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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 23:47

Dans un monde uniformisé, où l'Anglais semble devoir s'imposer comme la langue de l'Empire -au grand dam des Britanniques eux-mêmes, desespérés de voir leur langage se transformer en un vague dialecte mondial et mal parlé - la coopération entre les nations se doit de passer par l'apprentissage de nouvelles langues, qui permettent un meilleur contact entre partenaire... ainsi que la préservation des identités nationales. L'exercice paraît difficile, et pourtant se révèle moins éprouvant que prévu. Une expérience que je tiens à faire partager, après avoir appris le Turc; j'aurais pu parler de l'Italien, de l'Allemand, ou même de l'Espagnol dans lequel je songe à me lancer, mais il m'est apparu que ce sont généralement les langues les plus éloignées, les plus mystérieuses, qui rebutent bon nombre de personnes. 

 

 

C'est muni de ce simple livre que je me lançai dans l'apprentissage du Turc...

Il en est des langues comme de tout art: le plus difficile est le commencement, qui exige une qualité rare et inconstante, la volonté. C'est parce que la difficulté de certaines situations m'en a toujours donné plus, comme à beaucoup d'entre nous, que j'ai eu la chance de ne pas baisser les bras à ce moment-là. A première vue, la langue turque ne peut qu'effrayer le novice -comme, à la vérité, toute langue d'une racine autre que le latin. 

 

La structure profonde et l'origine sont en effet différentes de toutes les langues que nous avons coutume d'apprendre: Anglais, Allemand, Espagnol, etc. Les mots, composés parfois de lettre fort étranges (ainsi du "ı", ce i sans point, ou du "ğ" qui ne se prononce guère), semblent ne partager aucune racine commune avec les nôtres, ce qui permettrait de les traduire plus facilement; leur prononciation en elle-même semble particulièrement dure au profane; à cela il faut rajouter l'existence des cas, qui ont désespéré tant de latinistes et d'élèves de classes d'Allemand. Enfin, le Turc n'est pas la langue extra-européenne que l'on songe le plus facilement à apprendre; le choix se porte plutôt sur le Chinois, l'Arabe, ou le Japonais. Face à ce mur de difficultés -qui s'avèrera en réalité bien friable, la tentation de l'abandon pourrait visiter celui dont les motivations ne sont pas assez fortes. 

 

Cette réflexion sera pour moi l'occasion de réfléchir à nos perceptions de l'inconnu: ce que nous ne connaissons pas nous effraie; et comme cela nous effraie, nous ne nous y risquons pas. Mais lorsque des forces plus puissantes que notre logique rationnelle nous y poussent, on découvre parfois avec surprise que rien ne justifiait cette peur. 

Un élément, en premier lieu, rassure tous ceux qui sont tentés, comme je le fus à l'époque, de se lancer dans l'aventure: on a affaire à une langue écrite en alphabet latin; à la fois désireux de se rapprocher de l'Europe, et conscient que cet alphabet était bien plus adapté à la langue turque que l'alphabet arabe, Atatürk fit adopter la réforme en quelques mois seulement! Or, ce qui ne semblait être qu'un détail prend toute son importance si l'on se rappelle que le plus dur est le commencement. Se lancer dans l'étude d'une langue est, quoiqu'on en pense, d'autant plus aisé qu'on n'a pas à découvrir auparavant un nouvel alphabet, dont l'apprentissage fastidieux ferait renoncer les plus paresseux d'entre nous (dont je suis). 

 

La langue turque présente l'immense avantage de pouvoir être, en réalité, facilement apprise. Non pas facilement pratiquée, ni retenue. Mais facilement apprise, au sens le plus basique du terme: elle s'articule sur des règles basiques, immuables, et les exceptions grammaticales sont rarissimes. Les esprits scientifiques, habitués aux règles invariables, apprécieront sans nul doute cette rigueur. Elle est, en tout cas, ce qui m'a permis de si vite progresser, car à partir de là, tout n'est plus qu'une question d'entrainement. Chaque nouvelle règle assimilée peut-être vite retenue par des exercices et la pratique. La pratique, toujours, est indispensable. Mais elle est une alliée fidèle, parce qu'elle ne s'accompagne pas de ces pièges et exceptions que risque tout Français tentant de s'exprimer en Anglais ou en Allemand.

