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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 15:48

Bachar-al-Assad n'est pas un tendre, c'est le moins que l'on puisse en dire. Cette évidence en recouvre une autre: la plupart de nos alliés dans la région ne le sont pas plus. La question n'est donc pas de savoir si le gouvernement syrien agit ou non de façon morale, mais plutôt de se demander ce qui lui vaut une telle réprobation, que l'on épargne à des régimes plus rudes et meurtriers encore.

Bachar-al-Assad apparait en réalité, après la mort de Bourguiba, de Nasser, de Saddam Husseïn, comme l'un des derniers nationalistes arabes. Ces chefs éclairés, élitites, socialistes et laïcs, nationalistes et progressistes, plus admirateurs d'un Atatürk ou d'un Mohammed Mossadegh, que d'un Ibn Séoud, ont toujours été écrasés entre l'alliance incongrue des islamistes et des Occidentaux. Les premiers ne pouvant supporter le caractère séculier de régimes dont le souverainisme et l'anti-sionisme exaspérait les seconds. C'est à cette alliance malsaine que Bachar-al-Assad devra, comme Nasser et Saddam en leur temps, faire face; en se souvenant que le premier y perdit une partie de son territoire, et le second la vie...

 

La Syrie n'est certes pas une démocratie. Mais elle est un pays en plein essor, qui pourra assumer cette transition pacifiquement le moment venu.

 


La Syrie, bête noire de Washington, Ryad et Tel-Aviv


Les Etats-Unis, Israel et l'Arabie Saoudite partagent une profonde aversion pour le régime syrien, pour des raisons qui, d'ailleurs, se recoupent. Bien évidemment, le premier reproche qu'ils adressent à Bachar-al-Assad, comme auparavant à son père Hafez-al-Assad, est son alliance avec l'Iran; ennemi déclaré des Etats-Unis et de l'Etat hébreu, grand rival de l'Arabie Saoudite, soutien du Hezbollah, l'Iran a trouvé chez la Syrie un partenaire fiable et solide, qui lui a permis de sortir de son isolement local.


A cette crainte commune de la Perse, s'ajoutent d'autres considérations: les Etats-Unis savent que la Syrie reste un allié fidèle et solide de leur vieille rivale, la Russie; Israel y voit son dernier adversaire frontalier, d'autant que la question du Golan, territoire syrien illégalement occupé par l'Etat hébreu, n'est toujours pas résolue; enfin, l'Arabie Saoudite rejette résolumment l'idéologie nationaliste et laïciste du régime syrien. 


Bachar-al-Assad reste par ailleurs la bête noire des islamistes, saoudiens notamment; lui-même issu d'une minorité chiite (les Alaouïtes), il préserve la protection relative apportée aux chrétiens et aux autres groupes religieux syriens. Très hostile par ailleurs à l'intégrime religieux, il s'est distingué en tentant, à l'été 2010, de faire interdire la burqa dans les universités syriennes. On comprend que l'Arabie Saoudite n'ait guère apprécié la mesure. On comprend aussi qu'Israel et Washington aient bien plus intérêt à affronter un épouvantail islamiste, qu'un chef d'Etat séculier et progressiste. 

 

Bachar-al-Assad conserve une forte assise populaire, notamment au sein des minorités religieuses, des classes les plus instruites et progressistes, de l'armée et des petits commerçants.


L'aubaine des révolutions arabes


Tant les Occidentaux que l'Arabie Saoudite ont été destabilisés par les révolutions arabes; Ben Ali, Moubarak, étaient leurs alliés proches; pire encore: ils ont échoué à greffer ces révolutions sur l'Iran. Les islamistes ont été tout autant désemparés: pensant rééditer le coup de 1979, ils ont en réalité été écartés du processus révolutionnaire par une jeunesse tunisienne bien determinée à défendre sa tradition séculière et tolérante.


Mais, avec une hypocrisie plus maladroite que calculée, et probablement pour faire oublier leur échec lamentable en Libye, les Américains ont tenté de greffer en Syrie les révoltes tunisienne et egyptienne. Et lorsque l'Empire veut discréditer un régime, il sait y mettre les moyens.

Il a des soldats: les islamistes envoyés d'Arabie Saoudite et d'autres pays arabes pour déstabiliser le régime et le pousser à la bavure -une technique déjà étrennée en Afghanistan et en Tchétchénie contre les Russes. 

