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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 20:48

Pro-israéliens, pro-palestiniens ou observateurs neutres, beaucoup se sont étonnés de la prise de position de François Hollande et de son gouvernement face au bombardement de la bande de Gaza par Israel. Alors que les victimes civiles s'accumulaient, le Président de la République a proclamé son soutien total au gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, tandis que son Premier Ministre Manuel Valls se chargeait de faire interdire les manifestations pro-palestiniennes. Dans l'ensemble, le Parti Socialiste et son gouvernement sont restés solidaire du gouvernement israélien tout au long des bombardements. Cette prise de position a surpris certains de ses partisans ou adversaires. Elle était pourtant parfaitement prévisible, quand on se souvient des rapports historiques que les socialistes entretiennent à l'égard d'Israel et du monde arabe.

Inaugurée par Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo, l'esplanade David Ben Gourion (du nom du fondateur d'Israel) a été à l'origine d'une polémique avec des mouvements pro-palestiniens.

Inaugurée par Bertrand Delanoé et Anne Hidalgo, l'esplanade David Ben Gourion (du nom du fondateur d'Israel) a été à l'origine d'une polémique avec des mouvements pro-palestiniens.

Israel et le Parti Socialiste français: une longue histoire d'amitié

 

Le lien très fort qui unit le mouvement socialiste français à Israel plonge ses racines dans l'avant-guerre, à l'époque où le sionisme, projet d'implantation des Juifs en Palestine, avait les faveurs de nombreux cadres de la SFIO, lesquels voyaient alors dans le Kibboutz (ces implantations juives collectivistes) une fascinante expérience socialiste. L'effroyable génocide des populations juives et tziganes par le régime nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale a évidemment renforcé la sympathie pour les populations juives au sein de la SFIO, et le soutien à la création de l'Etat israélien (d'autant que de nombreux cadres du partis, qui avaient cru un temps au Maréchal Pétain, y voyaient un moyen d'expier leur sentiment de culpabilité).

Les années 1950 sont celles d'une belle lune de miel entre la IVe République, dominée par les radicaux et les socialistes, et la jeune nation israélienne. La guerre d'Algérie, qui dresse les pays arabes (et notamment l'Egypte de Gamal Abdel Nasser, grande figure du nationalisme arabe) contre la France, renforce ces liens. Français et Israéliens collaborent alors étroitement dans le domaine des armements atomiques. En 1954, ils montent une expédition commune contre le colonel Nasser - mais sont finalement stoppés par l'opposition des Soviétiques et des Américains.

Lorsque Charles de Gaulle décide de rompre avec Israël en 1967, suite à la guerre des six-jours, il essuie de violentes critiques de la part des socialistes français - beaucoup n'hésiteront pas à l'accuser d'antisémitisme. En arrivant au pouvoir en 1981, François Mitterrand se rapproche de nouveau de l'Etat hébreu - même si l'influence de son ministre Hubert Védrine, réaliste influencé par la pensée gaulliste, tempère ce réchauffement diplomatique. Lionel Jospin, Premier Ministre de 1997 à 2002, s'illustrera par son soutien solide aux Israéliens lors de la Seconde Intifada - par contraste avec Jacques Chirac, qui apparaît plutôt pro-palestinien.

Le Parti Socialiste est donc resté, tout au long de son histoire, un fidèle soutien d’Israël. Parmi ses cadres et ministres les plus attachés à cette alliance peuvent être mentionnés Manuel Valls, Laurent Fabius, Bertrand Delanoé, Anne Hidalgo, Harlem Désir ou Dominique Strauss-Kahn. Regulièrement invités aux dîners du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France, cet organisme a depuis longtemps cessé de défendre les Français de confession juive, préférant se comporter comme une ambassade officieuse d’Israël). Les critiques éventuelles contre Israel sont donc laissés à quelques voix isolées (Hubert Védrine ou Pascal Boniface, ce dernier s'étant même fait le promoteur des mouvements islamistes moyen-orientaux), à des "frondeurs" sans aucune influence (Yann Galut, Marie-Noëlle Lienneman...), où aux "beurs" du parti, qui agissent à la fois par solidarité communautaire envers les Palestiniens, et en tant que "faire-valoir" pro-arabes du parti.

 

Son soutien à Israel n'empêche nullement François Hollande d'entretenir - à l'image de son prédécesseur - d'excellentes relations avec des dictatures théocratiques comme le Qatar.

