus librement que je n'ai jamais trouvé Dieudonné spécialement drôle. Son obsession de certains sujets (les Juifs, les sionistes et, dans une moindre mesure, l'esclavage) m'agace, et je comprends très bien qu'un certain nombre de Juifs se sentent choqués par ses provocations.

Mais qui a le droit de définir ce qui est drôle ou non? Certainement pas la justice. Vouloir faire interdire les spectacles de Dieudonné, sous prétexte que le Ministre de l'Intérieur n'aime pas ce qu'on y dit, c'est un pas très dangereux vers la dictature. Et c'est une hypocrisie d'autant plus grande que, lors des attaques anti-islam de Charlie Hebdo, Manuel Valls avait été le premier à défendre ce journal au nom de la liberté d'expression...

Il est donc monstrueux de prétendre interdire à un humoriste de faire son travail - même quand on trouve son humour choquant ou pas drôle. Après tout, si Dieudonné tient des propos diffamants ou racistes pendant son spectacle, rien ni personne n'empêche la justice de le poursuivre pour cela. Et s'il doit être condamné, il le sera.

Plus inquiétant encore: Meyer Habib, député UDI proche de l'extrême-droite israélienne, prétend faire interdire la "quenelle". Des personnalités comme Tony Parker ou Nicolas Anelka ont été menacées pour avoir effectué ce geste.

Billet d'humeur du Nouvel An 2013: l'année de Vladimir Poutine; propagande de Reporters Sans Frontière; Dieudonné et sa "quenelle"

Qu'est-ce donc que la "quenelle"? Il s'agit d'un geste plus ou moins vulgaire, imitant le "fist-fucking". Chacun jugera du bon goût de la chose.

Mais là où la mauvaise foi atteint repousse toutes les limites, c'est quand des groupes communautaristes comme la Licra, le BNVCA ou le CRIF prétendent y voir un geste antisémite. Soyons donc bien clair dessus: la "quenelle" n'a aucun rapport, ni avec l'antisémitisme ni avec le racisme, et encore moins avec le nazisme. C'est un geste vulgaire, scatologique même, mais sans lien avec l'antisémitisme. Comment peut-on être débile au point d'y voir un "salut nazi inversé" (sic)?

Il est vrai toutefois que certains fans de Dieudonné ont donné une signification ambiguë au geste: lorsque de jeunes crétins font leur "quenelle" devant les portes d'Auschwitz, ou devant l'école juive où plusieurs enfants avaient été assassinés par Mohamed Merah, on ressent un profond malaise.

Oui, certains "quenelliers" sont clairement antisémites. Il ne faut pas se voiler la face. Mais ce n'est pas le cas de tous. Et ce n'est pas le cas du geste en question. Après tout, si quelqu'un faisait un doigt d'honneur devant les portes d'Auschwitz, ce serait certainement de l'antisémitisme. Est-ce que pour autant, le doigt d'honneur deviendrait antisémite? Certainement pas.

Mais la "quenelle" est tellement pratique pour le gouvernement, à qui elle permet de ne pas parler de ses innombrables échecs (notamment économiques et sociaux)! François Hollande lui-même, en visite chez ses amis d'Arabie Séoudite (une dictature violemment antisémite), a pris le temps de condamner la "quenelle". Aucun président n'avait atteint un tel niveau de ridicule. Qui parlait de changement?

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 15:47
Centrafrique: une intervention française risquée et peu convaincante

Les arguments en faveur d'une intervention en Centrafrique ne manquaient pas: tandis que certains faisaient valoir la nécessité de mettre fin aux massacres qui ont lieu dans le pays, d'autres se réjouissaient que la France aille défendre ses intérêts dans sa zone d'influence. Mais l'opération militaire qui a été lancée réussira-t-elle à stabiliser la République centrafricaine? S'il faut souhaiter la réussite de l'intervention, force est de constater qu'elle a été mal préparée et pourrait se retourner contre les intérêts français.

 

Que se passe-t-il en Centrafrique?

 

Comme beaucoup d'États de la région, la République centrafricaine est une construction artificielle héritée de la colonisation, où plusieurs peuples et religions cohabitent tant bien que mal. Elle présente la même fracture que la Côte d'Ivoire ou le Nigéria, entre les peuples des déserts du nord, nomades et islamisés, et les peuples des forêts du sud, sédentaires, animistes ou chrétiens.

