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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 21:08

On glosera longtemps sur les circonstances qui ont ammené à la Syrie à la situation de guerre civile dans laquelle elle se trouve aujourd'hui. Insurrection légitime d'un peuple opprimé par un pouvoir tyrannique? Soulèvement islamiste en vue de briser le pouvoir séculier baasiste? Déstabilisation par l'Occident d'un allié solide de l'Iran? Un peu tout à la fois, probablement, ce qui explique la complexité d'un pays sur lequel les Occidentaux portent un regard pour le moins simpliste. Il sera très difficile de mettre fin au bain de sang, mais la Russie, si critiquée pour son "immobilisme", pourrait bien être la dernière chance de pacifier le pays. 

 

Les villes de Homs et Hama sont les principaux foyers d'insurrection en Syrie, tandis que Damas et la côte méditerranéenne restent acquises au régime du parti Baas. 

 

 

Le nécessaire retrait des Occidentaux et des Arabes

 

Les Occidentaux, en effet, sont totalement discrédités pour offrir toute médiation. S'alignant sur les thèses américaines, les pays d'Europe, et notamment la France et la Turquie, ont fait de Bachar-al-Assad la cause de tous les problèmes syriens. Ce qui les a ammenés à une conclusion totalement erronée: il suffirait que le régime baasiste tombe pour que s'arrête le bain de sang. 

Les Américains, "grands enfants" de la politique étrangère*, et les Européens, ont oublié que la morale ne fait pas une diplomatie. Peu importe qu'un dictateur soit le dernier des salopards: sa chute ne règle rien. Le renversement du régime de Kadhafi, remplacé par les islamistes du CNT, l'a bien montré. Mais en adoptant cette position de principe, les Occidentaux ont perdu de facto toute l'influence qu'ils auraient pu avoir sur le régime syrien, et donc toute chance de calmer la situation. 

 

Le Qatar, dirigé par le cheikh Hamad Ben Jassem Al-Thani, fait partie de ces Etats qui profitent de la situation en Syrie pour renforcer leurs liens avec l'Occident tout en s'affirmant sur la scène arabe. 

 

Quant à la Ligue Arabe, sa position est encore plus délicate. Ridiculisée par Bachar-al-Assad, manipulée par les Occidentaux, elle porte en elle toutes les contradictions du monde arabe. C'est l'Arabie Séoudite, l'une des pires dictatures au monde, qui donne des leçons de démocratie à la Syrie. Et dans le même temps, l'opposition syrienne lui reproche de n'en faire pas assez! Ecartelée entre son hostilité à Bachar-al-Assad et la peur du changement, ses leçons de droits de l'homme et ses dictatures, la Ligue Arabe a été immédiatement décrédibilisée, aussi bien pour le gouvernement que pour l'opposition syrienne. 

 

 

La médiation russe, dernière issue envisageable

 

La Russie est aujourd'hui le dernier allié puissant de Bachar-al-Assad. L'Iran est trop occupé à se défendre face l'agressivité des Occidentaux. La Chine est contre toute intervention étrangère, mais n'a aucun lien spécifique avec la Syrie. Moscou reste son dernier partenaire fiable et solide. 

D'autant plus fiable et solide que la Syrie est le seul pays qui offre aux Russes et à leur marine un accès à la Méditerranée. Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev pouvaient se permettre de voir tomber Kadhafi. La chute d'Al-Assad, en revanche, serait un revers terrible pour eux. 

 

Bachar-al-Assad est pour Vladimir Poutine un allié solide. Réaliste convaincu, le Président russe sait très bien qu'il a tout intérêt à ce que cessent les massacres en Syrie. 

 

Dans le même temps, la Russie a tout intérêt à calmer le régime syrien. D'abord, parce qu'il est préférable pour elle que ses bases se trouvent en pays stable. Ensuite, parce qu'elle est sous pression de l'Occident. Moscou a plusieurs fois mis le régime syrien en garde.

Mais surtout, la Russie propose depuis longtemps un plan de médiation entre les deux parties, qui mettrait à la même table le gouvernement syrien et les opposants. Dans une telle situation, il faudrait que chaque camp vienne animé d'intentions sincères et pacifiques, et de bonne volonté. 

Bachar-al-Assad devrait faire de grosses concessions: libéralisation du régime, sanctions contre les bavures de l'armée, voire retrait personnel du pouvoir. Il y consentira toutefois bien plus facilement poussé par la main de fer de Moscou, dans un gant de velours, que par les injonctions de l'Occident et de la Ligue Arabe en lesquels il n'a aucune confiance. 

 

 

Et sinon? La catastrophe!

 

Ce plan, répond-on de part et d'autre, est innaplicable. Bachar-al-Assad n'acceptera jamais de quitter le pouvoir. L'opposition n'acceptera pas de négocier avec lui. Etc. Pourtant, il est la dernière chance de la nation syrienne. Toutes les alternatives, en effet, sont calamiteuses. 

 

La répression des révoltes islamistes de Hama, en 1982, avait été menée avec une effroyable violence, laissant des dizaines de milliers de morts, et un tiers de la ville rasé...

 

Bachar-al-Assad peut, bien sûr, finir par gagner sa guerre. Bénéficiant du soutien d'une moitié de la population, il peut réussir à écraser les rebelles partout, tant qu'il a l'armée en main. Mais une telle solution est humainement inenvisageable. Cela signifierait, en effet, un massacre similaire à celui qu'avait connu le pays en 1982. Destructions de villes, écrasement impitoyable des combattants ennemis, victimes civiles par dizaines, attentats, seraient le lot du pays pour plusieurs mois encore. Même "pacifiée", la Syrie aura perdu dix ans. Et les lourdes rancoeurs de l'opposition annonceront de nouveaux soulèvements pour l'avenir...

 

Si Bachar-al-Assad tombe à l'issue de la guerre, le résultat sera tout aussi désastreux. La victoire des islamistes ammènera également une lourde répression de tous ceux soupçonnés d'avoir soutenu le pouvoir: membres du Baas, civils de Damas, et surtout, les minorités religieuses alaouïte et chrétienne, qui risquent de subir le même sort que les chrétiens d'Irak. 

Au niveau géopolitique, cette issue laisserait l'Iran isolé face à ses adversaires arabes et israélien. Elle marquerait le triomphe de la théocratie saoudienne, et risquerait de provoquer une dangereuse instabilité pour le Liban, Israel et la Turquie. 

 

Face à cette peste et ce choléra, le remède russe, aussi dur soit-il à avaler, serait un bien moindre mal. 

 

 

 

*selon le mot de Tarek Aziz, ex-ministre des Affaires étrangères de Saddam Hussein

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Aurélien Denizeau - dans Diplomatie
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Clovis Simard 06/08/2012 04:15


Blog(fermaton.over-blog.com).No.7- THÉORÈME NATION. -La société et les mathématiques ?