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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 09:46

Dans une tribune du Figaro, publiée le 13 aout 2012, François Fillon s'en prend sévèrement à la politique étrangère de François Hollande. Mais loin de prôner un retour à la politique traditionnelle héritée du Général de Gaulle, l'ancien Premier Ministre nous gratifie d'une logorrhée sarkozyste frisant la caricature. Sans le vouloir (ou bien?...), François Fillon revient sur les plus grandes bêtises diplomatiques de Nicolas Sarkozy - dont on peut s'amuser à étudier les conséquences. Il suffit pour cela de reprendre en détails chacun des points qu'évoque François Fillon.

 

 

Un bilan accablant

 

"L'intervention auprès du gouvernement russe pour stopper la guerre contre la Géorgie fut approuvée du bout des lèvres après qu'elle eut réussi", commence François Fillon. Un bon point pour lui. En effet, cette médiation de Nicolas Sarkozy aura été son plus grand succès, et une vraie réussite diplomatique. Dont acte. 

 

"La finalisation de notre retour complet dans l'Otan fut condamnée avec une violence qui rend grotesques les tortillements du nouveau président de la République pour justifier son renoncement à tout retour en arrière" ajoute-t-il. On croit rêver. Comment ce gaulliste autoproclamé peut-il soutenir la réintégration dans une structure dont le Général de Gaulle avait tout fait pour nous rendre indépendant? François Fillon n'a pas peur du ridicule.

Ceci étant, sa remarque sur le Parti Socialiste sonne juste: inféodés à Washington, les socialistes français n'ont pas la moindre intention de s'éloigner de l'OTAN.

 

Parmi les autres erreurs diplomatiques de Nicolas Sarkozy, on retiendra notamment la non-reconnaissance de la Palestine, la dégradation des relations avec la Turquie, et le très maladroit traitement de l'affaire Florence Cassez, Française détenue au Mexique.

 

François Fillon se félicite par la suite "du renforcement de nos moyens en Afghanistan, au moment où nos alliés nous le demandaient". Traduction: parce que Washington en donnait l'ordre, Nicolas Sarkozy a envoyé plus de soldats en Afghanistan, alors qu'il avait promis en 2007 de les en retirer.

Nous nous retirerons quand même, mais de nouveaux morts se seront ajoutés au bilan final, et l'Afghanistan reste aussi dangereux qu'au moment de son invasion. Résultat nul, en somme.

 

"Les longs mois de silence devant le coup d'État de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire resteront une tache indélébile dans l'histoire du Parti socialiste français." Soit, mais l'intervention armée de la France, profondément humiliante pour les Ivoiriens, a marqué notre pays d'une tâche de honte autrement plus gênante. Comment la France a-t-elle pu, un demi-siècle après la décolonisation, traiter de manière aussi brutale et paternaliste un pays souverain en crise? Le tout pour le compte des Américains, dont Alassane Ouattara était le favori...

Quant on sait qu'à côté de cela, Nicolas Sarkozy a déroulé le tapis rouge au président rwandais Paul Kagamé, criminel de guerre qui ne cesse d'insulter la France, on est en droit de se poser des questions. 

 

"La condamnation de l'inaction supposée de la France dans les révolutions arabes fut immédiatement suivie de commentaires inutiles et suffisants sur l'inspiration de l'intervention militaire en Libye, qui a été la décision de Nicolas Sarkozy [...] avant d'être rejoint par les innombrables supporteurs de la victoire."

Passons sur l'insupportable anglicisme que constitue le terme "supporteur". 

François Fillon évoque de lui-même la médiocrité de la diplomatie française face aux révolutions arabes. Certes, personne ne demandait à Nicolas Sarkozy d'armer les révolutionnaires tunisiens. Pour autant, les propositions intempestives de Michèle Alliot-Marie, et les mises en garde maladroites d'Alain Juppé par la suite, ont grandement nui à son image.

Mais l'interventin militaire en Libye a versé dans un autre extrème. Si la résolution initiale à l'ONU était un beau coup diplomatique, son application calamiteuse a plongé la Libye dans un sinistre chaos; Nicolas Sarkozy n'a pas de quoi être fier de cette guerre qui l'a fait détester dans une bonne partie des pays en développement. 

 

Enfin, passons sur la crise syrienne, à laquelle Nicolas Sarkozy n'a rien compris, et qu'il a été incapable d'appréhender. En un paragraphe, François Fillon aura involontairement (ou pas?) illustré toutes les tares de la diplomatie sarkozyste: alignement sur les Etats-Unis, néo-colonialisme, guerres désastreuses et inefficaces. 

 

Un bilan plus complet de la diplomatie sarkozyste avait été réalisé par l'auteur de ces lignes. En trois volets, il évaluait les résultats de cette diplomatie en Europe, en Méditerranée, et dans le reste du monde.

 

 

Rapprochement franco-russe... ou soumission de Moscou à l'Occident?

 

Dans cet océan de niaiseries, François Fillon voit juste sur un point: la nécessité pour la France de se rapprocher de la Russie. Reconnaissons d'ailleurs que sur ce plan, Nicolas Sarkozy a suivi la sage politique de Jacques Chirac, et a su entretenir et préserver l'amitié franco-russe. Il répondait là à une vieille tradition française (que seul le très atlantiste Mitterrand avait violée...) aussi bien qu'à des intérêts stratégiques évidents. 

