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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 21:31

 

Il est bien trop tôt pour dresser un bilan global des révoltes qui ont touché l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient au cours des six derniers mois, mais il est d'ores et déjà possible de s'interroger sur leurs chances d'aboutir. La carte ci-dessus, publiée il y a quelques mois, traduit une grande diversité de situation qui n'a pas beaucoup changé. Au sein des pays concernés, on peut distinguer trois grandes catégories:

il y a ceux qui ont bien tiré leur épingle du jeu, et qui conservent de bonnes chances de réussir leur révolution, que ce soit par le changement de régime ou par la réforme. La Tunisie en est le meilleur exemple, mais dans une moindre mesure, le Maroc, la Palestine ou l'Egypte, ont connu des avancées significatives;

il y a, à l'inverse, des pays où l'échec de la révolution semble désormais assuré, généralement des Etats pétroliers peu inquiétés par l'Occident; outre l'Algérie, on peut penser aux pays du Golfe comme Bahreïn;

enfin, certains pays ont vu leur révolution dégénerer en guerre civile. C'est le cas de la Libye et du Yémen, et c'est le risque que court actuellement la Syrie. 

Mais tout pays de la région possède une histoire, une culture et des traditions spécifiques qui nécessitent de s'intéresser à chacun d'eux de manière plus spécifique. Et c'est en observant tous ces facteurs que l'on peut tenter d'expliquer l'échec ou le succès, partiel ou total, d'une révolution.

 

 

 

Tunisie: en route vers la démocratie?

 


Le retournement de l'armée aura été un facteur clé de la Révolution Tunisienne.

 

Premier pays a avoir connu sa révolution, la Tunisie pourrait bien être le seul à la réussir pleinement. Des inquiétudes persistent au sujet du maintien de certains hommes du régimes; de la montée de l'islamisme; de l'avenir économique du pays; de la frontière libyenne. Mais Ben-Ali, l'homme-clef du régime, a été chassé; une nouvelle constitution sera rédigée par une assemblée démocratiquement élue; les prisonniers politiques ont été libérés, un nouveau code de la presse promulgué. La Tunisie semble devoir devenir au cours des prochaines années le premier pays démocratique d'Afrique du Nord. 

Ce succès est dû à trois facteurs principaux, essentiels et entre-mélés: un réel soutien populaire à la révolution, qui lui a permis de grossir sans cesse et de se propager rapidement à tout le pays; le retournement de l'armée, institution essentielle pour le contrôle du pays, et qui aurait pu changer le cours des choses en prenant le parti de Ben Ali; la culture et l'éducation des Tunisiens, qui leur a permis de mener la transition démocratique sans fanatisme ni extrémisme, tout en compliquant la tâche de ceux qui chercheraient à les manipuler. 

La Révolution Tunisienne n'est pas finie; mais elle a été mise sur une bonne voie par un peuple volontaire, éduqué, dont l'armée ne se mèle guère de politique. Tant de facteurs favorables ont fait défaut dans beaucoup d'autres pays arabes...

 

 

 

Egypte: la révolution inachevée

 


 L'image de l'ancien dictateur egyptien, malade et en cage, a choqué jusque dans les rangs des révolutionnaires, plus inquiets par la reprise en main du pays par l'armée.

 

L'Egypte, galavanisé et inspiré par l'exemple tunisien, est le deuxième pays ayant réussi à chasser son dictateur. La comparaison s'arrète malheureusement là, car le pays s'est heurté aux difficultés que la Tunisie ne surmonte elle-même qu'avec une grande difficulté: la difficile transition démocratique, le changement de régime, le participation du peuple. 

En Egypte, l'armée avait toujours contrôlé le régime, et s'est bien gardé de le changer; ce n'est donc pas une constituante, mais de simples nouvelles elections, qui consacreront la révolte des Egyptiens. Le procès de Hosni Moubarak, vieillard malade offert en pature à l'opinion par ceux qui l'avaient jusqu'alors servi fidèlement, prend la tournure d'une bien triste farce. Contre la jeunesse qui recommence à se soulever, l'armée n'hésite pas à employer la violence, preuve de sa reprise en main du pays.

Cependant, le soulèvement des egyptiens aura tout au moins poussé le pays à se détacher quelque peu de l'alliance occidentale. La diplomatie de fond de l'Egypte, vieille de cinq millénaire, ne changera certes pas*. Mais l'ouverture du canal de Suez aux navires iraniens, ou la fin du blocus de Gaza, sont la preuve que le nouveau régime egyptien, craignant d'être abandonné par l'Occident comme Moubarak l'a été, cherche de nouvelles alliances. 

