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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 23:41

 

 

 


 

 

Pour échapper aux coups de son mari, Umay, une jeune Turque vivant à Istanbul, s'échappe avec son fils et retourne vivre chez ses parents, à Berlin. Mais, sous la pression des traditions et de la communauté, sa famille condamne son attitude et la rejette. Chassée de chez elle, seule à s'occuper de son enfant, Umay se bat pour faire accepter à ses proches sa vie de femme libre. Mais, tiraillée entre l'amour qu'elle porte à sa famille, et la violence, parfois involontaire, que cette dernière lui inflige, la jeune femme voit son existence se transformer en longue descente aux enfers. 

 

Le thème des crimes d'honneur est rarement évoquée au cinéma, et souvent bien maladroitement. La raison première en est le traitement très mannichéen de ces actes, en raison même de l'horreur qu'ils provoquent. Comment peut-on imaginer qu'un homme qui enlève, tue, ou frappe sa fille ou sa soeur puisse être autre chose qu'un monstre sans coeur, vide de tout sentiment humain? C'est justement parce qu'elle ne sombre pas dans ce rejet un peu facile que Féo Aladag signe une oeuvre fascinante et réussie, plus proche d'une tragédie destructrice que d'un combat entre "gentils" et "méchants". 

 

 

 

 

 

 

 

Passons sur les détails techniques. La réalisation est tout à fait convenable. L'actrice principale, la jolie Sibel Kekilli, se montre bouleversante, entourée d'ailleurs d'une palette d'acteurs assez peu connus, mais dont le talent s'avère généralement louable. Les séquences émotives, les scènes de violence et les instants de joie sont savamment dosés. Malgré une musique un peu banale, le film est donc une belle réussite technique, qui arrachera quelques larmes aux plus sensibles, et quelques rires aux plus cyniques. Qualités que la presse lui reconnait désormais; là où le bât blesse, c'est dans la thématique du film. Et si les critiques français se montrent si durs, c'est aussi que L'Etrangère est une vibrante mise en garde contre les méfaits du communautarisme.

 

 

 

 

 

Point de méchants absolus dans le film. Le mari frustre et violent sera finalement assez peu présent. Le père, dur, sec, blessant, agit plus par crainte du déshonneur et de la communauté que par cruauté: le déchirement qu'il ressent entre le respect des traditions et l'amour porté à sa fille finira par se réveler au grand jour. La mère lui apparait plus soumise en prisonnière de son archaïsme, que véritablement hostile à Umay. Ses frères et soeurs offrent un saisissant portraits d'êtres déchirés entre l'exemple paternel, la pression communautaire, l'amour fraternel et le déclassement social. La communauté turque est montrée par ailleurs dans toute sa diversité, avec ce qu'elle a de meilleur et de pire. Feo Aladag a d'ailleurs pris soin de préciser que ces drames concernent une minorité au sein de cette communauté. Voir dansL'Etrangère un film anti-turc, comme l'ont fait certains internautes (n'hésitant pas à rejeter au passage tout acte potentiel de barbarie sur le compte des Kurdes, bel exemple de préjugés!) est absurde. Contrairement aux affirmations d'un journaliste du Monde (L'Immonde, comme l'appelait De Gaulle), le film n'est donc pas "sans nuance", il cherche au contraire à montrer la souffrance de tous les protagonistes du drame. 

 

En réalité, il n'est qu'un seul ennemi dans L'Etrangère, et c'est ce qui le rend si dur à accepter pour certains journalistes: le communautarisme. Ce regroupement d'une communauté, permis par le multiculturalisme, qui se referme sur elle-même, s'impose ses propres règles, ses propres lois; une communauté qui met sous pression chacun de ses membres, et pousse ainsi des parents aimant à se transformer en monstres - comme les idéologies totalitaires du passé ont pu pousser des enfants à dénoncer leurs parents aux autorités. Une communauté dont la pression fait souffrir chacun des individus qui la compose, sans qu'il puisse s'en libérer. 

 

 

 

 

 

Au-delà de son côté profondément émouvant, L'Etrangère sort des clichés et du manichéïsme qui couvrent trop souvent les crimes d'honneur, et plus généralement le calvaire de filles qui ne quittent la prison familiale que pour la prison conjuguale. Ces pratiques ne sont pas le fait de monstres. Elles sont le fait d'un fléau, le communautarisme, qui déchire les individus; tout en rappelant que le choix final appartient à ces derniers, et que leurs actes ne sont donc jamais excusables, Feo Aladag creuse le problème à sa racine au lieu d'en traiter les aspects superficiels. Premier film allemand à aborder frontalement ce problème, L'Etrangère sonne donc comme un poignant écho aux propos d'Angela Merkel, qui avait admis il y a quelques mois que le multiculturalisme est un échec. 

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