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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 01:10

     A quelques jours de la tentative d'admission à l'ONU de la Palestine, la diplomatie français entretient un flou savant sur ses intentions. Il est d'ailleurs probable que le Chef de l'Etat n'a pas encore pris de décision claire; tiraillé entre les faucons et les gaullistes qui le conseillent, Nicolas Sarkozy n'arrive pas à trancher. Mais il est temps pour la France de prendre une décision courageuse, qui ne peut que lui être hautement bénéfique; quand bien même les Etats-Unis mettraient leur véto au résultat final, la reconnaissance de la Palestine sera une occasion pour la France de retrouver une diplomatie d'ouverture et d'indépendance nationale.

 

Après son succès diplomatique en Libye, Nicolas Sarkozy dispose là d'une occasion unique de regagner une statue d'homme d'Etat. A un an des élections présidentielles, cela ne se refuse pas...

 

 

Un refus de la France? Une tâche sur notre drapeau!

 

Rares sont les Etats qui refuseront l'admission de la Palestine à l'ONU; en plus d'Israel (qui pourtant obtiendrait ainsi les deux Etats qu'il demande depuis longtemps), on peut s'attendre au refus (et donc au véto) des Etats-Unis, ainsi que de leurs soutiens les plus fidèles, comme l'Allemagne, la République Tchèque ou les Pays-Bas. On peut y rajouter la Jordanie, en raison de logiques stratégiques. 

La France n'a ni le droit, ni intérêt, à faire partie de cette coalition. Si la demande palestinienne doit échouer, Barack Obama doit en être le seul responsable; il est hors de question que la France y soit associée. 

 

En refusant la création d'un Etat palestinien, la France serait reléguée, voire confirmée, dans son rôle de vassale de l'Amérique. Elle qui, il y a 40 ans, défiait l'hégémonisme américain, se retrouverait dans la liste des pays soumis à l'Empire et dépendant de sa politique. Eh bien non! L'Amérique est une amie, mais elle n'est pas un maître! Et lorsque nous défendons une politique différente, il faut savoir l'assumer et la concrétiser! La France doit cesser de viser la place du fidèle second de l'Amérique, car cette place sera toujours occupée par le Royaume-Uni. En refusant l'Etat palestinien, la France n'apparaitrait même pas comme le sauveur d'Israel (protégé de toute manière par le véto américain), mais comme un Etat-laquais. Nicolas Sarkozy en serait aussi ridiculisé que Tony Blair en sont temps. Comment veut-on, alors, que tant de jeunes Français qui ne demandent qu'à aimer leur pays, n'arrivent plus à croire en lui?

 

 

Une reconnaissance de la Palestine renforcerait, par exemple, le caractère illégal du mur israélien qui empiète sur son territoire.

 

Une abstention: ou comment rater son rendez-vous avec l'Histoire

 

Certains en France prônent l'abstention lors de ce vote délicat, espérant ainsi satisfaire les Arabes sans nous attirer les foudres des Israéliens. Outre ce qu'une telle politique a de lâche, elle serait hautement contre-productive. 

 

Il est un fait, tout d'abord, c'est que la France est le seul Etat occidental, avec les Etats-Unis, à s'être tant impliqué dans le règlement du conflit israélo-palestinien. Prenant parti tantôt pour l'un, tantôt pour l'autre, des bélligérants, elle a toujours maintenu une présence active; avant tout, c'est la paix et le compromis qu'a recherché la France; souvent de façon trop timide, mais sincère. Puissance atomique, occidentale mais indépendante, populaire dans le monde arabe, et fière de ses nombreux citoyens juifs et arabes: la France a tous les atouts pour être un partenaire essentiel pour la paix. Et ce, même s'ils ont été sévèrement mis à mal par les politiques de François Mitterrand et Nicolas Sarkozy. 

Est-il envisageable qu'au cours d'un vote si important pour l'avenir de la région, la France s'abstienne, perdant du même coup tout investissement dans le conflit? Est-il acceptable qu'elle fasse preuve d'un tel désintérêt pour cette région dont elle s'est si souvent préoccupée?

 

Non, très clairement. Mais il est un autre fait: c'est que la France ne retirerait de cette abstention aucun bénéfice; les Israéliens critiqueraient son repli; les Arabes mépriseraient sa pusillanimité; les Européens perdraient en elle toute confiance pour jouer un rôle diplomatique actif. En somme, une abstention serait presque aussi suicidaire, en termes diplomatiques, qu'un vote hostile. Ce dernier ferait de la France un vassal. L'abstention la rendrait inexistante au plan international. A quoi servirait-il de refuser de rallier le camp américain, si c'était pour se tenir en retrait?

 

 

Napoléon III, libérant l'Emir Abd-el-Kader, dont il admirait tant le courage que le dévouement, fit preuve d'un grand respect à l'égard des peuples arabes. Il suivait la voie de son oncle Napoléon 1er, tout en traçant celle du Général de Gaulle.