 

 

 

Yémen: trop faible pour une révolution

 


Manifestations au Yémen

 

Le Yémen, au sud de la péninsulte arabique, fut le troisième pays touché par la révolution; outre les exemples tunisien et egyptien, le facteur déclencheur fut la tentative du Président Saleh de modifier la Constitution afin de garder le pouvoir à vie. Dès le 27 janvier, les foules se dressaient contre le régime, plongeant le pays dans un affrontement très violent; il sembla même un temps que, blessé, le président allait abandonner son poste.

Cependant, la révolution yéménite patauge, elle s'enlise, parce que le pays n'a tout bonnement pas les moyens de se la permettre. Frappé par des guerres tribales et séparatistes, largement infiltré par Al-Quaïda, menacé par la famine et le manque d'eau, le Yémen risque l'implosion à tout moment. La seule issue envisageable semble être une série de réformes démocratiques menées par le Président Saleh. Mais ce dernier, trop coupé de son peuple pour être sensible à de telles préoccupations, paraît n'avoir ni le courage ni la lucidité nécessaire pour s'y atteler...

 

 

 

Algérie: le premier échec

 


Le régime militaire algérien a su mettre fin, sans trop de difficultés, aux révoltes de son peuple.

 

La révolution en Algérie n'aura pas fait long feu. Après un soulèvement de la jeunesse dans les premiers jours, une repression féroce et efficace a permis de mettre fin aux troubles avant même qu'ils ne s'internationalisent. Il est vrai qu'une révolution semble pratiquement impossible à mener dans ce pays, dirigé par une oligarchie militaire qu'il serait bien difficile de chasser. Plus personne ne se fait d'illusion sur les pouvoir réels d'Abdelaziz Bouteflika, cantonné à un rôle de figuration. 

D'autre part, le peuple algérien ne s'est pas massivement soulevé; pour le comprendre, il faut se rappeller la terrible guerre civile qui ravagea le pays jusqu'au milieu des années 1990. La violence, la guerre civile, ont profondément marqué les Algériens qui n'étaient pas prèts à courir de nouveau ces risques.

Si l'on ajoute à cela que l'Algérie dispose de nombreuses ressources internes qui la rendent assez imperméable aux pressions étrangères, on comprend aisément l'échec de cette révolution. 

 

 

 

Libye: de la révolution à la guerre tribale

 

Les Occidentaux n'ont pas tardé à trahir leur ancien allié, sans grand résultat toutefois.

 

L'affaire libyenne a été pour l'Occident l'occasion, sinon de reprendre en main, du moins de remettre le pied dans les affaires arabes. Tout a commencé avec le soulèvement de grandes villes libyennes, spécialement dans l'est du pays, dans la vague des révoltes qui touchaient l'Afrique du Nord. N'ayant nulle envie de connaître le sort de Ben Ali ou Moubarak, le Guide Libyen, Mouammar Kadhafi, envoyait son armée et ses milices écraser dans le sang les soulèvements. Désireux de faire oublier sa médiocre gestion de la Révolution Tunisienne, Nicolas Sarkozy décidait alors de s'engager aux côté de la rebellion, soutien qui dégénèrera vite en guerre civile, entre les troupes loyalistes, et les rebelles, appuyés par l'OTAN.

L'erreur des Occidentaux a été de croire que l'on avait affaire à une révolution spontanée et populaire; or, il s'agissait plus d'un soulèvement tribal, qui a touché le nord, l'est et l'extrème-ouest du pays. Kadhafi a aussi sa responsabilité dans cette guerre civile, lui qui a toujours préféré s'appuyer sur les divisions tribales, plutôt que jouer la carte de l'unité nationale. L'échec des rebelles à prendre le contrôle de la Libye est aujourd'hui patent, d'autant que l'OTAN devrait bientôt se retirer et que des divisions sont apparues entre eux. Néanmoins, Kadhafi aura également du mal à reprendre la main sur l'est de la Libye. Se dirige-t-on vers une partition du pays?

 

 

 

Iran: l'échec des Etats-Unis à transplanter chez les Perses une révolte née chez les Arabes

 


Si la jeunesse iranienne, moderne et xénophile, est de plus en plus hostile au régime qui la dirige, elle n'est pas prête à se soulever sur ordre des Américains...

