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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 21:25

La mission de l'Algérien Lakhdar Brahimi, visant à entamer des négociations pour la paix en Syrie, a échoué avant même d'avoir commencé; personne n'ose encore l'avouer, mais tout le monde l'a déjà compris. Cela ne tient pas, certes, à la personnalité du négociateur: Lakhdar Brahimi est un homme d'expérience, qui s'était battu pour la paix et la réconciliation nationale dans des pays aussi tourmentés que le Liban ou l'Irak. On pouvait donc espérer qu'il parvînt à ouvrir un dialogue entre les rebelles et le gouvernement syrien, afin de s'acheminner vers des négociations de paix. 

 

Reçu par Bachar-al-Assad, Lakhdar Brahimi devrait par la suite poursuivre ses entretiens avec plusieurs dirigeants arabes. Pour une issue qui semble fort compromise. 

 

Mais il a échoué, pour une simple et bonne raison: les rebelles syriens (via l'ASL, "Armée Syrienne Libre") ont refusé sa médiation. Un de leurs chefs, Abdel Jabbar al-Oqaidi, s'est dit convaincu de son échec, ajoutant qu'un régime qui "dirige le pays par la force ne peut être renversé que par la force". Or, pour négocier, il faut être deux. Si l'une des parties s'y refuse, le négociateur n'a plus qu'à rentrer chez lui, aussi talentueux soit-il. 

 

De cet échec, non encore avoué mais pratiquement inévitable, découlent quelques observations.

 

 

En premier lieu, c'est là une nouvelle preuve, s'il en fallait encore, que les rebelles syriens ne souhaitent ni la paix, ni la démocratie. Au sein de la rébellion, les opposants pacifistes, progressistes, démocrates, ont été submergés par des milices intégristes qui se moquent du peuple syrien. Souvent venus de l'étranger (y compris de France), ces combattants ne cherchent qu'un seule chose: la chute du régime de Bachar-al-Assad. S'ils y réussissent, ils pourront tenter de prendre le pouvoir à Damas. S'ils échouent, ils peuvent toujours se replier dans les pays voisins, laissant la Syrie en ruine.

 

On a d'ailleurs pu constater une nouvelle fois le rôle néfaste du Qatar dans la crise syrienne. Convoqué par le Premier Ministre qatari, Hamad Bin Jassem, le négociateur algérien lui aurait répondu que "s'il veut me voir, il n'a qu'à venir à mon hôtel". Un avant-goût de sa discussion avec les Qataris, dont il a repoussé sêchement toutes les exigences, souvent délirantes. 

Il était alors évident que le Qatar allait tout faire pour saboter la mission de Lakhdar Brahimi, y compris pousser les rebelles à se radicaliser et à refuser tout compromis. 

 

Inversement, et contrairement à ce que prétend la propagande occidentale, la Russie et la Chine ont fait preuve de pragmatisme et d'ouverture, en soutenant d'emblée la tentative du négociateur algérien. Ce qui, dans le fond, est tout à fait logique; il est évident que la Russie a tout intérêt à rétablir la paix en Syrie, son meilleur allié en Méditerranée, qui abrite sa seule base militaire éloignée. 

 

Enfin, alors que les combattants rebelles ont rejeté toute tentative de paix, Bachar-al-Assad s'est montré beaucoup plus conciliant que quelques mois auparavant, en recevant cordialement le négociateur Brahimi, et en écoutant ses propositions. 

Bien évidemment, ce n'est ni par humanisme, ni par faiblesse, que le Président syrien s'ouvre à la négociation. C'est tout bonnement parce qu'il est désormais en position de force: la capitale, Damas, a été sécurisée, et les groupes armés ont été écrasés à Alep. Tant qu'il était en situation de faiblesse, Bachar-al-Assad s'est montré intransigeant; mais désormais, il a assez de cartes en main pour négocier une paix qui lui serait aussi profitable qu'à ses adversaires. 

 

Une caricature syrienne résume ainsi la situation de la communauté internationale: les Etats-Unis et Israel seraient les tuteurs de l'Arabie Séoudite et du Qatar; derrière, les pays occidentaux (France, Italie, Turquie, Royaume-Uni...) suivraient ce quatuor, comme des caniches. 

 

 

Une dernière inconnue demeure: l'attitude à venir de Occidentaux. Ils peuvent choisir de suivre les rebelles et le Qatar dans leur instransigeance, et envisager un soutien accru à l'opposition, voire une intervention militaire. En ce cas, le régime syrien se trouverait grandement menacé. Inversement, il se peut que les récents évènements en Libye (l'ambassadeur américain assassiné par des groupes islamistes que l'Occident avait précédemment soutenus, contre le colonel Kadhafi) changent le point de vue des Occidentaux et les pousse à la prudence. En dernier lieu, c'est bien d'eux, et non point de Lakhdar Brahimi, que dépendra l'avenir de la Syrie: seule la pression occidentale pourrait pousser les rebelles à accepter une paix dont le pays a de plus en plus besoin. 

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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