Il a une propagande: des internautes américains se font passer pour des bloggueurs syriens et livrent de faux témoignages; les chiffres de massacres sont gonflés, combattants armés et civils sont volontairement confondus. 

Il a des alliés: Israel, l'Angleterre, mais aussi la France et la Turquie qui, l'une après l'autre, ont lâché Bachar-al-Assad, avec qui elles avaient de bonnes relations, par peur des représailles américaines. 


Comme en Irak, comme en Libye, l'Occident utilise les islamistes pour faire tomber un régime hostile; le tout sous couvert de droits de l'homme et de sécurité collective. Les foules occidentales et les foules musulmanes, embrigadés par les prêches de TF1 et des imams, se dressent contre la Syrie. Socialistes et sarkozystes, démocrates et républicains, islamistes et sionistes, se retrouvent unis au sein d'un étrange cortège de donneurs de leçons et de va-t'en guerre. 

 

La spontanéité des impressionnantes manifestations syriennes peut être mise en doute, tant le rôle des provocateurs dans leur déclenchement y est aveuglant.

 

La révolte syrienne est une greffe de l'extérieur; elle a échoué pour cette raison. Le peuple syrien, et notamment chez les classes moyennes, garde son soutien, sinon à Bachar-la-Assad, du moins au régime. Les Syriens, même hostiles au régime, n'ont pas envie de se battre pour l'Arabie Saoudite; encore moins pour les Etats-Unis; et surtout pas pour Israel. Mais Bachar-al-Assad ne conservera ce soutien que s'il met un terme aux massacres. Il peut compter sur son peuple. Il peut compter aussi sur l'Iran et la Russie, ses deux vieilles alliées. Mais à condition de ne pas céder aux provocations des islamistes et des agents de l'étranger, qui veulent le pousser à la bavure. S'il ne tombe pas dans leur piège, qui avait déjà fait sombrer Saddam, il peut être sûr que son peuple, Moscou et Téhéran empêcheront la chute d'un des derniers nationalistes arabes au pouvoir. 

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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Christine Corniot 14/06/2012 13:13


Bonjour Aurélien


Quelques commentaires à 1 an de distance ...


Tous les grands médias occidentaux quasi à l'unisson, participent à une campagne de désinformation au quotidien, qui dure maintenant depuis un an :


- victimes civiles et combattants armés volontairement confondus dans les bilans des violences


- alors qu'il s'agit clairement d'une guerre civile, avec une forte implication de combattants étrangers, il n'est jamais question d'autre chose que "d'élever la pression diplomatique
internationale contre le régime de Bachar el Assad"


- on passe sous silence ou on minimise le fait que l'opposition syrienne n'a guère de visage politique présentable


- on feint surtout d'ignorer l'avenir peu radieux qui se profile à l'horizon si la Syrie devient la proie de l'anarchie et de l'arbitraire (sunnites contre chiites, kurdes, disparition
des chrétiens...) à l'image de l'Irak son voisin, après une chute éventuelle du régime baasiste.


Combattants anti-Assad : certains Palestiniens des camps libanais sont d'ores et déjà engagés dans les attaques menées à partir du nord-Liban. Les Palestiniens ont un contentieux ancien avec
le régime syrien, qu'ils accusaient (du temps d'Assad père) de s'entendre avec Israël à leur détriment. Je ne dis pas que ces accusations étaient fondées mais le fait qu'elles aient existé est
indéniable (un film-allégorie palestinien très dur avait été tourné sur ce sujet dans les années 1960, il était intitulé" Les Dupes"). Le régime syrien était réaliste et en tant que tel, il
s'accommodait de l'existence d'Israël, d'où le ressentiment des jeunes Palestiniens dans les camps ou à Gaza.


Pour résumer : Greffe de l'extérieur : oui - mais qu'elle a échoué : je n'oserais le prédire étant donné l'énormité de l'ennemi et l'énormité des moyens - en matériel et en propagande - mis
en oeuvre.


A suivre


Cordialement - Christine Corniot

Aurélien Denizeau 07/08/2012 12:15



Bonjour Christine, en effet, l'affaire est toujours en suspens, et l'Occident ne désarme pas facilement! Attendons de voir ce qui se passera par la suite. Merci en tous les cas pour ces rappels!


 


Aurélien