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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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11 septembre 2011 7 11 /09 /septembre /2011 20:35

Les Etats-Unis ont beau jeu, en ce dixième anniversaire des attentats du World Trade Center, de peaufiner leur image d'Etat victime, dans une propagande larmoyante assidûment reprise par leurs alliés occidentaux. Ils permettent ainsi de faire oublier que le 11 septembre marque également la date d'un coup d'Etat militaire au Chili dont ils furent les complices. Le renversement d'un gouvernement démocratiquement élu, avec la complicité de la C.I.A., permit l'établissement au Chili d'une dictature sanguinaire, chapeautée d'une main de fer par le général Augusto Pinochet. Le drame de ce petit pays, si loin de nous, reste encore peu connu; pourtant, aujourd'hui encore, le Chili porte les séquelles de ce coup d'Etat, pour lequel les Américains n'ont jamais présenté d'excuses. 

 

A peine élu, les jours du nouveau président étaient compter: Richard Nixon et Henry Kissinger ne pouvaient laisser passer ce qu'ils avaient vécu comme une grave humiliation...

 

Salvador Allende: le caillou dans la botte sud-américaine de Washington

 

La situation chilienne n'inquiétait guère les Etats-Unis jusqu'en 1970; République parlementaire depuis plusieurs décennies, le pays était alors, comme tous les Etats d'Amérique du Sud, un de leurs alliés loyaux, stable et prometteur. Aussi, l'élection du socialiste Salvador Allende à la tête du Chili provoqua un vif émoi à Washington. Richard Nixon refusa de féliciter son homologue, et ordonna immédiatement à la C.I.A. de se mettre en action pour discréditer et chasser celui qu''il qualifiait de "fils de pute"; Henry Kissinger résuma la position américaine ainsi: "l'élection d'Allende [...] nous pose un des plus sérieux défis jamais rencontrés dans cette hémisphère".

Salvador Allende n'était pourtant pas un grand danger pour l'Amérique. Si son gouvernement comprenait quelques ministres communistes, lui-même était plus proche des sociaux-démocrates; c'est d'ailleurs en promettant de respecter la constition du pays et les libertés fondamentales qu'il avait reçu le soutien des centristes. Mais Kissinger craint "l'effet domino": le passage d'autres pays d'Amérique Latine au socialisme, et peut-être un jour, au communisme!

 

Un coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis

 

La C.I.A., qui avait déjà financé le candidat de droite Alessandri, s'attaque alors au nouveau gouvernement de gauche. Elle se heurte dans un premier temps au général René Schneider, chef des armées chiliennes, légaliste et hostile à tout coup d'Etat. Ce gêneur, mortellement blessé fin 1970, lors d'une tentative d'enlèvement, sera vite éliminé. Son remplaçant n'est autre qu'un certain Augusto Pinochet...

Les Américains se lancent alors dans une importante campagne de déstabilisation, qui frappe tous azimuts: financement des journaux de droite, arrêt des investissements et exportations, propagande insidieuse, ordre à la Banque Mondiale de stopper ses prêts. En quelques années, la situation sociale du Chili se dégrade considérablement. Dans le même temps, la C.I.A. apporte un soutien logistique et financier à l'armée qui, sous la coupe de Pinochet, compte renverser le gouvernement de gauche à la faveur de la crise. 

 

Réfugié dans son palais, Salvador Allende a-t-il été tué par sa propre armée, ou s'est-il suicidé? Le mystère demeure...

 

C'est donc le 11 septembre 1973 qu'aura lieu le renversement de Salvador Allende; au petit matin, l'armée chilienne prend le contrôle du port de Valparaison et annonce la déchéance du gouvernement démocratiquement élu trois ans plus tôt. Le président se réfugie dans le palais présidentiel, d'où il tente d'organiser un semblant de résistance; bombardé par sa propre armée, Allende meurt au terme de l'assaut. 

L'armée chilienne, sur les ordres d'Augusto Pinochet, lance une vague de représsion massive contre les communistes chiliens, dont les noms lui avaient été communiqués par la C.I.A. Des milliers de civils sont tués, arrétés, torturés; ainsi débute, dans le sang, et avec la lourde complicité des Etats-Unis, une dictature militaire qui ne tombera que 18 ans plus tard, en 1989...

 

Le lourd traumatisme d'un pays

 

Lorsque le général Pinochet est contraint de quitter le pouvoir, en 1990, le Chili semble renouer avec la liberté. 20 ans plus tard, il apparaît pourtant que le pays souffre toujours terriblement des séquelles de cette époque. Les dirigeants et tortionnaires du régime militaire n'ont ainsi jamais été poursuivis ni inquiétés, et Augusto Pinochet lui-même, déclaré mentalement irresponsable, fut relâché par la cour chargée de le juger. Le viuux général meurt en 1996, sans avoir été condamné pour ses crimes. Le bilan des militaires chiliens est pourtant extrèmement lourd: les escadrons de la mort, la police politique et les services secrets se sont rendus coupables de milliers de cas de torture, viol, enlèvement, disparition et assassinat, non seulement au Chili, mais également dans le reste de l'Amérique Latine. Même les Etats-Unis et l'Europe auront été frappés par ces actes meurtiers. 