 

La sympathie pour une langue va généralement de pair avec l'amitié pour sa civilisation; à ce titre, la chaleur de l'accueil et la gentillesse des Turcs me renforça, au long de ces années d'apprentissage, dans ma détermination. C'est autre chose que certains de ces pays nordiques ou, croyant se faire apprécier par la pratique de la langue locale, on se voit froidement asséner une réponse dans un Anglais d'autant plus insupportable qu'il a perdu bien de sa pureté d'origine.

La Turquie offre, à ce titre, un modèle tout à fait étonnant de "turquisation" des mots (arabes, français ou anglais), qui montre le génie d'une civilisation capable d'intégrer un vocabulaire étranger, sans mettre en danger pour autant sa propre langue. Ainsi a-t-on turquisé des mots tels que "kamyonet", "türkoloji", "bisiklet", "akseleratör", etc. A vous de trouvez le mot correspondant en Français, ce qui ne posera, je crois, aucune difficulté à personne!

A l'heure où notre belle langue française, colonisée par une vulgate anglo-saxonne mal baragouinée, se trouve mise en danger, le Turc nous offre un très bel exemple d'une langue qui sait faire des apports extérieurs une richesse, sans renoncer à ses particularités propres.

 

 

Langue eurasiatique par excellence, le Turc est parlé par des millions de personnes, de la Grêce à la Chine, de la Russie à l'Iran.

 

 

Il faudrait, pour conclure cette réflexion, l'élargir à l'ensemble des langues: si leur apprentissage parait originellement si difficile, on se rend vite compte que les difficultés s'évanouissent, nous donnant alors accès à une culture nouvelle. Le Turc est représentatif de cet état de fait: méconnu et si dur en apparence, simple et agréable à parler pour qui prend la peine de l'étudier. Il est important d'ajouter que l'influence de la langue ne devrait pas compter; certes, le Turc se parle de la Bulgarie à la Chine; mais quand bien même il ne serait que la langue reculée d'un petit pays, serait-ce là une raison pour renoncer à un apprentissage qui ne peut être, sur le long terme, que profondément enrichissant? 

Bien conscient des efforts qu'il me reste à faire, des langues qu'il me reste à apprendre, des cultures qu'il me reste à découvrir, je me contenterai de deux conseils pour mes lecteurs: n'ayez jamais peur de vous lancer dans l'apprentissage d'un nouvel art; et si l'étude d'une langue vous effraie, intéressez-vous au Turc, car elle est celle qui vous donnera le plaisir d'apprendre, en vous démontrant le plaisir que l'on a à maitriser un dialecte que l'on aurait pu croire incompréhensible à la première écoute, et qui se révèle en fin de compte aussi simple et chaleureux que ses locuteurs.

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commentaires

Philippe saat Cortébert 07/02/2015 08:13

J'apprends le turc depuis un peu plus d'un an et je confirme vos propos. Par contre je ne trouve pas de grande difficulté à la prononciation une fois mémorisée lettre par lettre, soit la première leçon.
Je me suis mis au turc presque par hasard: après un séjour réussi à Istanbul nous en avons envisagé un second. En prévision j'ai voulu apprendre quelque mots et expression, compter, etc avec un manuel basique pour touristes pendant mes trajets. Puis à moment je me suis rendu compte que l'objectif était atteint et dépassé et que j'étais entré dans l'apprentissage de la langue.
Pourquoi saat Cortebert comme pseudo?
Saat c'est l'heure mais aussi la montre, Cortébert c'est un marque suisse dont le plus gros client était les chemins de fer turc TCCD pour offrir à leur personnel. On en trouve chez tous les antiquaires d'Istanbul avec des marquages de cadran et un fond au nom de la compagnie. Amateur de montres et du monde turcique je ne pouvais qu'en posséder une.