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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 14:20

L'idée d'une intervention militaire au Mali semble faire son chemin dans les cercles gouvernementaux français. Il est visible que, face à sa perte rapide de popularité, François Hollande est tenté de redorer son image intérieure par une guerre - tactique déjà essayée par Nicolas Sarkozy avec la Libye en 2011. Curieux paradoxe: chacun a son avis, favorable ou hostile, sur une intervention au Mali, mais peu de monde comprend les logiques en oeuvre dans ce pays - certains étant même incapables de le placer sur une carte. La situation semble pourtant simple: des intégristes, proches d'Al-Quaïda, ont pris le contrôle du nord du pays, où ils font régner la terreur. Le gouvernement légitime malien, ainsi que beaucoup d'autres Etats africains, demandent une intervention internationale pour chasser ces fanatiques. Mais, dans un cas aussi particulier que celui de cette ancienne colonie française, et avant d'envisager toute action (diplomatique ou militaire), il faut peser soigneusement le pour et le contre. En effet, une participation de la France à une intervention armée est tentante, mais amènerait aussi de sérieux inconvénients, trop souvent passés sous silence. 

 

Comme on peut le constater sur cette carte, le Mali est très clairement divisé en deux zones distinctes: une zone désertique au nord, de culture touarègue et contrôlée actuellement par les islamistes d'AQMI. Et une zone plus fertile au sud, très peuplée, et réunissant plusieurs dizaines de peuples noirs. 

 

 

Retour du prestige français...

 

L'idée d'une intervention française au Mali paraît séduisante à plusieurs titres. Et en premier lieu parce que les extrémistes qui ont pris le contrôle du nord du pays sont une caricature de méchants de films hollywoodiens. À leurs côtés, même les Talibans afghans font figure de progressistes éclairés. Les nouveaux maitres du nord-Mali se revendiquent d'Al-Quaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Ils coupent des mains et fouettent des femmes, ils lapident des couples, ils détruisent le patrimoine culturel local. Ils ont profité des velleités d'indépendance des Touaregs de la région pour y prendre le pouvoir, par la force. Et aujourd'hui, terrorisent les populations locales, tout en refusant (en apparence du moins) de négocier. 

D'autre part, les pays occidentaux ont totalement délaissé la région. Eux, si impatients d'intervenir en Syrie, ferment soigneusement les yeux sur la situation malienne. Il faut dire que le Mali n'a ni gaz ni pétrole, et ne représente pas un grand intérêt géostratégique. Personne n'est prêt à se mobiliser pour un bout de désert saharien, pauvre et sans ressource. La France aurait donc l'occasion d'intervenir seule, ou en coopération avec les pays d'Afrique, mais sans l'aide encombrante de l'OTAN. 

Enfin, cette ingérence n'aurait pas le caractère d'une agression: si elle est réclamée par le gouvernement malien légitime, elle ne sera qu'un coup de main donné par la France à un pays ami. 

 

Des centaines de Maliens défilent à Bamako (sud du pays) pour demander une intervention internationale, en vue de récupérer le nord du Mali. 

 

Dans l'idéal, une intervention française pourrait prendre la forme d'un soutien logistique et militaire aux troupes régulières maliennes, en vue de reprendre le contrôle de leur région nord. Le tout en coopération avec les Etats africains intéressés. Une fois les milices d'Al-Quaïda éradiquées, la France se retirerait, ne laissant sur place que les troupes nécessaires à épauler le Mali dans la reprise en main de l'Etat. Elle aurait gagné la considération des peuples d'Afrique et démontré l'excellence de son armée. 

On se prend à rêver. Mais quelque chose y sonne faux... l'intervention semble trop facile. Et croit-on sérieusement que le nord-Mali ne réclamera plus son indépendance? La France serait-elle vraiment accueillie en libératrice par les populations locales? 

 

 

... ou nouvelle ingérence néo-coloniale? 

 

Les interventions de la France n'ont pas toujours des conséquences très heureuses, loin de là. La guerre en Côte d'Ivoire a eu le triple résultat de déstabiliser terriblement le pays, de le livrer à l'influence américaine, et de ternir l'image française en Afrique Noire. La guerre en Libye a eu sensiblement les mêmes résultats, en plus de chasser des combattants touaregs qui, partant se battre au Mali, ont contribué à la situation actuelle. 