Fin 2012, un groupe de rebelles tchadiens soutenus par le Soudan réussit à s'emparer du nord de la Centrafrique, dans les régions de Gordil et Ndélé. C'est à ce moment que se met en place une milice armée, d'inspiration islamique, appelée Séléka. Décidée à renverser le président centrafricain, François Bozizé, cette milice marche vers le sud, en direction de la capitale, Bangui. (S'il fallait que la France intervînt, c'était à ce moment, pour aider l'armée centrafricaine, et non aujourd'hui.) Le 24 mars 2013, incapable de stopper les milices de la Séléka, le président s'enfuit et Michel Djotodia devient président du pays.

Quoique le nouveau gouvernement ait officiellement dissout la Séléka, ses milices continuent de sévir et se livrent à des massacres épouvantables, accompagnés de viols et de pillage, en particulier contre les populations chrétiennes. Au cours de l'été, ces violences s'intensifient et des milices chrétiennes d'auto-défense commencent à se former. Ces milices massacrent à leur tour des populations civiles musulmanes, et le pays semble alors au bord de la guerre civile.

C'est dans ce contexte que la France, avec un mandat de l'ONU, décide fin novembre d'intervenir dans le pays, officiellement pour mettre fin aux violences et désarmer les milices.

 

Qu'est-ce que l'armée française peut faire?

 

Avec 1600 hommes et une préparation minimale, la France ne peut guère espérer ramener la paix civile dans le pays. Dans l'idéal, elle devrait désarmer les différentes milices qui ravagent la Centrafrique et arrêter leurs principaux meneurs.

Le retour de la paix permettrait ensuite l'organisation d'élections libres et démocratiques en vue de permettre la formation d'un gouvernement de coalition. Mais ce processus marginaliserait les musulmans (qui ne sont que 20% de la population) et les ethnies minoritaires du sud. La France devrait alors servir d'intermédiaire entre les différences factions pour aboutir à un gouvernement rassemblant toutes les couches de la société, mais très fragile. Quant au président Michel Djotodia, il apparaît difficile de renforcer son pouvoir alors même que François Hollande l'a appelé à démissionner.

Les quelques centaines de soldats français auront certainement du mal à mettre en oeuvre ce programme ambitieux. Il leur restera donc une tâche bien moins noble mais autrement plus intéressante pour le gouvernement français: la sécurisation des zones de production minière et pétrolière. En d'autres termes: la protection des ressources locales.

Enfin, la France peut s'assurer de garder un pied dans une de ses zones d'influence traditionnelle, en l'empêchant de sombrer dans le chaos. Il s'agirait de plus d'une tête de pont en direction du Tchad, où la situation reste trouble et préoccupante.

Mais cette vision à court terme oublie que des intérêts français autrement plus importants sont en jeu.

 

Quels sont les risques pour la France?

 

L'opération militaire en Centrafrique n'a rien à voir avec l'intervention au Mali. Cette dernière était une réponse au gouvernement malien, attaqué par des milices étrangères, et demandant l'aide de la France pour repousser cette invasion. Elle s'est faite dans un cadre géographique bien connu des militaires français, et avec l'appui de l'Algérie voisine. Tous ces facteurs expliquent son relatif succès. Les conditions sont bien différentes en Républicaine centrafricaine.

Au vu du coût de l'opération, l'armée française doit repartir aussi vite que possible; la France n'a pas les moyens de se permettre une nouvelle occupation coûteuse et difficile. Or, c'est là que le bât blesse: si l'on voulait sécuriser la Centrafrique, il faudrait y rester de longs mois, et y envoyer beaucoup plus d'hommes. Sinon, il y a fort à prévoir que les violences recommenceront dès le départ des militaires.

D'autre part, cette intervention, malgré le mandat de l'ONU, ressemble fort à de l'ingérence dans les affaires intérieures de la Centrafrique. En demandant au président Djotodia de quitter le pouvoir, François Hollande a donné l'impression de prendre parti pour un camp contre un autre. Les populations civiles musulmanes soupçonnent désormais la France de ne désarmer que la Séléka islamique, et non pas les milices chrétiennes qui les persécutent. Ces soupçons semblent largement infondés (la France ne prenant généralement pas parti pour les chrétiens contre les musulmans), mais ternissent l'action de l'armée française.

