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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 17:20

La fin de la guerre froide prive James Bond de son univers de prédilection, et la série semble devoir s'arrêter avec Permis de tuer, en 1989. En outre, tous les romans et toutes les nouvelles de Ian Flemming ont été adaptés, et l'inspiration vient cruellement à manquer. Mais la sage est rentable et les maisons de productions ne peuvent ainsi laisser mourir la poule aux oeufs d'or. Il faut tout de même six ans pour que soient trouvés un réalisateur, un scénario et des acteurs capables de faire revivre James Bond. 

Pendant près de dix ans, la série s'américanise: beaucoup d'action, effets spéciaux à volonté et scénarios aussi dantesques qu'improbables. Cela n'empêche pas le développement d'une propagande plus décousue, mais toujours présente. Deux figures principales de méchants se détachent: l'une d'elle et traditionnelle, c'est celle du mégalomaniaque qui attise les rivalités entre puissances (Angleterre et Russie, Angleterre et Chine, Etats-Unis et Corée du Nord...) pour satisfaire ses ambitions. La deuxième est plus nouvelle et annonce le siècle à venir: c'est celle du "terroriste", agent de la peur et de la destruction, s'appuyant sur des réseaux plus que sur des Etats, et, de fait, bien plus dur à stopper. 

En 2006, Casino Royale change délibérément d'orientation, et fait repartir la série à zéro. Déconnectés des précédents films, les James Bond se veulent désormais plus réalistes, et plus fidèles au personnage brutal et archaïque de Ian Flemming (ce qui ne se combine pas toujours facilement avec l'époque moderne...) L'intrigue diplomatique passe désormais au second plan, et se détache totalement des réflexes de la guerre froide. Quantum of Solace se permet même une dénonciation discrète mais réelle de l'impérialisme américain et des aveuglements britanniques. 

 

Introduction du féminisme dans la série: M, chef des services secrets britanniques, est désormais une femme, interprétée par Judi Dench, et ce tout au long des épisodes post-guerre froide. 

 

Goldeneye (1995), réalisé par John Glenn, relance la saga et place James Bond dans le contexte de l'après-guerre froide. Les vieilles traditions perdurent, et l'on assiste à un traditionnel affrontement entre "bons Russes" (le ministre de la Défense, la belle informaticienne Natalya Simonova...) et "méchants Russes" (Xenia Onatopp, tueuse géorgienne sado-masochiste, et le Général Ouroumov, belliciste effréné). Sans oublier des personnages plus ambigüs, comme Valentin Zukovsky, ancien agent du KGB reconverti dans la maffia, adversaire et allié de Bond tout à la fois...

Le principal adversaire de l'agent 007, ici, n'est autre que l'agent 006, Alec Treveylan, ancien ami de James Bond. Il fait partie de la minorité cosaque, qui, pour avoir collaboré avec les nazi, fut trahie par les Britanniques et livrée aux représailles de Staline. Pour échapper à la mort, le père d'Alec Treveylan se suicida, après avoir tué sa femme. Son fils cherche à se venger des Russes et des Anglais, en volant le satellite des premiers pour attaquer Londres avec. 

Le film reprend un certain nombre de clichés de l'époque. Ainsi apprend-on que Treveylan a été "le principal fournisseur de l'Irak pendant la guerre du Golfe". Diabolisation oblige. C'est d'ailleurs l'une des seules allusions au Moyen-Orient que l'on puisse trouver dans un James Bond. 

 

Demain ne meurt jamais (1997) reprend une intrigue on ne peut plus classique des James Bond, celle du criminel puissant qui dresse deux puissances l'une contre l'autre. On note cependant quelques innovations; Eliott Carver, adversaire principal de James Bond, veut déclencher une guerre entre le Royaume-Uni et la Chine, qui remplace ainsi l'Union Soviétique dans le rôle du "rival mais allié". La propagande anti-chinoise des vieux films laisse ainsi place à un appel au rapprochement anglo-chinois. James Bond sympathisera d'ailleurs avec une espionne des services secrets chinois. Quant au fauteur de guerre, il n'est plus membre d'une organisation secrète ou d'un groupe paramilitaire, mais... patron d'une grande chaîne de médias. Et c'est en utilisant l'arme médiatique - satellittes, télévisions et journaux - qu'il compte déclencher sa guerre. Une trouvaille visionnaire, quant on se rappelle le rôle des médias dans les guerres des Balkans, d'Irak ou de Libye...

