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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 23:37

"Quelque humilié que soit ton ennemi, sache qu'il est toujours à craindre." Moseheddin Saadi, poête persan.

 

 

Alors que la perspective d'une attaque israélienne de l'Iran, avec le soutien de l'Arabie Saoudite, de la Grande-Bretagne, voire des Etats-Unis, s'affiche de plus en plus en clairement, des Etats plus raisonables, France et Russie entre autres, affichent leur inquiétude face à une telle intervention. Si cette prudence est honorable, elle est inutile puisque ces pays continuent de refuser à l'Iran le droit d'avoir, un jour, son arme nucléaire. Et ce alors même qu'il serait, selon un rapport de l'AIEA à paraître, sur le point de s'en équiper. Bien evidemment, il convient de lutter contre la prolifération nucléaire, ne serait-ce que pour éviter que ces armes ne tombent entre de mauvaises mains. Il aurait donc mieux valu que Téhéran ne s'en équipat pas. Mais quand bien-même elle finirait par avoir sa bombe nucléaire (ce qui semble de plus en plus probable), cela aurait-il des conséquences assez graves pour justifier une attaque israélienne? Au lieu de chercher à humilier l'Iran, ce qui n'a pour effet que de renforcer la République islamique, ne vaudrait-il mieux pas comprendre pourquoi l'arme nucléaire lui apparait comme indispensable? Et, en fin de compte, s'apprêter à gérer cette situation?

 

 

La Perse, nation souveraine et pacifique

 

Il est assez étonnant d'entendre les pays occidentaux s'adresser à la Perse, nation vieille de plusieurs millénaires, comme l'on ferait la leçon à un garnement turbulent et immature, quand on sait que les Etats-Unis (que Tarek Aziz, ancien ministre irakien de la diplomatie, qualifiait de "grands enfants" en matière de politique étrangère) sont nés il y a deux siècles, et que l'Etat d'Israel a été fondé il y a 60 ans. 

 

C'est encore plus étonnant lorsque l'on sait que depuis 1828, soit presque deux siècles, la Perse, pays fondamentalement pacifiste, n'a pas déclenché une seule guerre contre quelque Etat que ce soit. Victime à plusieurs reprises d'agressions britanniques, russes ou américaine, le pays, dont la position stratégique et le pétrole suscitaient la convoitise, n'a jamais riposté violemment à ces attaques.

La seule grande guerre qu'ait connue l'Iran sur cette période a été déclenchée en 1980, lorsque l'Irak de Saddam Hussein, soutenu par les Occidentaux, s'est lancé à l'attaque de la toute jeune République islamique. Même suite à ce conflit meurtier, et parfois atroce (des gaz chimiques auraient été utilisés contre les Iraniens), le pays s'est maintenu dans une politique de défense de sa souveraineté et de non-agression. 

 

Renversé par l'Amérique en 1953 pour avoir voulu nationaliser le pétrole iranien, Mohammad Moassadegh est resté un symbole du souverainisme iranien.

 

Certes, la République islamique d'Iran n'hésita pas, notamment dans les années 80, à soutenir et financer des attaques terroristes - y compris contre la France - au Liban, en Amérique du Sud, en Afrique. Certes ses services de renseignement n'hésitèrent pas à recourir à l'assassinat et la violence: on se souvient de Chapour Bakhtiar, ancien ministre du Shah, grand ami de la France, sauvagement égorgé à Suresnes en 1991.

Pour autant, si le pays s'est spécialisé dans ces opérations secrètes (à l'instar d'autres puissances comme les Etats-Unis, la Russie ou Israel), force est de constater que jamais il n'a été tenté par l'impérialisme ou la guerre d'agression, alors même qu'il évolue dans un environnement très dangereux. 

 

 

L'Iran, l'arme nucléaire et l'équilibre de la terreur

 

En premier lieu, alors que son armée, si performante sous le Shah, montre des signes de vieillissement, l'Iran reste entouré d'Etats hostiles, ce qui explique sa recherche d'une plus grande sécurité. Au nord, l'Azerbaïdjan réclame régulièrement les territoires turcophones du nord, tandis que les anciennes Républiques soviétiques d'Asiz centrale (Kazakhstan, Ouzbekistan...) sont autant de foyers d'incertitudes et d'instabilité (terrorisme, trafic de drogue, etc.) À l'est, l'Afghanistan et le Pakistan abritent deux dangers mortels pour l'Iran: l'armée américaine, et les Taliban, sunnites et violemment hostiles à Téhéran. À l'ouest enfin, la Turquie reste un allié solide des Etats-Unis, tandis que les Etats arabes, notamment dans le Golfe, ont conservé leur vieille hostilité aux Perses.

En fin de compte, cruel paradoxe, les seuls soutiens régionaux de Téhéran sont deux Etats chrétiens, la Russie et l'Arménie, et un régime arabe sécularisé, la Syrie de Bachar-al-Assad. 

 

Mais, plus inquiétant encore pour la République islamique, c'est dans un univers d'armes de destruction massive qu'elle évolue. Il suffit de se rendre compte que cinq puissances nucléaires l'entourent: Israel, qui lui est clairement hostile, le Pakistan, très instable et donc dangereux, la Chine, l'Inde et la Russie. 