 

N'étant ni arabe, ni sunnite, ni comparable aux dictatures arabes, l'Iran fait figure d'intrus dans cette liste. Et pourtant, on a pu croire un temps qu'il allait connaitre lui aussi sa révolution: tous les éléments étaient prèts. La jeunesse, de plus en plus hostile au régime, a montré en 2009 sa colère. Islamistes orthodoxes et nationalistes pragmatiques remettent en cause la politique du Président Ahmadinejad, surtout depuis les offres de dialogue de Barack Obama. La Syrie, l'Irak, Bahreïn, pays voisins, commençaient à connaitre des troubles. Pourtant, la révolution y a échoué dès le début. Peu de manifestants, peu d'ardeur: l'armée n'a même pas eu à sévir!

La raison en est essentiellement à chercher dans l'attitude américaine: pris de court par la chute de leurs alliés Ben Ali et Moubarak, les Etats-Unis ont fini par réagir, tentant de récupérer à leur profit ces révolutions arabes et de les exporter... vers l'Iran, pays dont la situation était pourtant radicalement différente. L'échec en fut cinglant, parce que les nationalistes iraniens, pourtant de plus en plus hostiles au régime, y virent une manoeuvre occidentale et refusèrent de s'en faire les porte-voix. Et d'autre part parce que l'Iran fut assez avisé pour soutenir ouvertement les révoltes arabes, se donnant dans l'affaire un rôle positif et se dissociant du même coup des dictateurs arabes, ses rivaux de toujours. Une révolution peut éclater en Iran, mais il était d'une grande stupidité de vouloir y appliquer des schémas tirés de l'observation du monde arabe. 

 

 

 

Bahreïn: silence, nos alliés tuent!

 


 L'armée saoudienne en route pour écraser dans le sang la révolution bahreïnie...

 

Ce petit Etat a été le premier du Golfe a tenter de mener sa révolution; initiative courageuse mais qui s'est traduite par un cinglant échec. La population, majoritairement chiite, s'est soulevé contre la famille sunnite qui dirige le pays d'une poigne de fer depuis plusieurs décennies. Une révolte qui aurait pu réussir si elle n'avait pas pâti de la situation internationale.

Soutenue par l'Iran, puissance perse et chiite, réclamant le départ de la famille royale, cette révolution a déclenché la fureur des monarchies sunnites du monde arabe; l'Arabie Saoudite, temple des forces réactionnaires et obscurantistes du monde arabe, n'a pas tardé à réagir, envoyant ses troupes (le pays était à la tête des forces armées du Conseil de coopération du Golfe) massacrer les manifestants pour sauver la famille royale.

Cette intervention marquait le début d'une atroce répression; torturés, emprisonnés, condamnés à morts, les manifestants finirent par plier face aux troupes étrangères. L'Occident, si prompt à s'indigner de situations similaires en Libye ou en Syrie, ferma pudiquement les yeux. La limitation de l'influence iranienne, le maintien de ses bases militaires et de bonnes relations avec l'Arabie Saoudite, valaient bien un massacre. 

 

 

 

Palestine: l'autre grande gagnante des révolutions arabes

 


Pendant cinq ans, le Hamas et le Fatah se seront livrés une guerre sans merci et irresponsable, dont leur peuple aura grandement souffert.

 

La Palestine a doublement profité des révolutions qui ont frappé le monde arabe. Tout d'abord, le changement de régime en Egypte lui a permis de se libérer quelque peu du blocus que lui infligeait Israel, en rouvrant le sud-ouest de la bande de Gaza, que Hosni Moubarak avait mis sous blocus. Mais surtout, le peuple palestinien s'est soulevé à son tour, exigeant la fin de la corruption du Fatah comme de l'autoritarisme du Hamas, et surtout, en appellant à la réunification de la Palestine. Une exigence forte qui a poussé les deux partis rivaux à se réconcilier. C'est donc en pleine forme, unie et forte de nouveaux appuis diplomatiques, que la Palestine lancera sa candidature à l'ONU en septembre prochain, afin d'y être reconnu comme Etat-membre. 

 

 

 

Maroc: une révolution constitutionnelle pour renforcer le régime

 


Beaucoup de manifestations marocaines ont vu le portrait de Mohamed VI brandi; preuve que le peuple dans son ensemble reste attaché à la monarchie.

