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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 01:08

Le glorieux soulèvement du peuple tunisien apporte aujourd'hui fierté et admiration à la nation française, fière de voir légitimée de nouveau l'idée révolutionnaire qu'elle inventa, admirative devant les Tunisiens capables de se battre avec fougue pour cet idéal, à l'heure où les peuples européens semblent l'avoir oublié. Là où quelques groupes médiatiques et financiers suffisent à protéger le despotisme européïste de la colère populaire, les milices armées de Ben Ali n'ont pu triompher d'un peuple déterminé à renverser la dictature qui le tenait sous son joug. L'oeuvre accomplie est admirable. Las! trop souvent les peuples, se reposant sur des lauriers chèrement acquis, se réjouissent trop vite. Et pourtant! Les Tunisiens n'ont encore rien fait; seule une réussite réelle, profonde, durable, de la Révolution pourra renforcer les peuples du monde entier dans l'admiration qu'ils leurs portent. 

 

tun0-copie-1

 

Il a d'ailleurs été reproché à la France son soutien à Ben Ali. La critique n'est pas infondée, mais l'on est trop sévère avec une diplomatie française et européenne finalement très rationnelle. Même si son coeur battait pour eux, la France n'avait pas à prendre parti pour les révolutionnaires tant qu'ils ne s'emparaient pas du pouvoir. D'abord, sur une question de principes, la Tunisie n'est plus un protectorat. La France n'a donc pas à se méler de ses affaires intérieures. Sur une question pratique, un tel soutien aurait délégitimé la révolution, la faisant passer pour une opération de l'étranger. 

Là où la France a pêché, c'est en ne mettant pas Ben Ali en garde contre les réactions que sa politique susciterait; le comble du ridicule étant atteint lorsque Michèlle Aliot-Marie proposa, sans honte, l'envoi de nos forces de sécurité en Tunisie -comment des CRS incapables de stopper quelques groupes de gamins braillards auraient-ils pu arrêter une révolution populaire? 

La France n'avait pas à prendre parti pour les révolutionnaires, mais pas pour Ben Ali non plus. Une attitude de réserve, en retrait, aurait été la plus intelligente. Par ailleurs, cette non-ingérence a sûrement choqué, quand on sait que notre pays se pique de faire la leçon à l'Iran ou la Côte d'Ivoire. La France a donc agi maladroitement, mais on ne pouvait pas raisonnablement lui demander de prendre parti dans un conflit purement civil.


tun01Le FMI de Dominique Strauss-Kahn aura, jusqu'au bout, soutenu la dictature de Ben Ali...


C'est donc sans soutien, sans aide d'aucune nation étrangère (du moins en apparences), que le peuple tunisien s'est libéré. Il se trouve donc seul face à son avenir, et porte la lourde responsabilité de tracer son destin. Car, ne nous y trompons pas, le départ de Ben Ali ne pèse rien à côté des dangers qui menacent aujourd'hui la nation tunisienne et son futur.


Le premier risque, évidemment, est que cette révolution se transforme en révolte de palais, et que Ben Ali soit juste remplacé par un autre oligarque, aussi corrompu, aussi autoritaire, aussi ignorant des réalités du peuple, et sûrement plus mauvais en économie (un domaine où le bilan de l'ex-président reste admirable). Bien des membres du gouvernement de Ben Ali sont restés en place, et certains pourraient être tentés de soutenir cette issue (ou même un retour du Président déchu?); les deux premières années seraient pleines de promesses démagogiques et d'apaisement de façade, avant de revenir au régime antérieur.


tun12Mohamed Ghannouchi (à droite), premier ministre de Ben Ali, reste au pouvoir malgré la Révolution.


La menace islamiste, quant à elle, a été largement instrumentalisée. Mais cela ne veut pas dire qu'elle n'existe pas. Il y a probablement beaucoup de fantasmes qui circulent sur ces groupes, que la Tunisie, de loin la nation la plus progressiste, cultivée et sécularisée du monde arabe, n'acceptera pas. Mais n'oublions pas que l'Iran de 1978 était tout aussi progressiste, et qu'un petit groupe politique peut toujours tenter de récupérer les fruits d'une révolution. Menace donc possible, mais très improbable.


tun2Rached Ghanouchi, chef des islamistes tunisiens, autrefois soutien de Ben Ali, profitera-t-il de la Révolution pour faire son retour politique?


Plus dangereuse pourrait être l'alliance des "islamistes modérés", ou démocrates-musulmans, et du centre-gauche libéral. Les islamistes tunisiens sont probablement les moins intégristes du monde arabe, assez proches de l'AKP turc. Ils ne sont donc pas un danger pour la démocratie ou les minorités. Mais, en tant que religieux, comme l'AKP, comme les démocrates-chrétiens d'Europe, ils rejettent l'étatisme autoritaire et le nationalisme. Or, ces deux facteurs sont indispensable pour stabiliser une jeune démocratie. 



La Tunisie doit éviter le piège d'une libéralisation trop rapide, qui serait sûrement calamiteuse pour la stabilité et l'économie du pays. On peut ici faire confiance à l'armée qui, après avoir soutenu la Révolution, saura très certainement veiller à éviter cette dérive. Mais quel régime serait capable de concrétiser cela politiquement?

L'idéal serait l'émergence d'un "homme providentiel", qui, soit par un autoritarisme populaire de type bonapartiste, soit par un pouvoir présidentiel fort, saurait conserver les acquis de la Révolution, satisfaire les classes populaires, et préserver l'intégrité de la nation. On peut aussi imaginer la naissance d'une démocratie parlementaire fortement contrôlée par l'armée et la justice, assez proche du parlementarisme turc. 


Que le nouveau pouvoir soit démocratique ou non, qu'il procède d'un homme providentiel ou d'une assemblée, il devra être au plus proche du peuple, et savoir combiner habilement aide sociale et relance économique, autoritarisme et liberté d'expression, nationalisme et relance de la diplomatie. Il faudra se méfier d'une démocratisation et d'une libéralisation excessive. En clair, choisir un De Gaulle plutôt qu'une IVème République, un Poutine plutôt qu'un Elstine.


tun1

 

La tâche sera rude, et les choix sont limités. Si elle débouche sur un régime similaire au précédent, la Révolution aura été un échec; et elle aura même été contre-productive si elle donne le pouvoir à pire que Ben Ali. Voilà pourquoi les réjouissances de la jeunesse tunisienne semblaient fortement prématurées. Toute révolution, pour être gagnée, nécessite de la bravoure, et les révolutionnaires qui ont affronté les milices de Ben Ali en ont fait preuve; mais elle nécessite aussi du discernement. Soyons optimistes et gageons que les élites, l'armée et le peuple tunisiens, sauront faire preuve de cette sagesse qui leur permettra d'assurer la vraie réussite de leur Révolution.

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commentaires

Fleury Rémy 20/03/2011 19:28



Tu sembles beaucoups plus posé et sage que dans ton précédent "blog"  , c'est louable !



Ludovic 14/02/2011 16:59



Je republie un commentaire, car je m'étais trompé dans l'adresse e-mail...  Bon courage pour la suite ;)



Ludovic 14/02/2011 16:59



Il est extraordianaire ton blog ! Celui-ci autant que tonskyblog ! Je me délècte de chaque article... A bientôt, et surtout bonne continuation !