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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 10:37

 

Les dés sont jetés: par référendum, les citoyens de Crimée se sont massivement prononcés pour le rattachement de leur région à la Russie. Sans doute le scrutin n'a-t-il pas été spécialement réguliers (d'autant que les ukrainophones et les Tatars l'ont boycotté pour la plupart); mais nul doute que, même dans le cadre d'élections plus régulières, on aurait observé un résultat similaire. C'est apparement une victoire de la Russie contre un Occident empêtré dans ses contradictions (les Occidentaux avaient agi d'une manière presque similaire avec le Kosovo en 2008). Mais qu'y ont gagné les Russes à long terme? En fin de compte, peu de choses, en comparaison des inconvénients que cette annexion pourrait leur apporter.

 

 

 

 

 

 

 

Des gains stratégiques limités

 

Qu'a gagné la Russie avec la Crimée? Pas grand-chose, en fin de compte. Il est vrai qu'elle a élargi son accès à la mer Noire, et qu'elle est désormais directement reliée à sa base de Sébastopol. Mais cet avantage est finalement mineur. En effet, il est probable que le gouvernement ukrainien, même pro-occidental, n'aurait pas remis en cause la présence russe à Sébastopol. De plus, la Russie développe un second port, celui de Novorossiysk, qui rendra la base de Sébastopol bien moins cruciale à moyen terme. Enfin, la mer Noire n'est plus aujourd'hui aussi stratégique qu'auparavant. Elle reste une mer fermée, dont la sortie est contrôlée par la Turquie; c'est pourquoi la Russie a d'ores et déjà commencé à se redéployer dans le Pacifique et la mer Baltique.

 

Plus intéressant peut être le gain démographique: la Crimée compte près de deux millions d'habitants, dont 60% de Russes. Vladimir Poutine tente depuis longtemps de redresser la démographie en berne de son pays (la Russie est passé de 149 millions d'habitants en 1991 à 143 millions en 2013). L'apport de plus d'un million de Russes dans la fédération est donc un apport à prendre en compte. 

 

C'est enfin un gage que la Russie a obtenue: contre un retour dans l'orbite russe, l'Ukraine pourrait espérer récupérer cette région dont elle a bien plus besoin que son grand voisin. Toutefois, la tenue du référendum a rendu cette perspective bien plus aléatoire: les Criméens n'accepteraient guère de servir de monnaie d'échange.

 

 

Une mauvaise affaire à long terme?

 

Non seulement les atouts offerts par la Crimée sont limités, mais ils pèsent surtout bien peu face aux nombreux risques que son action fait courir à la Russie. Et en premier lieu sa perte d'influence presque inéluctable sur l'Ukraine. 

Jusque-là, l'Ukraine était divisée entre les russophones, à l'est, et les ukrainophones, à l'ouest. Les russophones représentant presque la moitié de la population, Moscou pouvait espérer voir élire des gouvernements qui lui seraient favorables. Or, en annexant la Crimée, les Russes ont modifié l'équilibre démographique de l'Ukraine: la population russophone, amputée de près d'un million de citoyens, s'y retrouve brusquement en nette minorité. Et de ce fait, la domination des ukrainophones sur le pays est assurée. La Russie a donc perdu presque toutes ses chances de contrôler un pays qui ne lui pardonnera, du reste, d'avoir annexé un de ses territoires. 

 

Cette annexion relance par ailleurs la valse des séparatismes, auxquels la Russie est si sensible. Dans le Caucase, où en Sibérie orientale, nul doute que les mouvements séparatistes réclameront le même traitement que les Criméens - avec le soutien de l'Occident, trop heureux de prendre une revanche. Il est vrai que la Russie n'a fait que suivre l'exemple désastreux donné par les Occidentaux au Kosovo. Mais en faisant primer un pseudo "droit des peuples à disposer d'eux-mêmes" sur le principe d'intégrité territoriale des Etats, elle fait le jeu de ses adversaires, qui sauront en profiter pour tenter de la démanteler. 

 

Les alliés et voisins de la Russie sont conscients de ce danger, et elle risque de se retrouver isolée. La Moldavie, l'Azerbaïdjan, la Turquie, confrontés à des mouvements séparatistes, se méfieront encore plus de leur grand voisin russe. La Chine, très sourcilleuse sur ces questions de souveraineté nationale, désavouera la Russie. Quant à la Serbie, elle voit avec inquiétude cette annexion lui ôter tout espoirt de récupérer un jour le Kosovo.

 

*  *  *  

 

On peut donc se demander si la Russie n'a pas commis sa première grande erreur stratégique depuis plusieurs années. Après plusieurs victoires, elle n'a pas su s'arrêter à temps en Ukraine. Bien évidemment, la conquête de la Crimée semble un nouveau symbole de sa puissance. Mais à long terme, ce pourrait être davantage un boulet qu'un atout pour la Russie. Vladimir Poutine devra désormais jouer la prudence s'il ne veut pas réitérer des erreurs de ce genre, erreurs qui pourraient faire courir un vrai risque à son pays.

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