Enfin, dans cette région, à la limite de la zone d'influence britannique, la France n'est pas vue d'un très bon oeil. La moindre de ses bavures sera immédiatement l'occasion de dénoncer son néo-colonialisme. Comme au Mali, les différentes factions l'accuseront d'avoir pris parti contre elle; et cette fois, elle ne peut compter que sur le faible soutien du Tchad...

 

* * *

L'intervention française en Centrafrique est donc une dangereuse aventure. Sous prétexte de sécuriser les ressources naturelles et de maintenir sa sphère d'influence traditionnelle, la France s'est peut-être engagée dans un dangereux guêpier. Ses 1600 hommes seront incapables de restaurer la paix civile dans le pays, et leur présence n'apparaîtra que comme une marque de néo-colonialisme. La sagesse reviendrait à laisser les armées africaines, sous mandat de l'ONU (et en collaboration avec la France), s'occuper de la pacification du pays.

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 14:15

L'incompétence avec laquelle Laurent Fabius a géré les négociations de Genève avec l'Iran s'apparente à de la trahison et témoigne, s'il en était encore besoin, que sa place n'est pas au Ministère des Affaires étrangères. Avec une rare pugnacité, le patron du Quai d'Orsay s'est évertué à saboter, en profondeur, tout le travail effectué pendant des mois par les diplomates français, occidentaux et iraniens.

Iran: Laurent Fabius trahit les intérêts français

Outre que les sanctions contre l'Iran, qui ont plongé le peuple iranien dans la misère et les privations, sont une violation flagrante des droits humains, elles vont à l'encontre des intérêts français. L'ensemble des spécialistes s'accordent pour dire que la France a perdu d'importants marchés en Iran, en refusant les échanges économiques avec ce pays. Les mauvais chiffres de Renault, et les licenciements massifs qui ont suivi, sont directement liés au retrait de cette entreprise du marché iranien.

D'autre part, en refusant toute négociation avec l'Iran, la France est en train de se ridiculiser sur la scène internationale. Bien sûr, elle s'attire l'hostilité du nouveau pouvoir iranien (pourtant bien plus ouvert que le précédent) et de ses alliés. Mais elle gêne également les Américains, les Britanniques ou les Allemands, qui étaient prêts à la négociation.

Laurent Fabius sait tout cela. Et pourtant, par son attitude intransigeante, il a trahi tous les intérêts français. Pour quel profit?

Bien sûr, chacun a en tête Israel, hostile depuis le début aux négociations avec l'Iran. Le gouvernement ultra-droitier de Benjamin Netanyahou (qui vient d'annoncer son intention de nommer le fasciste Avidgor Lieberman aux Affaires étrangères), obsédé par sa haine des Iraniens, a fait pression sur la France pour qu'elle bloque les négociations. Ces pressions ont été relayées par des mouvements communautaristes et influents comme le CRIF ou Europe-Israel.

On peut d'ailleurs noter que la position israélienne est particulièrement stupide, dans un contexte ou l'islamisme sunnite déstabilise toute la région (en particulier la Syrie, l'Égypte et la bande de Gaza...), et ouvre des portes à Al-Quaïda. L'Iran, puissance chiite, à la diplomatie réaliste, est un pôle de stabilité et un rempart contre le djihadisme sunnite. Il abrite une importante communauté juive, qui pourrait servir de lien de transmission.

À long terme, un rapprochement israélo-iranien serait parfaitement logique et rationnel. Les réalistes israéliens l'ont bien compris, et sont de plus en plus nombreux à critiquer la position de Benjamin Netanyahou.

Si Laurent Fabius a adopté la position de l'extrême-droite israélienne, il défend également les intérêts des monarchies sunnites du Golfe, en particulier de l'Arabie Séoudite et du Qatar. Ces deux pays haïssent l'Iran, parce que c'est une République, parce que c'est un pays chiite, et parce que c'est une nation persanne.

On sait que le Qatar, en particulier, dispose d'importants moyens de pression sur la France, où il investit massivement. Cela explique en partie la position française en Syrie, et cela explique naturellement aussi l'hostilité du gouvernement français à l'Iran. Il est probable que les monarchies sunnites ont promis moult récompenses à Laurent Fabius s'il les aide dans le djihad anti-chiite et anti-iranien.

