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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 12:47

Puissance européenne, puissance régionale, la France fait aussi partie de cette demi-douzaine de nations que l'on peut qualifier de puissances mondiales. Elle l'est par son histoire, qui l'a conduite aux Amériques, en Afrique, en Orient et en Asie. Elle l'est par sa langue, connue des élites et des peuples des cinq continents. Elle l'est par son territoire, le plus vaste d'Europe occidentale, et qui s'étend également en Amérique latine, en Océanie, en Antarctique, et dans les Océans Pacifique, Indien et Atlantique. Elle l'est par son siège permanent au Conseil de Sécurité à l'ONU. Elle l'est par son armée, une des meilleures et de plus spécialisées au monde, dotée de l'arme nucléaire.

 

Conscient de ce fait, le Général de Gaulle avait défini pour la France une position qui ne manquait pas de grandeur: électron libre, anti-impérialiste, elle devait refuser la domination du bloc américain comme du bloc soviétique. Nicolas Sarkozy a mené en la matière une politique étrangère presque schizophrène: fidèle à l'enseignement du Général, il a tenté de conserver avec les nations non-alignées de bonnes relations... tandis que son atlantisme le poussait à se soumettre aux Etats-Unis. En a résulté une politique étrange, parfois brillante, parfois déshonorante, souvent incompréhensible. 

 

"Ami des Américains", Nicolas Sarkozy a, de ce simple fait, considérablement affaibli l'image de la France comme nation forte et indépendante. 

 

 

Sarkozy et l'Amérique: de la fascination à la déception

 

Nicolas Sarkozy l'avait revendiqué dès 2006, allant dénoncer "l'arrogance française" de Jacques Chirac auprès de Georges Bush: il était un ami et allié inconditionnel des Etats-Unis. "Certains m'appellent Sarkozy l'Américain: j'en suis fier", avait-il lancé à ses hôtes d'outre-Atlantique. 

Tout logiquement, arrivé au pouvoir, il nommait comme ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, atlantiste et partisan de la guerre en Irak de 2003. Le courant avec Georges Bush passant très bien, Nicolas Sarkozy multiplia les mesures destinée à satisfaire Washington: réintégration de la France dans le Commandement Militaire Intégré de l'OTAN (que le Général de Gaulle avait quitté en 1966); envoi de nouvelles troupes en Afghanistan (malgré l'échec qui s'y annonce depuis longtemps); menace contre l'Iran (Bernard Kouchner évoquant même la guerre...) 

 

1966: le Général de Gaulle, dans son discours de Phnom Penh, dénonçait l'impérialisme américain et les guerres qui en découlaient. Une leçon que n'a pas retenue Nicolas Sarkozy, suivant les Etats-Unis dans le bourbier afghan. 

 

L'élection de Barack Obama, en 2009, mit pourtant un frein à cette bonne entente. Le Président américain méprise les Européens, tandis que Nicolas Sarkozy le jalouse. Le courant ne passe pas entre les deux hommes.

Pire, Nicolas Sarkozy n'est guère récompensé de sa bonne volonté. Les Etats-Unis délaissent la France. Ils annoncent leur retrait d'Afghanistan - laissant de facto le pouvoir aux Taliban - ce qui place leurs alliés en position délicate. 

 

Par la force des choses, Nicolas Sarkozy a fini par s'éloigner de l'Amérique. Après deux années de vassalité, il reprend son autonomie, revenu de ses illusions atlantiques. Trop tard. La France est déjà trop engagée à leurs côtés. Le Français Sarkozy est prisonnier de Sarkozy l'Américain. 

 

 

Avec la Chine: refroidissement diplomatique, soumission économique

 

Vieille amie de la Chine, notamment depuis la reconnaissance de la Chine populaire par De Gaulle en 1964, la France aurait du logiquement profiter de la montée en puissance de ce grand pays. La diplomatie de Nicolas Sarkozy, très maladroite, l'en a empêchée. 

 

Le Président français, sous l'influence de donneurs de leçons comme Bernard Kouchner ou Rama Yade, a fait preuve d'une grande maladresse en s'ingérant, en 2008, dans les affaires intérieures chinoises - notamment au sujet du Tibet. Occupée et humiliée par les Européens il y a un siècle, la Chine est extrèmement suceptible sur sa souveraineté. Or, les Jeux Olympiques de 2008, à Pékin, ont donné lieu à des violentes attaques de la France contre l'Empire du milieu. 

