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  • : Chronique du choc entre les nations libres et qui tiennent à le rester, et le mondialisme ravageur qui cherche à les soumettre.
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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 12:40

Une nouvelle vague de massacres frappe de nouveaux le Proche-Orient. De la Palestine à l'Irak, sans oublier la Libye (où l'ont voit aujourd'hui les résultats catastrophiques de notre intervention militaire de 2011), les haines communautaires semblent plus déchaînées que jamais et prédisent un sombre avenir pour cette région ou vivent côte à côte musulmans, juifs et chrétiens, Arabes, Kurdes et Turcs.

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

C'est évidemment la tragédie palestinienne qui marque le plus les esprits - et réveille les fractures les plus douloureuses. Comment ne pas être effaré par ce déchaînement de violences et ces bombardements aveugles qui frappent une population majoritairement civile, prisonnière d'un réduit qu'elle ne peut ni fuir, ni protéger? Le comble de l'ignominie est atteint avec ces colons israéliens qui s'installent sur des sièges, comme s'ils étaient au spectacle, pour admirer ce massacre et applaudir chaque bombe lancée sur cette terre ravagée.

 

Mais peut-être plus effarantes encore sont les justifications qu'on essaie d'apporter à ces massacres. Israel ne ferait que "se défendre"; mais depuis quand faut-il tuer près d'un millier de civil pour venger la mort - certes tragiques - de trois citoyens? D'aucuns affirment que le Hamas se cache dans les hôpitaux ou les écoles, ce qui expliquerait la destruction de ces bâtiment. Ce n'est pas impossible (le mépris du Hamas pour la vie de ses citoyens est patent), mais cela justifie-t-il le meurtre de civils, de femmes et d'enfants? Lorsqu'un braqueur prend un otage, fait-on sauter toute la banque pour l'éliminer?

D'autres feignent la fausse naïveté. Jacques Attali se demande pourquoi les Palestiniens ne se cachent pas dans les tunnels creusés par le Hamas. Peut-être parce qu’Israël a affiché son intention de détruire ces tunnels?

Député de l'UDI et conseiller de Benjamin Netanyahou, le Franco-Israélien Meyer Habib parcours tous les plateaux de télévision pour expliquer qu'Israel représente la civilisation, la bonté, la grandeur d'âme, face à la "barbarie islamiste". Comment ce subtil analyste explique-t-il alors que le Hamas sorte renforcé de l'opération menée par Israël?

 

La position du Parti Socialiste est écœurante - mais qui pouvait attendre autre chose de ce parti? Celle de l'UMP l'est tout autant. Le FN se tait piteusement. Seul le vieil axe "gaullo-communiste" (Mélenchon, Villepin, Dupont-Aignan...) réagit avec un peu de dignité. Et rappelle la position traditionnelle de la France: sécurité pour les Israéliens, liberté et dignité pour les Palestiniens. Un juste milieu oublié depuis longtemps par les politiciens au pouvoir...

Non moins écœurantes sont les réactions qui tentent d'associer toute critique des bombardements israéliens à de l'antisémitisme. Ces amalgames auquel se livrent une poignée de fanatiques (en vrac: Manuels "el Blanco" Valls, le triste clown journalistique Frédéric Haziza, le néo-con Ivan Rioufol...) sont terriblement dangereux.

Associer les juifs à Israel, c'est aussi injuste et raciste qu'assimiler les musulmans au Qatar ou à l'Arabie Séoudite. Confondre une religion, que ce soit le judaïsme ou l'islam, avec un Etat - en particulier un Etat belliqueux et agressif - est une absurdité totale.

Scandaleuse aussi est la complaisance des autorités envers la Ligue de Défense Juive, dont on semble seulement découvrir l'existence, alors que ses milices tabassent et menacent depuis de longues années.

Bien sûr, les dérives que l'on a pu voir dans certaines manifestations (casseurs, slogans antijuifs...) sont inacceptables, scandaleuses. Et l'on ne peut que déplorer la présence de mouvement islamistes violents, tels les représentants du Hamas ou de certains groupes salafistes. Comment peuvent-ils défiler ainsi, alors qu'ils ont finalement une lourde responsabilité dans le malheur des Palestiniens? Toutefois, on ne saurait réduire les adversaires de la politique israélienne aux antisémites ou aux islamistes, bien loin de là!

 

Un petit mot, justement, sur le Hamas. Fondé en grande partie pour discréditer la résistance nationaliste palestinienne et la concurrencer, ce mouvement profite des massacres de Gaza pour se présenter comme le pôle de la résistance. Qu'est-ce que c'est que cette blague? Qu'est-ce donc que cette résistance qui, en huit ans, n'a pas été foutue d'attaquer un seul objectif militaire israélien? Qui n'a apporté que le malheur, la violence et la répression aux Palestiniens? Qui, par ses lubies obscurantistes, a empêché l'émergence d'une élite intellectuelle palestinienne comparable à celles qui ont mené le combat de la décolonisation au XXème siècle?

Les Palestiniens, poussés au désespoir par l'intransigeance israélienne, ont élu le Hamas. Il faut respecter ce vote, et traiter avec ce mouvement. Mais il ne faut jamais oublier qu'il est le meilleur ennemi, c'est-à-dire l'allié objectif, d’Israël. Et ce n'est pas un hasard si chaque opération israélienne conduit, in fine, à renforcer le Hamas. Au détriment, bien sûr, des nationalistes palestiniens.