Son soutien à Israel n'empêche nullement François Hollande d'entretenir - à l'image de son prédécesseur - d'excellentes relations avec des dictatures théocratiques comme le Qatar.

Un monde arabe toujours incompris par les socialistes

 

Le soutien sans faille du parti socialiste à Israel s'est accompagné d'une hostilité plus ou moins marquée à l'égard du nationalisme arabe. Contrairement aux communistes, aux gaullistes ou aux néo-conservateurs, les socialistes n'ont jamais développé de doctrine précise envers le monde arabe. Leur attitude dictée principalement par l'alliance avec Israel et les Etats-Unis s'est donc bornée à soutenir les régimes pro-occidentaux et à combattre les non-alignés. Il faut ajouter à cela le contexte de la guerre d'Algérie: menée par les gouvernements socialistes (dont un certain François Mitterrand, alors ministre de la Justice, qui multipliait les ordres d'exécution), elle avait dressée la plupart des pays arabes, solidaires du FLN algérien, contre la France.

C'est Nasser, en dépit de ses idées sociales, républicaines et laïques, qui a le plus cristallisé les haines des socialistes français. Nationaliste, étatiste et hostile à Israel, le Raïs se vit pour cela qualifié de fasciste, tandis que Guy Mollet l'assimilait sans hésitation à Staline et Hitler. La politique arabe du général de Gaulle fut très durement critiquée par les cadres socialistes, François Mitterrand en tête. Cette attitude n'était pas seulement dictée par leur sympathie pro-israélienne, mais aussi par une profonde incompréhension des grands changements du monde. Ayant renoncé à l'idée nationale, perdus dans leurs idéaux atlantistes et européïstes, les socialistes français ne comprenaient pas d'autres leaders, à travers le monde, pussent afficher aussi clairement leur volonté d'indépendance nationale.

Charles de Gaulle avait pressenti l'émergence d'un monde multipolaire où les grandes civilisations, chinoise, latino-américaine, indienne et bien sûr arabe, éprouveraient le besoin de marquer leur puissance et leur autonomie. Il avait compris que la France devait tisser des liens avec ces grandes civilisations, afin de préserver son statut de grande puissance.

Les socialistes, nostalgiques de cette Algérie française qu'ils venaient de perdre, tétanisés par le système des blocs et leur atlantisme forcené, n'avaient pas compris que le monde arabe n'avait plus vocation à être le terrain de jeux ou le porte-avions des Occidentaux.

Cette hostilité aux nationalistes arabes s'atténua cependant au fil des années, devenant moins systématique. Lorsqu'il arriva au pouvoir en 1981, François Mitterrand noua de bonnes relations avec certains pays arabes. Principalement les régimes pro-américains et anti-communistes: la Tunisie de Bourguiba puis de Ben Ali, l'Egypte de Moubarak, et même l'Irak de Saddam Hussein lorsque ce dernier faisait la guerre à l'Iran. En somme, les gouvernement socialistes n'ont soutenu les régimes arabes que lorsque ces derniers servaient les intérêts de Washington - et donc ne représentaient aucun risque majeur pour Israël.

On retrouve ce schéma aujourd'hui encore: après avoir soutenu la guerre lancée par Nicolas Sarkozy contre la Libye de Kadhafi, François Hollande et ses ministres ont été en première ligne face à la Syrie baasiste de Bachar al-Assad. Mais cette fois-ci, ce n'était pas tant pour défendre les intérêts d'Israel que ceux du Qatar et de l'Arabie Séoudite, régimes avec lesquels le gouvernement français entretient les meilleures relations qui soient. En oubliant curieusement leur judéophobie virulente et leur soutien à des mouvements terroristes aussi barbares que ceux qui ravagent l'Irak en ce moment...

Que retenir, en somme, de la politique des dirigeants socialistes face au monde arabe? Un certain paternalisme, qui les pousse à soutenir les régimes théocratiques alliés de l'Occident et à tolérer les régimes nationalistes pro-occidentaux. En revanche, toute Nation arabe qui tente d'échapper à la tutelle occidentale ou se dresse contre Israel s'attire l'hostilité du Parti Socialiste, qui n'hésite pas à soutenir les pires fondamentalistes contre elle.

On ne peut donc pas franchement dire que le Parti Socialiste prône une diplomatie arabophile. Pourtant, de nombreux militants pro-palestiniens, tiers-mondistes ou pro-arabes ont apporté leur soutien à François Hollande en 2012, espérant qu'il réaliserait leurs aspirations. Dans le même temps, de nombreux soutiens d'Israel se sont inquiétés, craignant qu'il se dresse contre l'Etat hébreu une fois arrivé au pouvoir.

