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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 00:32

 

Quelques heures à peine après le vote à l'ONU d'une résolution autorisant le recours à la force pour protéger la population libyenne, je me réjouissait de ce succès de la France, et mettais en garde contre la suite des évènnements. Les faits ont malheureusement confirmé mes appréhensions.

 

Kadhafi, qui n'avait pas acheté le Rafale français, en mesure aujourd'hui la terrible efficacité.

 

 

La signification du vote à l'ONU était pourtant évidente. Déjouant l'alliance entre les Etats-Unis, l'Allemagne et Kadhafi, la France entrainait les premiers à vôter une résolution destinée à empêcher l'écrasement dans le sang du peuple lybiens. Lors du vote, un certain nombre de pays se sont abstenus, ou ont gardé un silence prudent: Russie, Chine, Brésil, Inde, Turquie, etc. Le message semblait alors très clair: d'accord pour une intervention de protection du peuple libyen, à condition qu'elle ne se transforme pas en guerre ou en attaque directe du régime. 

 

La France était alors en position de force. Elle avait fait imposer cette résolution qu'elle portait haut et fort. Son mandat était simple: éviter un bain de sang à Benghazi. De là, l'esprit de ce vote à l'ONU prévoyait tout simplement une défense de la ville; on pouvait empêcher les avions de Kadhafi de survoler le territoire, livrer des armes de défense aux rebelles, "tout en excluant le déploiement d'une force d'occupation étrangère sous quelque forme que ce soit et sur n'importe quelle partie du territoire libyen", comme prévu par la résolution. 

Deux issues étaient alors envisageables. Peut-être cette action aurait poussé le reste du peuple libyen à se soulever, et provoqué la chute de Kadhafi. Plus probablement, ce dernier serait resté en place, mais, tenant à récupérer Benghazi, il lui aurait fallu négocier et accepter l'arrêt des répression. Dans les deux cas, la France en serait sortie grandie, félicitée d'avoir empêché un massacre et calmé les choses.

 

 

L'intervention occidentale a semé la discorde au sein de l’exécutif russe; vertement critiquée par Vladimir Poutine, elle semble mieux acceptée par Dimitri Medvedev.

 

 

Mais voilà, espérant dépasser ce succès diplomatique, sourd aux conseils d'Alain Juppé et trop ouverts à ceux de Bernard Henri-Botul-Levy, Nicolas Sarkozy s'est mis en tête de devenir chef de guerre. Ce qu'il fallait à tout prix éviter. D'abord, cela revenait à nous mettre immédiatement sous la coupe des Américains, qui récupéraient l'opération à leur profit et dont on sait l'absence de finesse en période de guerre. Ensuite, c'était prendre le risque de mener une véritable ingérence, en cherchant à renverser militairement le régime de Kadhafi -une opération qui nous ramène aux pires heures du colonialisme. Enfin, last bu not least, il était prévisible que les victimes arabes allaient s'accumuler. De défenseur d'un peuple arabe écrasé dans le sang, la France devenait massacreur du peuple libyen; pour reprendre Eric Zemmour, notre armée tue des civils en Tripolitaine, pour éviter le massacre de civils en Cyrénaïque.

Les résultats de cet engagement hasardeux ne se sont pas fait attendre: la Ligue Arabe, la Russie, la Turquie, l'Iran, toutes ces puissances qui avaient au départ observé de loin l'opération, l'ont vertement critiquée. On comprend leur colère: on leur a fait accepter une mission d'aide aux civils de Benghazi... qui s'est transformée en attaque directe contre un pays arabe par l'Occident, malgré les dénégations de François Fillon! 

 

 

La France saura-t-elle éviter en Libye les massacres commis par les Américains en Irak?

 

 

Si l'on veut éviter un fiasco diplomatique, il ne reste guère de solution. On peut soutenir les insurgés de l'est et se préparer à la partition du pays, et à l'émergence d'un nouvel état; riche en pétrole et ami de la France, il serait néanmoins probablement dirigé par les islamistes qui tiennent la rue à Benghazi; et une telle action ferait bien sûr un effet déplorable dans le monde entier. On peut toujours espérer une chute rapide de Kadhafi, mais autant croire au Père Noël. Le plus sage serait sinon de se replier en bon ordre, de considérer notre mission comme accomplie, et de laisser Anglais et Américains gérer le plus dur: le retrait du pays. Restera de toute manière en France le sentiment d'un gâchis profond; à privilégier la voie droit-de-l'hommiste à la voie gaulliste, Nicolas Sarkozy s'est montré plus digne héritier de Bill Clinton que de Charles de Gaulle. 

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Aurélien Denizeau - dans Diplomatie
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