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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 22:15

Il est difficile d'expliquer le revirement américain au sujet du Sahara occidental, ce territoire revendiqué à la fois par le Maroc, et par les indépendantistes du Front Polisario. Jusque-là, les Américains soutenaient la position marocaine. Or, en proposant une résolution sur les "Droits de l'Homme" dans la région, ils se sont attirés la colère marocaine. S'agit-il pour Washington de donner un gage à l'Algérie, pour qu'elle cesse de soutenir la Syrie? De faire main basse sur le pétrole découvert au large du Sahara? Ou bien de saboter la réconciliation entre Rabat et Alger? Une nouvelle fois, en tout cas, cette question se retrouve sur le devant de la scène. Une occasion de rappeller le bon droit du Maroc, que la France aurait tout intérêt à soutenir davantage. 

 

La légitimité historique du Maroc

Si l'on regarde l'histoire longue du royaume marocain, on constate une souveraineté discontinue, mais récurrente, sur le Sahara, et ce jusqu'au niveau du Sénégal et du Niger. C'était le cas au XIe siècle, sous la grande dynastie des Almoravides, dont l'Empire s'étendait de Tolède, en Espagne, jusqu'à Tombouctou, au Sahel. C'était également le cas du XVIe au XVIIIe siècle, au cours desquels les tribus vivant au Sahara occidental, mais également en Mauritanie et jusqu'au Sahel était soumises à l'autorité du Sultan marocain. 

La situation ne change qu'au XIXe siècle, lorsque la France et l'Espagne, profitant du déclin du Maroc, le dépècent petit à petit. Les colons français s'emparent de la Mauritanie, du Sénégal, du Niger, puis de l'ouest du royaume qui est rattaché à l'Algérie française. Les Espagnols, quant à eux, prennent le contrôle du Sahara occidental qui se retrouve, de facto, coupé du Maroc. 

Ce n'est que dans les années 1960 que les Marocains envisagent de récupérer leur ancien territoire. Afin de piéger le royaume, alors dirigé par la poigne de fer d'Hassan II, l'Espagne propose un réferendum d'auto-determination au Sahara occidental. Or, le territoire avait été dépeuplé de la plupart de ses habitants marocains, chassés par la colonisation et écartés des listes électorales par l'Espagne. En 1975, Hassan II décide donc d'envoyer des milliers de Marocains reprendre possession du Sahara occidental. Suite à un accord avec l'Espagne et la Mauritanie, le territoire est laissé sous contrôle du Maroc et de son armée. Mais un mouvement indépendantiste, soutenu de l'extérieur, avait eu le temps d'y émerger...

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Pourquoi le séparatisme?

Fondé en 1973, le Front Polisaro ("Front Populaire de la Libération de la Saguïa el Hamra et du Rio de Oro", les deux provinces du Sahara contrôlées par l'Espagne) réclame le départ de l'Espagne, puis du Maroc et de la Mauritanie, du territoire saharien. Son but est la fondation d'une république autonome, qu'il nomme "République Arabe Sahraouie Démocratique". Il s'appuie sur plusieurs tribus locales qui, pour des raisons historiques ou stratégiques, refusent l'autorité du royaume marocain. Mais l'aide principale au Front Polisario est venue de l'étranger, en particulier de l'Algérie et du bloc anti-colonialiste. 

Le soutien de l'Algérie au Front Polisario s'explique pour des raisons géopolitiques avant tout; État enclavé en Méditerranée, il lui fallait une ouverture sur l'Océan Atlantique pour devenir une grande puissance arabe. Par ailleurs, fiers de leur indépendance acquise à la force des armes, les Algériens étaient à la pointe du combat anti-colonial. Pour ces raisons, l'Algérie a toujours soutenu l'indépendance du Sahara occidental, qui aurait été un allié précieux sur l'Atlantique. Face aux assauts de l'Algérie, le Maroc a fait le choix de l'alliance occidentale (notamment française), et s'est aussi rapprochés des États-Unis et d'Israel. C'est donc tout naturellement que les pays non-alignés, ainsi que l'Union Soviétique, l'Iran et Cuba, ont pris partie pour le Front Polisario.

Ce sont donc des rivalités géopolitiques qui expliquent la survivance de ce mouvement de "libération nationale", malgré les coups terribles que lui a porté l'armée marocaine. Sur les plans économique, sociologique et historique, le Sahara occidental, très peu peuplé, ne se distingue pas du reste du Maroc. Le mouvement indépendantiste ne s'appuie donc sur aucune base solide (ethnique, religieuse, linguistique...), mais uniquement sur le soutien de pays étrangers. Le changement de cap américain a montré l'importance du contexte international dans ce processus. 

 

Les dangers d'une indépendance saharienne

Les intérêts de la France - et des souverainistes de façon générale - lui recommandent de soutenir activement le Maroc dans cette crise. Pas seulement parce qu'il est un vieil allié de Paris, mais aussi et surtout pour notre sécurité régionale. La guerre au Mali, et la prise d'otages d'In-Amenas, en Algérie, ont montré les liens troubles qui existent entre le Front Polisario et des groupes terroristes islamistes. La situation sociale désastreuse dans les camps du Sahara occidental y favorise la montée de l'extrémisme religieux. L'indépendance du Sahara occidental, État forcément faible et instable, serait une aubaine en or pour l'ensemble des groupes terroristes de la région, qui pourraient tenter d'en prendre le contrôle, ou en tout cas s'y réfugier. 

D'autre part, on ne rappellera pas le danger qu'il y a à ouvrir la boîte de Pandore du régionalisme. Le Maroc contrôlait le Sahara occidental bien avant que la Corse, la Bretagne ou la Guyanne ne deviennent françaises. Le précédent désastreux du Kosovo a montré les dangers du séparatisme. La France ne peut se permettre de soutenir les mouvements indépendantistes à l'étranger, elle qui s'est tant battue pour garder le contrôle de ses propres territoires.

Quels que soient les choix de Washington, la France devrait donc maintenir sa position traditionnelle: soutien à l'intégrité territoriale du Maroc, rejet du séparatisme, tout en encourageant un règlement pacifique du conflit. Malheureusement, la politique du gouvernement français semble bien trop atlantiste pour aller dans ce sens, et oser utiliser le droit de véto lorsque cette question sera évoquée à l'ONU...

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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