Une nouvelle intervention serait, volens nolens, une ingérence bien malvenue, alors que l'on proclame la fin de la "Françafrique". La France ne doit, en aucun, soutenir des rebelles contre un gouvernement légitime. Pour autant, elle devrait également éviter de soutenir un gouvernement contre des groupes rebelles. 

 

Admettons-en le principe. Si le gouvernement malien la demande, si les intérêts français sont gravement menacés, elle peut se justifier. Mais pour quel résultat? 

Une intervention armée, même préparée à l'avance, même soutenue par les nations africaines, se heurtera à plusieurs problèmes graves. Les islamistes maliens et leurs alliés ne sont pas un pouvoir centralisé et bien organisé. Ce n'est pas une armée traditionnelle que l'on peut renverser en combat régulier. Il s'agit de petits groupes mobiles, bien armés et soutenus par une partie de la population. En un mot comme en mille, la France risque fort de se retrouver face à une guérilla.

Et dans ce cas-là, sa situation sera très inconfortable. Il lui faudra soit se retirer tête basse, soit rester longtemps sur place, au risque de s'attirer l'hostilité des populations locales, et de perdre beaucoup d'hommes et d'argent pour des résulats faibles. 

 

Comme l'indique la légende de cette carte, le nord du Mali fait partie des territoires dans lesquels nomadisent les Touaregs. Alliés aux islamistes afin de gagner leur autonomie, ils n'accepteraient certainement pas une intervention française qui aurait pour but de les remettre sous le joug du gouvernement malien. 

 

Et pour quel résultat? Cette crise a révélé le caractère totalement artificiel du Mali. Au sud-ouest, un territoire noir-africain, de culture sédentaire. Au nord-est, des terres desertiques ou nomadisent les Berbères touaregs, et que des islamistes rigoristes tentent de contrôler. Pour relier ces deux excroissances, un couloir de 200 Km de long, en forme de goulot. Héritée de la colonisation française, cette construction n'a aucune cohérence, ni linguistique, ni raciale, ni religieuse, ni traditionnelle, ni surtout géographique. 

Le Mali n'est pas une nation, mais le mariage forcé de deux entités totalement différentes. Les Touaregs, moins nombreux que que les peuples noirs du sud, ont le sentiment d'être discriminés, ignorés, et ne disposent d'aucun pouvoir. Ils se sont alliés aux islamistes pour reprendre leur autonomie. Mais même si AQMI est chassé, ils n'abandonneront pas ce combat. La France ne peut encourager le séparatisme, mais dans le cas malien, il serait absurde et vain de vouloir le combattre par les armes. 

 

 

Prudence est mère de sûreté...

 

Quelle que soit sa décision, le Gouvernement français ne peut pas s'autoriser l'incroyable légèreté dont il fait preuve jusqu'à présent. En déclarant que la France refusait de négocier avec les islamistes au nord du Mali, François Hollande a bafoué une règle élémentaire de la diplomatie: on ne peut rentrer en guerre contre un adversaire sans avoir essayé toutes les autres solutions, tous les moyens de ne pas faire couler le sang. 

 

La destruction de plusieurs mosquées et mausolées, pourtant part intégrante du patrimoine culturel local, par les intégristes d'AQMI, a beaucoup choqué dans le pays et à l'étranger. Justifie-t-elle à elle seule une intervention? Il reste permis d'en douter...

 

Si le gouvernement légitime du Mali demande une intervention armée de la France, en coopération avec les nations africaines, il ne faut pas la rejeter dogmatiquement. Mais rien n'est plus insupportable que ces va-t'en-guerre qui prônent l'attaque tous azimuts, sans avoir compris que le plus dur n'est pas d'entrer en guerre, mais d'en sortir. 

Séduisante à première vue, une intervention française entrainerait également de gros problèmes d'ordre stratégique et diplomatique. Est-on prêt à les assumer? La France accepterait-elle une guerre qui peut se prolonger? Saura-t-elle gérer le mécontement des populations locales? Comment s'arranger des indépendantistes touaregs? Autant de questions qui doivent être soigneusement pesées, réfléchies.

Tant que cela n'est pas fait, les Français n'ont pas à intervenir au Mali. L'opération risquerait d'être néfaste aux peuples locaux, à l'image de la France, et à ses militaires. Or, il convient de se rappeler qu'une diplomatie ne s'élabore pas sur des coups de tête. Elle doit être pensée à long terme, et en vue de protéger les intérêts de la France. 

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