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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 23:24

N'importe quel observateur attentif pouvait prédire, dès son éclatement, l'échec de la révolution égyptienne de 2011. Il lui manquait en effet trois conditions primordiales de réussite: un peuple suffisement éduqué pour reprendre son avenir en main; une situation économique et sociale convenable; la liquidation de l'ancienne équipe au pouvoir. Les résultats des élections des 24 et 25 mai sont venu confirmer ce triste constat; toutefois, plus qu'une apathie, c'est une profonde division du pays qu'elles ont révélée.

 

Egypte, France: deux vieilles nations héritières d'une civilisation millénaire, encore glorieuses il y a 50 ans. Gageons qu'elles sauront échapper à l'abaissement qui les guette.

 

Un héritage du XXe siècle

 

C'est avec l'arrivée au pouvoir de Nasser, en 1954, que l'Egypte a vu se cristalliser deux tendances fortes qui la divisent aujourd'hui encore. Le Raïs, en prenant la tête du pays, définissait son idéologie: nationaliste, socialiste, laïciste. Un kémalisme qui se serait fait arabe, en somme. Dans le même temps, il désignait ses principaux ennemis: les islamistes, réunis autour de la puissante confrérie des Frères Musulmans. 

Jusqu'en 1970, Nasser allait façonner l'Egypte à son image, tandis que les islamistes, soutenus par l'Occident, tenteraient de l'en empêcher. Mais à sa mort, un troisième courant d'idées devait voir le jour. 

 

Gamal Abdel Nasser, Anouar al Sadate et Hosni Moubarak auront dirigé l'Egypte de 1954 à 2011, marquant chacun le pays de leur empreinte

 

En effet, Anouar al Sadate, bien que successeur de Nasser, professait une idéologie bien différente. Nasser était socialiste, alors que Sadate allait convertir le pays au capitalisme libérale. Nasser était laïc, alors que Sadate ouvrirait la porte aux islamistes. Nasser était nationaliste et proche du camp soviétique, alors que Sadate allait se soumettre à l'Amérique toute puissante. 

 

De fait, le pays allait vite connaitre une nouvelle ligne de division: celle séparant Anouar al Sadate, puis Hosni Moubarak, soutenus par l'armée, des islamistes. Cet affrontement entre deux tendances de droite, aux idéologies proches mais aux origines différentes, se retrouve au second tour des dernières élections. 

 

 

Charybde ou Scylla: la tragédie des Égyptiens

 

Alors même qu'elle était le fer-de-lance de la Révolution, la gauche égyptienne est la grande perdante du processus électoral. En effet, les deux candidats ayant atteint le second tour de l'élection présidentielle représentent ses deux irréductibles ennemis. 

 

Ahmed Shafiq peut compter sur le soutien de la plupart des Coptes d'Egypte (chrétiens, 10% de la population) qui, sans lui être très attachés, redoutent en revanche une victoire des islamistes.

 

Ahmed Shafiq (24% environ), s'inscrit dans la lignée de Sadate et de Moubarak; ancien commandant de l'armée de l'air, Premier Ministre de transition de janvier à mars 2011, il symbolise l'ancien régime tant detesté. Quoiqu'il clame son attachement à la Révolution et à la démocratie, il a fait campagne en promettant un retour à la stabilité d'antan. Soutenu par les militaires, il pourrait bien, en cas de victoire, refermer la parenthèse révolutionnaire.

Son adversaire, Ahmed Morsy (25% environ), est le candidat des Frères Musulmans. Sa victoire serait une première pour les islamistes, écartés du pouvoir depuis près de 60 ans. Elle renforcerait surtout la vieille théorie selon laquelle la chute des dictateurs arabes ne pourrait profiter qu'aux intégristes religieux...

 

Dans les deux cas, aucun changement d'ampleur ne doit être attendu; la diplomatie égyptienne ne bougera guère, la question économique et sociale du pays restera sans réponse sérieuse, l'autoritarisme politique perdurera. Quel que soit le vainqueur de ce second tour, l'armée gardera le pays sous contrôle, et la gauche progressiste sera le dindon de la farce. 

 

 

Les Nassériens vaincus mais encore solides

 

Si la gauche égyptienne a perdu ces élections, elle peut néanmoins se réjouir devant le score de son candidat principal, 

Hamdin Sabahi. Avec près de 20% des voix, ce militant historique du nassérisme montre combien les idées du Raïsrencontrent toujours un écho d'importance au sein du peuple égyptien. S'adressant aux paysans et aux intellectuels, favoris des Egyptiens de l'étranger et des Coptes, emprisonné par Sadate puis Moubarak, figure majeure de la Révolution, Hamdin Sabahi s'impose comme le troisième homme de l'élection présidentielle. 

 

Le candidat nassériste en campagne, auprès du peuple égyptien. 

 

Sûrement son alliance éphémère avec les Frères Musulmans lui a-t-elle coûté des voix. Par ailleurs, n'ayant ni les moyens de contrition de l'armée, ni les structures locales des islamistes, il n'a pu parvenir au second tour. Mais les idées de Nasser sont toujours vivantes, et pour attirer ces 20% si précieux, les deux finalistes devront en tenir compte. 

 

 

Trois camps irréconciliables?

 

Résumons donc: si l'on prend en compte les scores d'Abdel Foutouh (islamiste dissident, 17%) et d'Amr Moussa (ancien Président de la Ligue Arabe, 11%), on aboutit à une division de l'Egypte en trois forces principales: un tiers d'héritiers de l'ancien régime, un petit tiers de nasséristes, un gros tiers d'islamistes. Aucune de ces forces ne pouvant gouverner seule, des alliances devront être faites. 

 

Une réconciliation entre les héritiers de Sadate/Moubarak et ceux de Nasser semble difficile - sauf en cas de radicalisation des islamistes. Une alliance des nasséristes et des Frères Musulmans, toujours possible dans l'opposition, exploserait fatalement en cas de gouvernement commun. 

Il est donc probable que l'alliance tacite nouée par Sadate, puis Moubarak, entre leur parti et les islamistes, sera reconduite; avec (résultats électoraux obligent) une plus grande part laissée aux Frères Musulmans. 

 

Quoiqu'il advienne, les militaires resteront certainement proches du pouvoir; pour le meilleur ou pour le pire?

 

La gauche égyptienne s'était soulevée pour jeter à bas l'ancien régime et marginaliser les islamistes. Elle risque fort de voir l'ancien régime se maintenir, et les islamistes se renforcer. Triste bilan pour un pays qui, des Pharaons à Nasser, en passant par Méhémet Ali, s'était toujours voulu le phare des civilisations d'Afrique, puis du monde arabe. 

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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