 

Difficile de dire si la Révolution Marocaine s'est soldée par un échec ou un succès. Ceux qui réclamaient le départ du roi et l'instauration d'une République en seront pour leurs frais: Mohamed VI est sorti renforcé de la crise, notamment par l'écrasant succès qu'il a obtenu lors du referendum entérinant la réforme constitutionnelle; ceux qui souhaitaient une simple démocratisation du régime, en revanche, peuvent se réjouir d'avoir fait plier le roi, qui a accepté par cette réforme la libéralisation du pays.

Certes le souverain conserve des pouvoirs immenses, et ne voit pas sa légitimité remise en cause; certes un partie de la réforme semble purement cosmétique; mais elle aura tout au moins accentué la libéralisation du régime; surtout, elle aura donné, par le référendum, la parole au peuple; pratique rarissime non seulement en pays arabe, mais même désormais en Union Européenne. 

Le Maroc pouvait-il se permettre plus? Difficilement, dans un pays qui n'a pas fini sa modernisation sociétale et économique, et dont le peuple reste massivement attaché à la personne du souverain. Le bilan des révoltes y apparaît donc globalement positif, tant pour le peuple que pour le régime -fait rare dans la région. 

 

 

 

Syrie: vers la guerre civile? 

 

Aux nombreuses manifestations pro-gouvernementales...

 

La Syrie a été touchée relativement tardivement par des révoltes qui auraient vite pu s'essouffler; faux-bloggueurs inventés par les Américains, islamistes manipulés par la CIA, s'étaient lancés dans une série de provocations en vue de déstabiliser le régime, allié de l'Iran et adversaire des monarchies du Golfe. Mais, inconscience, cynisme, ou folie? le Président Bachar-al-Assad a laissé ses troupes écraser dans le sang ces révoltes, pourtant très localisées et peu dangereuses à leur début. Ce faisant, le président syrien faisait souffler le vent de la colère au sein du peuple syrien, qui s'est soulevé de plus en plus massivement.

Bachar-al-Assad a réagi au-delà de toutes les espérances de l'Occident, laissant son armée massacrer les foules de manifestants qui grandissaient sans cesse; au lendemain de la condamnation de sa politique par l'ONU, le président syrien n'a plus beaucoup d'allié. Les minorités religieuses syriennes, la classe moyenne du pays, les commerçants, ainsi qu'à l'extérieur, l'Iran, la Chine, et, de moins en moins, la Russie, restent ses derniers soutiens. Pour les conserver, Bachar-al-Assad a annoncé une série de réformes démocratiques, et tenté de renouer avec le peuple. Un peu tard. Même s'il parvient à éviter la guerre civile à son pays, le président syrien l'aura grandement affaibli par sa politique incohérente et brutale. Au grand bonheur des ennemis de son pays...

 


...s'opposent des manifestants syriens toujours plus nombreux. En route vers la guerre civile?

 

 

 

Les résultats des révolutions arabes sont dans l'ensemble assez décevants. Certes, plusieurs régimes dictatoriaux sont tombés, d'autres ont vacillé, et ont été forcés à la libéralisation. Certains pays, comme le Maroc ou la Palestine, sont même sortis renforcés de la crise. Mais beaucoup d'autres cas se sont soldés par un échec cinglant, ou parfois même par une guerre civile qui ne profitera à personne.

Cette petite étude permet d'ores et déjà d'isoler quelques facteurs de réussite et d'échec. Une révolte fomentée de l'extérieur a bien moins de chances de réussir qu'une révolution venue du plus profond des classes populaires. Le rôle de l'armée reste essentiel, tant son appui à tel ou tel camp peut faire basculer l'issue des révoltes. Enfin, il semble qu'une population éduquée, cultivée, motivée et déterminée à obtenir un changement de régime, soit la meilleure garantie de réussite d'une révolution. En fin de compte, si seule la Tunisie paraît s'acheminer sur la voie du succès, ce n'est pas seulement parce son peuple a pris Ben Ali a dépourvu, bénéficiant de l'effet de surprise. C'est avant tout parce que tous les élément étaient réunis pour faire de sa révolution un succès - qui n'est pas encore garanti, mais reste fortement envisageable. Un soulèvement venu du plus profond de la nation, mené par un peuple éclairé, contre un régime brutal et abandonné par son armée: quel sera le prochain pays arabe capable de cumuler ces facteurs pour réussir sa révolution?

 

 

* A ce sujet, voir mon article du 05/02/2011 sur la diplomatie egyptienne: http://nations-libres.over-blog.com/article-revolution-ou-non-la-diplomatie-egyptienne-ne-changera-pas-66531538.html

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Aurélien Denizeau - dans Moyen-Orient
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kit pedagogiques 19/09/2012 18:02