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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 14:10

 

Ravagée par les guerres, la famine et la maladie, l'Afrique noire présente un visage épouvantable et semble-t-il incurable. Et lorsque quelque évènnement pourrait redonner espoir à ses peuples, il est ignoré et passé sous silence par le reste du monde. Paradoxe terrible des journalistes français: pendant tout le mois de septembre, ils ont célébré la démocratie là où elle n'était pas (des Primaires socialistes à la Libye nouvelle, en passant par la Présidente libérienne et son Prix Nobel de la Paix), tout en oubliant l'un des rares pays où elle ait connu une avancée véritablement positive: la Zambie. C'est le 22 septembre dernier, en effet, que ce pays d'Afrique australe organisait des élections dont les résultats sont plus qu'encourageant, tout autant que l'ambiance dans laquelle ils ont été proclamés.

 

 

Une démocratie en marche


Pour la deuxième fois depuis son indépendance (1964), la Zambie connait l'aternance. Face à Rupiah Banda, le candidat du parti au pouvoir depuis plus de 30 ans, c'est en effet le syndicaliste Michael Sata, du Front Patriotique (parti d'opposition), qui a été élu avec 45% des voix. Fait marquant, son rival, qui a obtenu 36% des suffrages, a reconnu sa défaite, allant jusqu'à féliciter son rival "sans mauvais sentiment ni malice". Une réaction digne et rare en cette région du monde.

 

Lewy Mwanawasa, président de Zambie de 1992 à 1998, était en campagne pour sa réélection au moment de sa mort. Son vice-président, Rupiah Banda, avait alors été élu suite à une scrutin marqué par de nombreuses fraudes. 


L'Union Africaine s'est par ailleurs félicitée de la transparence des élections, qui se sont déroulées de manière honnète et loyale - contrairement à celles de 2008, entâchées par les fraudes. Quel chemin parcouru depuis les constitutions de 1964 puis de 1973, qui consacraient le régime de parti unique! Par ce biais, Kenneth Kaunda, père de l'indépendance, disciple de Gandhi, et président de la Zambie depuis 1964, espérait l'ammener progressivement à la démocratie.

Une opération si bien réussie qu'il en fut la première victime, démocratiquement vaincu en 1991. Dix ans plus tard, Levy Mwanawasa devenait président et terminait cette oeuvre démocratique, avant de mourir dans un hôpital de Clamart. 


L'arrivée au pouvoir d'un nouveau parti est donc l'accomplissement de la politique menée par plusieurs despotes éclairés, et marque en fin de compte leur succès. L'indice de démocratie de The Economist place désormais la Zambie devant la Bosnie, la Russie ou l'Arménie, et à égalité avec la Turquie: une belle réussite pour un pays né il y a moins de 40 ans!



Un long chemin parcouru depuis l'indépendance

 

 

Bien qu'issu d'une famille britannique, le nouveau vice-président du pays, Guy Scott, est un Zambien parfaitement assimilé: militant de l'indépendance, patriote farouche, il parle le bemba, langue locale majoritaire. Il est résulte que sa nomination est apparue parfaitement naturelle au peuple zambien, qui le considère comme un compatriote. 


Lorsque la Rhodésie du Nord fut libérée par les Britanniques, en 1963, son avenir ne semblait guère plus radieux que celui des autres colonies d'Afrique noire accédant à l'indépendance. Pays peu peuplé (10 millions d'habitants), dépendant principalement de son agriculture, et divisé en tribus rivales, la nouvelle Zambie semblait dangereusement exposée à la famine et la guerre civile. 


Mais les autorités nouvelles ont su sauver l'unité et la très relative prospérité du pays. L'anglais est resté la langue officielle, par souci de cohésion nationale. Les diverses cultures et tribus composant la Nation ont été reconnues et jouissent de certains droits, tout en restant fidèles au pouvoir central. Catholiques, protestants et fidèles des religions traditionnelles africaines y cohabitent en harmonie.

Signe de cette réconciliation nationale, un Blanc, Guy Scott, est devenu vice-président du pays - et en deviendrait le président en cas de décès de Michael Sata. Une première en Afrique depuis la fin du régime d'apartheid en Afrique du Sud: la Zambie a réussi à construire une Nation arc-en-ciel là où Nelson Mandela avait échoué. 


Enfin, hors de la sphère de la Françafrique, cet Etat a su échapper aux désastreuses ingérences extérieures. Un taux d'éducation en progression (82% des enfants sont scolarisés) et un riche patrimoine (Chutes Victoria, vastes parcs animaliers) donnent au pays une certaine confiance en lui. Le nouveau président s'est d'ailleurs fait élire en condamnant l'ingérence chinoise dans l'économie zambienne, tandis que Levy Mwanawasa avait rejeté sans hésiter les diktats du FMI en 2007. Cette fierté nationale, handicapante à court terme, sera une vraie richesse sur une longue échéance, en permettant au pays de former ses propres élites et sa propre économie. 

 

La richesse de sa faune est un autre atout de la Zambie, qui lutte farouchement contre le braconnage. 



Il ne s'agit pas, bien evidemment, d'idéaliser la situation de la Zambie. Elle est frappée par beaucoup des maux qui affectent ses voisins: le sida y fait des ravages terrifiants, et les médecins y sont peu nombreux, ce qui empêche l'espérance de vie d'y dépasser 40 ans. Lourdement endetté, le pays reste extrèmement pauvre, ce qui fragilise considérablement sa démocratie. Mais les progrès accomplis depuis son indépendance, sa relative stabilité démocratique et la paix qui y règne restent de bons présages. Ce pays prometteur pourrait devenir, un jour, un exemple pour ses voisins, et mérite nos encouragements autant que notre admiration. 

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Aurélien Denizeau - dans Afrique Noire
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