Comment expliquer cette gigantesque méprise?

Fondateur du mouvement SOS Racisme et chef du Parti Socialiste de 2012 à 2014, Harlem Désir est ici entouré par Bernard Kouchner (cadre du parti socialiste, favorable à la Guerre en Irak de 2003, militant pro-israélien) et de Bernard-Henri Levy (parrain de SOS Racisme, infatigable soutien du gouvernement israélien et proche des cercles dirigeants du Parti Socialiste).

Fondateur du mouvement SOS Racisme et chef du Parti Socialiste de 2012 à 2014, Harlem Désir est ici entouré par Bernard Kouchner (cadre du parti socialiste, favorable à la Guerre en Irak de 2003, militant pro-israélien) et de Bernard-Henri Levy (parrain de SOS Racisme, infatigable soutien du gouvernement israélien et proche des cercles dirigeants du Parti Socialiste).

Le Parti Socialiste pro-arabe? Aux origines d'un mythe

 

Lorsque Mitterrand trahit le programme social au cours des années 1980, il lui faut trouver une cause et un électorat de substitution. C'est auprès des immigrés, via le mouvement anti-raciste, que le Parti Socialiste va alors rechercher son nouveau socle électoral. Favorable à l'ouverture des frontière, le gouvernement PS adopte une attitude paternaliste de protecteur des immigrés arabo-musulmans, qui seraient menacés par le Front National en pleine ascension (ascension favorisée par... le président Mitterrand lui-même, du reste...) C'est ainsi que le Parti Socialiste s'achète, à peu de frais, l'image d'un parti proche des immigrés en général et des Maghrébins en particulier. De là à en faire le "parti des Arabes", il n'y a qu'un pas que beaucoup franchiront très allègrement, et d'autant plus facilement que la droite est alors elle-même en pleine mutation.

Jusqu'aux années 2000, en effet, Jacques Chirac avait tâché de préserver l'orientation pro-arabe (certes atténuée depuis l'époque gaulliste) de son parti. En 1997, le tout-nouveau président défendait à Jérusalem les commerçants arabes. En 2003, la très belle intervention de Dominique de Villepin à l'ONU symbolisait le refus de la guerre en Irak par la France. Mais la campagne présidentielle de 2007 a vu l'émergence d'un nouveau candidat pour la droite: Nicolas Sarkozy, qui s'affichait ouvertement atlantiste et pro-israélien. En quelques années, l'UMP se verra purgée de ses éléments pro-arabes (chiraquiens et gaullistes principalement). Ses nouveaux cadres, ou bien affichent un soutien sans faille à Israel face aux Etats arabes (Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christian Estrosi...), ou bien adoptent une ligne atlantiste marquée (Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin...) Pendant son mandat, Nicolas Sarkozy multipliera les actions d'hostilité envers les nationalistes arabes (renversement militaire de Kadhafi, rupture avec la Syrie baasiste...) et s'alignera largement sur les désirs israéliens (non-reconnaissance de la Palestine à l'ONU, sanctions contre l'Iran...)

Certains en tirent alors une conclusion simpliste: Nicolas Sarkozy étant pro-israélien, et François Hollande son principal rival pour 2012, ce dernier ne peut être que pro-palestinien! Ce sophisme est renforcé, il est vrai, par l'alliance du Parti Socialiste avec les Verts, traditionnellement proches de la cause palestinienne (plus d'ailleurs par tiers-mondisme pacifiste que par soutien au nationalisme arabe). Les appels du pieds des cadres socialistes envers les musulmans français, majoritairement pro-palestinien, ont permis de consolider le mythe.

 

*  *  *

En apportant son soutien sans faille au gouvernement israélien et au bombardement de Gaza, François Hollande a détruit définitivement ce mythe aux yeux de ceux (pro-israéliens comme pro-palestiniens) qui y croyaient encore. Ce n'était pas une trahison des idéaux de son parti, mais au contraire leur rigoureuse mise en application. Face aux gaullistes et aux communistes, traditionnellement pro-arabes, les socialistes ont toujours été le principal soutien d’Israël en France. On peut l'approuver. On peut le déplorer. Mais en tous les cas, il est bon de rappeler ces héritages diplomatiques fondamentaux.

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