 

Stamper, un méchant Allemand. 

 

Le film n'échappe pas aux caricatures: Carver et la plupart de ses hommes de main sont allemands, et son bras droit, Stamper, est une caricature d'Aryen que l'on croirait tirée des affiches de propagande des jeunesses hitlériennes. 

La Russie est représentée comme une puissance faible et inoffensive, dont le représentant est obligé de demander l'aide des Britanniques afin de stopper les trafics d'armes à sa frontière. C'était l'époque où, en Occident, beaucoup vendaient la peau de l'ours russe, croyant l'avoir tué avant qu'un certain Vladimir Poutine ne vienne doucher leur enthousiasme...

Demain ne meurt jamais se concentre sur les rapports anglo-chinois, mais les Américains y apparaissent brièvement. Quoiqu'alliés de Bond, ils ne sont pas présentés sous leur meilleur jour: maladroits et mal organisés, ils admettent que "nous n'avons aucun intérêt à une guerre, sauf quand nous la déclenchons". 

 

Le monde ne suffit pas (1999) s'inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement riche, puisque l'action a lieu au Caucase et en Asie Centrale, sur les routes du pétrole. Toutefois, peu de propagande dans cet opus où les adversaires principaux sont un terroriste dont on ne connait pas la nationalité, et une de ses anciennes otages, tombée amoureuse de lui. 

Les Russes sont omniprésents dans le films, sans être dans un camps ni dans l'autre. Renard, le terroriste, leur vole une bombe nucléaire après s'être infiltré parmi eux. On retrouve également Valentin Zukovsky, cet ancien agent du KGB reconverti dans la maffia russe. Encore une fois, son rôle est trouble. Toutefois, alors qu'il est sur le point de mourir, son dernier geste est de sauver la vie de James Bond - se replaçant ainsi dans le "bon camp".

 

Dans Meurs un autre jour (2002), un nouvel ennemi est désigné avec la Corée du Nord. Un choix fort peu risqué, vu l'isolement international du régime. Toutefois, la distinction est encore une fois faite entre "bons" et "mauvais" chez les Nord-Coréens. Le vieux Général Moon est en effet un pacifiste, qui ne désire pas la guerre avec les Américains. Inversement, son fils est un belliciste convaincu, mais c'est l'Occident qui l'a corrompu et en a fait un fou assoiffé de pouvoir.

Le film est ainsi bien plus subversif que ce que l'on pourrait croire. Les formes généreuses de Halle Berry en espionne de la NSA ne masquent pas l'incompétence de ses collègues américains, qui collaborent de bien mauvaise grâce avec les Britanniques. James Bond, lâché par ses propres services secrets, n'hésite pas à demander l'aide d'agents chinois ou cubains. "Vous appellez un terroriste, ce que d'autres appellent un résistant", lâchera notamment un indicateur cubain. Désarçonné, James Bond ne s'en sortira qu'en bottant en touche. 

 

Une partie de Meurs un autre jour se déroule à Cuba; l'occasion pour le réalisateur de dénoncer l'arrogance de certains touristes occidentaux envers la population locale. 

 

Casino Royale (2006) paraît quatre ans plus tard, et lance une nouvelle saga, totalement déconnectée des films précédents, et qui réinvente le personnage de James Bond. En raison de ce changement, la politique internationale est absente de ce James Bond centré sur la construction de son héros. L'ennemi est le banquier de Quantum, une organisation terroriste qui rappelle vaguement le SPECTRE. 

 

Changement radical dans Quantum of Solace (2009): non seulement le film revient à la diplomatie avec un grand "D", mais de plus il adopte un ton anti-américain et alter-mondialiste totalement inédit dans la série. Les Etats-Unis prennent en effet le rôle dévolu autrefois à l'URSS: celui de la puissance qui soutient et finance le méchant, sans se rendre compte qu'il la manipule. Cette fois, ce ne sont plus les hommes du KGB, mais de la CIA, qui pourchassent James Bond. Et comme le veut la tradition qui valait pour les Russes ou les Nord-Coréens, la distinction est faite entre "bons Américains" et "mauvais Américains". 

