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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 01:33

L'ONU vient d'autoriser le recours à la force contre la Libye de Kadhafi, alors que le dictateur semble prêt à écraser son propre peuple sous les bombes. C'est à la France, en grande partie, que l'on doit cette résolution. Nicolas Sarkozy avait pourtant symbolisé de manière éclatante la réconciliation entre ce régime criminel et l'Occident; cette réconciliation, tout le monde la voulait. Les Etats-Unis la voulaient, parce qu'il espérait trouver en Kadhafi un allié contre les islamistes. L'Europe la voulait, car elle avait besoin de Libye pour contrôler les flux d'immigration. Israel la voulait, car le silence de Kadhafi sur la Palestine le servait. Après avoir poignardé dans le dos ses anciens vassaux, Ben Ali et Moubarak, l'Occident laissait un dictateur bien plus sanguinaire que ces deux compères écraser sa révolution. On mettait ainsi fin au "printemps des peuples" arabes; on laissait nos alliés du Barhein et d'Arabie Saoudite écraser leurs chiites; on stoppait l'influence iranienne.


S'il ne semblait pas enchanté des initiatives sarkozystes, c'est pourtant Alain Juppé qui a brillamment défendu la position française à l'ONU.

 

 

Et voilà que la France a rompu tout le processus. Faut-il y voir une tentative de Nicolas Sarkozy de rattraper sa catastrophique gestion de la révolution tunisienne? L'influence d'un Alain Juppé qui, s'il a paru outré des initiatives un peu martiales de Sarkozy, semble aujourd'hui les reprendre à son compte? Celle, au contraire, de Bernard Henri-Levy, tiraillé entre son droit-de-l'hommisme fanatique et son occidentalisme dogmatique? Peu importe: l'action française aura efficacement contrecarré l'alliance entre un dictateur sanguinaire, un Occident complice, et une Russie et une Chine passives. 

Le peuple libyen devait être sacrifié sur l'autel de l'hypocrisie islamo-occidentale; seul l'Iran, voix négligée car honnie au sein de la communauté internationale, dénonçait cette sinistre alliance. Et voici que Nicolas Sarkozy, en recevant l'opposition libyenne, en apportant son soutien au peuple révolté, en portant l'affaire devant l'ONU (avec le soutien relatif de la Grande-Bretagne et de quelques Etats arabes), a redonné à la France son rôle d'amie des peuples arabes, des peuples libres. Car la guerre libyenne n'est pas une simple guerre civile: elle est l'écrasement d'un peuple révolté par des armées étrangères. Ceux qui reprochent à la France de pratiquer l'ingérence n'ont pas tort, mais oublient que Kadhafi dispose déjà de milices sahaouaris, algériennes, soudanaises ou israéliennes: le conflit s'est déjà internationalisé.

 

 

Jusqu'au bout, les USA auront fermé les yeux sur les dérives de Kadhafi.

 

 

Il est vrai que la France, un temps, a suivi la même ligne!

 

 

Jusque-là, la France a fait un sans-faute. Le ton martial adopté par Alain Juppé à l'ONU lui a permis de faire voter une résolution d'emploi de la force contre la Libye. Il redonne aux foules arabes confiance en une patrie qui les avait déçues lors de la révolution tunisienne. Surtout, la France évite toutes les erreurs commises par les Américains lors de la guerre en Irak. Elle privilégie la voie unisienne à l'unilatéralisme. Elle a pris soin d'agir de concert avec les nations arabes. Elle a pris contact avec l'opposition libyenne et l'a reconnue. 

 

Mais désormais, il s'agit d'éviter la plus grave erreur: la guerre. La France s'est engagée à soutenir la révolution libyenne. Elle peut agir en ce sens, mais elle ne doit surtout pas prendre part activement au conflit. D'abord, parce que ce serait une ingérence innacceptable: c'est aux peuples de se libérer par eux-mêmes, et la démocratie ne s'exporte pas par la guerre. Ensuite, la mort obligée de civils libyens risquerait de retourner l'opinion arabe contre la France. Enfin, nous ne pouvons pas nous permettre, alors que nous sommes toujours dans le bourbier afghan, une nouvelle guerre. 

 

Soutenir l'opposition libyenne servait les intérêts de la France; mais mener une guerre ouverte serait catastrophique, tant sur le plan des principes que de ces intérêts.

 

 

La France doit poursuivre son parcours sans faute; une victoire de Kadhafi serait une catastrophe, étant donné la rancoeur qu'il a accumulée contre notre pays. Il faut donc favoriser la victoire des insurgés: les soutenir militairement; leur livrer des armes et des vivres; intervenir ponctuellement face à des massacres de population par l'armée (dont des avions que nous avons vendus autrefois, triste ironie du sort...) Mais il est hors de question d'une guerre en Libye. Sarkozy et Juppé ont remporté une belle victoire diplomatique. C'est maintenant qu'il leur faut être attentifs, pour ne pas passer du triomphe au désastre.

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Aurélien Denizeau - dans Diplomatie
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