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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 16:09

En cette fin d'année 2011, la République algérienne apparaît presque comme un dinosaure au sein d'un monde arabe secoué par les révolutions. À l'est, les régimes tunisien et libyen sont tombés, tandis que même son voisin occidental, le royaume marocain, a été contraint à la réforme. L'Algérie, elle, n'a guère bougé. Quelques manifestation sporadiques rapidement écrasées, et voilà tout. Au sein de la Ligue Arabe même, elle rechigne à reconnaitre le nouveau gouvernement syrien, et refuse, tout comme l'Irak ou le Liban, de prendre parti contre le régime syrien de Bachar-al-Assad. Pour une jeune République qui a acquis son indépendance au cours d'une guerre sanglante, un tel conservatisme pourrait surprendre. Mais une rapide analyse de l'histoire du pays permet aisément de comprendre la position algérienne.

 

 

L'héritage des années 1990: guerre civile et désillusions démocratiques

 

On oublie trop souvent que l'Algérie fut, 20 ans avant les révoltes de 2011, un des premiers pays arabes à organiser des élections transparentes et démocratiques. C'était en 1991, et le pays espérait alors par ce processus gagner sa maturité démocratique, dans une ambiance post guerre froide où l'optimisme prévalait. 

L'espoir des élites algériennes fut bien vite douché: en quelques semaines, il apparut que le FIS (Front Islamique du Salut) était donné grand favori de ces élections. Un choc terrible alors qu'une menace islamiste, réelle ou fantasmée, semblait surgir progressivement dans tout le Moyen-Orient. Au premier tour, les résultats furent sans appel: près de 50% pour le FIS, alors que FLN, le parti mythique de la libération, n'obtenait que 23,4% des votes exprimés! 

 

L'élite algérienne socialiste et nationaliste ne pouvait accepter ce état de fait, et avant même que le second tour eût lieu, l'armée prenait le pouvoir par un coup d'Etat, mettant fin au processus électoral. 

Ni les militaires, craignant de voir l'instauration d'une République islamique, ni le FIS, s'estimant (à raison d'ailleurs) victime d'un déni de démocratie, ne pouvaient accepter de reculer. Et arriva ce qui devait arriver: les deux factions s'opposèrent dans une guerre civile atroce et longue de 10 ans, le FIS multipliant les attentats, l'armée violant sans vergogne les droits de l'homme pour triompher de cet adversaire aussi redouté que populaire. 

 

Le nationaliste progressiste Mohamed Boudiaf aurait pu représenter un espoir pour la paix en Algérie, mais il fut assassiné dans des circonstances troubles en 1992.

 

Des élections contrôlées en 1997 et la destruction du GIA (Groupe Armé Islamique) ralentirent le conflit; mais c'est à Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999, que l'on doit l'apaisement de la situation. Par une habile politique de réconciliation nationale et d'amnistie, par des attaques régulières contre la France, vieil ennemi unissant la Nation algérienne contre lui, il parvint à mettre fin à une décennie terrible de guerre. 

 

L'Algérie n'a pas oublié cette période tagique, et ni ses dirigeants, ni son peuple, n'étaient prèts à recommencer l'expérience: élections libres et transparentes, victoire des islamistes, guerre civile? Non merci, on a déjà donné!

C'est donc avec cynisme que l'Algérie a assisté aux révolutions dans le monde arabe, craignant (à raison, semble-t-il) l'arrivée au pouvoir des islamistes en Libye et en Egypte. Et c'est pour cette raison aussi qu'elle reste un des rares soutiens du régime séculier syrien. 

 

 

Un souverainisme sourcilleux, héritage colonial

 

Si l'Algérie était restée relativement silencieuse au sujet des révolutions tunisienne et egyptienne, on l'a vue s'élever avec véhémence contre les ingérences occidentales en Libye, puis en Syrie. Plus qu'un soutien quelconque à des dictateurs, c'est bien sa vieille tradition anti-impériale que l'Algérie maintient.

Ironie de l'histoire, cette conception très stricte de la souveraineté (un Etat ne peut s'immiscer dans les affaires intérieures d'un autre) a été inculquée aux élites algériennes par la France, de vieille tradition souverainiste. Un concept que ces élites, au cours de l'indépendance, ont habilement retourné contre l'Empire français, rendant sa position intenable. Et c'est donc au nom d'un concept hérité de la France que l'Algérie a dénoncé l'attaque de la Libye par les troupes... françaises! 

Mais en vain, cette fois-ci, la France ayant renoncé depuis longtemps au souverainisme!  

 

S'ils sont plus modernes qu'en 1956, la vision d'avions français bombardant des villes arabes à ses portes a évidemment réveillé de douloureux souvenirs pour l'Algérie.

 

D'autant plus que, pour les raisons précédemment évoquées, la République algérienne se refuse à une démocratisation trop rapide. Et si elle était le prochain pays sur la liste? Et si, au nom de la démocratie, elle devait subir une nouvelle invasion de la France? Ou d'un autre pays occidental, ce qui ne serait guère mieux? Perspective improbable, mais dont la crainte a été ravivée par l'intervention de l'OTAN en Libye. 

 

Après avoir tenté, en vain, d'empêcher l'attaque de la Libye, l'Algérie voit les islamistes y triompher, comme elle l'avait craint. Il est alors évident qu'elle s'opposera de toutes ses forces à une nouvelle intervention, en Syrie cette fois, fût-ce pour y stopper des massacres. Une position partagée, d'ailleurs, par le Brésil ou la Russie. 

 

 

Sagesse algérienne ou dangereux immobilisme?

 

Si l'Algérie a fait preuve d'une remarquable lucidité sur les révolutions arabes et les risques qu'elles présentaient (victoires islamistes, néo-colonialisme occidental...), elle ne saurait pour autant s'enfermer dans un système conservateur refusant le moindre changement. Ses voisins marocain et tunisien sont la preuve que des évolutions sont possibles, soit par une réforme progressiste, soit par une révolution intelligemment menée. 

 

Le peuple algérien, s'il ne se soulève pas massivement, réclame des changements. Et avant tout une lutte contre la corruption, véritable fléau qui mine le pays. 

 

L'Algérie doit se réformer si elle ne veut pas être dépassée dans un Maghreb en pleine évolution. Contrairement à certains de ses voisins, elle a fermement rejeté la voie révolutionnaire, ou même la démocratisation trop rapide. Mais il faudra probablement plusieurs années pour évaluer s'il s'agissait d'un immobilisme coupable qui l'aura dangereusement retardée, ou d'une sage prudence lui permettant d'échapper à de nouvelles catastrophes...

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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