Or, un Ministre des Affaires étrangères français est censé défendre les intérêts de la France. Et ces intérêts français réclament la fin des sanctions contre l'Iran et l'ouverture de négociations. N'en déplaise aux Israéliens ou aux islamistes sunnites.

Laurent Fabius a échoué à remplir sa mission. Contaminé par l'idéologie néo-conservatrice, il a ridiculisé la France sur la scène internationale et démontré son incapacité à diriger la diplomatie française.

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5 novembre 2013 2 05 /11 /novembre /2013 22:11

Né en Égypte en 1926, expulsé de ce pays par Nasser en 1962 en raison de ses positions radicales, Youssef al-Qaradawi est une des grandes figures de l'islamisme sunnite moderne. Revendiquant l'héritage d'Hassan el-Banna (fondateur des Frères Musulmans), il bénéficie d'une grande influence dans le monde arabe, mais également auprès des milieux islamistes d'Europe et plus spécialement de France. Encore méconnu du grand public européen, ce personnage est pourtant un acteur essentiel des drames qui frappent le Moyen-Orient ces dernières années.

Un idéologue des djihadistes syriens: qui est Youssef al-Qaradawi?

 

Un important théoricien du Djihad

 

Avant toute chose, Youssef al-Qaradawi est un écrivain, auteur d'une masse volumineuse d'ouvrages consacrés à l'islam. Doté d'une culture solide et d'une certaine indépendance d'esprit, il se démarque des salafistes les plus radicaux par des positions moins extrémistes (estimant par exemple que la peine de mort n'est pas obligatoire envers les apostats, ou condamnant la destruction de statues de Bouddha par les Taliban...)

 

Cependant, le fond de son idéologie demeure extrêmement réactionnaire. Youssef al-Qaradawi rejette la sécularisation des pays arabes et estime qu'aucune loi ne devrait aller à l'encontre de la charria, la loi islamique. Surtout, dans son massif ouvrage Fiqh al-jihad(jurisprudence du djihad), il se pose en théorien de la guerre sainte.

S'il admet volontiers que le djihad, en bien des occasion, consiste en un simple effort sur soi (tel que l'interprètent un certain nombre de savants musulmans modernes), il n'écarte pas le conflit armé. Il affirme que les musulmans doivent combattre "l'injustice", la "tyrannie" et la "dictature", les armes à la main si nécessaire; or, ce sont là des notions bien floues, et al-Qaradawi laisse la porte ouverte à toutes les interprétations.

 

C'est ainsi qu'il avait soutenu les groupes terroristes attaquant l'Algérie dans les années 1990. C'est ainsi aussi qu'il a justifié les attentats-suicides en Palestine, sans la moindre prise de distance.

 

 

Le baiser de la mort à la Palestine

 

"Les opération martyrs sont l'arme que Dieu a donné aux pauvres pour combattre les forts. C'est la compensation divine. La société israélienne est une société militaire. Leurs hommes et leurs femmes sont des soldats dans l'armée, qui peuvent être rappelés à tout moment. Et si un enfant ou un vieux est tué dans ces opérations, il n'est pas visé mais c'est par erreur, et en conséquence des nécessités absolues de guerre, et les nécessités absolues lèvent les interdictions."

 

C'est par ces mots que notre homme justifiait, en 2004, les attaques terroristes en Israel. Il est vrai qu'il est un des plus fidèles soutiens du Hamas (dont la création a eu pour effet principal, comme le souhaitaient les stratèges israéliens, de briser l'unité du nationalisme palestinien). Cette position est doublement criminelle, à l'égard des civils israéliens, mais également du peuple palestinien.

Après 60 ans de combats, il apparaît clairement que le sort des armes sera toujours défavorable aux Arabes. Si le Palestiniens veulent un jour obtenir cet État souverain qu'ils revendiquent légitimement, il leur faut une autre stratégie: la formation d'une élite intellectuelle, politique et scientifique; des appuis internationaux solides; et surtout, une image irréprochable face à un État israélien dont les soutiens s'effritent au fur et à mesure que ses gouvernements se radicalisent.

Le Hamas ne suit pas du tout cette voix. Encourager les attentats-suicides et le terrorisme, c'est condamner les Palestiniens à la diabolisation et à une guerre sauvage dont ils sortiront toujours perdants. Youssef al-Qaradawi est intelligent. Il le sait très bien.

