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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 21:30

Suite à l'excellent article de Paul-Marie Coûteaux consacré à la spectaculaire réémergence de la Turquie, le site "Le Gaulois.info" publie une lettre ouverte de François Buy-Rebaud qui exprime son désaccord:

 

 

Un article qui fait suite à  celui  de Frédéric Pons de votre hebdomadaire  soulève ma perplexité.
Dans le N° du 6 octobre dernier,  P.M. Couteaux, après un éloge appuyé de la Turquie,  et la question "Où est l'intérêt de la France ", écrit : "La construction d'un couple franco-turc dégagerait des complémentarités ô combien fructueuses.»
Ceci dans la perspective de rapprochement de deux puissances méditerranéennes, et " face à la prétention des puissances extérieures anglo-saxonnes."
 

Ceci me semble en contradiction avec une phrase précédente du même texte de l'auteur : "...une Europe qui en est réduite à ouvrir ses portes au nouvel empire (ottoman), comme on se soumet."
Car en effet  l'entrée de la Turquie dans l'U.E. est imminente, donc son accès à l'espace Schengen.
Remplacer le couple franco-allemand, Allemagne pesant plus lourd que la France, par un couple franco-turc pareillement déséquilibré me parait éminemment  dangereux.
Sans remonter à la bataille de Lépante, aux deux sièges de Vienne, quand l'Europe de l'Ouest faillit connaitre le même destin que les Balkans, (et il ne faut pas oublier les leçons de l’Histoire), le pays qui fut "la grand homme malade de l'Europe" reconquit son aura grâce au laïc Mustapha Kemal.
Or l'idée kémaliste est en voie de déchirement.
C'est à dire que, comme vous l’écrivez dans ce même n° du 6/10 : "Comment l'Islam va changer la France et l'Europe."
Est-ce là l'intérêt  de la France évoqué par votre chroniqueur ?
La question est posée.
Françoise Buy Rebaud

 

Á  la lecture de cette intéressante réponse - et de commentaires moins bien inspirés, publiés par des lecteurs - il m'a semblé nécessaire de faire une petite mise au point sur ce qu'entendrait une redéfintion des rapports franco-turcs.


Dans sa lettre ouverte, Françoise Buy-Rebaud réaffirme haut et fort son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. C'est une position tout à fait respectable, et partagée par nombre de souverainistes (c'est aussi la mienne, du moins tant que l'UE n'aura pas été modifiée en profondeur). 

Toutefois, envisager toute relation avec la Turquie sous le prisme européen, qu'est-ce, sinon se soumettre à la pensée européïste? La diplomatie française ne pourrait, alors, s'appréhender que par le prisme européen? La France ne pourrait se rapprocher de la Turquie qu'en la laissant intégrer l'UE? 

 

Paul-Marie Coûteaux s'inscrivant dans une mouvance gaulliste et souverainiste, et non pas européïste et occidentaliste, il est évident que cette invitation à se rapprocher de la Turquie, ne signifie pas que la Turquie doive intégrer l'UE- ce qu'elle veut d'ailleurs de moins en moins. 

 

 

C'est donc, évidemment, dans un cadre de nations souveraines et indépendantes, et non dans celui de l'UE, que doit se comprendre ce "couple franco-turc" qu'imagine Paul-Marie Coûteaux. Françoise Buy-Rebaud craint la mise en place de ce partenariat, l'estimant "éminemment  dangereux". Parce qu'elle l'assimile au "couple franco-allemand" tel qu'il est traditionnellement désigné au sein de l'UE.

Il est vrai que ce couple est dangereux, parce qu'il cherche à lier et à fusionner des politiques économiques, financières, industrielles et agricoles opposées. Et il est hors de question de faire la même erreur avec un autre Etat, comme la Turquie. 

En revanche, dans une configuration où les Nations seraient libres et indépendantes, ces relations seraient tout autre. Il s'agirait simplement que ces deux grandes puissances méditérranéennes que sont la France et la Turquie se consultent, se renforcent et se soutiennent sur les grands problèmes régionaux. En effet, sur le dossier israélo-palestinien, libyen, syrien, iranien, pétroliers, militaire, et de l'OTAN, leurs positions sont souvent proches, parfois similaires. Cela impliquerait aussi une coopération plus poussée, dans le domaine culturel par exemple. 

 

En un mot comme en mille, loin d'être, comme le craint Mme. Buy-Rebaud, une mauvaise copie du couple franco-allemand, le couple franco-turc ainsi souhaité ne serait qu'une nouvelle relance de l'alliance séculaire entre les Français et les Ottomans

 

La bataille de Lépante est souvent vu comme un premier choc des civilisations, entre l'Europe chrétienne, et l'Empire Ottoman musulman. Alliée des Turcs, ennemie des puissances européennes, la France échappait déjà à cette logique de guerre civilisationnelle. 

 

Et c'est là que cette lettre ouverte pêche: l'Histoire est appellée en renfort pour présenter la Turquie sous un jour particulièrement menaçant. Ainsi l'auteur fait-elle appel "à la bataille de Lépante, aux deux sièges de Vienne, quand l'Europe de l'Ouest faillit connaitre le même destin que les Balkans". Diantre! à quel danger aurions-nous échappé là!

Á ceci près que, tant lors de bataille de Lépante (victoire des flottes italienne et espagnole sur les Turcs), que des sièges de Vienne, la France était une adversaire farouche de l'Espagne de l'Autriche, aussi bien qu'une fidèle alliée de l'Empire Ottoman. Et ces défaites, que mentionne Françoise Buy-Rebaud, étaient en réalité de bien tristes nouvelles pour la France et sa sécurité. 

 

Sur un point, la réponse de Mme. Buy Rebaud vise tout à fait juste: les tentatives récurrentes du gouvernement AKP de remettre en cause le modèle kémaliste. Pour autant, cela nous interdit-il de renouer des relations avec une vieille alliée, à l'heure où elle s'avère une puissance économique, culturelle et diplomatique déterminante? Car à tout prendre, c'est bien là que se trouve l'intérêt de la France, et sous dans cet état d'esprit que l'on doit appréhender l'analyse de Paul-Marie Coûteaux. 

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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