Les attaques contre la flamme olympique chinoise à Paris ont été une honte pour la France. A la décharge de Nicolas Sarkozy, il faut reconnaitre qu'il a été dans l'affaire bien plus modéré que la classe politique française (seul Jean-Luc Mélenchon ayant eu le courage de défendre, avec intelligence, la position chinoise). Mais sa rencontre avec le Dalaï-Lama a provoqué la fureur de Pékin, et gravement entâché l'image de la France: une maladresse impardonnable!

 

La très grande violence et le ridicule de ces poncifs affichés par des manifestants chinois en 2008, témoignent de la profonde déception de tout un peuple à l'égard de la France qui, par arrogance autant que par ignorance, avait fait preuve à son égard d'une attitude agressive inexcusable. 

 

D'autant plus impardonnable que, alors même que la France attaquait la Chine au plan politique, elle se soumettait en revanche à son économie. L'argent chinois était accueilli avec le sourire. Aucune mesure protectionniste n'était prise contre la concurrence déloyale des entreprises chinoises. 

Les Chinois détestent l'ingérence, et méprisent la soumission économique. Il est regrettable que Nicolas Sarkozy ait pratiqué les deux aussi allègrement. De nation amie et estimée, la France est devenue un Etat soummis mais arrogant aux yeux de Pékin. 

 

La France paiera longtemps le prix de ces maladresses - d'autant que François Hollande comme Nicolas Sarkozy ne semblent pas prêts à changer de politique. Et les Chinois se rappelleront les temps où Jacques Chirac, fin connaisseur de leur culture, inspirait chez eux respect et amitié...

 

 

Des rapports mitigés avec les pays émergents

 

La France, amie traditionnelle des grandes civilisations émergentes (ou réémergentes) du monde, a suivi avec plus ou moins de succès cette politique sous Nicolas Sarkozy. Gardant de bons rapports avec la Russie ou le Maroc, elle n'a pas su faire de même avec la Chine ou la Turquie. Mais c'est avec l'Iran que la situation est devenue réellement catastrophique. 

 

Un bref Etat des relations françaises avec les grandes civilisations de ce monde à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Quelques succès, mais beaucoup de problèmes aussi. 

 

Par atlantisme, par sionisme, par droit-de-l'hommisme, le Président français s'est lancé dans une véritable croisade idéologique contre l'Iran. Cette hostilité existait déjà, certes, depuis trente ans. Mais c'est sous Nicolas Sarkozy qu'elle a atteint son paroxysme, pour des intérêts qui ne sont pas ceux de la France. Une agressivité française d'autant plus inquiétante qu'elle fait consensus chez les sarkozystes comme chez les socialistes.

Et pourtant, l'Iran offrait tant d'opportunités diplomatiques, économiques et stratégiques... Ne pas l'avoir vu restera comme une faute majeure du Président Sarkozy. 

 

Bien moins graves, mais tout aussi regrettables, ont été les tensions récurrentes avec le Mexique, dues à l'affaire Florence Cassez. Entendons-nous: il est probable que cette jeune femme française, accusée d'enlèvement, a été en effet victime d'une machination de mauvais goût, et qu'il convenait de la défendre. Mais, alors qu'un accord était proche d'être trouvé, Nicolas Sarkozy a gâché les négociations en sommant publiquement le Mexique de libérer la Française. Aucun Etat digne de ce nom ne pouvait obéir à ce genre de diktat! En dédiant l'année du Mexique de 2011 à Florence Cassez, le Président français a fait preuve d'une maladresse d'autant plus regrettable qu'elle partait sûrement d'une bonne intention. Aujourd'hui, Florence Cassez est toujours en prison (et pour longtemps), et nos rapports avec le Mexique sont au plus bas. 

 

La collaboration de la France et du Vénezuela a notamment permis d'obtenir quelques succès dans la libération des otages des FARC...

 

Heureusement, la politique sarkozyste a su se montrer plus habile dans le reste de l'Amérique latine. Le réchauffement diplomatique avec le Brésil a été un des succès du Président français, qui a su mettre en oeuvre avec Lula un partenariat intelligent. Il est vrai que le Brésil a tout de même refusé d'acheter le Rafale, mais on ne peut pas en accuser Nicolas Sarkozy qui avait réellement fait tous ses efforts. 