Mais il sait aussi qu'en choisissant la radicalité démagogique, il s'assure une base de soutiens solide et fiable.

 

L'antisionisme qu'il professe dérape parfois dangereusement vers un racisme affiché. Ainsi affirmait-il en 2009:

"Tout au long de l'histoire, Dieu a imposé aux juifs des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier châtiment a été administré par Hitler. Avec tout ce qu'il leur a fait — et bien qu'ils aient exagéré les faits — il a réussi à les remettre à leur place. C'était un châtiment divin. Si Dieu le veut, la prochaine fois, ce sera de la main des croyants." On s'abstiendra de commenter.

 

De l'internationalisme islamique à l'impérialisme qatari?

 

Curieusement, Youssef al-Qaradawi oublie toute idée de lutte contre "l'injustice" et le "despotisme" lorsque cela s'appliquer à son pays d'adoption, le Qatar. Il est vrai que la famille royale qatarie lui a confié la présidence d'honneur de la Qatar Islamic Bank, ainsi qu'un soutien financier continu. On oublierait ses convictions pour moins que ça!

 

On a ici l'exemple d'un pacte solide où une dictature implacable assure la protection d'un influent prédicateur religieux qui, en retour, joue de son ascendant dans le monde arabe sunnite pour étouffer toute revendication démocratique (contrairement au régime séoudien, le régime qatari n'est guère attaqué par les Frères Musulmans et les salafistes...)

Cela explique le soutien d'al-Qaradawi aux révolutions arabes, là où elles profitaient au Qatar (en Égypte et en Syrie notamment). En revanche, lorsque des milliers de Turcs sont descendus dans les grandes villes manifester contre le gouvernement islamiste, notre éclairé savant a apporté son soutien à Recep Tayyip Erdoğan et fait savoir qu'il priait pour lui...

 

Nous n'avons donc pas affaire à un idéaliste épris de justice et de démocratie, mais bien à un propagandiste utilisant la religion au service de la géopolitique qatarie.

 

 

Les chiites, les laïcs et l'Iran dans le colimateur

 

Cette stratégie a amené Youssef al-Qaradawi a s'engager très fortement dans la géopolitique régionale, en attisant les conflits et en prônant la violence directe. En février 2011, il avait notamment appelé à l'assassinat de Mouammar Kadhafi - Nicolas Sarkozy exaucera son voeu quelques mois plus tard.

 

Mais c'est surtout dans le conflit syrien que Youssef al-Qaradawi s'est aventuré, en profitant pour soulager sa haine des chiites, des laïcs et de l'Iran. Sans la moindre modération, il a ainsi appelé à l'assassinat de tous les civils, religieux et militaires syriens soutenant le régime de Bachar al-Assad; il a prôné la guerre totale contre le Hezbollah, qualifié d'Hezboshaytan (Parti du Diable); en mai 2013, depuis la capitale du Qatar, il s'est livré à une tirade haineuse envers les alaouites, qualifié de "plus mécréants que les juifs et les chrétiens".

Naturellement, l'Iran - vieil ennemi du Qatar - n'a pas été épargné par le prédicateur, qui a appelé ses fidèles à le "maudir" et l'a qualifié d'ennemi de la Oumma. La Russie et la Chine ont également été visées par ces attaques.

Sur ce point, au moins, les Occidentaux et Youssef al-Qaradawi se retrouvent dans le même camp...

 

* * *

 

Youssef al-Qaradawi apparaît donc comme un personnage particulièrement dangereux, non seulement en raison de son idéologie, mais aussi parce qu'il est assez habile pour éviter les excès de certains intégristes fanatiques. En France même, il jouit d'une influence inquiétante, en particulier auprès du Collectif des Musulmans de France de Nabil Ennasri (lui-même proche du Qatar et des Frères Musulmans), mais aussi au sein de l'UOIF (branche française des Frères Musulmans), du CCIF (Collectif Contre l'Islamophobie en France), et de certains milieux anti-sionistes. Une influence cependant légèrement écornée par ses dernières prises de position sur la Syrie - et peut-être aussi par les bruits reliant sa dernière hospitalisation, en 2012, à une overdose de viagra?

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