Il est vrai que, vu le ramassis de collabos et de corrompus qu'est devenue l'OLP, le Hamas a beau jeu de prospérer sur le vide ainsi laissé. Les faucons israéliens se délectent de ce désastre. Et les pacifistes, en Israël comme en Palestine, se voient de plus en plus marginalisés.

 

J'ai lu cet été un de ces pacifistes, l'historien israélien Schlomo Sand. Son excellent ouvrage Comment le peuple juif fut inventé combine un profond humanisme avec une analyse précise fondée sur une culture solide. Un livre qui explique le problème fondamental d’Israël: au lieu de se penser comme l'Etat de l'ensemble de ses citoyens, il se pense comme l'Etat d'un peuple qui, en réalité, n'existe pas.

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

Assez parlé d’Israël et de la Palestine. Une autre tragédie se jouait à la même période en Irak, où les massacreurs de l'EIIL (Etat Islamique en Irak et au Levant, mouvement djihadiste sunnite) persécutaient impitoyablement les chrétiens, et depuis peu les Yézidis, autre minorité religieuse locale.

Naturellement, certains ont tenté, de manière tout à fait indécente, de mettre ces deux tragédies en concurrence. Certains défenseurs d'Israel se posent ainsi en protecteurs des chrétiens d'Orient, histoire de détourner l'attention des crimes de Tsahal. Inversement, des manifestants pro-palestiniens restent silencieux sur les massacres commis par l'EIIL - comme s'il refusaient de dénoncer ce mouvement islamiste qui n'a pourtant rien à envier en barbarie, bien au contraire, aux faucons du Likoud.

 

L'Irak, donc. Pays qui, dans les années 1970, sous l'impulsion d'un nationalisme arabe en pleine vigueur, était devenu le plus alphabétisé et l'un des plus modernes du monde arabe. C'était avant les premières erreurs de Saddam Hussein (guerre contre l'Iran, écrasement des soulèvements kurdes...) qui ont fini par le mener à sa perte.

La responsabilité principale de ce fiasco revient aux Américains. En renversant Saddam Hussein et en détruisant l'appareil d'Etat baasiste, ils ont signé l'arrêt de mort de l'Irak en tant que Nation. Aujourd'hui, l'Irak démocratique et pacifié que nous annonçaient certains éditocrates atlantistes (coucou Ivan Rioufol) nous semble bien éloigné. Les exactions du gouvernement chiite de Nouri al-Maliki ont fourni un terreau fertile à l'émergence de mouvements djihadistes sunnites. Ces mouvements ont ensuite été soutenus par l'Occident (Etats-Unis, France, Turquie...) face à Bachar al-Assad. Avant de prendre le contrôle de régions entières.

 

Les chiites et les Kurdes, qui avaient applaudi le renversement de Saddam Hussein, risquent paradoxalement d'être les premières victimes du vide laissé par son absence. Triste ironie du sort.

Car oui, ce sont les chiites, les laïcs arabes, les Kurdes, les chrétiens, les Yézidis, qui sont les premières cibles de l'EIIL. Les crétins qui se réjouissaient de l'émergence d'un grand Califat "terreur d'Israel et de l'Occident" (sic) doivent bien se le mettre dans le crâne: l'EIIL n'a pas du tout l'intention de combattre Israel (ils l'ont même précisé). Courageux, mais pas téméraires, nos vaillants djihadistes. C'est quand même moins risqué d'égorger des prisonniers de guerre chiites que d'aller défier les missiles israéliens...

Billet d'humeur du 10 août 2014: Gaza, djihadistes irakiens et élection présidentielle turque

Mais ce titre de Calife que l'EIIL prétend défendre est très convoité. Un peu plus au nord, un certain Recep Tayyip Erdoğan se verrait bien le porter, lui aussi. Et ça tombe bien, car c'est aujourd'hui même que l'élection présidentielle turque lui apportera une victoire éclatante.

Comment s'en étonner, du reste? Le pâle candidat qui lui sert de concurrent, Ekmeleddin Ihsanoğlu, ressemblait depuis le début à une erreur de casting. Choisi pour rassurer l'électorat conservateur, cet ancien président de l'Organisation de la Conférence Islamique n'a pas séduit les laïques ni les alévis, sans parvenir à mordre sur l'électorat AKP. La logique démocratique est de toute façon avec Erdoğan: le poids électoral d'une population anatolienne et stambouliote conservatrice lui assure une victoire mathématique et automatique sur les élites européanisées.

 

Sûr de cette victoire, Erdoğan s'est d'ores et déjà permis quelques piques contre les Arméniens ou les alévis. Histoire de bien leur faire comprendre qu'ils n'ont aucune place dans sa vision de la Turquie. Il savoure sa revanche sur Atatürk et son héritage, qu'il détruit lentement mais sûrement. Faut-il en conclure que le siècle kémaliste touche à sa fin?

Résultats ce soir.Je prédis, comme je l'ai fait depus le début, une victoire d'Erdoğan avec plus de 50% des voix. Son rival sera à 35%. Quant au candidat des Kurdes - voué à l'échec en raison même du caractère communautaire, non assumé mais visible, de sa candidature - il ne devrait être qu'entre 10 et 15%.

 

Le Proche-Orient ne nous vend pas du rêve. Même les plus optimistes devront convenir que la situation y est bien sombre - plus peut-être qu'elle ne l'a jamais été...

Et Dieu doit bien rire en regardant ses adorateurs s'entre-massacrer en son nom.

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