 

Après les réformes sociales de Ricardo Lagos, Michelle Bachelet, élue en 2006, déçoit le peuple chilien. Les problèmes économiques hérités des années 1970 perdurent, et le pouvoir manque de volonté. Des dissidences se créent à gauche, regroupant les déçus du socialisme sauce Bachelet. Ces difficultés permettent l'élection, entre 2009 et 2010, de l'homme d'affaire Sebastian Pinera. Surnommé "le Berlusconi chilien", ce libéral de droite se distingue en intégrant d'anciens hommes de Pinochet dans son équipe; la situation sociale continue de se dégrader terriblement. S'il joue sur des coups médiatiques, tels l'union des homosexuels ou le sauvetage de 33 mineurs chiliens, le gouvernement se montre incapable de répondre à la crise sociale et économique. La jeunesse chilienne manifeste depuis plusieurs mois, réclamant un meilleur accès à l'éducation et aux services publics. Passée inaperçu à l'heure des révolutions arabes et des émeutes anglaises, ce mouvement de contestation ne semble pourtant pas prêt de s'affaiblir...

 

La jeune et jolie communiste Camila Vallejo est à la tête du mouvement de contestation qui touche le Chili depuis trois ans. Le salut viendra-t-il de la jeunesse?

 

 

Le 11 septembre aura été pour le Chili une date autrement plus funeste qu'elle n'a pu l'être pour les Etats-Unis. Le coup d'Etat, préparé par la C.I.A. et approuvé par Washington, des militaires chiliens, a saboté une démocratie en plein essor. En plus des profondes blessures morales et politiques dont le pays souffre toujours, il a vu sa croissance économique et son modèle social brisés en vol. Près de 20 ans après la fin de la dictature, le Chili peine toujours à s'en relever, bien qu'en meilleure posture que beaucoup d'autres pays de la région; sa jeunesse qui se soulève manifeste plus son desespoir que sa volonté de changement. Crise sociale, morale et politique: la difficile situation du Chili doit beaucoup aux Etats-Unis. Au lieu de s'apitoyer sur le sort de son pays, on aimerait que Barack Obama profite de ce 11 septembre pour faire au Chili les excuses qu'il lui a toujours refusées. 

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commentaires

PANNIER 12/07/2012 12:08


Votre article contient une grosse erreur. Le remplacant du Général Schneider au poste de commandant en chef de l'Armée,après l'assassinat de celui-ci en octobre 1970,ne fut pas Augusto Pinochet
mais le Général Carlos Prats,second de Schneiser,ami de celui-ci et également fidèle à la doctrine légaliste et constitutionnaliste. Prats réussit presque 3ans à lutter contre les velléités
putschistes d'un nombre croissant de ses collègues,entrant meme par deux fois dans les gouvernements d'Allende! Mais,à partir de l'échec d'un premier coup d'Etat le 29 juin 1973 (le"Tancazo ou
Tanquetazo"),il perdit pied devant une situation ou,de plus en plus isolé,sa tendance devenait minoritaire; il finit par démissionner le 23 aout 1973, soit à 19 jours du coup d'Etat. Et c'est là
qu'apparait Pinochet: celui-ci,loin des projecteurs,avait gravit peu à peu les échelons de la hiérarchie: général de brigade en 1970,général de division et commandant de la garnison de Santiago
en 1971,enfin chef d'état-major de l'armée,soit numéro 2 et adjoint direct de Prats,en janvier 1972. Il apparaissait alors comme un pilier légaliste,membre du "secteur Prats" et fidèle à la
Constitution. Il fut donc choisi naturellement comme successeur de Prats comme commandant en chef,ce dernier pensant meme que cela calmerait les choses! Pinochet fut investi dans ses fonctions le
24 aout 1973,soit à 18 jours du putsch. Il changea de casaque au dernier moment et prit la tete du coup d'Etat du 11 septembre 1973. On sait ce qu'il est advenu après! A noter que Prats s'exila
en Argentine 4 jours après le putsch et fut assassiné à Buenos Aires,en compagnie de son épouse,le 30 septembre 1974,par des sbires de Pinochet (la fameuse DINA).

Aurélien Denizeau 07/08/2012 12:18



Merci de cette précision! 


Plus que d'une erreur, il s'agit d'un simple raccourci, que le format des articles (volontairement court) m'oblige parfois à faire =)