Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Nations Libres
  • Nations Libres
  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
  • Contact

Recherche

9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 17:14

Les dernières semaines ont été un tournant important de la guerre civile syrienne. Alors que depuis deux ans, aucune des forces en présence ne parvenait à prendre un avantage sérieux, le régime de Bachar al-Assad vient de remporter plusieurs victoires importantes. Un bref état de la situation :

syrie_vers_un_effondrement_du_14904_hd-copie-1.jpg 

À presque un an d’intervalle, on constate une réelle progression des forces stratégiques syriennes. D’autant que les milices kurdes qui contrôlent le nord du pays ne sont pas toutes, loin de là, favorables à la rébellion syrienne.

 

Sur un plan militaire, la reprise de Qoussayr au début du mois de juin est une avancée stratégique majeure. Cette région clé relie en effet la capitale syrienne (Damas), la frontière libanaise et les côtes syriennes où vivent la majorité des alaouites, soutiens de Bachar-al-Assad. En un mot comme en mille, elle offre au régime le contrôle de l’ouest du pays.

Par ailleurs, les combats extrêmement violents ont coûté cher aux troupes rebelles. Non seulement elles ont perdu beaucoup d’hommes, mais de plus, ils sont désormais coupés de leurs alliés libanais, et totalement désorganisés.

L’armée syrienne est donc prête pour une grande offensive contre Alep, la deuxième grande ville du pays, que les rebelles tiennent depuis près d’un an. Si cette offensive est victorieuse, la victoire du régime syrien sera totale et la rébellion réduite à quelques poches locales. Dans le cas contraire, Bachar al-Assad gardera tout de même le contrôle du sud-ouest du pays. Sa situation est donc hautement favorable.

 

Les révoltes en Turquie offrent un autre répit de poids à la Syrie, d’autant mieux accueilli qu’il était totalement inattendu. Tout d’abord, ces révoltes affaiblissent le régime turc, et l’empêchent de soutenir pleinement les rebelles ; l’hypothèse d’une guerre turco-syrienne semble définitivement écartée.

Mais surtout, le soulèvement de dizaines de milliers de jeunes Turcs contre l’AKP, accusée d’autoritarisme et d’extrémisme religieux, porte un coup sévère au « modèle turc » qui était prôné pour les pays arabes. Recep Tayyip Erdoğan, l’un des pires adversaires du régime syrien, aura désormais bien du mal à lui donner des leçons de démocratie et de modération.

 

La rivalité entre le Qatar et l’Arabie Séoudite, d’autre part, empêche l’unification des rebelles. Les deux États promeuvent pourtant la même idéologie wahhabite, mais leurs intérêts nationaux les poussent à soutenir des groupes différents et, finalement, à l’immobilisme, chacun craignant que l’autre bénéficie plus d’une victoire rebelle.

 

La spectaculaire volte-face des États-Unis illustre à merveille le changement de contexte régional. Réalistes, les Américains ont compris que le régime syrien avait peu de chance de tomber. Le travail de longue haleine de la Russie a fini par payer. Les États-Unis acceptent l’idée d’une conférence internationale sur la paix, et ne s’opposent plus à ce que Bachar al-Assad y participe (ce qui revient, de facto, à le légitimer).

 

La popularité de Bachar al-Assad, justement, le place en position de force pour les négociations à venir. Jusqu’au début de 2012, les crimes et les violences de son armée avaient poussé une bonne partie de la population à se soulever. Mais face aux crimes, tout aussi atroces, commis par certains groupes rebelles, les Syriens ont fini par s’en détourner.

Le ralliement du Front Al-Nosra (un des principaux groupes rebelles) à Al-Quaïda et les violences des djihadistes qui combattent Al-Assad ont contribué à rehausser son image en Syrie (une étude de l’OTAN a récemment estimé qu’il était soutenu par 70% de la population) et à l’international (les attentats de Boston, Londres et la Défense ayant également changé les mentalités).

 

 poutine-assad-604-564x261.jpg

Par un travail de persuasion de longue haleine, en particulier auprès des Américains et des Israéliens, le président russe Vladimir Poutine est parvenu à faire triompher la vision russe d’une conférence de paix internationale, regroupant le gouvernements syrien et son opposition.

 

Face à ce constat, des nuances et une observation s’imposent.

 

Des nuances, tout d’abord : le régime syrien a remporté plusieurs victoires, mais il n’a pas remporté la guerre. Les rebelles sont parfaitement capable de tenir encore de longs mois, et même d’infliger des revers sérieux au régime si jamais les monarchies du Golfe parviennent à s’entendre (n’excluons pas non plus une intervention israélienne).

D’autre part, cette victoire à un coût : le régime syrien est de plus en plus dépendant de l’Iran, et de sa milice libanaise, le Hezbollah. Jusque-là, la Syrie se voulait un régime multiconfessionnel, respectant autant les chiites et les sunnites que les chrétiens. Mais plus les islamistes chiites interviendront dans le conflit, et plus cette unité risque de se briser, lançant le pays dans le piège infernal de la guerre de religion. Le régime syrien ne pourra tenir qu’avec le soutien de ces milliers de sunnites, nationalistes arabes ou progressistes laïcs, qui lui sont restés fidèles.

Ce sera là le plus dur combat du régime, s’il survit à la guerre : reconstruire le pays, réconcilier son peuple, et proposer une véritable alternative d’avenir. Gagner la guerre sera plus facile que gagner la paix. Et Al-Assad ne pourra revenir à la situation antérieure comme si rien ne s’était passé.

 

Une observation, enfin, sur le fiasco total de la France dans ce dossier. Guidés par un atlantisme aveugle et un droit-de-l’hommisme mal placé, les Français ont joué toutes les mauvaises cartes. Pendant deux ans, ils ont refusé toute négociation de paix tant que Bachar al-Assad ne serait pas parti. Aujourd’hui, on sait que ces négociations vont avoir lieu, que Bachar al-Assad va y participer, et que les États-Unis ont désavoué la France. Elle a échoué à rassembler un « front anti-Assad ». Elle a perdu la confiance des chrétiens et alaouites syriens (ses alliés traditionnels) ; elle s’est ridiculisée auprès des rebelles ; elle a exaspéré la Russie ; elle a maladroitement voulu concurrencer les monarchies du Golfe, en vain.

Toutes ces erreurs viennent d’une méconnaissance profonde de la situation syrienne, mais également des idéologies portées aussi bien par Alain Juppé que par Laurent Fabius. La France sera la grande perdante de la crise syrienne. 

Partager cet article

Repost 0
Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
commenter cet article

commentaires

call from microsoft scam 09/07/2014 13:49

I think this is a destruction of a stable country, and to make that possible, they used religious differences. It’s a great shame on Europe and this makes me vomit, the mere thought of this.

francais 07/07/2013 14:23

Honte à l'europe, qui pour satisfaire israel, sème le chaos en syrie. L'europe via sharia4belgium a envoyé des centaines de terroristes. Il s'agit d'une destruction d'un pays stable, et pour le détruire, ils ont utilisé les clivages religieux.
Ca me fait gerber quand j'entend que les saouds, le qatar... veulent la démocratie. Il n'y a qu'à voir le régime obscurantiste qui règne la bas. Et al qaida qui discute avec israel pour instaurer la démocratie. Ils parlent du califat?