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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 15:47
Centrafrique: une intervention française risquée et peu convaincante

Les arguments en faveur d'une intervention en Centrafrique ne manquaient pas: tandis que certains faisaient valoir la nécessité de mettre fin aux massacres qui ont lieu dans le pays, d'autres se réjouissaient que la France aille défendre ses intérêts dans sa zone d'influence. Mais l'opération militaire qui a été lancée réussira-t-elle à stabiliser la République centrafricaine? S'il faut souhaiter la réussite de l'intervention, force est de constater qu'elle a été mal préparée et pourrait se retourner contre les intérêts français.

 

Que se passe-t-il en Centrafrique?

 

Comme beaucoup d'États de la région, la République centrafricaine est une construction artificielle héritée de la colonisation, où plusieurs peuples et religions cohabitent tant bien que mal. Elle présente la même fracture que la Côte d'Ivoire ou le Nigéria, entre les peuples des déserts du nord, nomades et islamisés, et les peuples des forêts du sud, sédentaires, animistes ou chrétiens.

Fin 2012, un groupe de rebelles tchadiens soutenus par le Soudan réussit à s'emparer du nord de la Centrafrique, dans les régions de Gordil et Ndélé. C'est à ce moment que se met en place une milice armée, d'inspiration islamique, appelée Séléka. Décidée à renverser le président centrafricain, François Bozizé, cette milice marche vers le sud, en direction de la capitale, Bangui. (S'il fallait que la France intervînt, c'était à ce moment, pour aider l'armée centrafricaine, et non aujourd'hui.) Le 24 mars 2013, incapable de stopper les milices de la Séléka, le président s'enfuit et Michel Djotodia devient président du pays.

Quoique le nouveau gouvernement ait officiellement dissout la Séléka, ses milices continuent de sévir et se livrent à des massacres épouvantables, accompagnés de viols et de pillage, en particulier contre les populations chrétiennes. Au cours de l'été, ces violences s'intensifient et des milices chrétiennes d'auto-défense commencent à se former. Ces milices massacrent à leur tour des populations civiles musulmanes, et le pays semble alors au bord de la guerre civile.

C'est dans ce contexte que la France, avec un mandat de l'ONU, décide fin novembre d'intervenir dans le pays, officiellement pour mettre fin aux violences et désarmer les milices.

 

Qu'est-ce que l'armée française peut faire?

 

Avec 1600 hommes et une préparation minimale, la France ne peut guère espérer ramener la paix civile dans le pays. Dans l'idéal, elle devrait désarmer les différentes milices qui ravagent la Centrafrique et arrêter leurs principaux meneurs.

Le retour de la paix permettrait ensuite l'organisation d'élections libres et démocratiques en vue de permettre la formation d'un gouvernement de coalition. Mais ce processus marginaliserait les musulmans (qui ne sont que 20% de la population) et les ethnies minoritaires du sud. La France devrait alors servir d'intermédiaire entre les différences factions pour aboutir à un gouvernement rassemblant toutes les couches de la société, mais très fragile. Quant au président Michel Djotodia, il apparaît difficile de renforcer son pouvoir alors même que François Hollande l'a appelé à démissionner.

Les quelques centaines de soldats français auront certainement du mal à mettre en oeuvre ce programme ambitieux. Il leur restera donc une tâche bien moins noble mais autrement plus intéressante pour le gouvernement français: la sécurisation des zones de production minière et pétrolière. En d'autres termes: la protection des ressources locales.

Enfin, la France peut s'assurer de garder un pied dans une de ses zones d'influence traditionnelle, en l'empêchant de sombrer dans le chaos. Il s'agirait de plus d'une tête de pont en direction du Tchad, où la situation reste trouble et préoccupante.

Mais cette vision à court terme oublie que des intérêts français autrement plus importants sont en jeu.

 

Quels sont les risques pour la France?

 

L'opération militaire en Centrafrique n'a rien à voir avec l'intervention au Mali. Cette dernière était une réponse au gouvernement malien, attaqué par des milices étrangères, et demandant l'aide de la France pour repousser cette invasion. Elle s'est faite dans un cadre géographique bien connu des militaires français, et avec l'appui de l'Algérie voisine. Tous ces facteurs expliquent son relatif succès. Les conditions sont bien différentes en Républicaine centrafricaine.

Au vu du coût de l'opération, l'armée française doit repartir aussi vite que possible; la France n'a pas les moyens de se permettre une nouvelle occupation coûteuse et difficile. Or, c'est là que le bât blesse: si l'on voulait sécuriser la Centrafrique, il faudrait y rester de longs mois, et y envoyer beaucoup plus d'hommes. Sinon, il y a fort à prévoir que les violences recommenceront dès le départ des militaires.

D'autre part, cette intervention, malgré le mandat de l'ONU, ressemble fort à de l'ingérence dans les affaires intérieures de la Centrafrique. En demandant au président Djotodia de quitter le pouvoir, François Hollande a donné l'impression de prendre parti pour un camp contre un autre. Les populations civiles musulmanes soupçonnent désormais la France de ne désarmer que la Séléka islamique, et non pas les milices chrétiennes qui les persécutent. Ces soupçons semblent largement infondés (la France ne prenant généralement pas parti pour les chrétiens contre les musulmans), mais ternissent l'action de l'armée française.

Enfin, dans cette région, à la limite de la zone d'influence britannique, la France n'est pas vue d'un très bon oeil. La moindre de ses bavures sera immédiatement l'occasion de dénoncer son néo-colonialisme. Comme au Mali, les différentes factions l'accuseront d'avoir pris parti contre elle; et cette fois, elle ne peut compter que sur le faible soutien du Tchad...

 

* * *

L'intervention française en Centrafrique est donc une dangereuse aventure. Sous prétexte de sécuriser les ressources naturelles et de maintenir sa sphère d'influence traditionnelle, la France s'est peut-être engagée dans un dangereux guêpier. Ses 1600 hommes seront incapables de restaurer la paix civile dans le pays, et leur présence n'apparaîtra que comme une marque de néo-colonialisme. La sagesse reviendrait à laisser les armées africaines, sous mandat de l'ONU (et en collaboration avec la France), s'occuper de la pacification du pays.

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