 

Mais encore faudrait-il bien comprendre l'intérêt de cette alliance - et ce n'est visiblement pas le cas de François Fillon. Géant politique et militaire, la Russie est également un pays qui, par sa position géographique, ne menace pas la France; en revanche, il peut équilibrer des puissances rivales: hier, l'Allemagne, aujourd'hui, les Etats-Unis. 

Lorsque le Général de Gaulle réactive dans les années 1960 l'alliance franco-russe, c'est dans un but bien précis: il s'agit de faire contrepoids à la superpuissance américaine, dont la France est alors bien trop dépendante. Le rôle de la Russie est donc de contrebalancer l'alliance américaine de la France, qui se retrouve en position d'arbitre entre les deux grands. 

 

François Hollande avait essayé, en vain, d'infléchir la position de la Russie au sujet de la Syrie. François Fillon vise, dans le fond, le même objectif, mais par des moyens qu'il pense plus subtils

 

Or, quand François Fillon prône un rapprochement de la France (et de l'Allemagne, ce qui n'a aucun intérêt) avec la Russie, c'est dans l'espoir que cette dernière consentira ainsi à lâcher le régime syrien. En d'autres termes, l'alliance russe n'aurait qu'un seul but: pousser la Russie à obéir aux volontés occidentales. 

François Fillon ne cherche donc pas à construire un axe Paris - Moscou, capable de contrecarrer l'hégémonie occidentale. Il cherche une sorte d'improbable axe Washington - Paris - Moscou; le rôle de la France serait de "séduire" la Russie, pour faire triompher la politique américaine. 

En d'autres termes, la France jouerait la carotte, l'Amérique le baton, mais dans le même objectif. 

Ou plus crûment encore, la France serait la catin de l'Amérique, qui l'enverrait coucher avec la Russie pour soumettre cette dernière. 

 

Une telle alliance n'a aucun intérêt. L'axe France - Russie n'est utile que s'il permet de contrer l'hégémonie américaine. S'il défend les intérêt de cette hégémonie, alors il est encore préférable qu'il n'existe pas. François Fillon n'a pas compris l'intérêt de l'amitié franco-russe.

 

 

Mensonges au sujet de l'Iran

 

Pour justifier son opposition à une intervention armée en Syrie, François Fillon énumère une série de raisons plus ou moins valables; l'une de ses phrases, en apparence innocente, a de quoi faire bondir.

 

"Faire de la Syrie un nouvel Irak, théâtre des pires affrontements entre chiites et sunnites manipulés en sous-main par un Iran qui reste la menace numéro un pour la paix dans le monde, n'est pas une option."

 

Il suffit d'une phrase pour que ressorte une propagande anti-iranienne aussi grotesque que détestable. Elle démontre, soit la malhonnêteté, soit la crétinerie, de François Fillon. 

 

En premier lieu, il est d'une incroyable mauvaise foi de prétendre que l'Iran attiserait les conflits entre chiites et sunnites. Car qui essaie de transformer ce conflit en guerre de religion, si ce ne sont l'Arabie Séoudite, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, la Jordanie? Les monarchies du Golfe ont présenté le régime syrien comme "une dictature chiite", devant donc être renversée par la majorité de sa population, sunnite. Ces monarchies étaient des amies de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Est-ce pour cela que ce dernier inverse la situation? 

Du reste, il est idiot de croire que l'Iran encourage un conflit religieux dans un pays où les chiites sont en minorité, un conflit qu'il aurait donc toutes les chances de perdre. 

 

Par ailleur, prétendre que l'Iran est aujourd'hui "la menace numéro un pour la paix dans le monde" est une affirmation de propagande, ridicule et sans fondement. Signalons à titre de rappel que l'Iran n'a pas déclaré une seule guerre au cours des 20 dernières années; contrairement à la France, à l'Angleterre, aux Etats-Unis, à la Russie, à Israel ou au Canada qui, tous, ont déclenché une ou plusieurs guerres d'agressions sur la même période. 

 

François Fillon s'était fait connaître dans son lycée en prenant la tête d'une manifestation contre sa professeur d'anglais. Il avait par la suite milité auprès de feu Philippe Séguin, avant de rejoindre Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy, reniant la plupart des ses idées souverainistes. Autant dire qu'il y a peu à attendre de ce personnage en terme de fiabilité et de cohérence idéologique. 

 

 

François Fillon, où le prototype du gaulliste en carton-pâte

 

En un mot comme en mille, la leçon de politique étrangère de François Fillon ne porte pas. Lorsqu'il dénonce les postures "atlantistes" et "droit-de-l'hommistes" du Parti Socialiste, on se demande si l'on n'est pas en plein rêve hallucinogène, tant l'hôpital se fout ici de la charité. Quelques critiques justes cohabitent avec des incohérences flagrantes qui montrent que l'ancien Premier Ministre a bien mal appris sa leçon de gaullisme. La politique étrangère de François Hollande est d'une consternante médiocrité, mais les conseils de François Fillon la feraient plonger vers des abysses de médiocrité rarement atteints. 

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