 

Soutenir la reconnaissance de la Palestine et s'inscrire dans la tradition diplomatique française

 

La France doit soutenir la demande de reconnaissance des Palestiniens avant tout par respect de justice: il est temps qu'un peuple qui se bat depuis si longtemps pour sauvegarder un petit Etat ait droit de voir ce dernier reconnu. Reconnaitre la Palestine, c'est avant tout marquer que les colonies israéliennes en Cisjordannie sont illégales et doivent être, tôt ou tard, démantelées. C'est aussi déclencher un choc qui peut être salutaire; Benjamin Netanyahou pourrait négocier sans subir la pression des extremistes religieux; le Hamas, intégré au gouvernement d'union nationale, se verrait ainsi obligé de reconnaitre Israel; c'est donner une nouvelle base à des négociations qui patinent actuellement, et c'est pourquoi les Etats-Unis ne devraient pas mettre leur véto.

Mais c'est aussi parce qu'elle y a tout intérêt que la France doit reconnaitre l'Etat palestinien; tout d'abord, elle s'attirerait ainsi la reconnaissance de nombreux pays non-alignés; d'autre part, ce serait l'occasion de reprendre pied diplomatiquement en Europe (l'Espagne, la Grèce, et bien d'autres pays, prévoyant de reconnaitre la Palestine) et d'infliger un camouflet à l'Allemagne, hostile à cette reconnaissance. 

 

Mais au-delà de toutes ces considérations immédiates et matérielles, c'est tout simplement parce qu'elle respecterait ainsi sa longue tradition diplomatique que la France doit reconnaître l'Etat de Palestine. Cette tradition diplomatique repose sur quelques piliers essentiels, dont trois au moins nous intéressent.

 

L'indépendance nationale est la clé de la diplomatie française, et ce depuis que la France existe en tant qu'Etat; rarement une politique étrangère sera demeurée aussi constante au sein de notre pays. Les Français veulent être indépendants, comme ils l'ont été sous leurs rois, leurs empereurs, et la plupart de leurs Républiques. En 2011, être indépendant, c'est refuser les double diktats de Washington et d'une Union Européenne contrôlée par l'Allemagne. C'est savoir faire entendre sa différence au sein du camp occidental. C'est cette différence et cette indépendance que la France doit marquer en reconnaissant la Palestine.

 

L'amitié avec le monde oriental, ottoman puis arabe, est une autre grande flêche de la diplomatie française. De François 1er s'alliant aux Ottomans, à la défense des Arabes de Jérusalem par Jacques Chirac, en passant par Napoléon III, "Empereur des Arabes", la politique étrangère resta toujours imprégnée d'orientalisme. N'était-on pas en pleine turqueries à Versailles, alors même que le reste de l'Europe battait l'Empire Ottoman à Lépante? Ne défendit-on pas la paix au Liban quand Iran et Israel s'y livraient bataille? Ne dénonça-t-on pas la guerre en Irak lorsque l'Occident s'y engagea?  La France est certes l'amie des Etats-Unis, et entretient de bons rapports avec Israel. Mais notre vieille amitié avec le monde arabo-musulman doit être revigorée par un geste symbolique fort; une reconnaissance de la Palestine en serait le meilleur gage. 

 

Enfin, la défense des peuples non-alignés est une constante de la politique française depuis l'arrivée au pouvoir du Général De Gaulle. Amie de la Chine, du Mexique, de l'Egypte, la Vème République rechercha sans cesse l'amitié des pays émergents, de tous ceux qui refusaient de se laisser enfermer dans une confrontation entre capitalisme américain et communisme soviétique. Aujourd'hui, elle a gaspillé le potentiel de sympathie qu'elle avait obtenue en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique, par son soutien à ces pays émergents et indépendants. Il est temps qu'elle le regagne, en défendant au conseil de sécurité la cause palestinienne, comme le font ailleurs la Chine, l'Inde, le Brésil, le Vénézuela ou l'Afrique du Sud. 

 

Son coup d'éclat à Jérusalem rendit Jacques Chirac populaire dans l'ensemble du tiers-monde. N'est-il pas temps pour la France d'y retrouver un capital de sympathie?

 

 

La France n'a donc pas le droit de voter contre la reconnaissance de la Palestine ou de se retirer de ce débat; elle n'a pas le droit d'abdiquer une nouvelle fois son indépendance et sa souveraineté, de subir un nouveau recul diplomatique, de décevoir ses partenaires et les peuples qui croyaient en elle. La France doit rester fidèle à elle-même, elle doit demeurer l'amie des peuples émergents, des peuples arabes; elle doit montrer à ses alliés occidentaux sa capacité à agir par elle-même, à prendre des décisions courageuses. L'issue du vote ne fait hélas guère de doute: Barack Obama, par son véto, bloquera la reconnaissance de la Palestine. Mais la France n'a pas le droit de s'associer à cette nouvelle forfaiture, sous peine de perdre une nouvelle fois tout ce qui faisait sa grandeur, sous peine de décevoir une nouvelle fois tous les peuples libres de ce monde. 

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