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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 21:52

Ce n'est que le 7 octobre à venir qu'aura lieu l'élection présidentielle vénézuélienne, mais son importance est si capitale que d'ores et déjà chaque camps affute ses armes. Car ce n'est pas seulement l'avenir du pays qui est concerné par cette échéance électorale majeure, mais bien l'ensemble d'un monde multipolaire, dont le Vénézuéla est une pièce essentielle. On peut même affirmer, sans grande exagération, que cette élection sera la plus importante de l'année 2012, car de son issue dépendent des enjeux régionaux et mondiaux sans équivalent. 

 

Même si la campagne officielle pour l'élection présidentielle ne sera lancée que le 1er juillet, les deux candidats se sont d'ores et déjà lancés dans la course; tandis qu'Hugo Chavez renouvelle les grands discours qui ont fait son succès, son concurrent, Henrique Capriles, multiplie les déplacements de terrain. 

 

 

L'Etat chaviste fragilisé

 

Depuis 1998, Hugo Chavez est à la tête du Vénézuéla, dont il a entrepris la transformation profonde. D'inspiration tout à la foi socialiste, bolivarienne* et nationaliste, ce dirigeant populiste et populaire a mis fin aux monopoles des grandes compagnies financières et industrielles sur les richesses du pays. Entreprenant de les redistribuer efficacement, il a mis en oeuvre une politique sociale très poussée qui lui a apporté le soutien des classes populaires. 

Aidé par la rente pétrolière, Hugo Chavez a tenté de faire de son pays une puissance régionale de poids; avec un bilan tout à fait correct, qui lui permettait jusque-là de remporter chaque élection - à l'exception d'un referendum en 2007, perdu de peu.

 

Mais les dernières années ont vu la situation se compliquer pour le Président vénézuélien. La crise de 2008 a sérieusement entamé sa politique sociale; des salaires de fonctionnaires ont été gelés, des syndicats ont organisé de vastes manifestations.

En outre, la corruption et l'insécurité sont une véritable plaie pour le pays; le taux de meurtres (75 sur 100000) y est deux fois plus élevé qu'en Colombie voisinne, et quatre fois plus qu'en Irak. En accueillant des groupes "révolutionnaires", spécialisés dans le trafic de drogue, au Vénézuéla, Hugo Chavez a joué un jeu très dangereux. Le peuple victime des violences de ces groupes, pourrait le lui faire payer cher. 

 

Victime d'un cancer en 2011, Hugo Chavez est soumis à une sévère cure de soin, qui limite ses déplacements et ses contacts directs avec le peuple.  

 

Au Parlement, Hugo Chavez a perdu une partie de son influence; il était jusque-là soutenu par une coalitions de partis et de députés qui constituaient pour lui une solide base de soutien. Mais la défection de plusieurs personnalités (notamment Pompeyo Marquez et son "Mouvement vers le Socialisme") et partis a affaibli la coalition gouvernementale et l'image du Président vénézuélien. 

L'usure du pouvoir a bien affaibli ce dernier. Irascible et colérique, il s'est laissé allé récemment à des insultes envers son adversaire qu'il a qualifié de "porc", tout en refusant de débattre avec lui. 

En tête dans toutes les intentions de vote, le vieux chef garde encore toutes ses chances d'être réélu une nouvelle fois, mais son pouvoir est d'ores et déjà sérieusement ébranlé, et cette élection présidentielle sera pour lui une épreuve plus difficile qu'à l'habitude. 

 

 

Henrique Capriles et l'ombre de Washington

 

Le concurrent d'Hugo Chavez est peut-être le plus dangereux qu'il ait jamais affronté; jeune et souriant, chef du parti libéral Primero Justicia, Henrique Capriles se veut une personnalité rassurante. Prônant la démocratie et la réconciliation, il a été chargé par la Coalition pour l'Unité Démocratique d'être son candidat. Alliances des partis de droite, d'extrème-droite et de centre-gauche, cette coalition a pour objectif premier le départ du régime chaviste, dont elle se veut l'opposé. 

