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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 22:58

 

Laurent Gbagbo aura résisté jusqu'au bout. Soutenues et protégées par l'Occident, les troupes d'Alassane Ouattara, considéré par la communauté internationale comme le président légitime de la Côte d'Ivoire, ont mis une semaine pour pénetrer dans son bunker et arrêter le vieux chef d'Etat. Celui-ci sera jugé pour les crimes dont on l'accuse, mais au vu des crimes de guerre commis par les troupes de Ouattara, on peut douter de l'équité du procès: l'Histoire sera, une fois de plus, écrite par les vainqueurs. Mais si les troupes légalistes ont remporté cette bataille, elles n'ont pas gagné la terrible guerre civile qui menace le pays; en imposant Ouattara par la force des armes, l'Occident, et notamment la France, ont laissé sur place une poudrière qui menace d'exploser à tout instant.

 

 

 

Après 10 ans de pouvoir dictatorial, Laurent Gbagbo est contraint de se retirer. Malgré ses crimes, il aura été jusqu'au bout soutenu par une grosse minorité d'Ivoiriens.

 

 

Les méfaits de l'ingérence occidentale

 

Laurent Gbagbo avait sûrement tort de présenter son adversaire comme le candidat de l'Occident; mais ce dernier, par son intervention armée, lui a donné raison à posteriori. Cette ingérence a commencé dès la contestation des résultats électoraux; bien que des fraudes eussent été observées des deux côtés, c'est Ouattara que l'ONU désigna comme vainqueur. Le problème est que la Cour Suprême ivoirienne se prononçait, elle, pour l'annulation des elections. Aussi corrompu que soit cet organisme, il reste une institution majeure d'une pays souverain. Mépriser son avis, le tenir pour insignifiant, relevait déjà d'une attitude, sinon coloniale, du moins fortement paternaliste.

 

Il est également faux de dire qu'Alassane Ouattara avait le soutien de "la communauté internationale"; l'homme du FMI était avant tout aidé par l'Europe, les Etats-Unis, et un certain nombre d'Etats africains trop appauvris pour se permettre une diplomatie indépendante. En revanche, aucune grande nation hors de l'Occident, que ce soit le Brésil, l'Inde, la Chine, la Russie, l'Afrique du Sud ou l'Iran, n'a soutenu Ouattara. 

Il est probable qu'une majorité d'Ivoiriens souhaitaient le départ de Gbagbo, sinon la victoire de son rival. Mais une forte minorité, implantée au sud, estimait, à tort ou à raison, que de nouvelles elections devaient être organisées. L'armée française a imposé à cette minorité, à coup de mitrailleuses, un président dont elle ne voulait pas. Quand bien même le droit international aurait été respecté (les troupes françaises ne sont pas sorties du cadre de l'ONU), une telle ingérence était-elle intelligente?

 

 

Il n'est sûr que l'ingérence française en Côte d'Ivoire ait été bien acceptée par les patriotes, qui rejettent de plus en plus ces interventions.

 

 

Vers une inéluctable division du pays?

 

La France a été d'autant plus mal avisée de se mêler de cette crise, que la situation ivoirienne est particulièrement complexe. Depuis la mort d'Houphouët-Boigny, père de la nation, le pays est divisé en plusieurs ethnies et religions qui cohabitent de plus en plus mal. Ces considérations tribales ne doivent pas être méprisées, du fait de leur rôle crucial dans les résultats du scrutin. 

 

Au vu de cette situation, Alassane Ouattara a commis deux fautes majeures; sur un plan moral, il a laissé ses troupes commettre d'atroces crimes de guerre, qui marqueront durablement la nation, et risquent bien d'empêcher la réconciliation nationale; sur un plan politique, il a reçu l'aide militaire de la France. Et l'on sait qu'un chef d'Etat porté par une armée étrangère n'est jamais bien accueilli. Le président actuel ne semble donc pas en mesure de réconcilier la Côte d'Ivoire - encore faudrait-il, d'ailleurs, qu'il en ait la volonté!

A moins d'une grave crise internationale, ou de l'émergence d'un "homme providentiel", capable de se poser en nouveau père de la nation, la Côte d'Ivoire semble aller vers une séparation entre plusieurs groupes irréconciliables. Une négociation entre Gbagbo et Ouattara, refusée tantôt par l'un, tantôt par l'autre, aurait peut-être permis de remédier un peu à la situation. En revanche, la prise de pouvoir de Ouattara par les armes (après avoir été, certes, démocratiquement élu), ne fait que l'aggraver.

 

 

Commencer un mandat par des massacres: Alassane Ouattara aura fort à faire pour enclencher une réelle réconciliation nationale...

 

 

 

L'intervention française a contribué à diviser un pays menacé par la guerre civile; sur le long terme, elle fragilise Alassane Ouattara, et accélère le risque de scission du pays. Ces pratiques ne sont certes pas nouvelles; depuis longtemps, la France s'ingère en Afrique, sa traditionnelle zone d'influence. Mais pour la première fois, l'armée française s'est battue, non pour des intérêts français, mais américains. Si Alassane Ouattara conservera à Nicolas Sarkozy son amitié personnelle, il est avant tout l'homme du FMI et de Washington. Pour résumer: les Français se battent, les Américains en tirent tous les bénéfices, et les Ivoiriens en paieront les conséquences.

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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