L'adversaire principal de l'agent 007 est Dominic Green, un philanthrope écologiste en apparence. Son but réel est l'assèchement de la Bolivie par privation de ses réserves d'eau; la colère sociale doit favoriser un coup d'Etat soutenu par la CIA, qui mettrait au pouvoir le brutal Général Medrano. Dominic Green contrôlerait ce nouveau pouvoir, en gardant la possession des réserves d'eau du pays. 

Pour la première fois également, apparaît un méchant israélien (qui en réalité n'est que mentionné), ex-membre du Mossad. Les Britanniques ne sont pas épargnés par le film, tentés qu'ils sont de soutenir le projet de Dominic Green. 

 

Les Françaises restent les James Bond girls préférés du grand public. Après Sophie Marceau en 1999, puis Eva Green en 2006, c'est la belle inconnue Bérénice Marlohe qui incarne Séverine dans Skyfall.

 

Beaucoup moins révolutionnaire, Skyfall (2012) continue toutefois dans sa prise de distance à l'égard de la Grande-Bretagne. Si le film pourrait passer pour une ode au patriotisme britannique, son propos est toutefois bien plus ambigü. Le méchant est un ancien agent britannique, trahi par le MI6 et livré aux autorités chinoises en échange d'autres agents. Les services de la défense se montrent incompétents, incapables de comprendre le travail des agents de terrain.

En revanche, les tensions entre puissances sont une nouvelle fois absente du film. Aucun Russe, aucun Américain, n'intervient dans le scénario. On notera juste une allusion brève et imprécise au Moyen-Orient - région qui n'a presque jamais été évoquée dans les James Bond. 

 

 

Et pour l'avenir? Les zones inexplorées par la diplomatie bondienne

 

En cinquante ans d'existence, James Bond n'est pas une seule fois mêlé au conflit israélo-palestinien. Il ne se rend ni en Israel, ni en Palestine. A l'exception d'un bref tour au Liban, et de quelques passages en Egypte, il ne se rend dans aucun pays de la région. Les seuls pays musulmans visiter par l'agent 007 sont périphériques: Maroc, Turquie, Azerbaïdjan, Kazakhstan ou Afghanistan. Alors qu'ils sont légion dans le cinéma américains, on ne trouve aucun méchant arabe dans les James Bond. Même remarque d'ailleurs pour l'Iran, qui n'est jamais évoqué.

Cette absence est d'autant plus curieuse que le cinéma américain ne se prive pas pour caricaturer les Arabes et les Iraniens, présentés comme des peuples barbares face à un Israel allié et civilisé. Peur de choquer les importantes communautés musulmanes de Grande-Bretagne? Refus d'évoquer un conflit israélo-palestinien dont le Royaume-Uni est un des principaux responsables? Ou juste désintérêt pour une zone trop complexe et clivante? 

 

Les Balkans sont l'autre grand absent des James Bond. Alors que les Yougoslaves sont régulièrement mentionnés dans les romans, où leur rôle est ambigü, ils n'apparaissent pratiquement pas dans les films. 

Depuis les années 1990, les films américain et français ont tendance à diaboliser les Serbes, présentés comme les grands méchants, presque l'équivalents des nazis. Les James Bond ne sont jamais tombés dans ces travers. La Serbie n'est jamais évoquée. A l'exception du Chiffre, qui serait albanais, aucun adversaire de James Bond ne vient de cette région. 

 

 

Il est cependant peu probable que la série se penche davantage sur ces sujets épineux. La tendance des derniers années est à l'internationalisation des menaces: groupes terroristes, agents inflitrés, ou l'organisation Quantum, dont le retour est tout à fait envisageable. La diplomatie risque fort d'en souffrir. Comme si les James Bond étaient incapables de se remettre de la fin de la guerre froide, au sein de laquelle ils ont servi d'outil de propagande, de pacification et de dialogue tout à la fois. 

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commentaires

Lucas Duplan on Google Plus 17/09/2014 12:38

Daniel Craig had done a great job, playing the Bond role. I've also watched a few of his films other than Casino Royale. He's very good at action sequences and I've always had my interest on this genre. Thanks for the share.

stop snoring aids 01/04/2014 14:46

Tomorrow Never Dies shows a plot could not be more classic James Bond, one of the powerful criminal who stands two powers against each other. However, there are some innovations. This is my favourite JB film.