Ainsi donc, cette élection offre une véritable choix aux Vénézuéliens, entre deux alternatives totalement contraires. Mais le choix dépasse largement le cadre national, car derrière l'alternative que propose Henrique Capriles, se dessine l'influence des Etats-Unis. 

 

Le riche Etat du Miranda, situé au nord à côté de la capitale Caracas, votera très probablement massivement pour Henrique Capriles qui en est devenu le gouverneur en 2008.

 

Depuis la victoire d'Hugo Chavez, le Vénézuéla est le fer de lance de l'anti-américanisme en Amérique latine; reprenant les leçons de son allié Fidel Castro, le bouillant Président a multiplié les attaques contre l'impérialisme américain; il a initié un vaste mouvement qui a vu l'Amérique du sud, du Brésil à l'Equateur, de l'Argentine à la Bolivie, se libérer de la tutelle de Washington. 

Les Américains, qui ne pouvaient rester sans réagir, ont tenté plusieurs fois de renverser Hugo Chavez (notamment via le coup d'Etat avorté de 2002), en vain. L'élection d'Henrique Capriles, qui prône un modèle économique libéral et pro-américain, leur permettrait de renouer l'alliance avec le Vénézuéla et de briser l'élan socialiste et "bolivarien" de l'Amérique du sud. 

 

Plus globalement, le régime vénézuélien s'allie, dans le monde, à la plupart des régimes non-alignés ou hostiles aux Etats-Unis: Russie, Chine, Iran, Syrie, Algérie, Cuba... Être soutenus par un pouvoir socialiste et démocratique est un atout précieux pour nombre de ces pays.

Or, Henrique Capriles a très explicitement annoncé vouloir remettre en cause les relations du Vénézuéla avec plusieurs d'entre eux: Iran, Biélorussie ou encore Cuba. 

 

En réalité, les Etats-Unis ont tout à gagner à l'élection d'Henrique Capriles. Son modèle économique libéral permettrait à leurs entreprises de revenir s'implanter au Vénézuéla; la chute du régime Chavez les aiderait à reprendre pieds en Amérique latine; et faire revenir sous leur domination un Etat non-aligné, ferait oublier leurs échecs successifs en Irak, en Afghanistan et en Syrie. 

 

Mise en place en 2005 à l'initiative d'Hugo Chavez, l'Alliance Bolivarienne pour les Amériques (ALBA) est au cours de la lutte contre l'impérialisme des Etats-Unis. En plus du Vénézuéla, qui en est le principal pilier, elle regroupe l'Equateur, la Bolivie, Cuba, le Nicaragua et plusieurs îles des Caraïbes. 

 

 

Nul doute que l'élection présidentielle vénézuélienne sera suivie dans le monde entier, et que toutes les grandes puissances chercheront à favoriser un résultat qui leur soit agréable. Alors que les Etats-Unis et la Colombie chercheront à soutenir Henrique Capriles par tous les moyens (y compris en favorisant des troubles internes pour déstabiliser le Vénézuéla), les pays anti-impérialistes d'Amérique latine et du reste du monde soutiendront Hugo Chavez. La victoire de ce dernier semble d'ailleurs probable, mais il ne sortira pas indemne d'une confrontation aussi franche entre deux modèles de société opposés, porteurs d'énormes enjeux internationaux. 

 

 

 

* Simon Bolivar, né au Vénézuéla en 1783, a développé une idéologie nationaliste, sociale et anti-impérialiste, qui a inspiré un grand nombre de chefs d'Etat, en Amérique latine mais aussi dans le reste du monde.

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commentaires

Bertrand Kerozen El Khadaffi 02/07/2012 00:32


Salut Aurélien !


C'est Bertrand, le gars de la manif syrienne.


Sympa ton blog et excellent article, analyse claire et objective!!!


Bonne continuation et longue vie à la dissidence.


 


Mon email : Man-In-Normandie@live.fr (jy suis pas souvent sur le net)


06 38 77 44 07


Au cas où.


Salut à toi ! Bonjour à ta camarade!

Aurélien Denizeau 07/08/2012 12:16



Merci beaucoup! Bonne continuation à toi aussi camarade, et au plaisir de se recontacter prochainement!