De même le maintien de bonnes relations avec le Vénezuela de Hugo Chavez a-t-il été très intelligent. Contrairement aux socialistes français, Nicolas Sarkozy a vite compris que le Président du Vénezuela représentait un courant populaire puissant, et qu'il convenait de garder avec lui de bons rapports. Il a aussi montré, à cette occasion, qu'il pouvait être un fin stratège, une fois débarassé de ses encombrants conseillers. 

 

Enfin, ce tour d'horizon doit aussi intégrer l'Inde, qui restera comme un des succès diplomatiques de Nicolas Sarkozy. Resserant, silencieusement mais sûrement, les rapports avec cette grande nation asiatique, il a réussi à en faire un partenaire solide. Un succès qui s'est concrétisé par la promesse d'achat, début 2012, d'une centaine d'avions de chasse Rafale par l'Inde.

 

 

La maltraitance de l'Afrique noire

 

Nicolas Sarkozy avait promis la fin de la "Françafrique". Les Africains en ont été pour leurs frais. Le Président français n'a pas changé les habitudes de ses prédecesseurs - mais n'a même pas montré pour l'Afrique cette affection réelle que Jacques Chirac, au moins, manifestait. L'immigration choisie n'a été qu'un pillage en règle des cerveaux africains. Le discours de Dakar, qui pouvait se discuter philosophiquement et historiquement, restait diplomatiquement bien maladroit. L'Afrique noire, pendant ces cinq années, a été traité avec une certaine forme d'indifférence méprisante. 

 

 

Les images, profondément humiliantes, de l'arrestation de Laurent G'bagbo par des mercenaires aidés de l'armée française, ont suscité un profond malaise en Afrique, continent qui supporte de plus en plus des ingérences occidentales permanentes de sinistre mémoire. 

 

Pire encore: la France a profondément choqué les peuples africains par son intervention en Côte d'Ivoire, aux relents fortement colonialistes. Ecrasant sous les bombes les Africains fidèles à Laurent G'bagbo, elle a imposé un candidat tout aussi contesté, Alassane Ouattara, et coupable des mêmes crimes. Honteuse au plan moral, cette intervention était de plus injustifiable au plan stratégique, puisque Ouattara était l'homme des Américains. 

Cette ingérence fut d'autant plus hypocrite que dans le même temps, la France recevait chez elle le criminel de guerre Paul Kagamé, Président rwandais, qui nous insultait copieusement au passage. 

Le renversement de Mouammar Kadhafi, toujours très populaire chez les peuples d'Afrique noire, a été la cerise sur le gâteau: la France de Nicolas Sarkozy avait retrouvé tous les défauts de la Françafrique (pillage économique, ingérence militaire...) sans en avoir les qualités (protection et coopération...)

 

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy n'a rien fait pour renforcer la francophonie, qui offrait pourtant à la France un lien exceptionnel avec des peuples du monde entier - et notamment d'Afrique. Imposant l'anglais en France, il n'a logiquement pas défendu le français à l'étranger. Les étudiants diplomés, francophones et francophiles, sont de plus en plus mal accueillis en France (circulaire Guéant), et Nicolas Sarkozy a beaucoup choqué nos amis québecquois et africains en snobbant les Sommets de la Francophonie...

 

La francophonie aurait pu offrir à la France, à l'aube du XXIème siècle, des possibilités de rayonnement intense. Mais, prisonnières de leur fascination de l'anglais, les élites politiques, dont Nicolas Sarkozy, ont totalement méprisé cet outil diplomatique majeur. 

 

* * *

 

Nicolas Sarkozy n'a donc pas à être fier de son bilan diplomatique. Insuffisant en Europe, lamentable en Méditerranée, il a été médiocre dans le reste du monde. Certes la France a gardé avec la Russie ou le Brésil des rapports cordiaux. Certes elle a construit de nouveaux partenariats. Mais il ne s'agit là que de lots de consolation. L'amitié avec le Qatar, l'Arménie, l'Inde ou l'Allemagne est une chose. Mais la perte d'influence en Chine, en Iran, en Turquie, en Afrique noire, au Maghreb, au Mexique, est inexcusable. Nicolas Sarkozy a menée une diplomatie beaucoup plus mitterandiste que gaulliste: soumission aux Etats-Unis, rejet de la politique arabe française, néo-colonialisme en Afrique noire. Le plus tragique de ce triste bilan est que le vainqueur de l'élection présidentielle de 2012, qu'il soit socialiste ou UMP, reprendra à son compte cette politique étrangère qui mène la France à l'abîme et au déshonneur. 

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Aurélien Denizeau - dans Diplomatie
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