D'autre part, deux de ses voisins (l'Irak et la Syrie) sont régulièrement soupçonnés d'abriter des armes chimiques (l'Irak les ayant d'ailleurs utilisées contre l'Iran de 1983 à 1988). 

 

Les cercles rouges indiquent les puissances nucléaires, les cercles verts les puissances soupçonnées de détenir des armes chimiques. On se rend compte ici de la dangerosité de l'environnement dans lequel évolue l'Iran. 

 

Dans ce contexte, la volonté de Téhéran de se doter de l'arme nucléaire correspond à deux ambitions finalement très légitimes. Tout d'abord, il s'agit de s'imposer comme une grande puissance régionale, ce qui semble légitime pour cette civilisation millénaire. D'autre part, et surtout, il s'agit d'opposer à Israel un contrepoids solide basé sur la dissuasion mutuelle - un peu à l'instar de l'équilibre de la terreur entre les Etats-Unis et l'Union Soviétique pendant la Guerre Froide. 

Or, la principale menace pour la paix dans la région reste pour l'instant l'Etat hébreu, mené par une coalition de partis extrémistes, et qui a multiplié les agressions armées au cours des dernières décennies. En ce sens, la France devrait plutôt se réjouir de voir une puissance régionale apporter, par la dissuasion nucléaire, une relative stabilité à la région.

Rajoutons par ailleurs qu'une attaque nucléaire de l'Iran sur Israel reste fortement improbable. Malgré les provocations de Mahmoud Ahmadinejad, l'Iran sait très bien qu'il signerait son arrêt de mort en attaquant une autre puissance nucléaire. 

 

Ceci dit, la possession de cette arme par la République islamique aurait d'autres conséquences néfastes, qu'il faut dès à présent s'apprêter à gérer, plutôt que de vouloir empêcher un processus ineluctable. 

 

 

Quels risques faudra-t-il gérer si la République islamique obtient la bombe nucléaire? 

 

Il aurait été souhaitable, bien évidemment, qu'un accord fut trouvé, permettant à l'Iran d'accéder au nucléaire civil tout en renonçant à tout programme militaire. Le Brésil et la Turquie étaient d'ailleurs parvenus à un accord similaire - hélas refusé à l'ONU. Mais l'arrogance occidentale a rendu les choses très compliquées: humiliée pendant deux siècles par les ingérences russe, européennes et américaine, la Perse voit dans cette bombe un moyen de retrouver sa grandeur passée et n'y renoncera certainement pas pour les beaux yeux de Nicolas Sarkozy ou Barack Obama. 

 

La jeunesse iranienne supporte de plus en plus mal le régime islamique. Mais chaque nouvelle attaque menée contre la Nation, la rapprochera du régime, par solidarité nationaliste. 

 

Il faut donc s'appréter à en gérer les conséquences, et notamment la plus grave, bien evidemment, le risque de prolifération. L'Arabie Séoudite a d'ores et déjà fait savoir qu'elle entamerait elle-même un programme nucléaire si son rival chiite arrivait au bout du sien. C'est évidemment un risque très grand, que les Etats-Unis doivent s'affairer à limiter dès à présent. 

Plus généralement, un certain nombre d'Etats n'hésiteraient pas à réclamer plus ouvertement le droit à un programme nucléaire militaire, à l'instar de la Corée du Nord, qui a récemment fabriqué sa première bombe. Une conséquence d'autant plus dangereuse à gérer que le Moyen-Orient reste une zone très instable, les révolutions arabes n'arrangeant rien. 

 

L'autre conséquence serait évidemment le nouveau statut international de l'Iran: désormais immunisé à toute attaque, il deviendrait une puissance intouchable et donc, avec laquelle il faudrait traiter tôt ou tard. Ce pourrait même être pour la France l'occasion de renouer des liens avec la Perse, Etat ami et allié solide jusqu'en 1979.

Mais il faut dès à présent s'appréter à changer de diplomatie: cesser les ordres et les menaces et revenir à un dialogue équilibré entre deux grandes puissances. Une révolution diplomatique pour laquelle Nicolas Sarkozy, et encore moins François Hollande, ne semble pas avoir les épaules. 

 

L'élection de Vladimir Poutine en 2012 devrait renforcer le soutien de la Russie à l'Iran, et lui permettre de conserver un allié solide. 

 

 

En fin de compte, l'Iran tire aujourd'hui de la fabrication de cette bombe, au nez et à la barbe de ses adversaires, une revanche pour des décennies d'occupation et d'humiliation. S'il est hors de question de faire de la repentance, il faut néanmoins comprendre l'Etat d'esprit de cette vieille nation et tâcher de s'imprégner de son état d'esprit. Le temps n'est plus aux menaces et aux "sanctions". Il est encore moins aux attaques militaires. Ces mesures ne feront que ressouder la population iranienne, pourtant lasse du régime islamique, autour de son gouvernement. Elles ne feront que nous éloigner d'un pays qui s'apprète à devenir - et si l'on peut le retarder, il semble difficile de l'empêcher désormais - une puissance nucléaire. Ne conviendrait-il pas mieux, désormais, de s'appréter à gérer les conséquences difficiles de cette situation qui s'annonce? Et cela, ne vaudrait-il mieux pas le faire avec l'Iran que contre lui?

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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