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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 23:09

 

Il y a dix ans jour pour jour, les puissances occidentales menées par les Etats-Unis mènent leurs premières opérations de bombardement de l'Afghanistan; première étape d'une guerre impitoyable au terme de laquelle seront chassés du pouvoir les Taliban, soupçonnés d'abriter Al Quaïda et son chef, le mystérieux Ben Laden. Les Occidentaux s'installent alors dans le pays, avec l'ambition proclamée d'en éradiquer le terrorisme et d'y installer la démocratie. Au bout d'une décennie, alors qu'ils s'apprètent à évacuer le pays, ils ne peuvent que constater leur double échec. Pourtant prévisible. 

 

Un terrorisme qui plie mais ne rompt pas

 

La méthode d'intervention choisie était mauvaise depuis le début. Tout d'abord, on ne combat par les terroristes, habitués à mener les guérillas, avec une armée régulière. Les Soviétiques en avaient fait la douloureuse expérience, dix ans plus tôt, dans le même pays. Par ailleurs, le terrorisme étant un mouvement transnational par nature, il était absurde de croire qu'on pourrait le neutraliser en ne le combattant que dans un seul pays. Ici aussi, l'exemple russe aurait du être rappellé: les Taliban opposés aux troupes soviétiques ne cessaient de se replier au Pakistan, où ils étaient protégés et armés par leurs alliés de l'époque, les Etats-Unis, via les services secrets pakistanais. 

Envoie une armée régulière combattre la guérilla afghanne, sans prendre le contrôle des pays voisins (Pakistan et ex-républiques soviétiques d'Asie Centrale) était donc une crétinerie totale, bien étonnante de la part des meilleures armées du monde. 

 

Les zones tribales, ces régions que le Pakistan a confiées aux Taliban, fournissent d'excellentes bases arrières pour les combattants d'Al-Quaïda. Situées à la frontière de l'Afghanistan, et en pleine zone de montagne, elles forment une forteresse inexpugnable.

 

En conséquence, si le régime des Taliban a été facilement renversé, Al-Quaïda (malgré des pertes lourdes et indéniables, à commencer par son chef, le mystérieux Ben Laden) continue de prospérer en Afhganistan, n'ayant qu'à franchir la frontière avec le Pakistan pour se retrouver en sécurité, au sein des zones tribales contrôlées par les Taliban pakistanais. 

Au nord, les Républiques d'Asie Centrale fournissent un inépuisable vivier de combattants prèts à en découdre. Paradoxalement, les Occidentaux ne peuvent compter que sur l'Iran, au sud-ouest du pays, pour maintenir un semblant de stabilité. 

Loin d'être neutralisé, le terrorisme a même été vivifié par l'intervention américaine. La mort officielle de Ben Laden aura permis aux Américains d'échapper à l'humiliation totale, mais leur intervention, sur le long terme, n'aura pas su réduire le terrorisme. Terrible constat qui condamne du même coup la fragile démocratie afghane que les Occidentaux se gargarisent d'avoir installée...

 

Hamid Karzaï, longtemps vu comme l'homme des Américains, risque bien d'être chassé après leur départ. Sauf bien sûr en négociant avec les Taliban, ce qu'il s'est empressé de faire.

 

L'illusion de la démocratie, les désillusions que le futur annonce

 

Que l'on ne s'abuse pas au sujet de la démocratie instaurée en Afghanistan: maintenue à bout de bras par les troupes occidentales, elle menace de s'effondrer à tout bout de champ. Encore une fois, un tel échec était plus que prévisible: l'Histoire montre que, de Napoléon en Espagne, à Kennedy au Vietnam, la démocratie ne s'exporte pas, et surtout, ne s'impose pas par les armes. A l'exception notable du Japon en 1945, aucun pays ne s'est jamais démocratisé sous l'occupation étrangère. Les Soviétiques avaient tenté de moderniser et de laïciser le pays; ils ont déchaîné contre eux un regain d'intégrisme religieux. De même les Occidentaux, en imposant la démocratie par les bombes et l'occupation, font-ils le jeu des dictateurs et des Taliban. Ces derniers, mal-aimés par la population il y a 10 ans, apparaissent de plus en plus comme des héros de l'indépendance nationale.

 

Cette faute de l'Occident est aussi un crime. On a fait croire à des élites locales qu'elles vivraient désormais en démocratie; que les femmes seraient plus libres; que les intellectuels pourraient s'exprimer; que les minorités seraient respectées. Pendant 10 ans, ces élites ont vécu dans une démocratie artificielle protégée par l'Occident. Sans se rendre compte que le départ de ses troupes signera peut-être leur arrêt de mort - les plus chanceux devront se soumettre ou s'exiler.  

Si l'Occident avait laissé ce pays se développer à son rythme, trouvant le chef moderniste qu'il lui fallait, peut-ête aujourd'hui ces élites poseraient-elles les premières pierres d'une démocratie beaucoup plus solide, puisque nationale et donc acceptée par le peuple. En évitant, au passage, la mort de 35 000 citoyens afghans, dont de nombreux civils. 

 

 

En 1989, l'Occident se réjouissait devant le départ précipité des troupes soviétiques. Une humiliation qu'il risque bien de subir à son tour...

 

 

Les Américains sont déjà en train de négocier avec les Taliban, qui attendent patiemment leur heure pour reprendre le pouvoir. On espère ainsi former un gouvernement "modéré", une coalition qui regrouperait autour de Karzaï les islamistes prêt à la réconciliation et ses anciens collaborateurs de l'Occident. Mais n'est-il pas déjà trop tard? Au pire, l'Afghanistan retombera dans la guerre civile et la dictature; au mieux, une démocratie corrompue et fragile tentera de survivre, vivant aux crochets de l'aide américaine, jusqu'à être renversée à son tour. Est-ce pour un tel résultat que sont morts les soldats français? La France peut-elle encore, aujourd'hui, se féliciter de cette entreprise, soutenue par Jacques Chirac et Lionel Jospin? Ne doit-elle pas plutôt admettre qu'elle a suivie les Etats-Unis dans ce qui restera comme un des plus gros échecs de leur histoire militaire et diplomatique?

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