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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:05

La pièce de théâtre de Roméo Castellucci, au cours de laquelle des excréments sont balancés sur un portrait de Jésus-Christ, est assurément de très mauvais goût. Provocation facile d'un artiste en manque de notoriété? Coup de pied de l'âne à une religion en déclin? Peu importe. Car, aussi certainement que cette pièce, Sur le concept du visage du fils de Dieu, est insultante et stupide, il n'en demeure pas moins que la liberté d'expression reste un droit sacré, que l'on ne saurait remettre en question, surtout par la violence. Aussi les coups de force des chrétiens du Renouveau  est-il hautement regrettable, car il voit la culture catholique, au sein même de laquelle est née la tradition du blasphème, suivre la déplorable tendance communautaire d'autres groupes religieux. 

 

Ce portrait du Christ finira recouvert d'excréments. Ne cherchez pas à comprendre, il paraît que c'est de l'art. 

 

 

La traditionnelle tolérance des chrétiens français face au blasphème

 

Le catholicisme en France, après une longue période d'obscurantisme, a pris l'habitude d'accepter, ou tout au moins de tolérer, le blasphème et la critique. Cette situation particulière est due en premier lieu à la nature même de la religion: plus encline au pardon, voire au laxisme, que les autres croyances ("Si l'on te frappe sur une joue, tend l'autre joue!"), la religion catholique se veut plus une philosophie qu'un dogme, ce qui la distingue non seulement des autres religions monothéïstes, mais également du protestantisme, plus rigoureux. 

C'est aussi, bien sûr, à l'histoire de France, qu'est due cette attitude des catholiques, que l'on a fait plier, parfois par la violence, brisant chez eux toute volonté intégriste. Du gallicanisme (soumission de l'Eglise catholique au Roi de France) à la laïcité républicaine, en passant par l'influence des Lumières, la Révolution française et le Concordat, la religion catholique a toujours été soumise aux pouvoirs publics, qui se sont assurés de sa modération et de son respect des intérêts de la France. De fait les catholiques français font généralement preuve d'une ouverture d'esprit et d'un patriotisme qui manque, non seulement à beaucoup d'autes religieux, mais également aux athées. 

 

Une attitude ambigüe, cependant, qui, en plus de vider les églises et de conduire à l'émergence d'un catholicisme social-libertaire insupportable, a laissé la religion encaisser tous les coups. Tandis que d'autres, eux, s'organisaient. 

 

 

De la victimisation religieuse à l'intégrisme

 

Les religions minoritaires en France, justement parce que minoritaires, ont souvent réagi beaucoup plus vigoureusement à la caricature et la critique. Une attitude qui s'explique en grande partie par le génocide des juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, point final d'une campagne de dénigrement et caricatures violentes. 

 

Dans les années 60, dans la lignée d'un Israel sûr de lui-même et dominateur, une partie des Français de confession juive s'organise, revient à ses origines religieuses et, jouant sur le remord lié au régime de Vichy, combat vigoureusement les attaques contre cette religion. Après la condamnation des propos antisémites, vient celle des propos anti-judaïque, puis celle de toute remise en cause des dogmes religieux du judaïsme. 

Sur ces entrefaites, avec l'immigration des années 60 et 70, arrive l'islam en France. Très similaire, par son côté englobant, au judaïsme, il ne tarde pas à en adopter les méthodes de combat. Aux accusations d'antisémitisme, se succèdent celles d'islamophobie, un concept popularisé par la République islamique d'Iran.

 

Il est toujours agréable d'être la victime dans la société française contemporaine. Chaque groupe cherche à se voir victime de phobie. Après l'islamophobie, la cathophobie!

 

L'affaire des caricatures de Charlie Hebdo, puis du renvoi de Siné du même journal, au-delà de leur côté provocateur stupide et blessant, montrent la difficulté qu'il y a désormais à rire des religions juive et musulmane. Quand à la franc-maçonnerie, athée ou protestante, il devient difficile ne serait-ce que d'en parler, sous peine d'être assimilé aux pires extrémistes de l'Histoire. 

Seule la religion catholique peut être, encore, attaquée et ridiculisée: prêtres pédophiles, Pape nazi, tous les poncifs ressortent allègrement et font la joie des caricaturistes. 

 

 

L'erreur du Renouveau Français

 

Les groupes catholiques, longtemps tolérants vis-à-vis du blasphème, le vivent de plus en plus mal. Surtout, ils regardent avec envie les autres religions: minoritaires, donc faibles, donc victimes potentielles, elles jouent sur ce statut pour échapper à la caricature et au blasphème, assimilés à du racisme. Le catholicisme n'a pas cette tradition. Mais les jeunes du Renouveau Français, groupe communautaire catholique qui se revendique du nationalisme, comptent bien s'inspirer de ces méthodes. 

Ils lancent le concept de christianophobie, intégralement repompé sur celui d'islamophobie. Ils s'expriment via l'AGRIF, dont l'intitulé comme les méthodes rappellent furieusement le CRIF. Et leur coup de force a un but simple: faire reconnaître la religion catholique comme "victime", dénoncer le blasphème comme innacceptable, pour se défendre à l'instar des autres religions. 

 

En agissant ainsi, hélas, le Renouveau Français se rend coupable d'une triple trahison, probablement involontaire. 

Trahison de la liberté républicaine, qui implique le droit à la liberté d'expression de chacun, quand bien même ses propos et ses actes nous choqueraient. 

Trahison du message catholique, qui rejette la violence, fût-elle pour des objectifs louables. 

Trahison, enfin et surtout, de la tradition du catholicisme français, patriote et tolérant, et qui n'est jamais tombé dans la victimisation communautaire. 

 

Les coups de force, qu'ils soient le fait de catholiques, comme ici, de juifs, comme aux spectacles de Dieudonné, ou de musulmans, comme lors des caricatures de Charlie Hebdo, sont toujours contre-productifs et desservent en fin de compte la religion qu'ils veulent défendre. 

 

 

On peut comprendre la colère des jeunes catholiques du Renouveau Français. On peut comprendre le sentiment d'injustice qu'ils ressentent. On peut comprendre que cette pièce les choque au plus haut point - il n'est d'ailleurs même pas besoin d'être chrétien pour cela. Et, dans ce cas, rien ne les empêche de la boycotter. Mais, plutôt que de voir les catholiques sombrer dans l'intégrisme et la violence, ne vaudrait-il mieux pas veiller à faire accepter la caricature et la critique, fût-elle bête et méchante, aux autres religions?

 

Beaucoup de juifs, de musulmans, d'athées, les acceptent déjà, et c'est un progrès. Veillons à ce qu'il ne soit pas contrebalancé par un déclin de la tolérance du catholicisme français.  

 

Espérons par ailleurs que les journalistes, artistes et auteurs comprennent que le vrai courage, aujourd'hui, n'est pas dans l'attaque bête et gratuite des chrétiens, des juifs ou des musulmans, mais dans la dénonciation des forces politiques et économiques qui mènent la France à la ruine. Le groupe comique des Inconnus nous a donné l'exemple: rire de tout le monde sans blesser personne, tout en pointant du doigt les vrais problèmes. 

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